lundi, 23 novembre, 2020

Pandémie de peur

Sans surprise, les troubles anxieux et dépressifs ont doublé en moins d'un mois et demie. Sans surprise, « les personnes déclarant une situation financière très difficile, celles ayant des antécédents de troubles psychologiques, les inactifs et les CSP- (les pauvres, ma précision) ainsi que les jeunes adultes (18-34 ans) sont davantage concernés par les états dépressifs » (1). Sans surprise, parce que rien n'a été fait pour aménager un dernier bout de vie sociale et affective pour les gens, en particulier les personnes sans emploi ou qui vivent seules. Et comme je disais ailleurs, le pire moment pour aller mal, c'est quand tout le monde va mal.

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dimanche, 22 novembre, 2020

Basket-ball et sororité

basket.png, nov. 2020Collégienne, j’ai été invitée à faire du basket en club au motif que « toi, tu es grande, tu devrais faire du basket ». Malgré mon 1,75 m, je n’ai pas trop excellé. Je n’avais pas assez « la niaque » comme on disait, je n’allais pas chercher la balle, je m’arrêtais au moindre obstacle. J’étais pourtant passionnée, c’était devenu le pivot (ah ah) autour duquel tournait ma vie. Le match du samedi était le grand moment de la semaine, qui m’apportait assez de souvenirs pour tenir quelques jours en attendant d’anticiper le prochain. Tous les soirs, en rentrant chez mes parents, je tapais la balle au moins une heure. J’étais plus forte en basket artistique, cette discipline qui n’existe pas (ou si, on en reparle plus bas) mais dans laquelle on soigne la perfection d’un geste (1). J’étais assez adroite mais qu’une adversaire se présente et je ne valais plus grand chose. Je m’étais réfugiée dans les tirs à trois points, avec un pourcentage de réussite de 50 % en match que me reprochèrent un jour mes coéquipières (2). Je n’étais pas appréciée dans l’équipe senior que j’ai intégrée à 18 ans et où, le nombre élevé de joueuses me rétrogradant assez logiquement en équipe 2, je trouvai l’ambiance la plus bêtement compétitive de ma courte carrière. Bêtement car les autres filles étaient plus motivées par la victoire que par le fait de bien jouer (de bien défendre, de bien attaquer) et qu’elles étaient des joueuses aussi médiocres que moi. J’ai tenu quelques semaines et en novembre 1995 j’ai arrêté. C’était le début des fameuses grèves, je n’avais pas encore de vélo et j’étais venue à pied, 15 km aller-retour, pour m’entendre dire que je n’étais « pas assez motivée ».

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jeudi, 12 novembre, 2020

La fabrique de l'ignorance

De loin, il est fascinant de voir l'état des savoirs évoluer aussi vite à propos du Covid-19. Pendant le premier confinement, nous apprenions avec anxiété que le virus pouvait tenir sur des surfaces pendant des heures, peut-être des jours. Faut-il désinfecter ses courses ou seulement les mettre en quarantaine ? Finalement les contaminations par les surfaces sont considérées comme beaucoup plus rares que celles par la respiration. Les particules que nous expirons ont plusieurs tailles. On a un temps cru que le virus se transmettait uniquement par les particules les plus larges et donc les plus lourdes que nous expirons, les gouttelettes, mais il s'avère que les aérosols sont aussi dangereux et de plus ils sont plus légers et donc plus volatils : la distance est donc un facteur moins important que nous ne le pensions, il faut aussi porter des masques et aérer fréquemment les espaces clos. Les premiers tâtonnements concernant la mortalité et les facteurs de risque se sont précisés : oui, on meurt plus facilement de la maladie quand on est âgé·e (à vrai dire le risque est multiplié à chaque décennie) mais on peut à tout âge en mourir, s'en remettre difficilement et/ou en porter longtemps les séquelles. Tout cela, qui pourrait ne concerner que des spécialistes, a des répercutions sur nos vies.

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lundi, 9 novembre, 2020

Justice d'État, justice populaire

Comme beaucoup de féministes, j'ai été effarée de voir entrer le harcèlement de rue dans le droit, sous la forme de contraventions pour « outrage sexiste » en l'absence de plainte des personnes victimes et à l'appréciation de la seule maréchaussée. C'est potentiellement Jean-Claude le flic qui bat sa femme et qui fait des blagues sexistes devant sa collègue, soit un vrai spécialiste de la question, qui décide si la manière dont on vous a adressé la parole est bien sexiste. J'ai alors découvert que c'était le cas de toutes les violations de la loi sanctionnées par l'État. Vous pouvez bien porter plainte mais ce sera soit pour demander des dommages et intérêts dans le cadre d'un procès civil, soit pour attirer l'attention de l'État sur un délit ou un crime dont il jugera de la gravité non pas au regard de ce qui vous est arrivé mais au regard du bien public, soit de son bien à lui.

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dimanche, 1 novembre, 2020

Vivre avec une dépression par temps de Covid

Ce n’est pas un scoop, la vie par temps de Covid exacerbe les problèmes de santé mentale. Pour tout le monde, y compris celles et ceux qui vont assez bien d’habitude et qui nous disent leur détresse et le coût énorme du confinement – particulièrement pour les femmes, comme ici Titiou Lecoq.

Il y a la difficulté du confinement (j’avais dans un premier temps utilisé le mot violence mais je le réserve aux douze personnes mortes des mains de la police en huit semaines de confinement ce printemps et aux autres blessées). Et il y a l’angoisse par rapport à l’avenir quand on n’est pas en CDI ou fonctionnaire et qu’on voit le chômage grimper en flèche.

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mardi, 27 octobre, 2020

Animal laborans

Hannah Arendt distinguait entre homo faber, l'être humain qui engage sa personnalité (ses intelligences, y compris son expérience corporelle et sensible) dans la fabrication d'une œuvre, et animal laborans, occupé à trimer comme le ferait une bête, à base de répétition mécanique des mêmes gestes. Précisons qu'il ne s'agit pas d'une distinction entre métiers intellectuels et manuels : dans son ouvrage Éloge du carburateur, Matthew Crawford montrait qu'un métier intellectuel jouissant d'une forte reconnaissance pouvait être mécanique et qu'un métier manuel pouvait solliciter sens de l'observation, capacités inductives et déductives, etc. Et disons-le aussi, aucun animal ne mérite d'être attaché à une tâche répétitive et pénible.

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dimanche, 25 octobre, 2020

Du libéralisme autoritaire

libéralisme_autoritaire.jpg, oct. 2020Du libéralisme autoritaire, Carl Schmitt et Hermann Heller, présenté par Grégoire Chamayou, La Découverte, « Zones », 2020, 144 pages, 16 €

La collection Zones réédite une polémique qui date de quelques mois avant la concession du pouvoir à Hitler en Allemagne en 1933. Carl Schmitt, juriste conservateur, sur le point de rejoindre les rangs nazis, fait allégeance au pouvoir économique rhénan (il est l'invité d'une « société au long nom » d'entrepreneurs du sud-ouest du pays). Quelques semaines après, Hermann Heller, social-démocrate et juif, lui répond. L'ouvrage est introduit par le directeur de collection, Grégoire Chamayou, auteur de ce livre remarquable qu'est La Société ingouvernable. Une généalogie du libéralisme autoritaire (La Fabrique, 2018). Il s'agit donc ici de poursuivre l'histoire qu'il fait du libéralisme autoritaire, oxymore aujourd'hui au pouvoir un peu partout dans le monde.

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vendredi, 9 octobre, 2020

L'Invention du colonialisme vert

colonialisme_vert.png, oct. 2020L'Invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l’Éden africain, Guillaume Blanc, Flammarion, 2020, 346 pages, 21,90 €

Ah, les Cévennes, cet « héritage de 5 000 ans d'agro-pastoralisme », comme le dit la com du parc naturel… Le parc national du Simien, en Éthiopie, est aussi le produit de la coexistence entre l'être humain et la nature. Un habitant raconte : « On faisait des terrasses, on faisait des retenues pour l'eau, des sillons, on utilisait de l'engrais pour les cultures et on vivait une bonne vie. » C'était avant l'expulsion des habitant·es du parc, décidée dans les années 1960 et accomplie dans les années 2010 suite à de nombreux rebondissements dont une guerre. « C'est aujourd'hui que le parc est mort, maintenant qu'il n'est plus labouré, qu'il n'y a plus rien pour retenir l'eau, qu'il n'y a plus de bétail. » Ce paysan exilé en ville poursuit : « C'est du temps où on y était que le parc était plus beau. »

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dimanche, 4 octobre, 2020

Friction

9782359251791.jpg, oct. 2020Friction. Délires et faux-semblants de la globalité, Anna Lowenhaupt Tsing, La Découverte, 2020, 460 pages, 24 €

En 1998, le leader autoritaire indonésien Suharto doit abandonner le pouvoir. Les années qui suivent sont celles de la Reformasi, mouvement de démocratisation qui est aussi une période de grande insécurité : la déforestation s'accélère et l'armée empoche les dessous de table. Anna Tsing écrit dans les années suivantes, depuis l'île de Bornéo, cet ouvrage, Friction, où il est question d'un aventureux entrepreneur canadien, d'étudiant·es amateurs de nature, d'une femme qui cite une millier d'espèces animales et végétales présentes autour d'elle, de chef·fes de village capables de parler la langue des écologistes comme celle des développeurs. Entre autres. L'autrice, connue du lectorat français pour son livre Le Champignon de la fin du monde (La Découverte, 2017), est anthropologue et travaille depuis les années 1980 à Bornéo (ou Kalimantan), dans la partie indonésienne de cette île, la plus grande de l'archipel, jadis couverte de forêts équatoriales.

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lundi, 21 septembre, 2020

Brûler les livres is the new what ?

Il y a quelques années, j'avais fomenté une action lors de la présentation d'un livre contre lequel j'avais beaucoup de griefs et je n'étais pas la seule. Nous étions des féministes et des technocritiques fatigué·es du machisme de leurs camarades (je faisais partie des deux cercles). Nous nous étions retrouvé·es dans un petit front hétéroclite mais d'accord sur un mode d'action qui aujourd'hui paraîtrait inoffensif. Nous n'allions pas assister à la présentation et nous contenter du dispositif de questions-réponses pour nous exprimer, nous allions investir les lieux, poser notre parole et partir. Notre action avait même eu les faveurs d'une partie des animateurs du lieu de la rencontre, mis·es devant le fait accompli de cette soirée organisée de manière autoritaire par un membre du collectif. Nous avons retardé le début des échanges d'un petit quart d'heure mais la présentation a bien eu lieu et des personnes critiques mais moins désireuses que nous de marquer le coup étaient restées pour apporter la contradiction à l'auteur. Nous n'avions lors de la préparation de l'action pas débattu pendant des plombes du dispositif, n'imaginant pas même saboter la rencontre ou détruire les livres. Au centre de notre discussion était la parole que nous souhaitions porter et la volonté d'étendre notre petit front. C'était le temps béni où l'on n'exerçait pas de coercition contre les auteurs des livres qu'on n'aimait pas.

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lundi, 14 septembre, 2020

Le sens de la nuance

Il existe en français des adjectifs qui ne peuvent pas être modalisés, renforcés par très ou atténués par un peu. On ne dit pas *très formidable, *assez délicieux, *un peu sublime. C'est ou ce n'est pas essentiel, admirable, horrible. Ou alors c'est qu'on a oublié le sens même de ces mots, qui a un caractère absolu. Les autres adjectifs appellent la modalisation, la nuance. Et ceux-là sont beaucoup plus nombreux. Parce que les choses dans notre expérience nous arrivent rarement toutes blanches ou toutes noires, elles obéissent à une certaine gradation : un plat est plus ou moins bon, salé, épicé, une personne est plus ou moins intelligente, malveillante, originale.

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dimanche, 30 août, 2020

La norme fait-elle le privilège ?

toreador.png, août 2020Petite, j'étais ce qu'on appelle un « garçon manqué ». Les cheveux courts, le même regard sévère que mon père (1), un goût exclusif pour les vêtements portés par les garçons et les hommes (et les toréadors), une bande de copains, aucune attirance pour les jeux de filles ou les « il faut souffrir pour être belle » que ressassaient les copines (plus tard j'ai compris que ce mantra maternel servait à rendre supportable le démêlage douloureux de cheveux inutilement longs-pour-être-belle). Je n'ai pas beaucoup changé : j'ai toujours les cheveux courts et j'ai essayé tout l'été de repérer d'autres femmes que moi vêtues de ces (très laids) bermudas ou pantalons 3/4 bardés de poches latérales que les hommes portent parfois parce que c'est pratique. Sans succès.

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samedi, 29 août, 2020

Bis repetita

Le soir du jeudi 12 mars, je m'étais couchée très en colère : osaient parler de « santé publique » ceux qui avaient traité le soin comme une marchandise et en avaient exclu une partie du corps social (les personnes en séjour irrégulier, voir ici) comme si la santé n'était pas un bien commun, à entretenir ensemble, d'autant plus dans le contexte de maladies infectieuses et contagieuses. Quelques jours plus tard, nous étions sommé·es de participer à un effort de réduction des risques extrêmement coûteux, conçu par en haut, inadapté à la réalité des personnes les plus fragiles de ce pays, les mal logé·es, les sans balcon ni jardin, les qui vivent seul·es ou à trop de monde, bref tout ce qui n'est pas un homme aisé en télétravail sur la terrasse pendant que maman s'occupe des gosses. Le tout pendant que les travailleurs et travailleuses exposé·es, les indispensables, les « premier·es de corvée », allaient trimer dans des lieux peu ou pas sécurisés, prenant des transports en commun toujours aussi bondés (il y avait moins de fréquence) alors que le gouvernement nous expliquait que nous ne devions pas porter de masques pour réduire la propagation du virus dans ces situations parfaites pour lui (densité humaine, intérieur mal aéré).

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lundi, 24 août, 2020

Grandeur et décadence

grandeur.jpg, août 2020Grandeur et décadence, Liv Strömquist, Rackham, 2017, 128 pages, 20 €

Je ne sais pas ce qui m'avait retenu tout ce temps de lire Grandeur et décadence, présent dans mes étagères depuis quelques années, cadeau de Noël ou d'anniversaire. Malgré tout le bien que je pense des Sentiments du prince Charles, une mauvaise appréciation m'avait retenue d'ouvrir ce livre-là : il y était question de capitalisme et le propos de Strömquist n'avait rien d'original, m'avait-on dit. J'avais peur de lire la énième BD dans la lignée d'Attac. C'est pourtant un ouvrage très original. Dans le style un peu bordélique des précédents, qui mêle histoires people et théorie politique, Strömquist livre une série d'essais (au sens traditionnel de tentative de réflexion) très stimulants qui interrogent l'infrastructure psychique du capitalisme.

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jeudi, 20 août, 2020

Risque zéro ou réduction des risques ?

J'ai vu passer à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux la photo d'un emballage de masques, qui avertissait que les dits masques ne pouvaient constituer une protection appropriée pour des usages hospitaliers. Cette photo était censée prouver que « le masque, ça sert à rien ». Passons sur le fait que les emballages présentent souvent de telles protections juridiques (des décharges), vous avertissant qu'un beurre de cacahuètes peut contenir du gluten et un paquet de pâtes des fruits à coques. Cela ne signifie pas qu'il y a du gluten dans le beurre de cacahuètes ou des fruits à coques dans les pâtes mais que l'entreprise juge raisonnable de ne pas garantir la pureté de ses produits à des personnes allergiques qui pourraient les traîner en justice si la « présence éventuelle » de l'agent allergène était effective. Le fabricant de masque grand public ne souhaite pas non plus voir sa responsabilité engagée au cas où un·e praticien·ne hospitalièr·e aurait eu l'idée d'utiliser en bloc opératoire un masque au standard moins élevé, conçu pour éviter des contaminations moins graves que quand un·e chirurgien·ne opère le visage à 30 cm de plaies béantes.

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dimanche, 16 août, 2020

La cartographie, outil de lutte des peuples autochtones

P1050276.JPG, août 2020Au bout d’une heure de piste entre les plantations de palmiers à huile, nous voilà enfin sur une route goudronnée, au milieu de la forêt. Les panneaux avertissent de possibles passages d’éléphants et leurs excréments encore frais au milieu de la chaussée confirment cette présence. L’entrée du parc naturel national d’Endau-Rompin, le deuxième plus grand de Malaisie occidentale derrière l’emblématique Taman Negara, est au bout de la route, à côté d’un village autochtone jakun, population autochtone du sud de la péninsule Malaise. Les maisons sont modestes, les environs plantés d’arbres et les habitant·es sillonnent le village sur leurs scooters. Nous sommes à Kampung Peta, le village le plus en amont de la rivière Endau qui se jette dans la mer de Chine méridionale, au sud de la péninsule.

La suite sur le site de Visions carto.

Le mal que nous nous faisons (deuxième partie)

Je suis une féministe de Twitter. J'exprime en ligne mes idées, mes espoirs et mes indignations, sur mon fil et celui d'autres, parfois en espérant convaincre des anti-féministes partageant leurs préjugés. J'ai rencontré en ligne d'autres autrices, d'autres féministes mais la plupart du temps nous ne faisons que nous croiser. Plus ou moins poliment : il m'arrive même de poser de véritables questions pour mieux comprendre les motivations des un·es et des autres mais elles restent sans réponse.

Heureusement, j'ai connu mieux : une socialisation militante dans des groupes ou petites organisations, le plus souvent en non-mixité, y compris avec d'autres féministes dans un mouvement généraliste mixte. Nous étions camarades. Ces années-là m'ont nourrie, politiquement et intellectuellement, humainement aussi. Et je les regrette. Est-ce moi qui ai changé et suis devenue un esprit chagrin ? Ou le féminisme ? Il m'est encore arrivé de me répandre en public sur l'énergie extraordinaire éprouvée en non-mixité, et que l'autrice avec laquelle nous partagions une rencontre tempère un peu mes propos… oui, c'est vrai que ces derniers temps, être féministe a moins été une suite d'enthousiasmes qu'un chapelet de déceptions.

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lundi, 3 août, 2020

Rebellitude ou anarchisme ? Une histoire d'eau

C'est un beau dimanche de juillet et je vais réparer mon vélo sous la supervision amicale de F. dans le squat où il vit. F. a été réparateur de vélos dans une autre vie mais aujourd'hui il partage son temps entre des cours de français pour les migrant·es, des carcasses de vélo remontées entièrement et ce qui lui chante, comme d'aider des gens comme moi le dimanche à réparer leur biclou. Je dois être la seule cet aprem qui peut se payer les transports en commun ou les services d'un vélociste, les autres sont fauché·es comme les blés, avec ou sans papiers (la preuve que le vélo, c'est vraiment un truc de bobos). Heureusement pour nous qu'il y a l'atelier du dimanche. Derrière la verrière sous laquelle on transpire abondamment (mais rassurez-vous, il y fait très froid en hiver, ça équilibre), un petit jardin et une petite piscine gonflable. Un truc écrit sur la porte de sortie : « Si ta dernière douche ne date pas d'aujourd'hui, rince-toi avant de rentrer dans la piscine. » Voilà : tout ça pour dire que mêmes chez les anars, y'a des règles.

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dimanche, 19 juillet, 2020

Révolte consommée

Revolte-consommee.png, juil. 2020Joseph Heath et Andrew Potter, Révolte consommée. Le Mythe de la contre-culture, traduit de l'anglais par Élise de Bellefeuille et Michel Saint-Germain, L'Échappée, 2020, 368 pages, 20 €

C'est une drôle d'idée éditoriale, que de republier un ouvrage traduit en français il y a quinze ans (1) et qui se pose aussi fièrement contre le reste de son catalogue : la technique qui dépend de ce qu'on en fait, l'agriculture bio qui n'est pas écologique, l'anarchisme qui est la loi de la jungle… Tout y est, dans cet ouvrage qui finit avec de belles propositions de réforme : un impôt sur le revenu progressif, un marché des droits à polluer et des voitures hybrides. Les amis de L'Échappée auraient-ils perdu la tête ?

Peut-être pas. Parce que malgré tout ça, Révolte consommée pose des questions que ne peuvent plus désormais éviter les ami·es de l'émancipation. Ne serait-ce que parce que la rebellitude et l'hégémonie culturelle se portent très bien à l'extrême droite, ce que les auteurs, écrivant au temps d'Empire (Hardt et Negri) et de No Logo (N. Klein), n'avaient d'ailleurs pas vu venir.

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lundi, 15 juin, 2020

Déconfinement et rebellitude

Elles prennent de l'assurance, ces voix qui condamnent notre servilité pendant le confinement. C'est un propos qu'on attendrait chez les lecteurs et lectrices de Henry D. Thoreau et d'Étienne de La Boétie, deux théoriciens de la désobéissance civile, ou bien chez les anarchistes, chez celles et ceux qui disent « non »… mais ça infuse bien plus largement. À vrai dire, il me semble que ce n'est pas de la part de celles et ceux qui se souhaitent ingouvernables que j'entends ces sorties rebelles mais plutôt des autres. Ce n'est pas honteux, d'avoir éteint son esprit critique pendant le confinement parce qu'on avait besoin d'irénisme. On a tou·tes nos mauvais moments. Mais revenir critiquer une servilité généralisée ?

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