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dimanche, 14 avril, 2024

Burn-out : les uns profitent, les autres payent

Imaginez que votre patron abuse (oui, c’est pour les besoins de la démonstration, dans la vraie vie ça n’arrive jamais). Deux de vos collègues sont parti·es ou ont été poussé·es vers la porte pendant la crise sanitaire et vous avez hérité de leurs missions. On vous a promis que c’était temporaire mais l’activité est revenue, il n’y a pas de recrutement à l’horizon et la fatigue s’installe. Votre n+1 sait déjà que l’équipe est en train de craquer. Elle est bien sympa mais ne peut que compatir avec vous car c’est plus haut que sont prises les décisions. Est-ce que continuer au même train et vous laisser finir en burn-out, en arrêt pour les six mois, un ou deux ans que réclame le traitement, serait une décision économiquement rationnelle de votre patron ?

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jeudi, 15 février, 2024

Une colère qui se tient sage

La récente mobilisation agricole a emmêlé tous les ingrédients qui caractérisent la France depuis son accélération illibérale : une pauvreté que le travail peine à résorber malgré les promesses renouvelées depuis 2007 de lui redonner sa « valeur » (morale, voire moralisatrice, mais jamais économique) ; la colère à laquelle donnent lieu ces promesses non tenues et le sentiment d’avoir été le dindon de la farce ; l’arbitrage systématique des gouvernements en faveur des classes dominantes.

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samedi, 9 décembre, 2023

Nourrir la bête

« La magie Shiva n’a jamais été aussi accessible », apprend-on sur les publicités pour cette entreprise qui met à disposition du travail de ménage. « Shiva vous permet de faire le choix de régler la moitié de votre facture chaque mois en bénéficiant immédiatement de votre crédit d’impôt. » Ménage, garde d’enfants et même cours de musique à la maison font l’objet de publicités variées qui insistent toutes sur ce fait : c’est l’État qui paye la moitié !

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dimanche, 1 octobre, 2023

Tout plaquer

tout_plaquer_w.jpg, oct. 2023Anne Humbert, Tout plaquer. La désertion ne fait pas partie de la solution... mais du problème, Le Monde à l’envers, 2023, 72 pages, 5 €

Autour de vous, beaucoup ont peut-être choisi de déserter leur emploi dans le tertiaire pour en exercer un autre « qui a du sens » dans l’artisanat ou l’agriculture et sortir du salariat. Peut-être même faites-vous partie de ces déserteurs et déserteuses qui depuis quelques années font parler d’elles et d’eux, avec des pics d'attention inattendus.

Anne Humbert, ingénieure non déserteuse, a choisi de consacrer un livre au phénomène (encore un) mais celui-ci prend le parti de le critiquer, à partir d’échanges avec des ami·es ayant déserté et de lectures qui vont de la grande presse à des auteurs comme le sociologue Richard Sennet, critique de la standardisation du travail. Outre quelques articles, comme celui-ci dans Lundi matin, cette option reste à ma connaissance assez peu conventionnelle dans les milieux alternatifs plus ou moins radicaux subjugués par la notion de désertion (Reporterre a, selon Humbert, consacré vingt-et-un articles au discours des étudiant·es qui bifurquent d’AgroParisTech). Ces trajectoires ont suscité plus d’intérêt que le « refus de parvenir » auquel était consacré il y a quelques années un excellent bouquin, toujours disponible.

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lundi, 18 septembre, 2023

Pas de Covid long pour la chair à patrons

J’ai découvert il y a peu grâce à un haut fonctionnaire du ministère de la santé, lors d’une conversation privée, la réalité du Covid long : plutôt qu’une affection qui toucherait une part significative des personnes infectées, même quand leurs symptômes ont été très légers, le Covid long ne serait au fond qu’un symptôme psychiatrique, conséquence de nombreux confinements. Devant ces assertions affirmées avec l’assurance du chef de service, j’ai fait comme avec les platistes et les porteurs de chapeau anti-radiation en papier aluminium. J’ai clos poliment la conversation sur l’accord qu’il nous fallait plus d'études.

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mardi, 13 juin, 2023

Quel déclin ?

L'extrême droite française fait ses délices de la notion de déclin, celui-ci étant toujours mis sur le compte des minorités, en particulier ethniques. Faisons-nous, nous qui sommes attaché·es à des valeurs égalitaires, émancipatrices et à la réconciliation avec notre milieu naturel, le même constat ? Oui et non. Et pour nous les causes sont absolument différentes.

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mercredi, 15 mars, 2023

Retraites : où est la vraie démocratie ?

Samedi dernier à la manif, l’ambiance était morose dans le cortège contre la réforme des retraites. Et dans les conversations des gens qui ne prennent pas la peine de venir, j’entends beaucoup cet argument selon lequel la question se réglera lors des prochaines élections. Comme si les élections ne se jouaient pas sur d’autres sujets. Comme si la rue ne gouvernait pas à partir du moment où un mandat était accordé par une élection. Dans la tête de beaucoup de monde, l’élection dresse la feuille de route du gagnant de la course à l’échalote et des mini-gagnant·es de la mini-réplication en 577 exemplaires. D’ailleurs, pour une fois, la réforme majeure du quinquennat était annoncée (d’habitude ils ne prennent pas cette peine, en 2017 par exemple un vague programme macroniste avait été improvisé trois semaines avant le scrutin). Une fois n’est pas coutume, elle l’a été en 2022, en pire, puisqu’elle prévoyait un départ à la retraite à 65 ans. En théorie, donc, les personnes qui ont comme moi voté pour empêcher l’accession au pouvoir de pire encore ont plébiscité cette réforme qu’aujourd’hui une majorité écrasante refuse… et refusait déjà durant la campagne électorale (1).

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lundi, 27 février, 2023

La moindre étincelle

ou Résumé subjectif des années Covid

Il y a trois ans, les politiques de santé publique, pourtant jusque là maltraitées par des gouvernements néolibéraux, nous étaient imposées pour cause de crise sanitaire à un degré de coercition jamais vu. Celles et ceux qui étaient confiné·es chez soi étaient nourri·es d’appels à la solidarité pour celles et ceux qui trimaient dehors, infirmières et premières de corvée. Nous redécouvrions, après un moment d’hallucination et d’indignation, des gestes très anciens comme la quarantaine et le confinement, avec leur coût humain, social et économique élevé. Solution de dernier recours qui fut appliquée docilement mais critiquée en particulier pour l’arbitraire et la violence avec lesquelles elle fut mise en œuvre.

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vendredi, 23 décembre, 2022

On recrute

Ce mois-ci le président de mon conseil départemental avait des mots émouvants dans le journal de la collectivité sur les vies brisées par le chômage de longue durée et la nécessité humaine d'aider les personnes à s'insérer. On comprend bien l’intérêt des conseils départementaux à ne pas laisser le chômage s’installer et les chômeurs et chômeuses en fin d’indemnisation demander le RSA, distribué par leurs bons soins malgré des budgets toujours moins généreux alloués par l’État. Les larmes de crocodile du président ont surtout quelque chose d’un peu désuet ou carrément manipulateur à l’heure où un chômage de masse laisse place, dans des conditions qu’on ne comprend pas bien, aux pénuries de main d’œuvre.

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jeudi, 17 mars, 2022

La grande démission

C’est un spectacle que beaucoup d’entre nous n’avions jamais vu avant, ou alors dans les films ou dans des pays lointains : des avis de recrutement fleurissent devant les commerces, parfois en grand sur des espaces publicitaires. Jamais autant d’efforts n’avaient été déployés pour nous convaincre de prendre un boulot. Avant c’était plutôt le contraire, à nous surnuméraires de séduire les employeurs, d’accepter des temps partiels ou des horaires très étendus, de modérer nos revendications salariales. C’est la loi du marché, il y a peu de postes et tellement de candidat·es…

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vendredi, 17 décembre, 2021

Trois BD pour parler d’agriculture

La bande dessinée documentaire a le vent en poupe depuis quelques années, et l’agriculture fait partie de ses centres d’intérêt. Trois ouvrages ont abordé récemment les questions agricoles, de diverse manière.

BD-Ou-patron-800x1061.jpeg, déc. 2021Il est où le patron ?, Maud Bénézit et les Paysannes en polaire, Marabout, 2021, 176 pages, 19,50 €
Suite à des rencontres entre femmes du milieu agricole, les « Paysannes en polaire » ont mis en récit leurs histoires singulières grâce à la dessinatrice (et agronome de formation) Maud Bénézit. Éleveuses de chèvres et de brebis, apicultrices et maraîchères dans le Sud-Est, elles s’inventent trois alter ego de fiction confrontées au sexisme en agriculture, une profession à 75 % masculine et où les femmes sont souvent des épouses, avec des statuts inégaux (conjointe collaboratrice, aidante familiale, cheffe d’exploitation après le départ à la retraite du mari). Du parcours d’installation au travail lui-même, elles sont souvent renvoyées à des rôles qui complètent le travail des hommes, jugé central. À elles la transformation des produits, l’accueil, la vente, la compta et le travail ménager et familial qui libèrent les hommes des « vraies » activités, la production. D’où la question, quand un collègue arrive sur une ferme : il est où le patron, l’homme, celui-là dont le travail compte « vraiment » ? On retrouve dans ce livre le propos d’autres groupes de femmes, qui éclosent depuis quelques années, notamment dans le monde agricole alternatif. Ces groupes interrogent les questions d’ergonomie en inventant des outils (comme le porte-piquet à roulettes), là où des générations d’agriculteurs ont trouvé plus simple de se casser le dos et de souffrir en silence. Il y est aussi question de la place des femmes dans les instances agricoles (y compris les syndicats en rupture avec le modèle dominant) mais aussi, plus globalement, de violences conjugales et de dynamiques de couple dans un contexte hétérosexiste – même si tous les personnages de paysannes ne sont pas hétéros. Une belle introduction à ces thèmes qui surgissent aujourd’hui en agriculture et qui font l’objet de travaux dans les structures paysannes et rurales.

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lundi, 6 décembre, 2021

Terre et liberté

terre-et-liberte.jpg, déc. 2021Aurélien Berlan, Terre et liberté. La Quête d’autonomie contre le fantasme de délivrance, La Lenteur, 2021, 220 pages, 16 €

Le constat par lequel commence la démonstration d’Aurélien Berlan, c’est celui d’une « liberté dans le coma » : pourquoi la révélation que les États surveillent les communications de leurs citoyen·nes ne nous a-t-elle pas plus ému·es que ça ? Parce que nous le savions déjà ou parce que cette liberté-là, celle d’avoir une vie vraiment privée, ne nous importe pas tant ? Les classiques du libéralisme mettaient pourtant au-dessus de tout les libertés individuelles : d’opinion, d’expression, de mouvement, d’association, de faire des choix de vie qui nous appartiennent et accessoirement ne pas être surveillé·e. Cette liberté-là s’est construite contre des droits politiques à exercer collectivement, comme la souveraineté politique. L’auteur reprend dans les détails la pensée de Benjamin Constant (le théoricien de la liberté de ne se mêler que de ses propres affaires et d’abandonner à d’autres le gouvernement de la cité) pour affirmer qu’au fond, cette liberté des libéraux est la délivrance des exigences du quotidien : être au chaud sans couper du bois (ou au frais sans avoir planté d’arbre), repu·e sans avoir cultivé ni préparé sa nourriture, pouvoir se détacher de son lieu de vie, etc. Délivrance qui inclut également de ne plus avoir se soucier de politique, ne plus s’engager publiquement.

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lundi, 23 août, 2021

La Terre des hommes

terredeshommes.jpg, août 2021Naël Marandin, La Terre des hommes (2020), avec Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Jalil Lespert et Olivier Gourmet
Sortie le 25 août 2021

Il est question de viol dans cette chronique.

Constance est fille d’éleveur dans le Charolais et voudrait reprendre, avec son fiancé, la ferme de son père. Mais quand son père fait faillite et n’est plus en mesure de transmettre l’exploitation, le projet d’installation de la jeune femme est mis en difficulté. Les Safer, sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural, sont des structures co-gérées par la profession et l’État pour réguler le foncier agricole. C’est devant une commission de la Safer locale que Constance devra montrer la solidité de son dossier et sa capacité à reprendre la ferme familiale – sur laquelle lorgne le voisin agriculteur, qui vient déjà visiter les lieux comme s’ils lui appartenaient. Jeune femme (heureusement en couple avec un homme (1)), désireuse de pratiquer un élevage plus respectueux des bêtes et de l’environnement, mais aussi plus rémunérateur, elle a un projet « atypique ». Aussi, quand un membre de la commission, un quadragénaire influent dans le milieu agricole et connaissance de longue date, lui propose de l’aide, elle l’accepte.

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dimanche, 13 juin, 2021

Je n’existais plus

emprise.png, juin 2021Pascale Jamoulle, Je n’existais plus. Les Mondes de l’emprise et de la déprise, La Découverte, 2021, 300 pages, 22 €

L’ouvrage de Pascale Jamoulle, une anthropologue exerçant sur des terrains français et belges, est composé de cinq parties autonomes décrivant des situations d’emprise sur des terrains bien différents. Les premières sont consacrées au parcours très singulier d’une amie de l’autrice, entre violences sexuelles, emprise dans le couple et dans une organisation politique sectaire, puis à ceux, plus brefs, de femmes victimes de violences dans le couple. Les femmes prises dans ces relations disent à quel point elles « n’existent plus », ne sont plus en mesure d’exercer leur libre arbitre. Jamoulle s’attache aux caractères systémiques de l’emprise, au-delà de la rencontre entre deux personnes. Ces phénomènes d’emprise sont très marqués par la domination masculine et des représentations de mise à disposition (sexuelle, domestique, affective) des femmes. Celles-ci sont d’autant plus susceptibles de s’y engager qu’on socialise les filles à la docilité et au sacrifice de soi, dimension incontournable de l’amour dans les représentations traditionnelles.

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lundi, 15 mars, 2021

Vivre avec un Covid par temps de dépression

Je suis tombée malade du Covid il y a quelques jours, avec des symptômes assez classiques et plutôt légers. Les premiers symptômes ressemblant à n’importe quelle crève, j’ai dans un premier temps pris des précautions et je ne suis allée me faire tester qu’à l’emblématique disparition de mon odorat. Et, une fois n’est pas coutume puisque d’habitude je suis plutôt un mauvais esprit, j'étais positive, donc confinée et en arrêt maladie.

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lundi, 8 mars, 2021

Du balai

balaiM.jpg, mar. 2021Sandrine Rousseau et François-Xavier Devetter, Du balai. Essai sur le ménage à domicile et le retour de la domesticité, Raisons d'agir, 2011

Écrit il y a maintenant dix ans, sous l’ère Sarkozy, Du balai reste un livre précieux. Les gouvernements de droite qui s’étaient succédé depuis 2002 s'étaient attachés à réinventer les emplois domestiques et à exploiter les « gisements d'emploi » en accordant des avantages fiscaux aux particuliers qui consentiraient à créer de nouveaux emplois en recourant aux services de femmes de ménage. Rousseau et Devetter, conjuguant des approches économiques et sociologiques, faisaient de ces politiques un constat accablant. Passées les premières mesures incitatives, les encouragements se faisaient toujours plus coûteux et pour un résultat toujours moindre (jusqu'à 50 000 € par emploi, si j'ai bonne mémoire car je n'ai pas relu le livre depuis sa publication – mais Morel et Carbonnier, dans un livre plus récent chroniqué ici-même, fournissent une évaluation encore plus sévère). Ces politiques s’inscrivaient surtout dans un mouvement d’allégement des impôts des ménages les plus aisés. Les deux auteur·es démontraient en effet que le critère déterminant le plus fortement le recours aux emplois domestiques de nettoyage n’était ni le temps travaillé du couple, ni celui de la femme mais leur revenu, tout simplement. Se payer une femme de ménage ne correspond pas tant à un besoin qu’à un cadeau qu’on s’offre parce qu’on en a les moyens.

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dimanche, 28 février, 2021

Le Retour des domestiques

retour-domestiques.jpg, fév. 2021Clément Carbonnier et Nathalie Morel, Le Retour des domestiques, Le Seuil, 2018, 112 pages, 11,80 €

C'est en 1991, sous un gouvernement socialiste, que la France s'engage dans une stratégie de création d'emplois domestiques. La désindustrialisation et les gains de productivité ont fait perdre beaucoup d'emplois « du milieu de la distribution des revenus » et il s'agit alors d'exploiter un « gisement » d'emplois dans les services. L'outil qui est alors mis en œuvre, c'est la défiscalisation des dépenses des ménages à hauteur de 50 %, le tout dans une limite de 3 800 € par an. Les décennies suivantes verront ce seuil évoluer, à la baisse puis à la hausse, sans que soit fondamentalement remis en question le principe de faire assurer par la collectivité la moitié de ces dépenses privées par des impôts non-perçus. En 2003 cette limite est relevée à 10 000 €, puis à 12 000 € par le plan Borloo deux ans plus tard.

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mardi, 27 octobre, 2020

Animal laborans

Hannah Arendt distinguait entre homo faber, l'être humain qui engage sa personnalité (ses intelligences, y compris son expérience corporelle et sensible) dans la fabrication d'une œuvre, et animal laborans, occupé à trimer comme le ferait une bête, à base de répétition mécanique des mêmes gestes. Précisons qu'il ne s'agit pas d'une distinction entre métiers intellectuels et manuels : dans son ouvrage Éloge du carburateur, Matthew Crawford montrait qu'un métier intellectuel jouissant d'une forte reconnaissance pouvait être mécanique et qu'un métier manuel pouvait solliciter sens de l'observation, capacités inductives et déductives, etc. Et disons-le aussi, aucun animal ne mérite d'être attaché à une tâche répétitive et pénible.

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dimanche, 19 janvier, 2020

Le Revenu garanti : une utopie libérale

Le Revenu garanti : une utopie libérale, Aude Vidal, Le Monde à l'envers, 2020, 5 euros, 96 pages

Un extrait

« Allô, madame la ministre ? C'est pour signaler un accident du travail. » En 2019, un compte sur un réseau social interpelle les pouvoirs publics, faisant chaque semaine le décompte morbide des mort·es au travail. Chaque semaine sont mortes entre 4 et 7 personnes, de tous âges, plutôt des hommes dans des emplois ouvriers. Et c'est sans compter les travailleurs et travailleuses qui meurent à petit feu de l'exposition à des polluants dans leur emploi, comme les femmes de ménage ou les petites mains des salons de beauté. Sans compter les personnes qui se suicident sur leur lieu de travail, épuisées par un management féroce générateur d'angoisse ou par la perte de sens de leur métier – en particulier dans le service public. Le travail tue et casse les corps. Même si les politiques « n'adore[nt] pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible » (1), cette pénibilité existe. Elle fait mourir plus tôt les ouvriers que les cadres et baisser leur espérance de vie en bonne santé. Quant aux contreparties, elles sont maigres.

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lundi, 25 novembre, 2019

Sorry We Missed You

Sorry We Missed You, un film de Ken Loach (Royaume-Uni, 2019)

« Sorry we missed you », c'est cette note qui vous attend quand vous avez raté le passage du colis que vous avez commandé sur Internet. Ricky, le héros du dernier Ken Loach, est un travailleur indépendant qui travaille pour une compagnie de transports de colis. Il sillonne les rues des Newcastle pour livrer à des particuliers des colis, plus ou moins gros, plus ou moins urgents. Des achats sur Amazon ou une autre plate-forme de vente en ligne aussi bien que des repas, des colis à livrer dans la journée et d'autres dans une fourchette d'une heure. Il a acheté sa camionnette pour ne pas la louer à l'entreprise qui lui donne ses missions et passe sa journée pressé par un objet connecté (à la fois scanner, téléphone, GPS) qui bippe quand il quitte le camion plus de deux minutes. Sur le papier, l'entreprise donneuse d'ordres est sa cliente. En vrai, vu le dispatcher qui est toujours sur son paletot, la boîte ressemble étrangement à un employeur, aussi exigeante et peu accommodante que les pires petits patrons décrits par le cinéaste anglais.

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