samedi, 12 novembre, 2022

Soyez sympas, portez un masque

Quand les annonces dans les trains et les métros, depuis plus de six mois, invitent « vivement » au port du masque pour éviter la propagation du Covid alors que même le personnel de la SNCF ou de la RATP ne le porte pas, la parole des autorités est démonétisée comme jamais. « Parle à mon cul, Manu, ma tête est malade ! » On pourrait en sourire ou se réjouir de cette insubordination mais je ne pense pas qu’elle constitue le moindre antidote au libéralisme autoritaire qui triomphe actuellement, avec son atteinte aux formes démocratiques pourtant peu exigeantes du gouvernement représentatif. Au contraire, c’est d’obéissance aux autorités qu’il est question quand le gouvernement choisit de se passer dans les lieux publics d’un moyen de protection simple, au motif que les hôpitaux sont à peine engorgés et que le nombre de mort·es chaque semaine est acceptable (l’équivalent d’un ou deux cars qui se crashent chaque jour, presque trois pendant le printemps électoral), et que l’immense majorité d’entre nous le suit.

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mardi, 18 octobre, 2022

Le Genre du capital

9782348075803LD.jpg, oct. 2022Céline Bessière et Sibylle Gollac, Le Genre du capital, La Découverte, 2022 (2020), 400 pages, 14 €

La réédition de cet ouvrage en collection de poche me donne l'occasion de republier cette chronique, précédemment parue en juin 2020.

L'adhésion aux constats que dressent les féministes est souvent compliquée par ce fait que les femmes et les hommes vivent ensemble et s'aiment : deux époux de sexe opposé, un père sa fille, une sœur son frère. Le racisme, les haines de classe peuvent advenir quand des groupes sociaux sont séparés, ne se connaissent pas ou peu et admettent des intérêts divergents mais le sexisme, vraiment ? Vraiment. C'est le tableau que dressent Céline Bessière et Sibylle Gollac dans leur ouvrage Le Genre du capital, résultat de deux décennies de recherches (fois deux) sur comment deux moments importants de la vie économique des personnes, l'héritage et le divorce, appauvrissent les femmes en comparaison aux hommes. Au point que les inégalités de patrimoine entre femmes et hommes sont passées de 9 % en 1998 à 15 % moins de vingt ans plus tard. Celles-ci tiennent en partie à la place des femmes dans le monde du travail, domaine arpenté depuis quelques décennies par des sociologues féministes et dont les autrices rappellent rapidement quelques aspects. Les femmes en couple avec des enfants travaillent 54 heures par semaine dont seulement 20 sont rémunérées. Les hommes 51 dont 33 sont rémunérées. La répartition des richesses, elle aussi inégalitaire, tient à ce facteur mais également à d'autres moins connus et moins bien compris, que Bessière et Gollac mettent en lumière dans leur livre.

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vendredi, 30 septembre, 2022

Casser le thermomètre

« Vous avez remarqué, personne ne porte de masque. Les gens ont l’air en forme... » C’est donc que la pandémie est terminée, disait le président états-unien le 18 septembre. Une pandémie est terminée quand les indicateurs le montrent, pas quand les autorités abandonnent toute mesure de précaution et que cela donne l’impression au public que tout va bien. Mi-juillet de cette année, en France, c’était l’équivalent de deux cars par jour qui se crashaient en tuant des malades du Covid, pour presque un million de nouveaux cas par semaine mais il était surtout question de partir en vacances sans aucune mesure de précaution dans les transports en commun, avec l’injonction de tout oublier pour bien dépenser. Ce que l’on peut retenir de la sortie tautologique de Joe Biden, c’est avant tout que les dirigeants ont envie que la crise sanitaire soit finie, quelque soit la réalité des faits.

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lundi, 26 septembre, 2022

Quand les identités s’affrontent dans les assiettes

C’est un air connu, que les marionnettes du jeu électorat se remettent à siffler quand elles s’inquiètent qu’on les ait oubliées. Fabiend’chez nous Roussel et sainte Sandrine Rousseau, deux héros de la défaite de la gauche en Hauts-de-France qui se sont imposé·es dans l’arène nationale, remettent le couvert sur la question de la consommation de viande. Rousseau, qui n’était pas végétarienne la dernière fois que j’ai mangé avec elle, renforce son image d’écoféministe en dénonçant une consommation masculine de viande qui détruit la planète. Sur le fond, le propos est assez juste : la manière dont sont associées la consommation de viande et la masculinité, la chasse, la prédation, la force physique et même la couleur rouge (1), dite aussi virilo-carnisme ou carno-phallogocentrisme pour faire plus simple, est une représentation sociale mise en lumière depuis plusieurs décennies et qui explique encore aujourd’hui la consommation différenciée de viande entre femmes et hommes (2). La journaliste féministe Nora Bouazzouni a d’ailleurs produit récemment deux ouvrages éclairants et bien argumentés sur le sujet, Faiminisme et Steaksisme (Nouriturfu, 2017 et 2021). Roussel, qui drague un électorat en tout point opposé, en a profité pour faire son apologie des vraies valeurs françaises, vin, viande et fromage.

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mercredi, 24 août, 2022

Des lobbys au menu

Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz, Des lobbys au menu. Les entreprises agro-alimentaires contre la santé publique, Raisons d’agir, 2022, 176 pages, 9 €

C’est un court ouvrage mais qui rend compte d’une recherche très ambitieuse sur l’influence des entreprises agroalimentaires sur le débat et les politiques publiques en France. Cette influence se déploie dans trois dimensions avec trois outils privilégiés. Les think tanks investissent le champ scientifique, les organisations de représentations d’intérêt les instances étatiques, les fondations d’entreprise la société civile. Leurs efforts se sont particulièrement concentrés ces dernières années sur trois sujets : la mise en œuvre du Nutriscore, les états généraux de l’alimentation et dans une moindre mesure la discussion de l’interdiction de publicités télévisées pour les aliments transformés à l’attention des enfants. Ces trois moments ont été l’occasion d’influences plus directes qui mobilisent des liens créés et entretenus en continu par l’industrie en ordre plus ou moins dispersé car au-delà des entreprises, les filières (profession du lait ou du sucre) et l’ensemble de la profession (Association nationale des industries alimentaires, la discrète Ania) mènent des actions en ce sens.

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samedi, 16 juillet, 2022

Faut-il être compétent·e pour être élu·e ?

L’élection en juin de cette année à l’Assemblée nationale d’une femme de chambre en a choqué plus d’un·e. Une journaliste conservatrice s’est même inquiétée que Rachel Kéké, c’est son nom, puisse être démunie devant une tâche pareille et ait besoin d’une « formation » (1). Dans ma circonscription a un jour été élu un dentiste dont c’était le premier mandat et il était évident que son diplôme d’odontologie lui donnait accès aux arcanes du pouvoir législatif.

Ce qui est choquant, c’est moins la présence que l’absence des classes populaires sur les bancs de l’assemblée : six ouvrièr·es pour 175 cadres et professions intellectuelles, deux technicien·nes pour 83 professions libérales. Loin de représenter, au sens de donner à voir le peuple réuni en assemblée, l’élection sélectionne des personnes que leur classe sociale, leur genre, leur ambition ou l’illusion de leur mérite personnel appelle à représenter les autres, à parler en leur nom (2).

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vendredi, 8 juillet, 2022

Face aux politiques sanitaires inconsistantes, l’autogestion ?

Deux ans après les mensonges sur les masques, que le gouvernement n’avait pas pris la peine de provisionner en masse malgré les multiples alertes de virus se transmettant par voie d’air, les autorités ont été jugées fautives par le Conseil d’État. Mais aucune responsabilité n’a été précisément établie concernant les personnes mortes des conséquences de leur action car après tout c’est aussi la faute à pas de chance quand on chope le Covid et parce que les dites autorités ont quand même montré leur bonne volonté pour lutter contre l’épidémie en promouvant largement la distanciation physique et le lavage des mains. Voilà qui pose problème. Car la distanciation physique et le lavage des mains ne contribuent pas vraiment à la réduction des risques Covid. Pire, les efforts qui leur sont dédiés sont divertis du cœur du problème : la transmission par aérosols, qui nécessite port du masque et aération des locaux. Et depuis deux ans et demie, ce cœur de la réduction des risques est sous-estimé ou ignoré et nous perdons « la bataille de l’air ».

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lundi, 20 juin, 2022

Un pays démocratique ?

Enfants, nous avions appris que la France, les pays d’Europe occidentale et tous les pays où se tiennent des élections libres étaient des démocraties. Mais aujourd’hui on constate, dans des pays du Sud, du Nord mais également au cœur de l’Europe, que de plus en plus de dirigeants très peu respectueux des règles démocratiques sont élus, souvent réélus, et cette définition ne tient plus. Les choses sont plus compliquées et force est de constater que « démocratique » n’est plus un adjectif absolu mais qu’il admet des variations : les régimes, les pays ont des caractères démocratiques plus ou moins marqués. À quoi cela tient-il ? Et où en est notre société en matière de démocratie ?

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mardi, 7 juin, 2022

Désastres touristiques

DESASTRES TOURISTIQUES - Couv.jpg, juin 2022Henri Mora, Désastres touristiques. Effets politiques, sociaux et environnementaux d’une industrie dévorante, L’Échappée, 2022, 208 pages, 17 €

38 milliards d’euros, c’est le montant du soutien accordé à l’industrie touristique française en 2020 et 2021. À cette somme il faut encore ajouter 15 milliards de soutien à l’aviation avant de comparer avec les 100 milliards du plan dit « France Relance » pour avoir une idée de l’importance du tourisme dans nos sociétés. Derrière l’emblématique tourisme international (ces arrivées comptabilisées depuis l’étranger qui font la fierté de la France, pays le plus visité au monde), Henri Mora dessine les contours d’une industrie tentaculaire. Le tourisme, c’est les transports interurbains, l’industrie des loisirs, l’hôtellerie et la restauration, les bars et les boutiques (pas seulement de souvenirs puisqu’on vend des destinations pour leur offre de shopping). Dans les annexes du livre, inscrites dans le contexte des pays catalans, Miguel Amorós ajoute le marketing territorial. Le tourisme, c’est la pointe émergée d’un iceberg fait de compétition territoriale, d’organisation des transports à tous niveaux, y compris métropolitain (la ligne A du RER, qui dessert Disneyland, comme celle qui se promettait de desservir Europacity), de services, ubérisés ou sommés de rester ouverts le dimanche dans les destinations touristiques. Des grands projets inutiles qui ont réuni un front commun d’opposition, combien dédiés au tourisme, qu’il s’agisse d’infrastructures de loisirs (tel le projet de Center Park de Roybon, qui a donné lieu à une lutte à laquelle Mora a participé et sur laquelle il a précédemment écrit (1)) ou de transports ? Pas de critique du tourisme sans critique de la société industrielle capitaliste et c’est à cela que s’attelle Mora.

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lundi, 6 juin, 2022

Nos morts

C’était il y a presque vingt ans. Nous avions payé un lourd tribut à la canicule, 15 000 morts de plus par rapport à un été comme les autres. L’occasion d’extorquer un jour de travail gratuit dont bénéficient les entreprises et pour lequel elles versent à l’État en contrepartie 0,3 % de leur masse salariale pour financer un impôt aux personnes âgées et handicapées. 15 000 morts avaient suffi à nous tordre le bras, un an après un mouvement contre une énième attaque sociale. C’était pour la bonne cause.

Aujourd’hui, après presque vingt années supplémentaires de mépris néolibéral et de virages vers l’extrême droite, ces 15 000 morts sont une broutille. Après tout, c’était 80 % de vieux et de vieilles, on s’en tape. Même lassitude devant les morts du Covid, un nez à l’air vaut bien une vie. Le variant Omicron ? Il est sympa quand même, depuis une vingtaine de semaines qu’il est majoritaire il n’a tué que 26 000 personnes. Une peccadille, ces 26 000 familles endeuillées, une à deux centaines par jour. Tant que l’économie n’est plus impactée, tout va bien, inutile de rappeler ce fait dans le débat public.

Bon courage à celles et ceux qui bossent en ce lundi de Pentecôte et on croise les doigts. Ce n’est pas parce que cette fois on n’a pas pleuré nos mort·es qu’on ne va pas les payer.

dimanche, 22 mai, 2022

La grande convergence

Imaginez cette annonce dans un avion : « Mesdames et messieurs, pas la peine d’attacher vos ceintures, elles ne servent à rien : même avec, des gens ont pu mourir dans des accidents aériens. Nous avons revendu les gilets de sauvetage et économisé sur les inspections de sécurité avant le vol. N’hésitez pas à aller fumer dans les toilettes et bon courage pour arriver à bon port. » Ce n’est pas le genre d’annonce qui susciterait les applaudissements et les cris de joie des passagèr·es mais c’est ce qui s’est passé mi-avril quand aux États-Unis les juges ont estimé que le port du masque attentait à la liberté individuelle. Et pas du tout à la liberté de tou·tes de prendre les transports en toute sécurité, malgré leur fragilité ou leur simple manque d’appétence pour une semaine de grosse crève, le risque d’un Covid long et la possibilité d’infliger tout ça ou pire aux personnes de leur entourage et au-delà. Le scénario catastrophe s’est propagé de l’Amérique libertarienne à la France macroniste avec un mois de retard et, le 16 mai, la fin du port du masque obligatoire dans les lieux publics confinés s’est étendue aux transports en commun. Ironie de l’histoire, ce sont ces jours-là pour lesquels l’Assurance maladie me demande de renseigner mes cas contact car je viens d’être testée positive (j'ai répondu en donnant la liste des lignes de transport en commun que je fréquente).

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samedi, 21 mai, 2022

Reconnaître nos chaînes pour espérer les briser

Des jeunes qui ont le grand mérite d’avoir décroché un diplôme sensiblement égal à celui de leurs parents. Des consommateurs et consommatrices à blâmer pour leurs choix peu soutenables. Des personnes positives au Covid et qui ne peuvent que regretter leur manque de chance. Nous peinons toujours à admettre à quel point nos vies sont déterminées par l’organisation sociale et préférons envisager nos personnes en majesté, en capacité de mener des vies indépendantes, de faire des choix qui leur appartiennent entièrement.

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dimanche, 1 mai, 2022

Criminels climatiques

9782348046773.jpg, mai 2022Mickaël Correia, Criminels climatiques. Enquête sur les multinationales qui brûlent notre planète, La Découverte, 2022, 190 pages, 19 €

Au début des années 2000, l’industrie pétrolière promeut le concept d’empreinte carbone. Chacun·e selon son mode de vie a une empreinte comptabilisée en émissions de gaz à effet de serre (GES) : kilomètres en voiture ou en avion, alimentation, achats, chauffage correspondent à des consommations énergétiques et aux émissions de GES conséquentes. Et si, au-delà des individus, on comptait l’empreinte carbone des pays ? celle des entreprises ? et pourquoi pas celle des entreprises qui livrent l’énergie aux consommateurs finaux ? L’idée semble a priori simple ou bien alors incongrue car ces entreprises ne se contentent-elles pas de fournir aux dits consommateurs ?

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mercredi, 20 avril, 2022

Fin de partie ?

Si la crise sanitaire due au Covid-19 était un marathon, on peut tenter d’imaginer comment les autorités françaises l’auraient couru. D’abord un énorme sprint, à s’en faire péter la rate. Confinement strict, avec deux poids-deux mesures selon le statut social des personnes, et un coût énorme – pas seulement économique mais aussi social et sanitaire (les malades, actuel·les et à venir, d’autres pathologies ont été sérieusement impacté·es (1), sans compter la dégradation globale de la santé physiologique et psychologique), démocratique également car l’arbitraire des règles et de leur mise en œuvre attente aux quelques caractères démocratiques de nos sociétés. Le tout avec le petit caillou dans la chaussure que constituent le discours sur l’inutilité des masques et leur absence dans les stocks.

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vendredi, 15 avril, 2022

Ma bite est vivante

Par Alain Gomasio

La bride tendue sur mon cou, la ceinture de chasteté sur ma bite, tout ce qui m’empêche de humer l’air des sous-bois et de profiter du vivant… Voilà deux ans que le capital et ses complices appauvrissent ma vie et confinent mon vit. Le troupeau des peine-à-jouir applaudit les autorités pour leur gestion inhumaine de nos corps, salue l’efficacité et la constance de mesures qui devraient faire horreur à n’importe quel être véritablement vivant. « Gestes-barrière », « confinement », « comorbidités », « immunité », « épidémiologie », « ARN messager », leur lexique est envahi par une novlangue aussi laide que commune.

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mardi, 29 mars, 2022

Le Piège identitaire

Le-piege-identitaire.png, mar. 2022Le Piège identitaire. L’Effacement de la question sociale, Daniel Bernabé, traduit de l’espagnol par Patrick Marcolini avec Victoria Goicovich, L’Échappée, 312 pages, 20 €

En 2018, le journaliste et essayiste Daniel Bernabé publiait en Espagne un ouvrage critique des tendances de la gauche à servir les besoins de reconnaissance des minorités tout en abandonnant toute prétention à lutter contre l’organisation socio-économique qui permet l’exploitation des travailleurs et travailleuses. Résumé comme ça, le livre semble rejoindre le lot de ces nombreuses imprécations moqueuses et convenues contre les « racialisateurs », les féministes post-modernes ou les poses de la bourgeoisie de gauche dans l’espace public. Mais l’exercice est bien plus subtil et cette publication, traduite et légèrement adaptée au contexte français de 2022 par Patrick Marcolini (1), est une réussite. Car il ne s’agit pas pour l’auteur de déclarer la nullité des demandes des groupes sociaux minorisés (femmes, personnes non blanches, LGBT, etc.) mais de les articuler à une critique sociale plus large et vigoureuse, celle d’un capitalisme en roue libre, qui ne rencontre plus guère d’opposition dans les sociétés européennes.

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jeudi, 17 mars, 2022

La grande démission

C’est un spectacle que beaucoup d’entre nous n’avions jamais vu avant, ou alors dans les films ou dans des pays lointains : des avis de recrutement fleurissent devant les commerces, parfois en grand sur des espaces publicitaires. Jamais autant d’efforts n’avaient été déployés pour nous convaincre de prendre un boulot. Avant c’était plutôt le contraire, à nous surnuméraires de séduire les employeurs, d’accepter des temps partiels ou des horaires très étendus, de modérer nos revendications salariales. C’est la loi du marché, il y a peu de postes et tellement de candidat·es…

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mardi, 15 mars, 2022

La part du feu

Et si, pour protéger les espèces vivantes de cette planète, nous décidions de préserver la moitié des terres de toute agriculture ? C’est la proposition qui est faite par les tenants du sparing, de l’anglais pour épargner. Cette idée part du principe que notre agriculture est destructrice des milieux et que la meilleure façon de limiter son impact est de limiter les surfaces sur lesquelles elle se déploie. Dans ce cadre de pensée-là, la productivité plus faible de l’agroécologie (1), plus gourmande en espaces, en fait un choix… moins écologique. Le biologiste Edward Osborne Wilson a présenté en 2016 cette idée dans un ouvrage, Half-Earth, jamais traduit en français. Benjamin Phalan, l’un des chercheurs qui la soutient, montre que les populations animales s’en sortent mieux dans les espaces sauvages que cultivés, même de manière écologique, et selon lui « la plupart des espèces auraient des populations plus fournies si la nourriture était produite sur les surfaces les plus réduites possible, épargnant les plus grandes surfaces de végétation sauvage possible » (les citations sont tirées d’un article lumineux de Fred Pearce).

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mardi, 25 janvier, 2022

Harcèlement moral en milieu anti-tech

frederique-vidal.jpeg, fév. 2022Écrire et publier, sur quelque support que ce soit, c’est s’exposer. Aux désaccords diversement exprimés mais aussi à des attaques personnelles, ce qui est plus regrettable. Il y a quelques années j’ai fait l’objet d’une telle attaque. Trois pages d’une méchante brochure étaient consacrées à montrer quelle raclure j’étais : opportuniste et arriviste, je n’écrivais jamais que pour faire une carrière d’autrice « radicale », changeant de cheval au gré des modes militantes, au fond « jalouse » de l’auteur du libelle. Après une réponse en privé, où j’avais mis en copie d’autres personnes attaquées dans le texte, et bien que j’aie été souvent tentée de rétablir un peu de vérité parmi des mensonges très factuels et mesquins, je n’ai jamais pris la peine de commenter cette brochure autrement que par des allusions ici-même. Je connais Thomas J, l’auteur de ces malheureuses pages, depuis 2008 et notre passage chez les jeunes écolos alternatifs et solidaires, une asso soutenue par les Verts puis EELV. J’ai de lui une opinion très mélangée : un homme arrogant mais intéressant, un militant très actif et efficace mais qui a pris des partis douteux, un auteur qui se flatte de comprendre « le » féminisme et « le » Islam sur lesquels il écrit des textes haineux et de faible tenue (on a là le 100 000e islamologue du pays) mais qui documente honnêtement le déferlement technologique dans sa région, une personnalité que j’ai découverte tardivement narcissique et au fond fragile, dont l’écriture carbure à la haine, prenant des cibles pas toujours choisies avec la plus grande sagacité.

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mercredi, 19 janvier, 2022

L’élevage entre deux feux

La viande est en passe de devenir le énième emblème identitaire, marqueur de francité ou de progrès social. La droite rance réagit au quart de tour quand il est question de végétarisme. L’annonce de menus végétariens sans possibilité de choix dans les écoles lyonnaises avait déclenché une véritable panique morale, quand bien même la mesure avait été mise en place par la mairie de droite avant la victoire d’EELV, pour fluidifier la circulation dans les cantines par temps de Covid. À les entendre, c’est Mozart qu’on assassine, les enfants pauvres qu’on prive de subsistance, les éleveurs qu’on condamne à un suicide certain.

Cette droite est désormais suivie par le candidat communiste pour qui la tradition française et la qualité de la nourriture se confondent en une devise ternaire : « Viande, fromage, vin (avec modération). » Exit les patates du gratin dauphinois, les haricots du cassoulet, les pommes de la tarte Tatin, le populo veut de la barbaque et du frometon, la gauche va leur en donner !

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