Mon blog sur l'écologie politique

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Tag - Libéralisme

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samedi 21 mars 2020

Une surcouche d'injustice et de violence

Le 6 mars, monsieur le président se rendait au théâtre. On n'allait pas se laisser abattre : « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie. » Cinq jours plus tard, il en remettait une couche : « Nous ne renoncerons à rien. Surtout pas à rire, à chanter, à penser, à aimer. Surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été. Surtout pas à la liberté. » Deux jours après cette sortie rappelant la grandeur de notre civilisation, avant tout celle des loisirs marchands, Macron posait les bases de notre nouvelle vie : rassemblements interdits, contacts physiques limités (mais pas la peine de porter un masque, d'ailleurs on n'en a pas), privé·es de sorties sauf pour les activités vitales (les courses, la promenade du chien, le kilomètre de marche pour ne pas perdre la main, aller bosser dans une usine produisant des biens pas spécialement vitaux en temps d'épidémie). Y'a pas à dire, le type voit la fin du monde arriver avec plus de clairvoyance que Jojo et les Gilets jaunes qui, elles et eux, ont vite compris à quel point les luttes écologistes et démocratiques étaient aussi les leurs…

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lundi 16 mars 2020

La Tropicalisation du monde

Xavier Ricard Lanata, La Tropicalisation du monde, PUF, 2019, 128 pages, 12 €

Et si le monde occidental, celui des pays riches et peuplés de Blanc·hes, faisait aujourd'hui l'objet d'un processus de « tropicalisation » ? Lanata, anthropologue et économiste du développement, fait l'hypothèse que nous sommes à un point où le monstre capitaliste, créé et nourri dans les pays du nord, est devenu tellement avide que le Sud ne lui suffit plus. Jusqu'alors, l'économie capitaliste a connu des pratiques différentes dans les pays colonisés et les pays colonisateurs. Là-bas il était violemment prédateur, utilisant les territoires comme puits de ressources et les populations locales comme bras pour les exploiter. Et quand les locaux n'étaient pas assez nombreux, d'autres peuples étaient déportés pour servir de main d’œuvre (1). La vision toxique que nous avons de l'environnement comme d'un milieu à exploiter ne s'est jamais mieux déployée que pendant l'histoire coloniale à son apogée, du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe. C'est alors qu'on a assisté à « la décorrélation entre les lieux de consommation et les lieux de production, par l'extension considérable des réseaux d'échange et des chaînes de valeur » (p. 61). Nous vivons encore dans ces structures et ces représentations, avec plus ou moins d'inquiétude sur le fait de toucher un jour le fond et d'arriver à épuisement du modèle.

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vendredi 13 mars 2020

Se soigner tout·es pour se soigner mieux

Les soins de santé en France sont en grande partie pris en charge par un système d'assurance collectif financé par les cotisations des un·es et des autres et étendu à leurs proches. Il semble donc justifié par certain·es d'en exclure les migrant·es qui n'ont pas encore cotisé : résidant depuis moins de trois mois, en séjour irrégulier, etc. C'est une revendication assez commune à droite et elle a été mise en œuvre par les fameuses lois Pasqua en 1993. Ce n'est pas sous des gouvernements d'extrême droite que le ministre de Jacques Chirac puis d'Édouard Balladur a fait refuser l'accès à l'Assurance maladie pour les personnes en séjour irrégulier.

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dimanche 19 janvier 2020

Le Revenu garanti : une utopie libérale

Le Revenu garanti : une utopie libérale, Aude Vidal, Le Monde à l'envers, 2020, 5 euros, 96 pages

Un extrait

« Allô, madame la ministre ? C'est pour signaler un accident du travail. » En 2019, un compte sur un réseau social interpelle les pouvoirs publics, faisant chaque semaine le décompte morbide des mort·es au travail. Chaque semaine sont mortes entre 4 et 7 personnes, de tous âges, plutôt des hommes dans des emplois ouvriers. Et c'est sans compter les travailleurs et travailleuses qui meurent à petit feu de l'exposition à des polluants dans leur emploi, comme les femmes de ménage ou les petites mains des salons de beauté. Sans compter les personnes qui se suicident sur leur lieu de travail, épuisées par un management féroce générateur d'angoisse ou par la perte de sens de leur métier – en particulier dans le service public. Le travail tue et casse les corps. Même si les politiques « n'adore[nt] pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible » (1), cette pénibilité existe. Elle fait mourir plus tôt les ouvriers que les cadres et baisser leur espérance de vie en bonne santé. Quant aux contreparties, elles sont maigres.

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Une écologie des riches

C'est une affirmation à tempérer mais, sans attendre des politiques de transition écologique, nous avons dès maintenant la possibilité et la responsabilité de baisser notre impact sur l'environnement en adoptant quelques bons principes de vie : choisir les mobilités douces, acheter des produits bio tant alimentaires que cosmétiques, d'entretien ou textiles, trier ses déchets, rénover sa maison avec des matériaux écologiques, habiter un logement pas trop grand, produire moins de déchets en utilisant des objets réutilisables et des aliments en vrac et moins transformés, moins chauffer son logement, ne jamais prendre l'avion. J'en oublie peut-être…

Ces quelques principes semblent opposer des classes conscientisées de centre-ville (qui vivent assez près de de leur emploi pour y aller à vélo, ont les moyens de manger bio, peuvent assumer les surcoûts de certaines pratiques de consommation quand il faut choisir un produit plus écologique) à ces classes populaires qui se sont insurgées l'hiver dernier à propos d'éco-taxes sur le diesel, lesquelles sont dépendantes de la voiture, n'ont pas les moyens de faire entrer dans leurs critères de consommation les questions écologiques et le voudraient-elles vraiment ? Il est une idée qui s'impose d'après laquelle cette écologie des ménages, qui constituerait notre principale marge de manœuvre pour faire changer radicalement nos sociétés, appartiendrait au registre d'une classe sociale, éduquée et à l'aise financièrement (1) pendant que les autres sont au mieux captives, au pire rétives.

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mardi 24 décembre 2019

L'Illusion du bloc bourgeois

L'Illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du modèle français, Bruno Amable et Stefano Palombarini, Raisons d'agir, 2018, 256 pages, 10 €

Apprenez-moi quelque chose que je ne sais pas encore… Voilà un livre qui ne répond pas tout à fait à cette demande, puisque nous avons tou·tes en tête la séquence politique qui commence avec l'accession de la gauche au gouvernement en 1981 et se continue aujourd'hui avec la présidence Macron. Ces chemins sont rebattus depuis bientôt quatre décennies. Il n'empêche, Amable et Palombarini reviennent dessus avec une hypothèse intéressante et force détails convaincants.

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dimanche 1 décembre 2019

Les Besoins artificiels

Les Besoins artificiels. Comment sortir du consumérisme, Razmig Keucheyan, La Découverte, « Zones », 2019, 250 pages, 18 euros

Depuis quelques années le Black Friday, ce lendemain de Thanksgiving dévoué à la consommation, donne lieu en France à des soldes frénétiques. L'édition de 2019 a été également l'occasion de nombreuses actions de sabotage, dans le monde comme ici. L'impact écologique et social de la fièvre acheteuse est connu, régulièrement dénoncé. Le Buy Nothing Day du magazine Adbusters, dernier samedi de novembre, a longtemps été marqué d'une pierre blanche dans l'agenda des militant·es de la décroissance, un jour dédié à des actions de sensibilisation dans les temples de la consommation. Mais l'urgence climatique toujours plus pressante, la part croissante de la vente en ligne et de ses conséquences sociales et écologiques, tout ça a donné cette année des actions directes plus radicales, souvent menées dans les magasins plutôt que dans les nœuds logistiques. Cette orientation, côté consommation plutôt que production, a suscité quelques malaises : « Le Black Friday, c'est l'occasion pour des classes moins aisées de payer des cadeaux pas trop chers à leur petite famille », ai-je entendu ici ou là. L'urgence écologique, oui, mais acheter pour Noël (1) est un besoin qui doit être pris en compte. Peut-être est-ce là un de ces besoins artificiels à remettre en cause ? Et comment ?

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lundi 25 novembre 2019

Sorry We Missed You

Sorry We Missed You, un film de Ken Loach (Royaume-Uni, 2019)

« Sorry we missed you », c'est cette note qui vous attend quand vous avez raté le passage du colis que vous avez commandé sur Internet. Ricky, le héros du dernier Ken Loach, est un travailleur indépendant qui travaille pour une compagnie de transports de colis. Il sillonne les rues des Newcastle pour livrer à des particuliers des colis, plus ou moins gros, plus ou moins urgents. Des achats sur Amazon ou une autre plate-forme de vente en ligne aussi bien que des repas, des colis à livrer dans la journée et d'autres dans une fourchette d'une heure. Il a acheté sa camionnette pour ne pas la louer à l'entreprise qui lui donne ses missions et passe sa journée pressé par un objet connecté (à la fois scanner, téléphone, GPS) qui bippe quand il quitte le camion plus de deux minutes. Sur le papier, l'entreprise donneuse d'ordres est sa cliente. En vrai, vu le dispatcher qui est toujours sur son paletot, la boîte ressemble étrangement à un employeur, aussi exigeante et peu accommodante que les pires petits patrons décrits par le cinéaste anglais.

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mardi 30 juillet 2019

Égologie à la radio

Petit montage réalisé par Tranbert de la discussion autour d'Égologie à la librairie La Gryffe à Lyon en janvier 2018.

lundi 15 juillet 2019

Mixité choisie : une histoire de chiottes

Parmi les armes de défense du féminisme, avec la dérision et la sororité, figure la non-mixité. Se priver des mâles lumières de nos camarades ou de leurs bras musclés a bien des avantages : entre femmes, notre parole prend enfin la place qu'elle mérite et nous nous révélons puissantes, bien plus que ce que les rôles sociaux qui nous sont dévolus nous laissaient imaginer. Pour certaines, la non-mixité est un moment de prise de conscience, de ressourcement, de questionnement libre, sans pression externe, des agendas féministes. Pour d'autres, il s'agit de mener des vies séparées, autant que possible, de la classe des hommes, perçus comme agresseurs et exploiteurs. L’idée est alors d'assurer le respect de son autonomie ou de son intégrité.

Les enseignant·es aussi s'interrogent sur les bienfaits de la non-mixité pour protéger les filles de l'ambiance masculine que les garçons imposent si vite, de même qu'ils monopolisent l'attention de leurs profs. Est-ce le signe d'une régression, d'un retour au temps des tabliers et des écoles de filles, avec des enseignements différenciés accompagnant des rôles de genre rigides et hiérarchisés ? La non-mixité fait enrager quelques universalistes persuadé·es que des valeurs communes de justice sociale suffisent à assurer l'égalité entre nous. Ainsi que certains proféministes convaincus d'avoir assez « déconstruit » leur masculinité ou trahi la classe des hommes pour mériter que leur place soit partout, y compris dans des groupes de femmes qui souhaitent un moment de répit.

La non-mixité fait causer et depuis quelques années celle des toilettes est en débat. « Whatever, just wash your hands! » : c'est le mot d'ordre de la libération des stéréotypes de genre dans les toilettes. Les pictogrammes stupides, figure neutre pour les hommes et en robe pour les femmes, sont remplacés par des licornes ou des dragons de Komodo. Au-delà des cercles militants queer, l'idée fait son chemin chez les décideurs, président·es d'université ou des États-Unis, qui rendent les toilettes neutres ou autorisent l'accès aux toilettes du sexe de son choix sur les bases de l’auto-déclaration. Voilà qui a de quoi séduire.

La suite sur papier et sur ce blog dès septembre. À noter, que ce numéro d'été, plus épais et qui sera en kiosque pendant deux mois, est bien au prix de 5 euros...

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