mardi, 28 janvier, 2020

Guerre de tranchées dans le mouvement féministe

« Je te crois. » Ce sont trois petits mots qui disent beaucoup. Dans une société où les femmes sont structurellement moins crédibles que les hommes, où leur témoignage, leur expertise ou leur parole sont systématiquement objets de méfiance, des femmes s'écoutent les unes les autres et s'accordent cette crédibilité féminine si rare et si précieuse. « Je te crois », comme un acte de sororité, une obligation construite des unes vis-à-vis des autres malgré les réflexes sexistes, les querelles de chapelle, les agendas qui divergent. Nous ne sommes pas obligées de faire vivre le seul mouvement politique unanime, qui ne soit pas traversé d'interrogations, de lignes de fracture, de vifs débats ou d'un brin de mauvaise foi. Mais, contrairement à d'autres, nous avons le devoir de nous ménager les unes les autres, de mener nos débats avec autant de rigueur que de respect, d'assumer nos divergences sans violence. Ce n'est pas le cas.

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dimanche, 19 janvier, 2020

Une écologie des riches

C'est une affirmation à tempérer mais, sans attendre des politiques de transition écologique, nous avons dès maintenant la possibilité et la responsabilité de baisser notre impact sur l'environnement en adoptant quelques bons principes de vie : choisir les mobilités douces, acheter des produits bio tant alimentaires que cosmétiques, d'entretien ou textiles, trier ses déchets, rénover sa maison avec des matériaux écologiques, habiter un logement pas trop grand, produire moins de déchets en utilisant des objets réutilisables et des aliments en vrac et moins transformés, moins chauffer son logement, ne jamais prendre l'avion. J'en oublie peut-être…

Ces quelques principes semblent opposer des classes conscientisées de centre-ville (qui vivent assez près de de leur emploi pour y aller à vélo, ont les moyens de manger bio, peuvent assumer les surcoûts de certaines pratiques de consommation quand il faut choisir un produit plus écologique) à ces classes populaires qui se sont insurgées l'hiver dernier à propos d'éco-taxes sur le diesel, lesquelles sont dépendantes de la voiture, n'ont pas les moyens de faire entrer dans leurs critères de consommation les questions écologiques et le voudraient-elles vraiment ? Il est une idée qui s'impose d'après laquelle cette écologie des ménages, qui constituerait notre principale marge de manœuvre pour faire changer radicalement nos sociétés, appartiendrait au registre d'une classe sociale, éduquée et à l'aise financièrement (1) pendant que les autres sont au mieux captives, au pire rétives.

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vendredi, 20 décembre, 2019

Des vies inhumaines

Les vies que nous menons depuis deux semaines, pour celles et ceux qui sont tributaires de transports en commun en grève, ont fait apparaître l'inhumanité de nos vies – en particulier en région parisienne. Nous naviguons d'habitude sans trop de mal (encore que sans goût et sans aisance) dans des espaces surdimensionnés, qui ne sont pas à taille humaine. Cela ne nous était peut-être jamais apparu avec autant de clarté qu'il y a deux semaines. À combien de kilomètres vivons-nous de notre travail – ou travaillons de notre domicile ? Certes la durée est aussi une expérience sensible mais ces 15 km qui se faisaient en 50' sans y penser ont pris une réalité particulière et sont devenus impossibles à surmonter. Il en est qui ont tenté l'aventure les premiers jours et ont marché deux heures et demie à l'aller, autant au retour, pour satisfaire à leurs obligations. D'autres ont découvert le vélo dans les pires conditions : la masse critique est là mais les équipement sont dimensionnés pour 5 % de cyclistes et les voitures se pressent encore plus nombreuses et conduites par des personnes encore plus énervées que d'habitude. Cette vie-là est un petit enfer. Même à vélo, même à 3,5 km de mon lieu de socialisation principal, je n'ai encore trouvé aucune puissance dans cette nouvelle vie, hors les manifestations.

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jeudi, 5 décembre, 2019

À vélo, les préjugés tuent

Le poing qui illustre ce billet est une contribution au mouvement social qui démarre en ce jeudi 5 décembre 2019. (Merci Agnès.)

Souvent je dis « pardon » ou « merci » quand je croise sur la route des personnes attentionnées. Et parfois je me comporte comme une merde. Et pourtant, c'est seulement quand je suis à vélo qu'on m'engueule. Pas quand je n'ai pas bien regardé avant de traverser en-dehors des clous ou que je bouscule d'autres piéton·nes par inattention ou parce que je marche trop vite. Comme si être urbain·e en ville était une affaire de mode de transport : les cyclistes seraient par essence grossier·es et dangereux/ses, les autres des modèles de civisme. Qu'on se plaigne d'avoir été mis·e en danger par un conducteur de car qui nous engueule ensuite car on ne roulait pas sur la piste cyclable (1), et on prend pour tou·tes les autres cyclistes de la terre. Qu'on commente un accident dans lequel un·e cycliste a été blessé·e et on entend ces « Oui mais les cyclistes roulent n'importe comment » qu'on n'ose plus dire à propos des femmes agressées (« Oui mais elles le cherchent bien »). Les cyclistes rouleraient de manière délictueuse et n'auraient que ce qu'elles et ils méritent en cas d'accident.

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samedi, 10 août, 2019

Leur écologie et la nôtre

Il y a quelques jours, j'ai eu l'idée saugrenue de demander à un colibri de ma connaissance s'il avait bien supporté la lecture d'Égologie et celui-ci en est venu à critiquer les mouvements écolos qui se complaisent dans leur singularité et le fait qu'ils ont raison tandis que les autres ne sont que des imbéciles. Vu la gravité de l'enjeu, me disait-il, il faut s'unir, tous les efforts sont bons à prendre. Oui. Mais non.

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jeudi, 18 juillet, 2019

C'est pratique

Je n'aime pas me faire chier dans la vie, et je ne dois pas être la seule. Il m'arrive pourtant souvent d'être surprise que ce soit, autour de moi, un critère décisif pour organiser sa vie : aller au plus pratique. À ce qui engage le moins d'efforts. Les pubs fourmillent d'invitations à se laisser dorloter en échange de quelques euros. Le champ des services ne cesse jamais de s'étendre – et de libérer la croissance. Plus besoin de sortir se faire couper les cheveux, le coiffeur vient chez vous. Inutile de penser à mettre de la bière au frigo, un livreur vous l'apporte. Des services auparavant réservés aux client·es des grands hôtels se massifient désormais : faites livrer des fleurs, chercher un document à la maison, etc. Votre maison est devenue le centre du monde, si vous le voulez bien. Il doit bien être possible de faire autrement, c'est comme cela que nous vivions il y a encore cinq ans.

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lundi, 15 juillet, 2019

Mixité choisie : une histoire de chiottes

Parmi les armes de défense du féminisme, avec la dérision et la sororité, figure la non-mixité. Se priver des mâles lumières de nos camarades ou de leurs bras musclés a bien des avantages : entre femmes, notre parole prend enfin la place qu'elle mérite et nous nous révélons puissantes, bien plus que ce que les rôles sociaux qui nous sont dévolus nous laissaient imaginer. Pour certaines, la non-mixité est un moment de prise de conscience, de ressourcement, de questionnement libre, sans pression externe, des agendas féministes. Pour d'autres, il s'agit de mener des vies séparées, autant que possible, de la classe des hommes, perçus comme agresseurs et exploiteurs. L’idée est alors d'assurer le respect de son autonomie ou de son intégrité.

Les enseignant·es aussi s'interrogent sur les bienfaits de la non-mixité pour protéger les filles de l'ambiance masculine que les garçons imposent si vite, de même qu'ils monopolisent l'attention de leurs profs. Est-ce le signe d'une régression, d'un retour au temps des tabliers et des écoles de filles, avec des enseignements différenciés accompagnant des rôles de genre rigides et hiérarchisés ? La non-mixité fait enrager quelques universalistes persuadé·es que des valeurs communes de justice sociale suffisent à assurer l'égalité entre nous. Ainsi que certains proféministes convaincus d'avoir assez « déconstruit » leur masculinité ou trahi la classe des hommes pour mériter que leur place soit partout, y compris dans des groupes de femmes qui souhaitent un moment de répit.

La non-mixité fait causer et depuis quelques années celle des toilettes est en débat. « Whatever, just wash your hands! » : c'est le mot d'ordre de la libération des stéréotypes de genre dans les toilettes. Les pictogrammes stupides, figure neutre pour les hommes et en robe pour les femmes, sont remplacés par des licornes ou des dragons de Komodo. Au-delà des cercles militants queer, l'idée fait son chemin chez les décideurs, président·es d'université ou des États-Unis, qui rendent les toilettes neutres ou autorisent l'accès aux toilettes du sexe de son choix sur les bases de l’auto-déclaration. Voilà qui a de quoi séduire.

La suite sur papier et sur ce blog dès septembre. À noter, que ce numéro d'été, plus épais et qui sera en kiosque pendant deux mois, est bien au prix de 5 euros...

lundi, 27 mai, 2019

« Les cyclistes ont tous les droits »

Ça fait longtemps que j'ai envie de parler de mon expérience de cycliste et de violence routière. Parce que je fais du vélo et que côtoyer tous les jours 10 % d'automobilistes qui me mettent en danger par négligence ou malveillance fait mal… J'ai aussi été fauchée délibérément par un automobiliste énervé, devant sept témoins, sans que le propriétaire dûment identifié de la voiture soit mis en cause (affaire à suivre). Cette violence et d'autres, on les subit tous les jours. Vous les subissez tous les jours si vous habitez en ville. Peut-être que c'est à pied, en voiture ou en scooter. Peut-être que vous avez décidé que c'est un type d'usagèr·es qui en est coupable (« les vélos », « les bagnoles »).

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mardi, 7 mai, 2019

Sommes-nous en démocratie ?

Il est entendu dans le sens commun que les régimes dans lesquels on choisit son gouvernement sont des démocraties. Et c'est ce que nous répètent à l'envi politiques et journalistes, pour qui les non-démocrates, ce sont les autres : groupes politiques minoritaires ou pays éloignés. Or, pour les historien·nes et les politistes, nos « démocraties libérales » ont bien des caractères démocratiques mais subtilement mélangés à d'autres qui tiennent plutôt de l'aristocratie (le pouvoir des meilleurs) et de la monarchie (le pouvoir d'un seul). On considère souvent à tort que l'élection est le seul geste démocratique, dédaignant l'environnement dans lequel le peuple est amené à voter : liberté et vitalité de la presse, des structures dans lesquelles le peuple s'organise (partis, syndicats, associations, collectifs et groupes informels), diffusion de l'esprit critique dans des débats publics de qualité. Un régime dans lequel la presse relaie la désinformation du gouvernement (comme on l'a vu le 1er mai 2019 avec l'affaire de la fausse « attaque » d'un hôpital mais les exemples abondent) et qui dénigre les formes d'organisation populaire et ses expressions (de la présence dans l'espace médiatique à la manif) a des caractères non-démocratiques.

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mardi, 30 avril, 2019

Macron est-il populiste ?

En voilà une question bête, bien sûr que non ! Les populistes, ce sont ces politiques qui ne cessent de faire appel au peuple et de flatter ses bas instincts. Notre président-philosophe (Frédéric de Prusse et Voltaire enfin réunis dans le même corps jeune et presque athlétique, waw !) en appelle, lui, à la raison et à la bonne gouvernance. Macron ne fait pas appel au peuple, c'est une des habitudes de la droite que de vendre la puissance du pays et qu'importent les gens qui y vivent.

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mardi, 5 mars, 2019

Le hijab, la ministre et le marche-pied

La scène avait choqué le monde entier : trois hommes et une femme forcçaient une femme à se déshabiller en public. Elle était venue profiter des plaisirs de la plage mais son habillement ne correspondait pas aux valeurs de la France – le bikini ? La semaine dernière, des ministres libérales de La République en marche ont repris le flambeau en accusant la firme Décathlon de vendre des hijabs sportifs incompatibles avec leurs valeurs féministes. C'est bientôt la Saint Patrick et il y aura dans les rues plein de mecs bourrés avec des chapeaux verts démesurés. Je n'aime pas ces chapeaux mais dans mes valeurs figure le droit de mettre ce qu'on veut sur la tête, quand bien même ça piquerait les yeux des autres. Si l'activisme des ministres ne mérite qu'une moquerie, il faut dire un mot sur la réception globalement favorable qui lui a été réservé.

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vendredi, 18 janvier, 2019

Bienvenue en France

À la rentrée prochaine, le gouvernement prévoit de multiplier par dix environ les frais d’inscription des étudiant·es étrangèr·es non-communautaires. La raison officielle : rendre les études supérieures en France plus prestigieuses (plus c’est cher, plus c’est classe, d’ailleurs hier j’ai payé trois euros ma baguette et vous savez quoi ? elle était bien meilleure). Les esprits chagrins y voient surtout un ballon d’essai pour augmenter les frais d’inscription pour tout le monde, établir un marché de l’éducation et des prêts étudiants tout en réduisant l’accès à l’université des classes moins solvables. Les étudiant·es non-européen·nes qui ne changent pas de cycle (licence, master, doctorat) seront épargné·es par la mesure et après quelques semaines de remous l’exception a été étendue à ceux et celles qui changent de cycle. Plus aucun·e étudiant·e en France n’est concerné·e, ce qui réduit la mobilisation : ceux et celles que cela touche sont loin des yeux, loin du cœur.

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jeudi, 3 janvier, 2019

Les Macron qu'on mérite ?

Dans les manuels d'éducation civique, les choses sont simples : les élections sont un marché où la demande populaire rencontre l'offre électorale et les deux s'apparient le temps d'un mandat, qui est une sorte de carte blanche donnée à un élu. Les mouvements sociaux sont une remise en cause incongrue de la légitimité construite par l'élection. Il est donc dans l'ordre des choses qu'un président élu explique au milieu d'une grève d'ampleur, suite à plus d'un an de manifestations hebdomadaires et des mois de blocages de ronds-points, qu'il fera comme il souhaite. Et qu'il distingue, pour bien marquer son autorité, le patron français de l'entreprise qui devrait être la principale bénéficiaire de la dégradation annoncée de notre système de retraites (ainsi que d'autres personnalités du monde de la finance), façon « je vous emmerde, n'oubliez pas de voter pour moi dans deux ans ».

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mercredi, 12 décembre, 2018

Quelque chose du gilet jaune

C’est bientôt Noël et c’est déjà l’overdose. Des pubs qui dégoulinent de rouge, des passant·es avec leurs gros sacs en papier remplis de cadeaux venus du cœur et d’usines où le travail est bon marché, des questions existentielles sur ce qu’on aimerait recevoir alors qu’il faut bien l’admettre, on n’a franchement besoin de rien… ou bien de tout. C’est la grande bouffe et il y a du monde à table. Des week-ends en avion dans une ville où on n’a personne à aller voir (à part un hôte AirBnB) aux changements d’équipement parce qu’un nouveau vient de sortir qui est tellement mieux (et pas parce que l’ancien ne marche plus), tout déborde.

Et à côté de ça, les histoires de ces familles qui payent les activités de leurs enfants, vingt euros l’année grâce aux aides municipales, en trois fois sans frais ou de ce petit garçon qui raconte à ses copains de classe qu’hier il a dîné – parce que c’est pas tous les soirs que ça arrive.

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mercredi, 7 novembre, 2018

Le tourisme, une marchandise comme une autre

Paru dans CQFD de juillet-août 2018

Comme tout le monde, je méprise les touristes. Les touristes qui viennent chez moi marcher le nez en l’air sur les pistes cyclables et faire grimper le prix des loyers à coups d’Airbnb ou de résidences secondaires. Les touristes comme moi quand je voyage. Nous sommes nombreuses et nombreux sur la piste sud-est asiatique, une des régions les plus « faciles à voyager » au monde : prix bas, équipements et aménagements corrects, splendeurs naturelles (la baie de Krabi) ou historiques (Angkor, Bagan), criminalité contenue, populations souriantes, climat tropical, plages et cocotiers. Remontant la péninsule Malaise depuis Singapour, en route pour l’ancien royaume Lan Na ou glissant sur le Mekong, beaucoup de jeunes (ou jeunes dans leur tête) débrouillard·es hésitent entre joie de vivre et mesquinerie petite bourgeoise dès que le service n’est pas irréprochable. Nous avons choisi un voyage indépendant, sac au dos, sans préparer plus d’une étape à la fois. Nous avons l’impression de vivre une grande aventure humaine et parlons souvent de « sortir de notre zone de confort ».

Mais le fait est que nous nous inscrivons dans une économie bien réelle, le premier secteur productif au monde (1). Et dans des rapports économiques marqués par l’iniquité et un passé colonial. Mais de cela, il n’est jamais question quand nous nous engageons dans des relations avec les locaux. Une infirmière française à un jeune Hmong au Laos : « Toi aussi, tu veux voyager ? Et pourquoi pas ? » Alors qu’il vient de nous dire que sa famille vit avec 100 € par mois... Un ami me racontait aussi avoir commencé son tour du monde en marchandant auprès d’un pousse-pousse indien, faisant valoir sa « pauvreté » relative d’étudiant-ingénieur : la tête du gars devant cet argument lui avait fait honte pour le restant du voyage. Rétrospectivement, il avait trouvé cette expérience-là plus riche que toutes celles qui sont censées faire de ce geste de consommation une activité enrichissante humainement (2).

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mardi, 2 octobre, 2018

« Des mesures potentiellement impopulaires »

C’était il y a presque vingt ans. La formatrice était venue avec son bébé, qu’elle allaitait, pour nous présenter les grandes lignes de ce qu’est le changement climatique. Les particules de gaz à effet de serre plus denses dans l’atmosphère, qui font que l’énergie solaire est recapturée en plus grande proportion après qu’elle a touché la Terre. Le réchauffement de la planète, qui s’ensuit, ces deux ou trois degrés (selon les différents scénarios) qui ne sont pas uniformément répartis mais constituent une énergie en plus phénoménale, laquelle nourrit des épisodes climatiques plus intenses et plus fréquents. Et puis ce qu’on peut y faire : un quart des émissions dû aux transports, un autre à l’agriculture (pas seulement l'élevage mais aussi le mésusage des sols), un autre au bâtiment, un dernier à l’industrie et une troisième moitié pour tout ce que nous achetons sur le marché mondial et qui n'est pas compté dans la consommation nationale… Les solutions ? Des techniques plus écologiques et moins industrielles et une réduction : du nombre de kilomètres effectués par les biens et les personnes, de la consommation, de l'extraction des ressources, etc. Changer de mode de vie mais aussi changer de modèle économique. Ça tombait bien, les échos de Seattle se faisaient encore entendre et la mondialisation néolibérale était nommée, décrite et combattue.

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Le dixième de l'empathie

Je ne sais pas ce qu’il se passerait si les hommes avaient pour les femmes le dixième de l’empathie qu’elles ont pour eux (et pour les autres personnes et êtres vivants). Ça ne semble pas si compliqué, de reconnaître en l’autre un autre soi-même, avec les mêmes besoins. Mais pour beaucoup d’hommes que je croise ou côtoie, ça a l’air d’une tâche insurmontable. Par exemple, une blogueuse féministe raconte un épisode ou une dimension pénible de sa vie, qui cadre bien avec les constats sur la domination masculine (ça m’est arrivé mais je le lis aussi chez d’autres), et les réponses masculines dans les commentaires évacuent ce détail pour s’engager dans une discussion abstraite sur l’existence ou non de la dite domination. Hé, votre hôtesse dans ce lieu de sociabilité en ligne vient de dire qu’elle subissait des menaces de viol ou qu’elle avait vécu des années de violences de couple ! Ça vous ferait tomber une couille de faire comme si vous aviez intégré l'information ? Je me demande souvent comment font ces types pour ignorer pareilles révélations, où est-ce que ça coince dans la barrière de l’entendement pour qu’ils ne se rendent pas compte que leur attitude fait partie du problème.

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dimanche, 12 août, 2018

Une machine à fabriquer de l'impuissance

Ces derniers mois, je suis allée à la rencontre des lecteurs et des lectrices d'Égologie. J'ai parfois eu un peu la frousse, comme dans cette petite ville démocratique où les affiches de la rencontre avaient été arrachées ou ailleurs quand la veille de la rencontre est sortie une tribune enflammée contre la couverture du livre dans un média local. Mais globalement, ça s'est bien passé. Mieux que ça, même. J'ai rencontré une foule de gens estimables, des camarades pour qui les alternatives écolo posent depuis longtemps problème mais qui n'avaient pas forcément su l'exprimer dans des termes audibles par les personnes qui y sont engagées et ces mêmes personnes, ou en tout cas celles qui y croient vraiment, à la solidarité et au reste, pour qui Égologie a été l'occasion de questionner leurs pratiques et qui l'ont accepté de bon gré. À tou·tes : merci pour l'accueil !

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mercredi, 1 août, 2018

Je n'aime pas la police de mon pays

Je n'aime pas la police de mon pays. La raison la plus évidente, c'est que j'ai la chance d'en connaître d'autres. À Bruxelles, un jour, j'ai vu un clochard traiter une policière de « connasse ». Celle-ci, qui s'éloignait d'un pas tranquille, lui a fait un petit signe de la main, façon « Oui, oui, j'ai entendu » mais elle n'a pas dévié de son chemin. Sans doute pensait-elle mieux utiliser les ressources de la police en continuant sa patrouille plutôt qu'en l'interrompant pour mettre en cellule une personne dont elle avait évalué qu'elle ne représentait aucun danger pour les autres ni pour soi-même. Elle a également arbitré entre la dignité de sa fonction (et des autres fonctionnaires), qui était mise à mal par une insulte publique de poivrot, et le besoin de poursuivre sa mission.

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samedi, 16 juin, 2018

Twitter rend-il bête et méchant·e ?

Il y a quelques mois je me suis inscrite sur Twitter, mue par diverses motivations. La première était bassement intéressée, il s'agissait de promouvoir les deux ouvrages que je venais ou m’apprêtais à publier. La seconde était que j’avais déjà tweeté pour de basses raisons mercenaires et que je n’étais pas contre l’idée de refaire ça un jour, il ne fallait pas trop perdre la main. La plus excitante était de m’habituer à écrire en deux cent et quelques signes, une écriture concise mais qui aurait quand même un peu de sens, soit un petit défi. Et enfin je venais de quitter un réseau social beaucoup trop intéressant : les discussions avec le cercle d’habitué·es avec qui j’avais pris l’habitude d’interagir me prenaient trop de temps. Sans surprise, j’ai aussi perdu beaucoup de temps chaque matin sur Twitter en attendant que se réveillent mes fonctions physiologiques (il m’est même arrivé de ne pas résister à l’envie d’y faire un tour en journée ou – pire – en soirée). Beaucoup trop de temps pour que j’explore avec l’attention nécessaire les pages vers lesquelles menaient les post sur lesquels je tombais. C’est dommage, c’est un peu tout l’intérêt de la chose. C’est grâce à un lien posté sur Twitter que j’ai appris la proportion de liens likés qui étaient effectivement lus : un rappel de la nécessité de soigner ses titres pour faire grossir le nombre du dixième d'égaré·es qui aurait eu l’idée saugrenue d’aller lire (ou commencer à survoler) le texte pour lequel ils et elles affirment si fort leur intérêt, se mettant au fond en scène likant un titre pour son humour ou son adhésion aux même valeurs qu’eux et elles.

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