Mon blog sur l'écologie politique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 28 janvier 2020

Guerre de tranchées dans le mouvement féministe

« Je te crois. » Ce sont trois petits mots qui disent beaucoup. Dans une société où les femmes sont structurellement moins crédibles que les hommes, où leur témoignage, leur expertise ou leur parole sont systématiquement objets de méfiance, des femmes s'écoutent les unes les autres et s'accordent cette crédibilité féminine si rare et si précieuse. « Je te crois », comme un acte de sororité, une obligation construite des unes vis-à-vis des autres malgré les réflexes sexistes, les querelles de chapelle, les agendas qui divergent. Nous ne sommes pas obligées de faire vivre le seul mouvement politique unanime, qui ne soit pas traversé d'interrogations, de lignes de fracture, de vifs débats ou d'un brin de mauvaise foi. Mais, contrairement à d'autres, nous avons le devoir de nous ménager les unes les autres, de mener nos débats avec autant de rigueur que de respect, d'assumer nos divergences sans violence. Ce n'est pas le cas.

Lire la suite...

dimanche 19 janvier 2020

Le Revenu garanti : une utopie libérale

Le Revenu garanti : une utopie libérale, Aude Vidal, Le Monde à l'envers, 2020, 5 euros, 96 pages

Un extrait

« Allô, madame la ministre ? C'est pour signaler un accident du travail. » En 2019, un compte sur un réseau social interpelle les pouvoirs publics, faisant chaque semaine le décompte morbide des mort·es au travail. Chaque semaine sont mortes entre 4 et 7 personnes, de tous âges, plutôt des hommes dans des emplois ouvriers. Et c'est sans compter les travailleurs et travailleuses qui meurent à petit feu de l'exposition à des polluants dans leur emploi, comme les femmes de ménage ou les petites mains des salons de beauté. Sans compter les personnes qui se suicident sur leur lieu de travail, épuisées par un management féroce générateur d'angoisse ou par la perte de sens de leur métier – en particulier dans le service public. Le travail tue et casse les corps. Même si les politiques « n'adore[nt] pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible » (1), cette pénibilité existe. Elle fait mourir plus tôt les ouvriers que les cadres et baisser leur espérance de vie en bonne santé. Quant aux contreparties, elles sont maigres.

Lire la suite...

Une écologie des riches

C'est une affirmation à tempérer mais, sans attendre des politiques de transition écologique, nous avons dès maintenant la possibilité et la responsabilité de baisser notre impact sur l'environnement en adoptant quelques bons principes de vie : choisir les mobilités douces, acheter des produits bio tant alimentaires que cosmétiques, d'entretien ou textiles, trier ses déchets, rénover sa maison avec des matériaux écologiques, habiter un logement pas trop grand, produire moins de déchets en utilisant des objets réutilisables et des aliments en vrac et moins transformés, moins chauffer son logement, ne jamais prendre l'avion. J'en oublie peut-être…

Ces quelques principes semblent opposer des classes conscientisées de centre-ville (qui vivent assez près de de leur emploi pour y aller à vélo, ont les moyens de manger bio, peuvent assumer les surcoûts de certaines pratiques de consommation quand il faut choisir un produit plus écologique) à ces classes populaires qui se sont insurgées l'hiver dernier à propos d'éco-taxes sur le diesel, lesquelles sont dépendantes de la voiture, n'ont pas les moyens de faire entrer dans leurs critères de consommation les questions écologiques et le voudraient-elles vraiment ? Il est une idée qui s'impose d'après laquelle cette écologie des ménages, qui constituerait notre principale marge de manœuvre pour faire changer radicalement nos sociétés, appartiendrait au registre d'une classe sociale, éduquée et à l'aise financièrement (1) pendant que les autres sont au mieux captives, au pire rétives.

Lire la suite...

mardi 24 décembre 2019

L'Illusion du bloc bourgeois

L'Illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du modèle français, Bruno Amable et Stefano Palombarini, Raisons d'agir, 2018, 256 pages, 10 €

Apprenez-moi quelque chose que je ne sais pas encore… Voilà un livre qui ne répond pas tout à fait à cette demande, puisque nous avons tou·tes en tête la séquence politique qui commence avec l'accession de la gauche au gouvernement en 1981 et se continue aujourd'hui avec la présidence Macron. Ces chemins sont rebattus depuis bientôt quatre décennies. Il n'empêche, Amable et Palombarini reviennent dessus avec une hypothèse intéressante et force détails convaincants.

Lire la suite...

vendredi 20 décembre 2019

Des vies inhumaines

Les vies que nous menons depuis deux semaines, pour celles et ceux qui sont tributaires de transports en commun en grève, ont fait apparaître l'inhumanité de nos vies – en particulier en région parisienne. Nous naviguons d'habitude sans trop de mal (encore que sans goût et sans aisance) dans des espaces surdimensionnés, qui ne sont pas à taille humaine. Cela ne nous était peut-être jamais apparu avec autant de clarté qu'il y a deux semaines. À combien de kilomètres vivons-nous de notre travail – ou travaillons de notre domicile ? Certes la durée est aussi une expérience sensible mais ces 15 km qui se faisaient en 50' sans y penser ont pris une réalité particulière et sont devenus impossibles à surmonter. Il en est qui ont tenté l'aventure les premiers jours et ont marché deux heures et demie à l'aller, autant au retour, pour satisfaire à leurs obligations. D'autres ont découvert le vélo dans les pires conditions : la masse critique est là mais les équipement sont dimensionnés pour 5 % de cyclistes et les voitures se pressent encore plus nombreuses et conduites par des personnes encore plus énervées que d'habitude. Cette vie-là est un petit enfer. Même à vélo, même à 3,5 km de mon lieu de socialisation principal, je n'ai encore trouvé aucune puissance dans cette nouvelle vie, hors les manifestations.

Lire la suite...

jeudi 5 décembre 2019

À vélo, les préjugés tuent

Le poing qui illustre ce billet est une contribution au mouvement social qui démarre en ce jeudi 5 décembre 2019. (Merci Agnès.)

Souvent je dis « pardon » ou « merci » quand je croise sur la route des personnes attentionnées. Et parfois je me comporte comme une merde. Et pourtant, c'est seulement quand je suis à vélo qu'on m'engueule. Pas quand je n'ai pas bien regardé avant de traverser en-dehors des clous ou que je bouscule d'autres piéton·nes par inattention ou parce que je marche trop vite. Comme si être urbain·e en ville était une affaire de mode de transport : les cyclistes seraient par essence grossier·es et dangereux/ses, les autres des modèles de civisme. Qu'on se plaigne d'avoir été mis·e en danger par un conducteur de car qui nous engueule ensuite car on ne roulait pas sur la piste cyclable (1), et on prend pour tou·tes les autres cyclistes de la terre. Qu'on commente un accident dans lequel un·e cycliste a été blessé·e et on entend ces « Oui mais les cyclistes roulent n'importe comment » qu'on n'ose plus dire à propos des femmes agressées (« Oui mais elles le cherchent bien »). Les cyclistes rouleraient de manière délictueuse et n'auraient que ce qu'elles et ils méritent en cas d'accident.

Lire la suite...

mardi 3 décembre 2019

La Révolution féministe

La Révolution féministe, Aurore Koechlin, Amsterdam, 2019, 170 pages, 12 euros

Aurore Koechlin est une jeune chercheuse en sociologie du genre qui livre ici un premier livre prometteur, à la fois petite histoire du féminisme et réflexion sur les perspectives du mouvement. C'est ambitieux… mais c'est réussi. L'ouvrage commence avec une quarantaine de pages consacrées à l'histoire des mouvements féministes, les trois fameuses vagues : mouvements suffragistes au début du XXe siècle, libération des femmes dans les années 1970 (pour la France), mouvements d'inspiration queer ou black feminist enfin, le tout assez centré sur la France mais à l'écoute des autres mondes qui contribuent à la fabrication du féminisme hexagonal. L'autrice poursuit en nous apprenant qu'une quatrième vague est en train de se former. Elle en dresse les contours, en reprend la principale question à ses yeux, celle de l'exploitation des femmes en tant que classe mais appartenant également à d'autres, et propose une stratégie féministe capable de passer entre quelques écueils pour prendre nos maux à la racine.

Lire la suite...

dimanche 1 décembre 2019

Les Besoins artificiels

Les Besoins artificiels. Comment sortir du consumérisme, Razmig Keucheyan, La Découverte, « Zones », 2019, 250 pages, 18 euros

Depuis quelques années le Black Friday, ce lendemain de Thanksgiving dévoué à la consommation, donne lieu en France à des soldes frénétiques. L'édition de 2019 a été également l'occasion de nombreuses actions de sabotage, dans le monde comme ici. L'impact écologique et social de la fièvre acheteuse est connu, régulièrement dénoncé. Le Buy Nothing Day du magazine Adbusters, dernier samedi de novembre, a longtemps été marqué d'une pierre blanche dans l'agenda des militant·es de la décroissance, un jour dédié à des actions de sensibilisation dans les temples de la consommation. Mais l'urgence climatique toujours plus pressante, la part croissante de la vente en ligne et de ses conséquences sociales et écologiques, tout ça a donné cette année des actions directes plus radicales, souvent menées dans les magasins plutôt que dans les nœuds logistiques. Cette orientation, côté consommation plutôt que production, a suscité quelques malaises : « Le Black Friday, c'est l'occasion pour des classes moins aisées de payer des cadeaux pas trop chers à leur petite famille », ai-je entendu ici ou là. L'urgence écologique, oui, mais acheter pour Noël (1) est un besoin qui doit être pris en compte. Peut-être est-ce là un de ces besoins artificiels à remettre en cause ? Et comment ?

Lire la suite...

vendredi 29 novembre 2019

Une critique anarchiste de la justification de la violence

Collectif Désobéissances libertaires, Une critique anarchiste de la justification de la violence, Atelier de création libertaire, Lyon, 2019, 144 pages, 8 euros

Suite au succès du livre de Peter Gelderloos Comment la non-violence protège l'État (Libre, 2018), des anarchistes non-violents rentrent dans le débat. Ce petit livre est bizarrement fichu : deux textes de réfutation de Gelderloos, avec quelques redites, quelques éléments d'histoire de la non-violence, deux contributions sur les black blocs de 2018 en France, soit des textes militants épars, produits dans un contexte donné qui n'est pas toujours celui du livre… Gelderloos avait justement bien ordonné son propos : la non-violence est inefficace, raciste, étatiste, patriarcale, stratégiquement inférieure et illusoire. Ici il faudra chercher dans le désordre la réfutation de ces différentes prises de position. Puisqu'au fond le succès de Gelderloos témoigne de la mauvaise presse qu'a la non-violence dans les milieux anti-autoritaires, on peut regretter que l'argumentaire qui la défend ne soit pas présenté et déployé dans un seul texte plus clair mais cet ouvrage a le mérite d'être riche et varié.

Lire la suite...

lundi 25 novembre 2019

Sorry We Missed You

Sorry We Missed You, un film de Ken Loach (Royaume-Uni, 2019)

« Sorry we missed you », c'est cette note qui vous attend quand vous avez raté le passage du colis que vous avez commandé sur Internet. Ricky, le héros du dernier Ken Loach, est un travailleur indépendant qui travaille pour une compagnie de transports de colis. Il sillonne les rues des Newcastle pour livrer à des particuliers des colis, plus ou moins gros, plus ou moins urgents. Des achats sur Amazon ou une autre plate-forme de vente en ligne aussi bien que des repas, des colis à livrer dans la journée et d'autres dans une fourchette d'une heure. Il a acheté sa camionnette pour ne pas la louer à l'entreprise qui lui donne ses missions et passe sa journée pressé par un objet connecté (à la fois scanner, téléphone, GPS) qui bippe quand il quitte le camion plus de deux minutes. Sur le papier, l'entreprise donneuse d'ordres est sa cliente. En vrai, vu le dispatcher qui est toujours sur son paletot, la boîte ressemble étrangement à un employeur, aussi exigeante et peu accommodante que les pires petits patrons décrits par le cinéaste anglais.

Lire la suite...

- page 1 de 30