Mon blog sur l'écologie politique

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mardi 19 novembre 2019

Cause animale, cause du capital

Cause animale, cause du capital, Jocelyne Porcher, Le Bord de l'eau, Lormont, 120 pages, 12 €


Make the world a better place… Rendre le monde meilleur, c'est l'objectif bien connu des start-ups qui préparent des initiatives disruptives permettant au capitalisme d'effectuer les transitions nécessaires à sa survie – malgré les trous qu'il creuse et les impasses qu'il emprunte. Jocelyne Porcher n'y va donc pas par quatre chemins et peint pour introduire son ouvrage le paysage économique et financier de la « viande » in vitro ou « viande » de culture cellulaire, cette innovation qui devrait permettre à terme de cesser de manger des animaux. Ce qu'on appelle « agriculture cellulaire » semblait fou il y a encore quelques années mais le kilo de « viande » cultivée en labo à partir de cellules animales devrait dans les mois qui viennent être assez bas pour que le steak in vitro apparaisse dans les restaus branchés (1). Suite à ce premier chapitre, la sociologue, spécialiste de la relation humain-animal, déplie son propos : d'où vient que c'est aujourd'hui que surgit cette préoccupation massive pour le bien-être des animaux ? C'est parce que les alternatives aux productions animales industrielles (responsables de la pollution des eaux et de l'air, de l'emprise sur les terres via l'aliment du bétail, de problèmes sanitaires et qui accessoirement ont des rendements économiques en baisse), ces alternatives sont prêtes.

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mercredi 18 septembre 2019

Mjólk

Mjólk de Grímur Hákonarson, sortie le 11 septembre 2019 en France

En France, parmi les géants de l'agroalimentaire se trouvent en bonne place des coopératives, dirigées par des paysan·nes pour des paysan·nes mais qui mènent des politiques peu favorables à une majorité de leurs adhérent·es. Comment donc les coopératives agricoles en sont-elles arrivées là ? (Pourquoi sommes-nous gouverné·es par des élu·es menant des politiques défavorables à une majorité de l'électorat, sans mentionner les générations futures ?)

Inga et son mari sont un couple d'éleveurs laitiers dans un coin perdu d'Islande. Elle assure les vêlages avec un bon coup de poignet. Lui complète le maigre revenu de la ferme en conduisant un camion. Les deux se battent pour tenir leur ferme à flots. Équipé·es d'un robot de traite avec d'efficaces capteurs optiques de mamelles qui leur évite d'interagir chaque jour avec leurs bêtes, ils passent plus de temps avec leurs machines. Dans sa cabine de pilotage, elle consulte son Facebook l'air éteint. Lui ne va pas mieux et quand son camion sort de la route une nuit, on découvre qu'il pourrait s'agir d'un suicide…

La perte de son mari déclenche chez Inga une belle colère et cette femme qu'on croyait éteinte, dont on distinguait à peine les traits, se révèle, y compris aux spectateurs et spectatrices. Pour elle, c'est la coopérative qui est responsable de la course de rats qu'on leur a fait mener, du suréquipement et du chantage pour rester économiquement dépendant·es de la coop. La coop aurait même demandé à son mari de signaler chaque livraison de produits achetés ailleurs que chez elle, faisant de lui l'espion de ses collègues… Le président, un éleveur de chevaux qui passe plus de temps en costard, récuse ses accusations (qu'elle a publiées sur Facebook) et explique à Inga les bases de l'engagement coopératif : se serrer les coudes entre paysan·nes, faire vivre le tissu local, etc. Elle reprend ces belles paroles lors d'une AG des producteurs laitiers : à la fin du XIXe siècle, les paysan·nes du coin se sont doté·es d'un bel outil pour être indépendant·es de la tutelle danoise et pour vivre mieux mais cet outil est aujourd'hui cassé.

Dans son précédent film Béliers, Grímur Hákonarson mettait en scène deux frères fâchés à mort sur fond d'épidémie ovine et de prophylaxie agressive (un animal malade et tout le troupeau doit être abattu). Ce nouvel opus met toujours en scène les conditions socio-économiques du désarroi des éleveurs et les personnes qui le vivent, dans toute leur singularité. Ici une femme qui redonne du sens à sa vie et qu'on accompagne à la fin du film, chantonnant sur une vieille chanson pop à la radio qu'une nouvelle vie commence et que cette fois ce sera bien la sienne. Pas celle de la coop.

samedi 16 juin 2018

Twitter rend-il bête et méchant·e ?

Il y a quelques mois je me suis inscrite sur Twitter, mue par diverses motivations. La première était bassement intéressée, il s'agissait de promouvoir les deux ouvrages que je venais ou m’apprêtais à publier. La seconde était que j’avais déjà tweeté pour de basses raisons mercenaires et que je n’étais pas contre l’idée de refaire ça un jour, il ne fallait pas trop perdre la main. La plus excitante était de m’habituer à écrire en deux cent et quelques signes, une écriture concise mais qui aurait quand même un peu de sens, soit un petit défi. Et enfin je venais de quitter un réseau social beaucoup trop intéressant : les discussions avec le cercle d’habitué·es avec qui j’avais pris l’habitude d’interagir me prenaient trop de temps. Sans surprise, j’ai aussi perdu beaucoup de temps chaque matin sur Twitter en attendant que se réveillent mes fonctions physiologiques (il m’est même arrivé de ne pas résister à l’envie d’y faire un tour en journée ou – pire – en soirée). Beaucoup trop de temps pour que j’explore avec l’attention nécessaire les pages vers lesquelles menaient les post sur lesquels je tombais. C’est dommage, c’est un peu tout l’intérêt de la chose. C’est grâce à un lien posté sur Twitter que j’ai appris la proportion de liens likés qui étaient effectivement lus : un rappel de la nécessité de soigner ses titres pour faire grossir le nombre du dixième d'égaré·es qui aurait eu l’idée saugrenue d’aller lire (ou commencer à survoler) le texte pour lequel ils et elles affirment si fort leur intérêt, se mettant au fond en scène likant un titre pour son humour ou son adhésion aux même valeurs qu’eux et elles.

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jeudi 22 février 2018

On achève bien les éleveurs, revue de presse

Quelques liens vers des entretiens autour d'On achève bien les éleveurs.

Les Cahiers du bruit
Propos recueillis par Élise
« Plutôt que la question animale, qui est en vogue en ce moment dans des milieux très différents (et jusqu’à l’université où il est question d’animal studies), nous pensons que c’est le mode de production qui doit être clivant : une agriculture hors-sol, parfaitement végétale et organisée par des mouvements de capitaux à grande échelle ou une agriculture paysanne ? Après tout, les hommes et les femmes qui triment dans les usines et sous les serres, comme ceux et celles qui mangent les produits douteux de l’agro-industrie, sont aussi des animaux. »

CQFD de mars 2018
Un entretien avec Sébastien Navarro dans le dossier « Reprendre la clef des champs » sur la paysannerie.
« Il y a dans le livre un certain pessimisme qui tranche avec un discours "alternativiste" qui dirait que oui c’est possible, on peut encore exister en dehors du système. Effectivement, tout le monde peut faire pousser des légumes bio. En revanche, produire, se dégager un revenu, mener une vie décente et le tout de manière stable et pérenne, c’est vraiment un autre défi. »


dimanche 10 décembre 2017

On achève bien les éleveurs dans "Offensive sonore"

Vendredi 8 décembre, l'émission "Offensive sonore" consacrait son émission sur Radio libertaire à On achève bien les éleveurs. Il a été question d'administration de l'élevage, de puçage et de résistances.

L'émission est directement accessible ici mais allez faire aussi un tour sur le site de l'émission.

Dessin Guillaume Trouillard.

jeudi 30 novembre 2017

Défendre l'élevage

À propos d'On achève bien les éleveurs, un livre d'entretiens édité par Aude Vidal, illustré par Guillaume Trouillard
Avec Jean-Pierre Berlan, Jocelyne Porcher, Xavier Noulhianne, Christophe Richard, le groupe Marcuse, Fabrice Jaragoyhen, les fermiers du Pic-Bois et Stéphane Dinard
144 pages, 24 euros
Parution le 1er décembre 2017
Dossier de presse à télécharger ici

À l'origine de ce livre, le dessinateur Guillaume Trouillard. Loin de se contenter d'illustrer les entretiens qui sont ici retranscrits et mis en forme, il a ouvert les premières pistes de ce qui est devenu On achève bien les éleveurs. C'est lui que la lecture de La Liberté dans le coma, ouvrage du groupe Marcuse, a convaincu de la nécessité d'aborder la question du puçage des bêtes, du contrôle et plus globalement de l'administration du métier d'éleveur… et des résistances à cette lame de fond. C'est encore lui qui, après avoir découvert la chercheuse Jocelyne Porcher et l'éleveur Xavier Noulhianne dans l'émission de Ruth Stegassy sur France Culture, « Terre à terre », a souhaité que nous les rencontrions.

Guillaume se flatte parfois d'être né dans le même canton que Bernard Charbonneau, un penseur écologiste et critique de la technique actif dès les années 1930, parfois mentionné dans ces entretiens. Il est surtout un fidèle lecteur des ouvrages publiés par l'Encyclopédie des nuisances, éditeur entre autres de Du progrès dans la domestication. C'est peut-être parce que cela se devine trop aisément que La Revue dessinée, qui lui avait commandé un reportage d'une trentaine de pages sur la question de l'élevage aujourd'hui, a retardé la publication de cette bande dessinée dont Gabriel Blaise et moi avons écrit le scénario. Ce reportage est finalement paru, plus de deux ans après nos premiers entretiens et malgré les efforts de Gabriel pour nous remettre dans les clous d'une revue peu désireuse de prendre des positions aussi tranchées que les nôtres. Le reste tient en partie au fait que, plutôt que de prendre des notes à partir desquelles j'aurais écrit les maigres bulles d'un reportage en bande dessinée, j'ai pris la peine de retranscrire les heures de savantes explications, de considérations passionnantes et d'indignations à partager. Il en est resté des pages que je ne pouvais me résoudre à simplement archiver.

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mardi 19 septembre 2017

Remplacer l'humain

Nicholas Carr, Remplacer l'humain. Critique de l'automatisation de la société, traduit de l'anglais (États-Unis) par Édouard Jacquemoud, 272 pages, 19 euros, L'Échappée, 2017

Résister à l’automatisation, voilà une entreprise qui semble insensée. Ce serait résister à la logique selon laquelle les investissements dans les machines sont très vite plus rentables que le recours à du travail humain (et que l’argent décide de la marche du monde). Ce serait résister également à notre goût pour l’économie de moyens, une tendance presque naturelle à s’éviter de la peine. Il est toujours possible de s’en désoler à longueur de pages, de la documenter de manière intéressante mais à quoi bon ? Nicholas Carr réussit pourtant à livrer avec Remplacer l’humain un livre passionnant.

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mercredi 28 décembre 2016

Le revenu garanti, une mesure productiviste ?

Un article paru en juin 2016 dans le n°23 de Moins!, journal romand d'écologie politique et qui reprend une partie de ma brochure sur le revenu garanti.

J'ai édité dans mes jeunes années une brochure qui faisait la promotion du revenu garanti : comment « perdre sa vie à la gagner » (1), expliquaient de jeunes écologistes proposant plutôt de rester au lit pour « transformer son temps en bonheur en tranches ». Presque quinze ans après, parmi les rédacteurs et rédactrices de ces textes, beaucoup sont engagé-e-s dans des activités bassement productives et rémunérées : maraîchage, enseignement du français langue étrangère, soin aux enfants handicapés… Il y avait finalement de quoi faire sans pourrir la planète.

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mercredi 14 octobre 2015

Les femmes dans la maison vide

« Mon argent, mon argent, à quoi l’emploierai-je ? Acheter des meubles pour la maison ? Mais je n’y suis jamais dans la maison. À quoi bon l’aménager ? Je ne la connais plus. Acheter de bonnes nourritures, mais je n’ai plus le temps de les préparer comme il faut. Le dimanche ? Ah non, je suis trop fatiguée pour me mettre à la cuisine que d’ailleurs je ne sais plus faire. » Émouvant témoignage d’une femme des années 60 sur la malédiction du travail salarié... Oh no, wait, c’est Jacques Ellul, père de famille, auteur de dizaines d’ouvrages et longtemps salarié à l’IEP de Bordeaux, qui parle. Dans Exégèse des nouveaux lieux communs, le pape de la technocritique consacre quelques pages à l’idée reçue selon laquelle « La femme trouve sa liberté dans le travail » et vole la voix d’une mère de famille pour lui expliquer avec des accents sensibles qu’on ne lui verra plus dans le reste de son œuvre (magie de l’écriture au féminin) qu’elle est mieux soumise à un mari qu’à être harcelée sexuellement par un contremaître, que la maison sans elle est froide et vide (on y reviendra), que les femmes soviétiques sont manœuvres et cantonniers, beurk. Etc.

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mardi 26 mai 2015

Croire ou ne pas croire au Progrès ?

Il y a quelques jours j'entendais un philosophe médiatique répondre à la question : « Croyez-vous au Progrès ? » Surprise : notre philosophe répondit oui sans interroger ni l'action ni son objet, tant le Progrès est un concept à la définition universelle et évidente, auquel il est de bon ton de croire. Alors que… si le Progrès existe, que n'est-il besoin de le constater, comme l'alternance entre le jour et la nuit ou le passage du temps ?

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