La Bascule

Johann Chapoutot, La Bascule. Allemagne, 1933, Gallimard, 2026, 402 pages, 23,80 €

Début 2025, l’historien spécialiste du nazisme Johann Chapoutot publiait Les Irresponsables. Qui a porté Hitler au pouvoir ? Celui qui avait tenté un temps de consacrer son travail à des sujets un peu plus aimables (voir en 2020 Libres d’obéir. Le Management, du nazisme à aujourd'hui, ouvrage adapté en bande dessinée l’an dernier avec Philippe Girard) se sentait forcé de reprendre l’étude du régime hitlérien et plus précisément de son établissement suite à une période politiquement instable qui rappelait décidément trop la France de 2024 (voir ma chronique ici-même). Début 2025, le second mandat de Donald Trump donnait à voir un spectacle hallucinant, celui d’un État de droit qui s’érodait devant les assauts d’un monarque ne rencontrant plus de contre-pouvoirs (la Cour suprême et les deux assemblées lui étant acquises) et osant désormais tout dire et tout faire (1). C’est aussi pour répondre aux questions des lecteurs et lectrices du premier livre que Chapoutot explique avoir ressenti la nécessité d’écrire la « suite » des Irresponsables pour faire la lumière sur la manière dont les digues cèdent au fascisme : qu’est-il donc arrivé après le 30 janvier 1933 ? comment Hitler, dirigeant d’un gouvernement où les nazis étaient franchement minoritaires, a-t-il pu faire main basse sur le pays ?

Le premier enseignement du livre tient en un récit de fiction uchronique par lequel l’historien ouvre le livre. Que se serait-il passé si Otto Meissner, l’éminence grise du président Paul von Hindenburg, avait été grippé et n’avait pas mené avec sa poigne habituelle les négociations entre les partenaires de la future coalition droite-extrême droite et les avait laissés s’écharper ? Chapoutot, comme dans Les Irresponsables, use de l’histoire contre-factuelle pour rappeler que l’accession d’Adolf Hitler à la chancellerie n’était pas irrésistible et que dès novembre 1932 le parti nazi avait cessé de grimper dans les suffrages. Le plus dur était passé pour la droite allemande mais Hindenburg a satisfait aux exigences des nazis par facilité autant que par intérêt personnel, pour qu’ils cessent de l’attaquer personnellement sur une affaire peu glorieuse.

La suite est connue et après ce premier chapitre à l’écriture romanesque l’historien déplie les quelques semaines lors desquelles le NSDAP a réussi à imposer son pouvoir. Sa position était pourtant considérée comme fragile par les personnes qui lui permettaient d’accéder au titre de chancelier longtemps convoité. Les ministres nazis étaient minoritaires mais les maroquins bien choisis. Franz von Papen était vice-chancelier et pensait utiliser Hitler comme une marionnette mais en s’assurant un contact direct avec le président et en refusant de faire du conseil des ministres un lieu de concertation, le leader nazi court-circuita bien vite Papen qui n’avait pas pris la précaution de se faire attribuer un véritable ministère. L’équivalent du ministère de l’intérieur de l’État de Prusse, en revanche, avait été attribué au nazi Hermann Goering ; c’est à ce niveau-là que se dirigent police et renseignement et la Prusse constitue alors plus de la moitié du pays.

Le lendemain du 30 janvier, le parlement (Reichstag) est dissout et de nouvelles élections sont convoquées pour le 5 mars. Hitler fait nommer par Hindenburg un ministre de l’intérieur nazi et signer des décrets liberticides, tout en réduisant ses partenaires du gouvernement à des fantoches. Pendant la campagne, le bâtiment du Reichstag est incendié et cela tombe à point (2) pour réprimer les « marxistes », communistes et sociaux-démocrates, et interdire le parti communiste. Les troupes nazies exercent la terreur dans la rue pendant que Joseph Goebbels a mis en route une machine de propagande exceptionnelle. 50 000 SA et SS sont intégrés aux polices des États, le camp de concentration de Dachau est ouvert. Le 23 mars, ce qu’il reste de parlementaires de gauche vote contre une loi qui permet à Hitler de gouverner par décret mais elle est adoptée avec les voix des parlementaires de droite et du centre, intimidés par un comité d’accueil constitué de nazis en uniforme et sans égards pour eux. En moins de huit semaines, le régime parlementaire est tombé et tous les pouvoirs ou presque sont dans les mains des nazis. Il a fallu moins de temps au chancelier Hitler pour mettre le pays à sa botte qu’il n’en a fallu à Emmanuel Macron en 2024 pour nommer un premier ministre.

Les semaines qui suivent consolident le pouvoir nazi : dissolution des syndicats et du parti social-démocrate, exclusion des juifs de la fonction publique, création de la Gestapo et d’une police nationale, autodafé de livres et enfin le 14 juillet établissement du monopartisme. Chapoutot embrasse toute la période qui va du 30 janvier au 14 juillet 1933, précisant les rôles de chacun, les adjuvants, les opposants et les attentistes. C’est moins les nazis qu’il juge (ce qu’il essaie de faire honnêtement, leur accordant parfois quelques talents) que le milieu qui leur a permis de se développer.

Les adjuvants, ce sont d’abord Hindenburg et ses proches. Le président signe les décrets que lui présente Hitler et bénéficie personnellement de nouvelles largesses, lui qui avait déjà profité économiquement de sa position politique. Ce sont aussi les partis de droite, des Papen et autres réduits à faire de la figuration après le 30 janvier mais qui ont préparé le travail des nazis, en prenant l’habitude de tordre la constitution mais aussi en rédigeant les textes qui seront adoptés en 1933. Chapoutot les nomme palefreniers, metteurs en selle en allemand, ces élites politiques qui ont rendu pensable et réalisable le glissement vers la dictature. Il ne faudrait pas négliger le rôle des capitalistes allemands, séduits dès 1932 par un parti nazi très complaisant envers le capital mais servant en même temps au populo un discours vaguement socialiste. De grosses entreprises renflouent les caisses du NSDAP pour lui permettre de faire campagne en février 1933.

Parmi les opposants, l’auteur ne sauve pas beaucoup de monde et le reproche lui a été fait d’accorder une trop belle place aux militant·es communistes. Les chiffres le montrent, le KPD est l’institution qui a payé le plus lourd tribut au printemps 1933, en militant·es assassiné·es, exécuté·es ou détenu·es. Les socialistes aussi se sont soulevé·es sur le terrain contre la loi des nazis mais la direction du parti reste attentiste, hostile aux communistes (qui le leur rendent souvent) et espérant que leur inaction évite une guerre civile et calme la haine que les nazis leur portent. Syndicalistes, juifs de droite, nombreux sont ceux qui courbent l’échine en attendant que la tempête passe, ou pour certains imaginent bénéficier d’un ralliement de la 25e heure, avant de comprendre, mais un peu tard, qu’ils ont toujours été dans le viseur (3). L’auteur traite également de l’armée et de l’Église catholique, dont l’opposition était à craindre. Après tout, les nazis sont des barges en uniforme d’opérette (celui des SS bien coupé par Hugo Boss) et leurs discours ne sont pas dans la droite ligne du Christ… Mais l’armée et l’Église ne sont pas des blocs monolithiques. Les dirigeants de l’armée et les électeurs catholiques étaient assez hostiles aux nazis mais les jeunes officiers ambitieux et les élites catholiques ont été conquises.

Quid du grand public et de l’idée commune que Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes ? Suite aux élections de novembre 1932, le NSDAP est le plus gros parti du pays avec 33 % des voix mais la gauche, SPD et KPD certes désunis, a fait 37 %. Le centre est tombé à 12 % et avec un parti d’extrême droite conventionnel il totalise 20 % environ, petit score mais place de pivot qui lui permet d’avoir une majorité de ministres au gouvernement… avec le succès qu’on sait. Avec un tiers des voix, 196 sièges sur 584, le NSDAP n’a pas plus emporté les élections en 1932 que le RN français en 2024. Le 5 mars, dans les conditions qu’on a vues (violence politique et répression, interdiction du KPD, propagande incessante pour les nazis), le parti nazi atteint péniblement les 43 %. La gauche a réussi à se maintenir à 30 %, malgré les attaques. Leur score est élevé mais ce n’est pas un plébiscite pour les nazis, loin de là. Chapoutot note encore que le boycott des commerces juifs le 1er avril a fait flop. Pour lui, le peuple allemand a subi l’effondrement des institutions, il ne l’a pas provoqué.

Le terme utilisé par les nazis pour décrire le processus est celui de Gleichschaltung, souvent traduit par « mise au pas ». Chapoutot récuse cette traduction, c’est un néologisme qui peut être entendu comme « réduction à l’identique », « mise en série », « réinitialisation ». Et de fait, alors que les institutions s’effondrent, le nazisme s’insinue dans le corps social. Les médecins et les dentistes apprécient les métaphores biologiques du régime et mêmes les associations de jardiniers sont séduites, l’une d’elles mettant à sa tête un « Führer des jardins » dont l’historien s’amuse. Intérêt particulier, conformisme peuvent expliquer le revirement d’une part de la population mais l’auteur consacre un dernier chapitre à décrire la variété des actes de résistance, de la « réticence » (James Scott) à la « Widerstand » organisée. Il donne pour preuve l’humour déployé par les Allemand·es pour moquer les nazis et aligne les blagues de l’époque, pas franchement drôles mais on se plaît à imaginer les gens se les dire et faire l’expérience d’un carré de liberté.

Comme dans Les Irresponsables, on sent l’historien très en colère contre tous ceux qui font advenir le fascisme dans l’Europe des années 2020. Il est souvent drôle, très incisif, toujours fin. Sa langue est châtiée et son lexique très riche, disais-je à propos du livre précédent, comme pour rappeler aux dirigeants leur médiocrité et la finesse du vernis de leur éducation élitiste. Au-delà de cette colère renouvelée contre les barrages qui se transforment en marchepieds, l’extrême centre qui fait alliance de fait avec le RN, l’Assemblée nationale qui rend hommage à « Je-suis-Charlie-Kirk » alors que son organisation fasciste a contraint un historien états-unien à l’exil, il a des mots très durs contre ceux qui lui ont refusé d’écrire un livre sur le fascisme pour aujourd’hui, souhaitant ne pas entendre cette histoire et ne ferrailler sur le sujet qu’avec des encore plus incultes qu’eux (4).

L’histoire, selon lui, sert à penser le monde dans lequel nous vivons. On ne l’enseigne pas dès la primaire pour se raconter des histoires mais pour tirer les leçons du passé. Son travail d’historien est donc par définition engagé. Et il l’est d’autant plus que le fascisme revient, sous d’autres formes. Timothy Snyder et Robert Paxton, deux spécialistes anglophones du fascisme, ont admis le parallélisme entre les années 1930 et aujourd’hui, le second attendant l’insurrection du Capitole avant de s’exprimer dans ces termes. Johann Chapoutot est mû par la même urgence et on imagine que ses deux livres ont pour but de nous aider à comprendre pour mieux le combattre le fascisme et ce qui lui permet de s’imposer. Mais ils ne sont pas que ça et La Bascule est aussi un grand livre d’histoire politique et culturelle de l’Allemagne, du XVe siècle à aujourd’hui.

(1) Dans Blockers: Rebels in the Deep State (Allen Lane, 2026), l’écrivain Michael Lewis raconte les efforts de fonctionnaires états-unien·nes dans cette situation pour ne pas laisser sombrer le navire administratif et être à la hauteur des responsabilités qui lui avaient été confiées.
(2) Les historien·nes hésitent pour attribuer cet incendie aux nazis ou à un individu isolé dont l’acte a immédiatement été mis sur le compte du parti communiste et exploité par les nazis. Chapoutot ne précise pas ce point mais selon lui une partie de l’opinion pense à l’époque que les nazis sont à l’initiative de cet incendie.
(3) Un chapitre entier est consacré aux Allemands juifs et à leur positionnement devant le pouvoir nazi. Chapoutot rappelle qu’en 1933 il était inconcevable que l’Allemagne ne fût pas le refuge contre les persécutions que les communautés juives avaient toujours connu. Les nazis prononçaient (en public) peu de propos antisémites et le parti avait un électorat juif, convaincu que son assimilation le mettrait à l’abri, s’imaginant que seuls les juifs récemment immigrés de l’Est pouvaient faire l’objet d’une quelconque hostilité (dont la leur). Les dispositions antisémites ont été une surprise pour beaucoup dans les semaines qui suivirent le 5 mars et il était difficile d’imaginer jusqu’où les nazis iraient. La relation entre sionistes et nazis est aussi décrite, échange de bons procédés puis méfiance réciproque.
(4) Entre les « interlocuteurs » à qui il faut tout expliquer « depuis Néandertal » et les spécialistes de tout qui ont leur rond de serviette dans les médias, l’historien a des mots très durs sur le paysage médiatique mais ne cite aucun nom pour dénoncer la réception indigente de son travail.

Écologie et démocratie

Ce texte a été écrit pour une conférence à Charenton-le-Pont au théâtre des Deux Rives le 2 juillet 2026 à l’invitation de l’association Étincelles et Radicelles. Je suis intervenue aux côtés de Lucas Francou Damesin (Parlons climat).

À quels dysfonctionnements politiques devons-nous la crise écologique ?

Il est entendu que nous sommes dans des régimes démocratiques et que nous subissons de graves crises écologiques, crise climatique entre autres. Quelles sont les raisons de cet échec ? Trop de démocratie ou pas assez ? Pour certains, il y a incompatibilité entre démocratie et écologie. Des critiques anti-démocratiques pointent du doigt le régime d’illimitation des désirs de la démocratie. La démocratisation de nos sociétés depuis la fin du XVIIIe siècle est parallèle à un développement économique qui a satisfait des besoins et maintenant satisfait des désirs moins justifiés, à un coût écologique désormais insupportable. C’est le propos par exemple de Bertrand Méheust, dont l’ouvrage La Politique de l'oxymore. Comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la réalité du monde (La Découverte, 2009) avait été beaucoup lu dans les cercles décroissants à l’époque. Il est entendu que la démocratie, une action politique fondée sur la voix du peuple, se contente de servir ces désirs.

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La Violence en spectacle

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FAB_26_11x16_8_DECK_Violence-670x1024.jpg, sept. 2026Elsa Deck Marsault, La Violence en spectacle. Féminisme, État punitif et figure de la victime, La Fabrique, 2026, 160 pages, 14 €

Voilà qui semble à première vue paradoxal : en 2026, c’est à Gérald Darmanin, qui a été accusé de viols par contrainte, qu’est confiée la charge d’élaborer une loi intégrale pour protéger femmes et enfants des violences sexistes et sexuelles. Elsa Deck Marsault nous aide à saisir tout ce qui ne va pas dans cet énoncé. Dans Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes, publié en 2023, l’autrice cherchait pour la justice exercée au sein des communautés progressistes, traversées de conflits et de violences pas toujours bien gérées collectivement, des voies réparatrices et transformatrices. Ici elle dénonce une tendance répressive dans les mouvements féministes de la fin des années 1970 à aujourd’hui, incarné par ces militantes au procès de Mazan qui demandaient « 20 ans » de réclusion criminelle pour chacun des accusés.

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Le Grand Détournement

Grand Détournement.jpg, sept. 2026

Grand Détournement.jpg, sept. 2026Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre, Le Grand Détournement. Comment milliardaires et multinationales captent l’argent de l’État (2025), Points, 2026, 192 pages, 7,90 €

C’est en 2024 que le scandale éclate : le budget de l’État est hors de contrôle, les déficits sont inattendus. Malgré cela, le président français a refusé une loi de finances rectificative en amont des élections européennes, il a même trouvé bon d’enchaîner avec une dissolution de l’Assemblée nationale. Depuis lors, le pays connaît un surcroît d’austérité qui met à mal le fonctionnement des services publics et les premiers ministres se succèdent, trois en deux ans.

Aron et Michel-Aguirre sont journalistes au Nouvel Obs et ont dans un précédent travail éclairé le rôle des cabinets de conseil dans l’action étatique. Dans cette enquête d’actualité, il et elle documentent l’état d’une France qui pousse jusqu’au bout la logique néolibérale. C’est au gouvernement Balladur (1993-1995) que les journalistes font remonter la manie de priver les budgets publics de ressources. Depuis, les aides aux entreprises et aux ménages les plus riches ont explosé, sous prétexte de soutien à l’activité économique : subventions, exonérations d’impôts, ce sont au final 270 milliards qui manquent aux budgets publics.

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Le Problème à trois corps du capitalisme

problème trois corps.jpg, juil. 2026

problème trois corps.jpg, juil. 2026Romaric Godin, Le Problème à trois corps du capitalisme. Sur la gestion autoritaire du désastre (et les moyens de lui faire face), La Découverte, 2026, 320 pages, 22 €

Dans ce nouveau livre, qui fait suite à La Guerre sociale en France, le journaliste économique de Mediapart s’inspire de la métaphore dans l’œuvre de science-fiction de l’auteur chinois Liu Cixin, Le Problème à trois corps. Comme la planète Trisolaris du roman, soumise au chaos de ses trois soleils, nos sociétés subissent trois crises articulées les unes aux autres : une crise économique, une crise écologique et une crise anthropologique. La crise économique est un ralentissement de l’accumulation capitaliste, une croissance qui se tasse depuis les années 1970, d’autant plus depuis 2008. Il ne s’agit pas d’une décroissance mais d’un ralentissement de la croissance et cela suffit à mettre en difficulté un système économique dépendant de l’accumulation. Le gâteau ne grossit plus assez vite, puisque l’ensemble de la planète est intégré dans le système économique et que les gains de productivité connaissent eux aussi un ralentissement malgré le développement technologique. Dans un système capitaliste, soit une organisation sociale dominée par le capital, il faut préserver le taux de profit. Et pour préserver le taux de profit, il reste à accentuer la pression, notamment sur l’exploitation de la nature et de l’être humain, mais cela accentue les deux autres crises et déstabilise d’autant plus le système. Il est impossible de résoudre l’une ou l’autre crise sans résoudre les autres.

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Écoterroriste

Écrit pour la rubrique « La Guerre des mots » de Transrural Initiatives.

Il n’y a pas si longtemps, à la campagne, on appelait bitniks, peluts (1) ou hippies les gens avec des modes de vie alternatifs, les barbus, les mal coiffées, ceux qui ouvrent un café associatif ou qui préfèrent fumer des joints, celles qui s’engagent contre des projets d’aménagement polluants. Il m’est arrivé de voir ce lexique, un peu ancien, renouvelé par un tout nouveau mot : « écoterroristes ».

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La climatisation pour tou·tes ?

Chaque fois ou presque que je passe au-dessus de l’autoroute de l’est ou du périphérique parisien, le spectacle des voitures trop nombreuses me fait désespérer. La région parisienne est particulièrement dense, comment est-il possible que la voiture particulière y soit une stratégie de déplacement judicieuse, plus rapide et fiable, plus confortable que l’usage des transports en commun ? Qui a ce genre de pognon à dépenser ? Quelle organisation sociale peut offrir des transports en commun aussi dégradés, tout en entretenant la boulimie de kilomètres par un aménagement du territoire aussi mal pensé ?

Et quand il fait trop chaud, je rumine aussi ces questions : pourquoi presque toutes ces voitures ont la clim alors que peu de bus et de métros en sont équipés ? N’est-il pas aberrant d’utiliser de l’énergie pour rafraîchir 1,2 personne par bagnole tandis que des centaines s’entassent dans des wagons étouffants alors que, par civisme ou contrainte, elles utilisent un moyen de déplacement plus vertueux ? Comment peut-on désavantager ainsi les usagèr·es du bus et du RER alors que la dépendance automobile tue autant de gens chaque année, directement ou par la mauvaise qualité de l’air, nous rend si vulnérables à une crise énergétique et a une si grande part dans le changement climatique ?

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Démocratie radicale ou anarchisme ?

La démocratie est-elle une valeur de droite ou de gauche ? Si c’est de la course à l’échalote dans les sociétés libérales qu’il est question, la démocratie convient à tout le monde et même les fachos jouent le jeu. Mais il est un point essentiel de la démocratie qui chagrine la droite, c’est l’isonomie, le fait qu’en droit toutes les voix se valent. Si la droite se caractérise par le fait qu’elle ne refuse pas les inégalités, que ce soit au nom de la nature ou du mérite, alors la démocratie est comme un caillou dans sa chaussure. Étrangement, on peut aussi aujourd’hui être de gauche et se faire acclamer du bon peuple de l’émission « La dernière » (1) pour des propos hostiles à la démocratie et qui conspuent l’idée que toutes les opinions se valent, comme le fait grand-papa, abonné au Figaro, quand il a bu un peu trop de sauternes à l’apéro.

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Quels futurs pour les « alternatives » écolo ?

Il y a maintenant une dizaine d’années, j’écrivais les premiers textes d’un petit livre, Égologie, informé et motivé par ma fréquentation des milieux alter-écolo. Les « alternatives » que nous promouvions reposaient sur l’idée que sans attendre le grand soir ou des changements institutionnels, il était possible de vivre de manière plus écolo, non seulement dans sa vie quotidienne mais aussi en s’inscrivant dans des initiatives collectives. Évidemment que c’est mieux d’acheter ses légumes chez une maraîchère nouvellement installée en bio que de payer des tomates espagnoles au supermarché mais cette vision du changement social, aussi accessible que minuscule, a vécu.

La vision d’un changement de société qui passe par une somme de changements individuels s’expliquerait rationnellement par des mécanismes de diffusion des idées, des modes de vie, un changement de culture fondé sur des exemples désirables. Mais elle puise également ses racines dans une vision un peu magique qui nous vient des sociétés dont l’ontologie procède par analogisme, comme ce fut longtemps le cas dans les sociétés occidentales (voir ici pour une explication rapide des quatre ontologies de l’anthropologue Philippe Descola). Le microcosme résonne avec le macrocosme. Les princes indianisés construisaient des villes au plan régulier pour apporter de l’ordre dans le monde, comme aujourd’hui les jardinier·es en permaculture influencent le macrocosme en cultivant leurs mandala (un petit monde qui représente le plus grand monde, l’échelle varie mais l’objet est au fond le même et en soignant l’un on soigne aussi l’autre). La surestimation de l’influence des comportements individuels sur l’ordre du monde a une très longue histoire.

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Sans transition

sans transition.png, avr. 2026

sans transition.png, avr. 2026Autour de Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition. Une nouvelle histoire de l'énergie, Points, 2026, 392 pages, 12,90 €

J’ai eu l’occasion il y a quelques mois d’être invitée à une rencontre universitaire internationale consacrée à l’écologie en Asie du Sud-Est. J’y ai vu un politiste français expliquer à une militante autochtone philippine que la transition énergétique de l’Europe requerrait la destruction de son milieu de vie. C’est à ce prix là que l’Europe pourra opérer sa transition car les terres rares, dont l’extraction et le traitement en Asie du Sud-Est sont si polluants et néfastes pour la santé, sont d’un intérêt vital pour notre sous-continent. Ces approvisionnements asiatiques, assurés par des compagnies australiennes comme Lynas dont il était question ici, lui permettent d’assurer une moindre dépendance à l’égard de la Chine qui se taille la part du lion sur ces matières (90 % de la production mondiale de terres rares) si vitales pour les équipements high tech. Et cette indépendance se paye par la dégradation du milieu de vie des communautés rurales à 10 000 km de chez nous.

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Bourgeois Gaze

bourgeoisgaze.jpg, mar. 2026

bourgeoisgaze.jpg, mar. 2026Rob Grams, Bourgeois Gaze. La Domination de classe au cinéma, Les Liens qui libèrent, 2026, 183 pages, 15 €

Avez-vous remarqué que les gens riches sont surreprésentés au cinéma ? Non seulement les protagonistes des films sont souvent bourgeois et exercent des professions intellectuelles prestigieuses mais même les personnages de « classe moyenne » ont souvent un train de vie très confortable, parfois incohérent avec le revenu qui devrait être le leur selon leurs caractéristiques socio-professionnelles, comme s’il était impossible d’apparaître au cinéma quand on est décemment fauché·e ou qu’on vit modestement, alors que c’est une condition très partagée, la mienne et sans doute la vôtre. Un jour quelqu’un·e avait calculé le revenu nécessaire à Dexter l’assassin de méchant·es pour posséder un bel appartement à Miami et un grand bateau, celui dans lequel il part en mer se débarrasser de ses cadavres, et ce n’était pas le revenu d’un technicien médico-légal, la profession qualifiée mais relativement normale qu’il exerce dans la série qui porte son nom. John Nolan dans la série The Rookie possède un énorme SUV et une énorme baraque à Los Angeles. Certes il l’a rénovée tout seul mais ni un artisan suite à un divorce ni un policier en début de carrière (il transitionne entre ces deux professions) n’ont le revenu qui permet de se payer ce genre de villa, dans une ville où des travailleurs pauvres dorment à la rue. Et quand les pauvres sont représentés, ils et elles sont à vrai dire misérables, suivant la définition qu’en donnait Majid Rahnema dans Quand la misère chasse la pauvreté (Actes Sud, 2003), et ils et elles n’ont pas d’autre histoire, ou à peine, que les problèmes sociaux et économiques avec lesquels ils et elles se débattent.

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Sobres pour la révolution

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sobres.jpg, mar. 2026Mathieu Léonard, Sobres pour la révolution, Nada, 2026, 192 pages, 12 €

Mathieu Léonard, déjà auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire de l’anarchisme, offre ici un aperçu de la manière dont les mouvements anarchistes ont envisagé la question de l’alcool, avec un focus sur le tournant du XXe siècle et quelques explorations plus récentes. Le livre est richement illustré, par des caricatures et affiches d’époque principalement, et complété par une courte anthologie. Comme le titre (emprunté à un livre sur le mouvement straight edge) le laisse supposer, les anarchistes ont été plutôt hostiles à la dépendance des classes populaires à l’alcool. Et pour cause : entre 1830 et 1900, la consommation d’alcool pur moyenne par adulte est passée en France de 15 à 35 litres par an, soit un litre de vin à 10 % par jour ou deux litres de bière à 5 %. Cette croissance est largement due aux conditions de vie et de travail de la classe ouvrière livrée au capitalisme industriel (voir La Guerre sociale en France de Romaric Godin) mais aussi à la disponibilité des produits (parfois rendus plus accessibles par le patron). L’alcool brise des vies, il est responsable d’une grande part des hospitalisations et des décès par ses effets directs sur les buveurs mais aussi des violences, notamment contre les femmes et les enfants, induites par l’ivresse. La bourgeoisie s’indigne de tels comportements, elle légifère (pour conclure à l’innocuité des boissons fermentées ou interdire l’absinthe) mais au fond la situation sert ses intérêts de classe.

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Des électeurs ordinaires

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faury.jpg, fév. 2026Félicien Faury, Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite (2024), Points, 2026, 244 pages, 10,20 €

Pendant plusieurs années, le sociologue et politiste Félicien Faury a vécu de manière intermittente en Provence-Alpes-Côte d’Azur (désormais Sud), une région toujours gouvernée à droite mais où le FN puis le RN fait florès depuis quelques dizaines d’années. Il livre ici, suite à sa thèse, une enquête qualitative sur les électeurs et électrices RN de la région, plus précisément d’une petite ville anonyme où il a multiplié les rencontres et les entretiens. C’est l’occasion d’entendre les électeurs et électrices RN dans leurs propres mots.

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Macronisme, paternalisme et jeux vidéo

Beaucoup a été dit sur la sortie d’Emmanuel Macron à propos des jeux vidéos et de leurs effets sur les plus jeunes. Représentant l’auto-proclamé « camp de la raison », il souhaite s’appuyer sur des études scientifiques qui permettront de mesurer les dimensions du problème et de suggérer des pistes d’action. Et en même temps, il fait son Robert du Café du Commerce en pestant sur les jeux vidéo qui rendent les jeunes violents, tout le monde sait ça, ma bonne dame. L’exercice n’est pas si incohérent car dans la mise en scène de son recours à la science il n’y a déjà que de la crasse démagogique. Il annonce des résultats de recherche pour dans quatre mois (c’est un fin connaisseur du rythme lent de la science) et a déjà établi tout seul les prémisses de la démarche scientifique.

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Le Triomphe des égoïsmes

la-montee-des-egoismes.jpg, fév. 2026

la-montee-des-egoismes.jpg, fév. 2026Camille Peugny, Le Triomphe des égoïsmes. Une nouvelle contrainte sociale, PUF, 2026, 240 pages, 18 €

Le Triomphe des égoïsmes a été souvent présenté comme une réponse au livre de Vincent Tiberj, La Droitisation française, paru fin 2024 chez le même éditeur. Tiberj, qui est politiste, avait tiré de l’analyse d’enquêtes sur les valeurs, répliquées à intervalles réguliers sur des décennies, que les Français·es étaient de plus en plus ouvert·es et tolérant·es sur les questions sociétales (Islam, place des femmes, (homo)sexualité, etc.) mais maintenaient aussi des demandes de redistribution économique, ce qui est déjà beaucoup quand on considère l’envahissement de l’espace public par les opinions droitières. Peugny, qui remercie à la fin de son ouvrage Tiberj pour ses encouragements, remet en question ces conclusions en faisant valoir d’autres observations, plus sociologiques. Selon le sociologue, l’égoïsme est une « nouvelle contrainte sociale » qui tient au remplacement de la lutte des classes par la lutte des places. Et cela reconfigure en profondeur le paysage politique.

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Des lobbys au comptoir

lobbys.jpg, fév. 2026

lobbys.jpg, fév. 2026Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz, Des lobbys au comptoir. L’Industrie de l'alcool contre la santé, Raisons d'agir, 2025, 170 pages, 14 €

Déjà auteurs d’un livre passionnant sur les lobbys de l’agro-alimentaire, Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz reviennent avec une étude des lobbys de l’alcool contre les politiques de santé publique. À votre santé ! L’alcool en France, c’est d’abord le vin qui représente 60 000 emplois. C’est le lobby qui bénéficie des meilleurs relais politiques en raison des nombreuses régions de production viticole. La bière est surtout présente dans le Nord et l’Est et emploie dix fois moins de personnes. Le cidre, les spiritueux sont moins bien implantés. Tous ces secteurs sont très concentrés économiquement, même le secteur viti-vinicole, ce qui permet l’organisation de groupes de pression très bien dotés, qui ont été actifs à de nombreuses occasions ces dernières années : détricotage de la loi Évin sur la publicité en 2015, tentative de faire entrer la consommation d’alcool dans les stades en 2019, limitation de la taille du pictogramme « femmes enceintes » sur les bouteilles en 2018-2021 ou refus de soutien à l’initiative du Défi de janvier en 2019-2020, pour les principales occasions de dévoiler leur travail d’influence, souvent couronné de succès.

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Faut-il rire de l’extrême droite ?

J’avoue que devant les énormités que sortent à tout bout de champ les fascistes (1) et qui sont relayées complaisamment par la société du spectacle (plus c’est gros, plus c’est de l’info), rire apporte un peu de baume au cœur. Rire avec Stephen Colbert de la déliquescence cognitive de Donald Trump et de son comportement de gosse de 6 ans particulièrement inculte et rancunier, rire avec Guillaume Meurice de l’hypocrisie de Pascal Praud en gardien de la neutralité entre différentes tendances de l’extrême droite, c’est déjà ça de pris. Je ne m’en prive pas mais ça m’interroge. Non pas car rire serait inapproprié devant la brutalité de l’extrême droite et la menace qu’elle représente pour le vernis de démocratie et de droits humains des régimes libéraux. Ces rires-là témoignent d’une colère sourde, ce ne sont pas (comme souvent l’humour français dominant) de simples prétextes à rigolade qui banalisent le naufrage de nos sociétés dans pire encore.

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Contre la ville durable

couv-contre-la-ville-durable2.jpg, janv. 2026

couv-contre-la-ville-durable2.jpg, janv. 2026Matthieu Adam, Contre la ville durable. Une écologie sans transition, Grevis, 2025, 140 pages, 13 €

Le géographe Matthieu Adam est déjà connu du public pour sa direction avec Émeline Comby du recueil Le Capital dans la cité (Amsterdam, 2020). Contre la ville durable est une autre contribution sur ce que le capital fait à la ville, cette fois sous des oripeaux verts. L’auteur ne dénonce pas un greenwashing éhonté ni ne remet en cause la durabilité des réalisations techniques. Les techniques de construction sont moins émettrices, les bâtiments consomment moins d’énergie, Adam le reconnaît mais il interroge les conditions de production de la vie durable, soit les constructions et les écoquartiers dûment labellisées. Revenant aux sources de l’élaboration de l’écologie aujourd’hui dominante, il montre avec Romain Felli (Les Deux Âmes de l’écologie, L’Harmattan, 2008) que la « durabilité » est partout « après avoir escamoté les principes fondateurs du développement durable », un compromis par ailleurs discutable mais qui inclut les dimensions sociale et démocratique dans ses trois piliers.

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Alcool : les beaux jours de la responsabilité individuelle

Une fois n’est pas coutume, je republie ce texte déjà paru en janvier 2025 car le sujet me semble important : entre la surestimation de la liberté individuelle et le refus de régulations collectives, les politiques de l’alcool sont emblématiques du fonctionnement des sociétés libérales. Si le Défi de janvier (Dry January) est l’occasion de faire le point sur un rapport personnel à l’alcool, il pourrait aussi donner lieu à une réflexion collective sur le sujet.

En France il est interdit de servir de l’alcool à des gens « manifestement ivres » (1). Des personnes qui ont leur compte et n’ont plus besoin d’un peu d’alcool pour lubrifier la vie sociale et faire tomber quelques inhibitions, des personnes qui ne sont plus en mesure d’apprécier un bon verre, des personnes qui n’auront plus que des désavantages à poursuivre leur consommation ce soir-là et auraient plutôt besoin de grands verres d’eau. Des personnes qui vont rentrer chez elles à leurs risques et périls dont les moindres sont de tomber par terre et de se faire mal, de perdre ou de se faire voler des biens précieux, qui le lendemain vont avoir des symptômes pénibles.

En France on aime l’alcool, avec modération bien sûr, et une fois ceci écrit sur les publicités (car la pub pour l’alcool est revenue discrètement) on laisse à chacun·e la responsabilité de sa consommation, serait-elle débridée et désinhibée par les premiers verres, serait-elle difficile à contrôler en raison d’une addiction. Pourtant on a les moyens de ne pas laisser chacun·e seul·e avec ses difficultés mais, même si l’intérêt du plus grand nombre y gagne, l’intérêt immédiat est bien de faire consommer, tant pour les bars que pour les producteurs d’alcool représentés par des groupes de pression puissants.

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Peut-on autodéterminer son genre ?

dreamcatcher.jpg, déc. 2025

dreamcatcher.jpg, déc. 2025Dans le billet précédent, nous avons vu que l’autodétermination de la « race » est un terrain de luttes et que les prétentions à se déclarer membre d’une minorité ethnique font l’objet de fortes critiques chaque fois qu’elles sont remises en cause par les communautés concernées. L’autodétermination du genre, en revanche, est un principe qui est largement reconnu en Europe occidentale, dans les pays anglo-saxons et en Amérique latine. Le backlash initié par l’administration Trump représente un drame pour les personnes trans, assignées de nouveau à leur sexe de naissance, en les privant de papiers (donc potentiellement d’accès au soins, de mobilité, etc.). Cela semble devoir commander un soutien inconditionnel à ce principe. Il me semble pourtant douteux de soumettre à l’autodétermination une procédure de changement de genre.

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