Mon blog sur l'écologie politique

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mardi 19 juillet 2016

Ghosbusters et le sens de l'empathie

Stupeur en ce début d'année 2016, quand Sony Pictures dévoile les premières images de son reboot Ghostbusters, produit par Ivan Reitman et dans lequel apparaissent les acteurs et co-auteurs du film original (à l'exception de Harold Ramis, décédé en 2014). Malgré le parrainage de l'équipe originale, le public s'étrangle d'indignation. Ce nouveau Ghostbusters a-t-il annoncé être composé de longues digressions façon cours de physique ? Met-il en scène des fantômes à la Casper, trop gentils pour nous faire sursauter ? Les nouveaux chasseurs de fantôme sont-ils tous les quatre les acteurs les plus détestés de Hollywood, spécialisés dans des rôles de serial killer ? La bande annonce est-elle assurée par Doris Day ? Non, ce qui déclenche cette tempête, c'est que les personnages principaux sont tous féminins. Rendez-vous compte, quatre femmes, alors qu'une suffit souvent à rétablir l'équilibre (avec un Noir et un nerd).

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samedi 2 juillet 2016

Signé : un homme qui ne se laissera rien arracher

Il y a quelques semaines, dans une exposition des affiches féministes recueillies par le collectif La Rage, j'ai eu le désagrément de voir posé le message que voici

au-dessus de l'affiche que voilà.



Non pas à côté mais au-dessus, cachant en partie l'affiche.

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lundi 13 juin 2016

La Fabrique pornographique

La Fabrique pornographique, Lisa Mandel d'après Mathieu Trachman, Casterman, Sociorama, 2016, 168 pages, 12 euros

Mathieu Trachman avait livré en 2013 Le Travail pornographique. Enquête sur la production de fantasmes (La Découverte). C'est d'après cette enquête que Lisa Mandel, dessinatrice et scénariste, inaugure une collection de bandes dessinées d'inspiration sociologique, Sociorama. On attend au tournant celle qui est avec Yasmine Bouagga co-directrice de la collection. Côté adaptation, on appréciera ou pas le parti pris qui consiste à ne pas livrer un récit documentaire – c'est le choix de beaucoup d’œuvres qui trouvent désormais leur place en album ou dans les revues (1) – mais une fiction très bien documentée. On suit ses personnages, une femme et un homme, novices comme il se doit, dans leur découverte de l'industrie porno. Et dans leur désaffection finale puisque les carrières féminines sont brèves (« un an pour un chien c'est sept ans pour un humain [et] dans le porno c'est pareil »). L'héroïne, une jeune femme à l'apparence éloignée des stéréotypes de hardeuse (cheveux courts et poitrine de taille modeste) fait ainsi l'objet d'un engouement à son arrivée dans l'industrie puis se range au bout d'une année, quand ses fantasmes sont taris et que « les salaires […] stagnent ». Avec 14 mois en moyenne pour une carrière féminine, pas de temps pour construire un métier avec des revendications corporatives, comme le suggèrent deux personnages féminins à la fin du livre, rappelant qu'aux USA les acteurs et actrices porno sont organisé-e-s en syndicat. Il y aurait pourtant de quoi, comme on l'apprend au fil d'un récit réaliste, qui laisse la part aux fantasmes de cette industrie tout en en éclairant les zones d'ombre.

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mardi 24 mai 2016

La Démocratie aux champs

La Démocratie aux champs, Joëlle Zask
Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2016
252 pages, 18,50 euros


Dans une tradition où « politique » (du grec polis) et « citoyen » (soit citadin) disent le caractère urbain du fait démocratique, quelle est la place des ruraux et plus particulièrement de la paysannerie ? Le mépris dans lequel ont longtemps été tenu-e-s les paysan-ne-s (1) semble avoir fait obstacle à leur participation politique. Quand les révolutionnaires choisissent le suffrage censitaire et la représentation, deux dispositions anti-démocratiques, l'argument selon lequel le peuple est en grande partie composé de paysan-ne-s trop courbé-e-s sur la terre pour avoir des aspirations politiques un peu élevées légitime la dépossession qui s'opère alors. Joëlle Zask livre donc un ouvrage utile qui redonne ses lettres de noblesses aux personnes qui cultivent la terre, en tant que classe sociale (2) et en tant qu'individus.

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vendredi 13 mai 2016

On a les utopies qu'on mérite : l'intersectionnalité

Dans cette série « On a les utopies qu'on mérite », je ne m'attaque pas au consentement pour prôner la culture du viol, ni à la bienveillance pour défendre la malveillance. Il s'agit d'interroger un peu des concepts célébrés pour envisager leurs limites, les difficultés de leur mise en œuvre ou leur possible contre-productivité. Le solutionnisme étant une mauvaise habitude de militant-e-s, il faut cesser d'adopter des slogans sans les soumettre à la critique ou en en espérant plus qu'ils ne peuvent apporter. Plus facile à dire qu’à faire, d’articuler les différents facteurs de domination qui ont cours dans notre société. Classe, genre, « race » et certaines conditions (la condition transsexuelle, celle de malade mental-e ou autres) dessinent des lignes de fractures entre ceux et celles qui reçoivent des gratifications de leur condition et ceux et celles qui s’en trouvent humilié-e-s ou exploité-e-s. Que fait-on ensuite de ces lignes de fracture ? Doivent-elles nous empêcher d’être solidaires entre have et have-not pour lutter contre l’organisation sociale qui dispense les privilèges ? Il faut bien remarquer que la solidarité ne va pas de soi entre les récipiendaires du privilège et les autres. Je montrais par exemple ici comment la posture proféministe sert souvent à des hommes à vivre mieux encore avec leurs privilèges, leur permettant de s’en dédouaner et de se distinguer élégamment des autres hommes, les machos. Non, être un mec décent n’est pas affaire de déclaration et le féminisme ne sert pas à améliorer la vie des hommes. Les solidarités sont loin d'être acquises.

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lundi 2 mai 2016

On a les utopies qu'on mérite : la bienveillance


Militante féministe, j'ai participé à construire ou animer des lieux bienveillants. Et j'ai évité ceux où ne se posaient pas les mêmes exigences. Une réunion sans tours de parole, que ce soit dans la vieille gauche ou chez les anars spontanéistes, me semble une perte d'énergie considérable. Attachées à saisir un ton de phrase qui annoncerait la fin d'une intervention, les grandes gueules ont depuis longtemps arrêté d'écouter ce qui se dit pour se donner une chance de prendre la parole au vol. Une situation de guerre sourde qui, en plus de baisser la qualité de la communication et de mettre une pression accrue sur les participant-e-s, nous prive des idées portées par des personnalités différentes (pas forcément des femmes, j'ai déjà vu un copain partir en disant que de toute façon il n'avait rien d'intéressant à dire alors que j'avais déjà pris la parole plusieurs fois). Je vais jusqu'à éviter les lieux où la parole est distribuée de cette manière, même quand le programme a l'air intéressant.

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mardi 12 avril 2016

Le Syndrome du bien-être

Le Syndrome du bien-être, Carl Cederström et André Spicer, traduction Édouard Jacquemoud, L'Échappée, 2016, 168 pages, 15 euros

Préféreriez-vous être riche et en bonne santé ou pauvre et malade ? Bien-être et prospérité économique se conjuguent comme si l'un appelait l'autre, à moins que ce ne soit le contraire. Pendant que des « athlètes d'entreprise » se voient offrir jusqu'à leur poste de travail les conditions matérielles de leur bien-être, tant physique que psychique, les losers de la guerre économique ne pourront s'en prendre qu'à eux-même pour leurs muscles flasques et leur teint blafard. Ce ne sont plus des inégalités criantes, ce n'est que justice…

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lundi 11 avril 2016

Espérance de vie : la fin de quelle illusion ?

Article paru dans « Faire la paix avec la mort », dossier n°8 de En attendant l'an 02, ouvrage collectif aux éditions Le Passager clandestin, avril 2016, 220 pages, 15 euros

« Au moins dans nos sociétés meurt-on toujours plus vieux. » C'est la tarte à la crème que reçoivent en réponse les critiques de l'industrialisme, des villes tentaculaires et de la bouffe dopée aux produits chimiques. Sommes-nous vraiment sûr·e·s de mourir plus tard que les générations qui nous ont précédées ? Et en quoi cela nous assurerait une vie bonne ?

Janvier 2016. L'INSEE livre les chiffres de la démographie française pendant l'année écoulée. L'info fait les titres des journaux : l'espérance de vie est en baisse et la mortalité la plus élevée depuis 1945. Pour la première fois depuis 1969, les espérances de vie masculine et féminine baissent de manière simultanée : -0,3 ans pour les hommes, qui meurent en moyenne à 78,9 ans, et -0,4 ans pour les femmes, pour 85 ans. Les événements météorologiques de 2016 (une canicule en juillet et une vague de froid en octobre) suffisent-ils à expliquer ce chiffre ? Et ne s'agit-il que d'un phénomène conjoncturel, comme les démographes nous l'expliquent tout le long de la semaine qui suit ? Claude Aubert, agronome, promoteur de l'agriculture biologique et auteur d'ouvrages de santé environnementale comme Espérance de vie, la fin des illusions (Terre vivante, Mens, 2006), a à ce sujet un avis sensiblement différent…

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En attendant l'an 02

En attendant l’an 02. Des pièges de la révolution écologique et des pistes pour les déjouer, ouvrage collectif, Le Passager clandestin, 220 pages, 15 euros
Illustration de couverture : Guillaume Trouillard ; préface : Thierry Paquot

Quatre années, sept numéros toujours plus beaux et mieux diffusés, il ne fallait pas moins pour accoucher d'un objet éditorial qui sorte un peu du monde militant, des librairies amies, du cercle des abonné·e·s, pour se présenter à un public plus large. Une fois la chose faite et L'An 02 distillant ses ondes subversives jusque dans les allées de grandes surfaces culturelles, voilà qu'il faut arrêter, les efforts ayant été trop rudes. Faut-il se réjouir que L'An 02 ait pu arriver à être ce qu'il est ? Ou regretter qu'il ne nous accompagne pas plus longtemps ?

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jeudi 7 avril 2016

Pourquoi ma nouvelle région a-t-elle un nom de chiottes ?

Lot-et-Garonne, Ille-et-Vilaine, Bas-Rhin, Aude : les rivières. Pyrénées atlantiques, Hautes-Alpes : les montagnes. Landes : comme son nom l'indique. Quand les administrateurs issus de la Révolution française inventent les départements, ils leur donnent des noms inspirés de leur géographie physique. Une centaine de départements, une centaine de carrés calqués puis adaptés au relief et aux voies de circulation pour dessiner des unités administratives à la portée de ceux et celles qui y vivent (1). Il aura fallu, raconte-t-on ici, un an (sans train ni téléphone) pour achever cette réforme qui a pour mérite de faire table rase de l'histoire. C'est une géographie physique et humaine qui est mobilisée (le 75 est la Seine à Paris, le 69 le Rhône à Lyon), mais surtout pas culturelle. Plus de noms de provinces ni d'héritage à respecter mais une attention à la matière même des territoires : la terre et les gens. Malgré quelques dispositions violentes, les départements fonctionnement. Celui qui fait aujourd'hui l'objet du plus de critiques, parce qu'il soumet le Pays basque à une préfecture béarnaise, sert aussi d'emblème à une marque de vêtements très appréciée dans le coin… va comprendre.

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