Mon blog sur l'écologie politique

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Tag - Ultra-droite

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mardi 2 février 2016

La France a peur, mais de quoi ?

Depuis les attentats, la France a peur. Magnanimes, ses gouvernants durcissent un appareil juridique qui, semble-t-il, suffisait amplement. Mais la France a aussi peur de mourir d’un cancer (ce qui est plus probable) et ses gouvernants ne font rien. S’attaquer aux lobbies pour élaborer une politique de santé environnementale décente a de quoi déplaire à des intérêts qui ont l’habitude d’être très bien servis. Il serait d’autre part naïf de penser que l’État réagit parce que nous sommes attaqué-e-s. C’est parce qu’il est attaqué, lui. C’est parce que le terrorisme remet en cause sa prétention à nous protéger, sa raison d’être, qu’il réagit avec une telle vivacité. À voir la tête du premier ministre, il a moins peur qu’il n’est (tout bêtement) vexé. Le contrat social, protection contre soumission, exige de sérieuses rodomontades quand c’est au titre de cette soumission que nous sommes attaqué-e-s. Que nous le soyons à titre individuel et le crime de lèse-majesté disparaît. J’ai ainsi croisé la route, le 14 novembre, d’un homme qui fauche délibérément des cyclistes et aux dernières nouvelles il conduit toujours sa Clio dûment identifiée. Ni vous ni moi n’aimerions pourtant croiser son chemin mais la répression qui se présente à tort ou à raison comme anti-terroriste est prioritaire dans le travail de la police.

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jeudi 31 décembre 2015

La Double Impasse

Une chronique à retrouver sur le tout nouveau site de L'An 02.

Sophie Bessis
La Double Impasse. L’Universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand
La Découverte, 2014
240 pages, 19 €

Deux visions inconciliables du monde : la démocratie libérale d’un côté, avec son individualisme bon teint, et de l’autre une doctrine passéiste, à la violence médiévale. Les deux se seraient heurtés de plein fouet lors des événements de 2015. Dans cet ouvrage publié quelques mois plus tôt, Sophie Bessis renvoie dos à dos ce qu’elle appelle la « théologie de marché » (ne parle-t-on pas de « dogme » néo-libéral ?) et le fondamentalisme religieux, protestant et musulman au premier chef. Il ne s’agit pas selon elle d’un choc des civilisations mais du désarroi d’un monde livré à un monstre à deux faces qui se nourrissent l’une l’autre, un monde au bord de l’épuisement écologique et où les idées émancipatrices peinent désormais à se faire entendre. Le développement ne signifie plus que l’intégration au capitalisme mondialisé, l’argent passe au rouleau compresseur la diversité du monde. Les traités transatlantique et transpacifique proposent de peaufiner l’arsenal juridique global pour la prédation des ressources publiques par les intérêts privés. Les mondes musulmans, du Mali à l’Indonésie, sont uniformisés par la magie des pétrodollars. La mondialisation est là, et bien là, mais l’universalisme recule. Ne restent que les identités : celle des Charlie qui bravent les barbares en levant leur verre, oubliant l’état de délitement de leur « démocratie », gouvernement représentatif aux abois depuis que l’ordre néolibéral s’est imposé depuis Chicago ou Bruxelles ; celle de ceux et celles qui ne sont plus désormais que des musulman-e-s.

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mercredi 24 septembre 2014

Qui est réac ? Qui est moderne ?

Je viens de livrer mon troisième dossier à L'An 02, la revue d'écologie politique que j'anime. Vous pouvez trouver ce n°6 en librairie à 7 € ou vous abonner à 10 € les deux numéros. 60 pages en couleurs, format A4 ou à peu près, des lectures de bouquins récents, des chroniques et des reportages, 100 % bénévole, elle a besoin de lectrices et de lecteurs pour exister. Pourquoi pas vous ?

L’écologie propose de s’éclairer à la bougie, de renvoyer les femmes à la maison et à leur condition… ou bien, lorsqu’elle gagne en maturité, elle se montre à la pointe de l’innovation, prête à miser sur l’efficacité des nouveaux procédés de management des flux humains et énergétiques. Alors, l’écologie politique : tout à la fois réac et moderne ?

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mardi 19 août 2014

La Reproduction artificielle de l’humain

La Reproduction artificielle de l’humain, Alexis Escudero, Le Monde à l’envers, 2014.

« En privilégiant le construit sur le donné, les gender studies entendaient s'affranchir des pesanteurs charnelles et naturelles, au prétexte qu'elles servaient presque toujours de paravent à la domination. La démarche conduit à une impasse. Elle revient à négliger, voire à mépriser le vécu de l'incarnation, c'est à dire l'expérience subjective du corps, celle de la vie vivante. »

La citation s'étale sur la plus grande partie de la page 195 de La Reproduction artificielle de l'humain, aussi impressionnante que l'autorité de Jean-Claude Guillebaud qui l'a écrite. Guillebaud le pape du féminisme, l'auteur de nombreux ouvrages consacré à la domination masculine ? Non, Guillebaud le journaliste chrétien à qui le mouvement des femmes ne doit rien, ancien directeur du centre François-Mauriac sur présentation d'une paire de testicules (quatre directeurs en 28 ans, quatre grands hommes) mais qui à n'en pas douter aime beaucoup les femmes comme Gérard Longuet : il en a peut-être une, quatre filles et quand il a un chien, c'est une chienne. La démarche conduit à une impasse, prière d'en changer à la demande du mâle qui n'a aucun, mais alors aucun intérêt dans cette affaire et ne jouit d'aucun, mais alors aucun privilège sur la question. Air connu.

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mardi 21 janvier 2014

Cachez cet anti-féminisme que je ne saurais voir...

Un jour mon dentiste m'a demandé (très gentiment, sachant qu'il risquait de me froisser) à quoi servaient mes études de lettres et la recherche dans ce champ disciplinaire... Je m'en suis sortie en lui expliquant qu'au-delà des premiers tomes publiés de son vivant, Proust avait écrit A la recherche du temps perdu sur des post-it (des « paperolles », pardon) et qu'on avait besoin de beaucoup de travail de recherche pour arriver à en tirer les milliers de pages bien ordonnées de son édition de poche. Bon, peut-être pas la sienne, mais la mienne.

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dimanche 15 décembre 2013

Féminisme : pourquoi tant d'intérêt ?

Il y a quelques semaines j'attirais l'attention sur la difficulté qu'il peut y avoir, quand on est un homme et qu'on partage les idéaux féministes d'égalité femmes-hommes, à participer au mouvement sans mettre à mal son sens même, à savoir l'émancipation des femmes. Pour moi le féminisme a ceci de spécifique, par rapport à l'anti-sexisme qui est une position abstraite elle aussi tout à fait respectable, d'être une pensée située et une pensée en action. Comme son nom l'indique, le féminisme (du latin femina) est structuré autour du sort des femmes, de leur expérience et de leurs revendications, même si beaucoup d'hommes peuvent à juste titre trouver leur compte dans ces revendications, et même si la plupart des féministes accueillent positivement l'idée d'avoir des alliés hommes (1). A moi qui voulais simplement prévenir les hommes proféministes de ces difficultés, sans pour autant remettre en cause leur engagement contre le sexisme, la réception de ce billet a posé quelques questions...

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mercredi 26 juin 2013

Qui nie la lutte des classes ?

Nous sommes tou-te-s un peu Christine Lagarde (quelque part)

Connaissez-vous (vraiment) Christine Lagarde ? Avocate pour Monsanto puis ministre de l'Agriculture (pendant quelques jours, la bourde fut vite réparée), patronne du FMI après l'affaire Strauss-Kahn. Mais ce qui fait bien marrer mon auditoire en conférence, c'est surtout l'auteure des lignes suivantes : « Cessons d'être aussi pudiques sur notre intérêt personnel, qui, bien souvent, rejoint celui du groupe. La lutte des classes est bien sûr une idée essentielle mais, de mon point de vue, essentielle pour les manuels d'histoire. (...) Cessons donc d'opposer les riches et les pauvres, comme si la société était irrémédiablement divisée en deux clans. » Car le travail « met l'ensemble des professions sur un pied d'égalité : le grand patron comme le petit employé savent l'un et l'autre ce que c'est qu'une "grosse journée de boulot" » (1). Tout y est : l'intérêt individuel qui peut se déployer tranquillement, puisque les égoïsmes et les avidités, par la seule magie de leur agrégation, formeront les bases d'une société vivable (2), et le refus d'envisager les divergences d'intérêt et de condition, cette fois transcendées par l'appartenance au groupe. Soit des individus qui ne doivent rien au groupe, alors que le groupe est la fiction qui permet de faire passer la pilule de l'inégalité entre individus. C'est parfait.

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dimanche 18 novembre 2012

Paradis sous terre

paradis.jpgParadis sous terre. Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale
Alain Deneault et William Sacher
préface de Richard Desjardins
Écosociété (Montréal) et Rue de l’Echiquier (Paris), 2012
192 pages, 15 €

Ceux et celles pour qui la diplomatie canadienne se résume à d’aimables voyageurs/ses aux énormes sac à dos marqués de la feuille d’érable auront de quoi être surpris·es par la description que font ici deux des auteurs de Noir Canada des exactions auxquelles se livrent les entreprises minières du pays. Car le Canada ne se contente pas de faire profiter cette industrie de conditions particulièrement favorables : lois minières sur mesure qui leur accordent la préséance sur toute activité de surface, exemptions fiscales de tout ordre, faiblesse de la collecte des redevances minières, etc. Il s’attache en outre à les exporter dans le monde entier, particulièrement dans les pays les plus vulnérables.

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jeudi 14 février 2008

Les structures mentales de la France d'après

Edito

Bien sûr, nous étions bien désolé-e-s de mettre les pieds, en ce lundi 7 mai 2007, dans la France d'après. Même du pied gauche, ça faisait mal à qui aimait la justice, la solidarité, la pensée... Mais depuis 2002, et plus largement depuis l'abandon de la gauche, celle qui avait « essayé », il s'agit au fond d'un même mouvement. Dépolitisation du débat politique au profit de l'expertise économique, même biaisée. Au profit du spectacle du sport électoral. Au profit enfin des égoïsmes de qui a cessé de se définir comme personne sociale.

Du nouveau ? Un homme à la personnalité encombrante, dont on a assez décortiqué la structure mentale aberrante. Mais cette brochure s'attachera moins à la personne Sarkozy (qui disparaîtra tôt ou tard de notre horizon) qu'à la manière de penser qu'il a su imposer peu à peu à « sa » France. La rupture qu'il s'acharne à représenter est surtout l'épanouissement d'une pensée qui s'est déjà lâchée aux USA (et ailleurs) et qui trouve pour la première fois la possibilité de se lâcher en France, tel un pet longtemps contenu.

Aussi vous trouverez, décortiquées dans les prochaines pages, les notions-clef de la proposition politique sarkozyste : culture de la violence, apologie du consensus, renaissance du concept de responsabilité. On tentera également d'y montrer en quoi des systèmes anciens (la grande distribution) ou nouveaux (l'emploi à domicile), mais certainement pas créés par notre nouvelle référence, participent à modeler les structures mentales de la France des années 2007-2012. Si le propos n'y est pas toujours d'une nouveauté déroutante, on espère qu'il tisse des liens originaux entre tout ce qui se dit et se fait autour de nous. Et qu'il donne envie d'aller bien plus loin dans les idées, et de faire renaître une certaine idée de la politique.

Jointe à ce billet, la brochure version papier, avec un grand merci à Grégoire.

Ces quelques pages, partielles et partiales, pourront donner envie de poursuivre l'aventure avec quelques lectures utiles...

A lire

  • « Rêver contre soi-même », Mona Chollet, 28 mai 2007, www.peripheries.net/article311.html

Plutôt que de vouloir protéger leurs intérêts, les classes moyennes et populaires imaginent une improbable ascension sociale individuelle qui pourrait les sauver de leur destin politique et économique.

A retrouver dans Rêves de droite. Défaire l’imaginaire sarkozyste, La Découverte, 2008, 10 euros.

  • « Une machine à fabriquer des histoires », Christian Salmon, Le Monde diplomatique, novembre 2006

Fini le temps de la pensée politique, la réalité se confond avec des anecdotes prétendument « révélatrices ». Et raconter des histoires devient l'ultime arme politique de qui n'a plus rien (d'acceptable, de raisonnable) à proposer.

  • Serge Portelli, Traité de démagogie appliquée : Sarkozy, la récidive et nous, Michalon, 2006

Nicolas Sarkozy, une République sous très haute surveillance, L’Harmattan, mai 2007, d'abord publié en ligne sous le titre Ruptures sur www.betapolitique.fr

La Justice contre l'État, ou comment les magistrats se sont posés contre le système Sarko et ses simplifications abusives. Les bouquins exigeants et documentés d'un des acteurs de ce « mouvement social ».

  • « Connaissez-vous Nicolas Sarkozy ? Testez vos connaissances sur le nouveau président français »

Une collection minutieuse des faits et des paroles de N. Sarkozy, pour rétablir quelques vérités. Un souci particulier pour les questions de Françafrique. Les Renseignements généreux, brochures papier et en ligne : www.les-renseignements-genereux.org

  • « La culture du narcissisme. Les impacts du système capitaliste sur notre psychisme », Les Renseignements généreux

Une démarche qui a inspiré cette brochure-ci.

  • Serge Halimi, Le Grand Bond en arrière, Fayard, 2004

En montrant « comment l'ordre libéral s'est imposé au monde » par un changement radical de culture démocratique, économique et sociale, cette somme de près de 600 pages pourra éveiller des échos chez le lecteur de 2008. On y regrettera cependant le peu de considération pour la question écologiste.

  • La rubrique « French pride » de la revue Mouvements : www.mouvements.info

ou le numéro 52, « La new droite. Une révolution conservatrice à la française ? », novembre-décembre 2007

  • Réfutations, film de Thomas Lacoste (66’), 12 euros en DVD ou en ligne : www.lautrecampagne.org/refutations.php
  • Elyséethèque : sur elysee.fr, un accès à toutes les déclarations et tous les discours de N. Sarkozy depuis son accession à la présidence. Moins drôle qu'un texte de Jonathan Swift, mais tout aussi cruel et absurde.

mercredi 13 février 2008

1-Une culture de violence

Alors que la violence est une force présente dans l'être humain et qui lui vient des âges les plus lointains, comment pourrait-il exister une culture de violence ? Une violence organisée ? Pourtant la présence dans nos villes, de plus en plus visible et audible, des dépositaires d'une violence légitimée par l'Etat (sirènes et patrouilles de police) pourrait nous convaincre qu'on est loin de ce mouvement farouche et instinctif. La violence peut être organisée, elle peut être froide et mue par des stratégies politiques.

Violence individuelle, violence collective

Entendons-nous bien, colères et mouvements violents peuvent saisir un être humain, que les raisons en soient une première violence, l'épuisement ou l'injustice. Mais de ces mouvements intimes peut naître une violence qui est acte de culture : culture viriliste, par exemple, qui propose le passage par la violence pour construire une identité masculine.

L'ado d'un milieu populaire a le choix pour construire son identité entre la consommation de biens spécifiques qui l'intègrent, croit-il, à une société (vélomoteur bruyant ou bagnole, fringues imitées des stars du sport ou de la musique, etc.), ou l'usage de la violence qui est déjà celui de ses camarades sur lesquels il doit se calquer, ou s'en distinguer en pire, avec la récompense assurée qui est l'intégration à un groupe cette fois très spécifique.

Le policier aussi, sur son lieu de travail, doit faire preuve d'un niveau de violence égal à celui de ses collègues, pour ne pas être stigmatisé. Si une compagnie de CRS a eu maille à partir avec des manifestant-e-s, des jeunes des cités, tout-e individu-e appartenant à l'un ou l'autre ces deux groupes sociaux sera d'emblée suspect, et le CRS devra lui manifester d'emblée une hostilité qui est celle du groupe auquel lui appartient. Dans ces deux cas, il y a co-existence entre une violence personnelle et un début de culture de violence, laquelle peut avoir des usages politiques.

La construction d'une culture de violence

Un été, la gare est bondée, et un vigile violent s’accroche avec un voyageur qui ne l’est pas moins. Il ne s’agit pas uniquement de violence individuelle, jeune sportif à biscotos contre vieux con hargneux. Car le vigile a été froidement recruté par une société de sécurité, sur son bon entretien sportif plus que sur sa capacité à régler les conflits… et la SNCF a froidement offert le marché à cette société, qui par son action entretient la violence des usages de la gare.

Prenons un acteur politique, haut fonctionnaire de police ou haut gradé dans l'armée de son pays. Lui n'a pas « la violence aux tripes », il n'a pas subi une violence ou une injustice préalable. Souvent au contraire il est suffisamment éduqué pour comprendre l'utilité du système de violence qu'il entretient pour les classes dominantes ou les clans politiques dont il fait partie.

Revenons en octobre 2005, Argenteuil. Si une dame dans une cité apostrophe N. Sarkozy en lui demandant de le débarrasser d'une « racaille » qui a une influence négative sur sa vie de tous les jours, on peut bien excuser la violence de son propos. Si un ministre de l'Intérieur reprend ce terme, lui qui ne doit pas rentrer souvent du super avec son cabas et des ados qui tentent de lui voler ce qui en dépasse, sa violence est calcul, elle n'est pas un cri du cœur spontané, viscéral. Si les conséquences de cette insulte publique envers un groupe social sont que le ministre réussit à prouver (!) que nos rues sont peu sûres et hantées par de jeunes « sauvageons » et à imposer ainsi la légitimité de son discours politique, alors oui, il participe à l'affirmation d'une culture de violence.

Imposer de nouvelles contraintes sur les corps

Une nouvelle exigence sociale de sécurité (alimentaire ou physique) s'impose lentement dans nos pays. Vigipirate, 11-septembre, permettent d'imposer à chacun-e une perte conséquente de liberté. Fouille des sacs, des coffres de voitures, permettent désormais de traquer les terroristes... et de contraindre tout le monde.

Juillet 2005, quelques jours après les attentats de Londres, les policiers dans les centres commerciaux mettaient ce fait malheureux en avant pour faire imposer la volonté des magasins que leurs visiteurs/ses emballassent leurs précédents achats, effets personnels, etc. dans des plastiques supplémentaires. Objectivement, ce geste est demandé pour éviter le vol en période de soldes (ben ouais !), mais c'est par la menace terroriste qu'on l'impose socialement.

De même le passage dans les bus de ville par la porte avant. « En montant par l'avant, on avance ! » disait la publicité dans un bus, prouvant par une tautologie qu'il fallait désormais monter par l'avant parce que... parce que. Mais d'autres villes ont communiqué sur un surcroît de sécurité pour les voyageurs. Bien sûr, obliger les voyageurs/ses à monter par l'avant et ensuite se déplacer dans le reste du bus est une contrainte désagréable et un nouvel acte contre la liberté de se mouvoir à sa guise. Mais c'est aussi une source de déplacements supplémentaires en milieu confiné, et donc de tensions entre voyageurs/ses, voire de disputes, et toujours de rappels à l'ordre de la part du/de la conducteur/rice : « Mesdames, messieurs, voulez-vous bien vous déplacer vers le fond du bus, s'il vous plaît ? ». Sécurité, donc ? Certainement pas, mais possibilité de contrôle par le/la conducteur/rice des voyageurs/ses avec ou sans billet, responsabilité nouvelle, source nouvelle de conflits avec les fraudeurs/ses. Les contraintes quotidiennes augmentent, l'acceptation sociale aussi, mais le moindre refus, qu'il soit mû par des raisons politiques ou personnelles, devient conflit violent. La personne qui refuse de s'asseoir ici plutôt que là a le choix entre devenir l'objet d'une violence ou le sujet d'une nouvelle. La rébellion ou le contrôle, là où on avait une certaine liberté... on choisit souvent le contrôle.

Mais les actes de violence suscités par ces nouvelles exigences sécuritaires prouvent en un cercle vicieux la nécessité du contrôle ! Si le vigile du supermarché ou de gare suscite par son comportement agressif un acte de violence, heureusement qu'il est là pour la contrôler ! On n'en sortira jamais.

En finir avec l'escalade de la violence

On n'en sortira jamais si une culture de non-violence reste peu répandue dans nos sociétés. Être non-violent, ce n'est pas accepter de se faire casser la gueule sans répliquer. C'est comprendre les mécanismes qui font qu'on répond à une violence par une autre, dans ce dont les journaux télé ont fait un stéréotype : « l'escalade de la violence ». Laquelle escalade de la violence ressentie peut être utilisée dans des systèmes de violence politique ou institutionnelle qui se l'approprient. Voir la néo-colonisation organisée de la Palestine par Israël en réponse à la violence de populations qui ne font pas Etat.

C'est la compréhension même de la violence et de ses usages politiques qui construit une culture de non-violence. Et non pas l'atténuation, contrainte ou pensée, de ses manifestations les plus visibles.

Paradoxalement, alors que Nicolas Sarkozy, au même ministère que son mentor des Hauts-de-Seine Charles Pasqua, a été et demeure le passeur en France d'une culture de violence nouvelle, le voici depuis le premier tour de l'élection en étouffeur de conflits. Quel rapport avec la violence que nous avons dans un premier temps mentionnée ? Tout !

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