Mon blog sur l'écologie politique

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mercredi 28 décembre 2016

Le revenu garanti, une mesure productiviste ?

Un article paru en juin 2016 dans le n°23 de Moins!, journal romand d'écologie politique et qui reprend une partie de ma brochure sur le revenu garanti.

J'ai édité dans mes jeunes années une brochure qui faisait la promotion du revenu garanti : comment « perdre sa vie à la gagner » (1), expliquaient de jeunes écologistes proposant plutôt de rester au lit pour « transformer son temps en bonheur en tranches ». Presque quinze ans après, parmi les rédacteurs et rédactrices de ces textes, beaucoup sont engagé-e-s dans des activités bassement productives et rémunérées : maraîchage, enseignement du français langue étrangère, soin aux enfants handicapés… Il y avait finalement de quoi faire sans pourrir la planète.

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mercredi 14 octobre 2015

Les femmes dans la maison vide

« Mon argent, mon argent, à quoi l’emploierai-je ? Acheter des meubles pour la maison ? Mais je n’y suis jamais dans la maison. À quoi bon l’aménager ? Je ne la connais plus. Acheter de bonnes nourritures, mais je n’ai plus le temps de les préparer comme il faut. Le dimanche ? Ah non, je suis trop fatiguée pour me mettre à la cuisine que d’ailleurs je ne sais plus faire. » Émouvant témoignage d’une femme des années 60 sur la malédiction du travail salarié... Oh no, wait, c’est Jacques Ellul, père de famille, auteur de dizaines d’ouvrages et longtemps salarié à l’IEP de Bordeaux, qui parle. Dans Exégèse des nouveaux lieux communs, le pape de la technocritique consacre quelques pages à l’idée reçue selon laquelle « La femme trouve sa liberté dans le travail » et vole la voix d’une mère de famille pour lui expliquer avec des accents sensibles qu’on ne lui verra plus dans le reste de son œuvre (magie de l’écriture au féminin) qu’elle est mieux soumise à un mari qu’à se faire harceler sexuellement par un contremaitre, que la maison sans elle est froide et vide (on y reviendra), que les femmes soviétiques sont manœuvres et cantonniers, beurk. Etc.

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mardi 26 mai 2015

Croire ou ne pas croire au Progrès ?

Il y a quelques jours j'entendais un philosophe médiatique répondre à la question : « Croyez-vous au Progrès ? » Surprise : notre philosophe répondit oui sans interroger ni l'action ni son objet, tant le Progrès est un concept à la définition universelle et évidente, auquel il est de bon ton de croire. Alors que… si le Progrès existe, que n'est-il besoin de le constater, comme l'alternance entre le jour et la nuit ou le passage du temps ?

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vendredi 1 mai 2015

On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (1)

Le revenu garanti est une revendication portée avec de nombreuses variations (revenu de base, revenu d'autonomie, dotation inconditionnelle d'autonomie, etc.), mais on peut dégager trois éléments invariables : il est assez généreux (en argent ou en nature) pour donner accès à une vie matérielle décente ; il est accordé à tou-te-s et sans condition. Si vous souhaitez lire un texte qui flatte votre conviction que c'est une panacée, voici qui rend compte de mes efforts entre 1999 et 2006 pour la promouvoir : « Vivre chichement, le revenu d'autonomie par Chiche ! » C'est joyeux, très alter, vous y dégusterez l'enthousiasme de jeunes gens avec de grandes certitudes. Si au contraire vous acceptez de soumettre vos convictions à l'examen que je propose et d'examiner sans complaisance la mesure, en posant sur elle un regard anti-productiviste, anarchiste et féministe, c'est ici.

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lundi 23 mars 2015

Sorcières, sages-femmes & infirmières

Barbara Ehrenreich et Deirdre English, Sorcières, sages-femmes & infirmières. Une histoirE des femmes soignantes, traduction L. Lame, Cambourakis, collection « Sorcières », 2015, 124 pages, 16 €.

En 1973, Barbara Ehrenreich et Deirdre English publient une brochure féministe, à mi-chemin entre le pamphlet et l’ouvrage de vulgarisation historique, dont le succès les surprendra. Les éditions Cambourakis reprennent aujourd’hui ce texte, accompagné de deux introductions par les autrices (1973 et 2010) et d’une postface, le tout constituant un ouvrage modeste mais stimulant. Que celles qui comme moi n’ont pas encore osé ouvrir Caliban et la sorcière (1) n’hésitent pas.

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mardi 17 mars 2015

A la radio

Un vendredi sur deux à la radio (Radio Libertaire, 89,4) et en ligne sur le site de la Bibliothèque associative de Malakoff. Voici deux émissions avec un luxe de temps au sujet du dossier de L'An 02, "Qui est réac ? Qui est moderne ?"

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mercredi 11 mars 2015

Seuls ensemble

Sherry Turkle, Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines (2011), traduit par Claire Richard, L’Échappée, 2015, 528 pages, 22 euros

Sherry Turkle prend soin de le préciser tout le long de son ouvrage. Non, elle n'est pas luddite (du nom de ces ouvrier·e·s briseurs de machine s'étant donné pour chef un imaginaire Ned Ludd). Non, elle n'est pas technophobe. Et de fait, le propos de cette psychologue directrice de département au Massachussets Institute of Technology est assez mesuré. Elle essaie de comparer chacune de ses observations avec nos usages d'avant le surgissement de machines high tech : qu'est-ce qui change entre une poupée et un robot social dans la réaction d'un enfant ? entre un échange sur Skype et une lettre pour les personnes mises en relation ? Et ses conclusions ne sont pas fracassantes, inédites ou catastrophistes. Mais oui, quelque chose change quand nous nous entourons d'objets nouveaux, avec des fonctionnalités nouvelles. Nous nous y adaptons, ils suscitent en nous des comportements différents, qui nous sont peut-être dommageables. Dans une institution qui réunit les meilleurs ingénieurs au monde, voilà assez d'esprit critique pour donner des palpitations…

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mercredi 21 janvier 2015

On a les utopies qu'on mérite : le véganisme

Je mange tous les lundis dans une cantine végane, sans hostilité pour la pratique qui consiste à consommer beaucoup moins de produits d'origine animale, et plus du tout s'ils sont issus de productions industrielles. Mais je me régale aussi des produits de l'élevage, le boudin de Myriam, les méchouis de Christophe, les fromages de Xavier. Je peux également entendre les choix d'alimentation de chacun-e et la difficulté qu'il peut y avoir à les assumer : il est regrettable de voir l'alimentation s'individualiser au même rythme que les sociétés, mais cette tendance s'est assez largement imposée pour que j'aie moi aussi des dégoûts très personnels.

Mais si le véganisme est un projet politique, je m'y oppose. Alors que dans mon entourage chacun-e tend à se flageller de ne pas être encore strictement végétarien-ne ou végan-e et que l'idée que l'élevage, c'est de la merde, commence à s'imposer, il me semble important de considérer avec moins d'indulgence le véganisme. En apparence écologique et opposé à des tendances sociales mortifères, il déploie en trouvant sa cohérence un monde que je ne trouve pas beaucoup plus vivable que celui que nous tentons de changer. J'ai choisi le terme véganisme parce qu'il correspond à la posture politique que j'observe le plus fréquemment, mais il faudrait parler d'un train emmené par une locomotive dont le projet et les priorités ne sont pas forcément partagées par les derniers wagons mais qui les emmène néanmoins dans la direction d'une société sans élevage.

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samedi 13 décembre 2014

Sexe, genre et départs en vrille

Affreux essentialistes vs. néo-féministes libérales… les polémiques qui déchirent nos milieux depuis le printemps dernier nous auraient-elles donné à penser ? Même pas sûr. D'un côté, la haine pour le « lobby gay » (Pièces et main d’œuvre) et le sarcasme pour les féministes qui n'en sont que de « prétendues » (Alexis Escudero dans La Reproduction artificielle de l'humain, printemps 2014). De l'autre, la soumission à des thèmes libéraux assez problématiques. Je n'y ai pas trouvé mon compte, et je crois que nous sommes nombreux/ses dans ce cas (Escudero se flattait aussi de ça dans ses premiers textes… mais j'vous jure, j'ai des retours encourageants).

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lundi 10 novembre 2014

Universalisme : y'a du boulot

Pour gagner une campagne électorale aujourd'hui, il faut cliver au bon endroit, celui qui sera favorable à ses idées en se présentant au maximum de personnes comme le défenseur de leurs intérêts ou de leurs valeurs. On ne sait pas quelle campagne (militaire ?) mène Alexis Escudero, mais il a clivé fortement les milieux susceptibles de relayer son enquête sur « la reproduction artificielle de l'humain ». Et pas au bon endroit, si on en croit les refus et déchirements divers autour de sa tournée promotionnelle. Lundi 27 octobre, à Lille, une moitié du public est partie après la lecture d'un texte.

Pas au bon endroit, parce qu'en tant qu'actrice de cette histoire (j'ai participé à la rédaction du texte lillois) je me suis sentie tributaire de ce clivage et sommée de faire des alliances que je n'aurais pas jugé propices en temps normal. Mais devant le refus de débattre dont Escudero a témoigné jusqu'à présent (1), la possibilité de partager nos réserves ou francs refus, entre féministes, lesbiennes radicales, technocritiques et proféministes, était en elle-même précieuse. Les discussions riches, respectueuses et argumentées que nous avons eues à l'occasion de cette rédaction m'ont donné envie de réagir sur quelques-uns des points de tensions apparus entre nous.

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