Mon blog sur l'écologie politique

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mardi 24 mai 2016

La Démocratie aux champs

La Démocratie aux champs, Joëlle Zask
Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2016
252 pages, 18,50 euros


Dans une tradition où « politique » (du grec polis) et « citoyen » (soit citadin) disent le caractère urbain du fait démocratique, quelle est la place des ruraux et plus particulièrement de la paysannerie ? Le mépris dans lequel ont longtemps été tenu-e-s les paysan-ne-s (1) semble avoir fait obstacle à leur participation politique. Quand les révolutionnaires choisissent le suffrage censitaire et la représentation, deux dispositions anti-démocratiques, l'argument selon lequel le peuple est en grande partie composé de paysan-ne-s trop courbé-e-s sur la terre pour avoir des aspirations politiques un peu élevées légitime la dépossession qui s'opère alors. Joëlle Zask livre donc un ouvrage utile qui redonne ses lettres de noblesses aux personnes qui cultivent la terre, en tant que classe sociale (2) et en tant qu'individus.

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mardi 8 décembre 2015

À Bornéo, des drones cartographiques contre l’accaparement des terres

Quand les cartes sont produites par des consultants privés et par des services de l’État qui privilégient un « développement » agro-industriel aveugle, les victimes sont les villageois qui se voient spoliés de leurs vergers et de leurs terres communes. Mais certains résistent, et parmi leurs armes figurent les photos aériennes prises avec des drones qu’ils ont eux-mêmes construits. À Bornéo, partons à la découverte de deux initiatives de contre-cartographie. Tout d’abord, dans le Kalimantan, la partie indonésienne de l’île de Bornéo, avec Patrick Meier ; en complément, un entretien avec le musicien et militant Jok Jau Evong, au Sarawak (Malaisie), rapporté par Aude Vidal.

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mercredi 21 janvier 2015

On a les utopies qu'on mérite : le véganisme

Je mange tous les lundis dans une cantine végane, sans hostilité pour la pratique qui consiste à consommer beaucoup moins de produits d'origine animale, et plus du tout s'ils sont issus de productions industrielles. Mais je me régale aussi des produits de l'élevage, le boudin de Myriam, les méchouis de Christophe, les fromages de Xavier. Je peux également entendre les choix d'alimentation de chacun-e et la difficulté qu'il peut y avoir à les assumer : il est regrettable de voir l'alimentation s'individualiser au même rythme que les sociétés, mais cette tendance s'est assez largement imposée pour que j'aie moi aussi des dégoûts très personnels.

Mais si le véganisme est un projet politique, je m'y oppose. Alors que dans mon entourage chacun-e tend à se flageller de ne pas être encore strictement végétarien-ne ou végan-e et que l'idée que l'élevage, c'est de la merde, commence à s'imposer, il me semble important de considérer avec moins d'indulgence le véganisme. En apparence écologique et opposé à des tendances sociales mortifères, il déploie en trouvant sa cohérence un monde que je ne trouve pas beaucoup plus vivable que celui que nous tentons de changer. J'ai choisi le terme véganisme parce qu'il correspond à la posture politique que j'observe le plus fréquemment, mais il faudrait parler d'un train emmené par une locomotive dont le projet et les priorités ne sont pas forcément partagées par les derniers wagons mais qui les emmène néanmoins dans la direction d'une société sans élevage.

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dimanche 17 août 2014

Cameron Highlands : la ruée vers l'or vert

Dans les hautes terres de la péninsule malaisienne, une association d’habitant-e-s lutte contre les ravages d’une agriculture industrielle.

Tout le monde se retrouve dans les Cameron Highlands : les touristes malaisien-ne-s, attiré-e-s par les températures clémentes, entre 20 et 25°, les fruits et légumes exotiques (fraises, laitues) qui poussent sous ces conditions et le petit air anglais de cette station fondée par les Britanniques au XIXe siècle ; les touristes internationaux pour les plantations de thé, les sentiers dans la jungle moussue, abondamment arrosée par des averses régulières, et… les températures clémentes.

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mardi 22 juillet 2014

En Malaisie, réapprendre à cultiver naturellement

Confrontée à l’abondance de ressources d’une agriculture prospère, la Malaisie connaît désormais les maladies de civilisation que sont l’obésité, le diabète et les maladies cardio-vasculaires. Boissons sucrées et viande bon marché ont complété une cuisine dont les deux plats emblématiques sont le nasi goreng, ou riz frit, et le nasi lemak, ou riz gras, le plat du matin, un délicieux riz cuit dans de la noix de coco et des feuilles de pandan, servi avec des anchois, des cacahuètes, des concombres et de la sauce épicée (sambal). Et désormais avec une cuisse de poulet par-dessus, pour faire bonne mesure. La vie quotidienne y est plutôt sédentaire : les rues sont trop chaudes pour y faire de longues marches ou du vélo, alors les membres de la classe moyenne s’inscrivent à des salles de gym qu’ils fréquentent après leurs heures de travail. Et les ChinoisES de Penang découvrent le vélo, si ce n’est à titre de moyen de transport, au moins à titre de sport, tôt le matin ou en soirée. Malgré ces quelques tendances, on considère qu’il y a 10 % de diabétiques de type 2 en Malaisie, soit deux fois plus qu’il y a cinq ans, qui ont développé leur maladie en raison d’une mauvaise hygiène de vie. Et les images du Premier ministre Najib Razak à vélo pendant une demi-heure ce printemps ou les injonctions des gouvernants à arrêter le nasi lemak n’y changent pas grand-chose.

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mercredi 11 juin 2014

Vaches, cochons, poulets et TAFTA

C’est la course aux aliments les plus efficaces pour permettre aux bêtes de grossir vite et à moindre frais. Mon premier contient « 25 à 50 % de protéines brutes et de 55 à 60 % de substances nutritives digestives, le tout sur matière sèche, et est riche en minéraux essentiels ». Il s’agit de l’excrément de poulet, défendu dans une étude pour la Food and Drugs Administration américaine en 2001 par deux chercheurs de l’université de Virginie (voir « Utilisation of Poultry Litter as Feed for Beef Cattle »). Vache folle oblige, et car les poulets eux-mêmes sont nourris aux restes de bovins, en 2003 la FDA interdit la pratique pour l'alimentation bovine… pour l’autoriser de nouveau sous la pression de l’industrie. Seule précaution, puisque « les excréments de poulet sont une source potentielle de micro-organismes pathogènes » (rappel : on parle toujours de caca, bien que de caca alimentaire), « les excréments devraient être traités avant d’être donnés à manger ».

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jeudi 16 janvier 2014

Un solutionnisme écolo-alternatif ?

DIY, agroforesterie, revenu garanti, agriculture urbaine, tirage au sort des mandats politiques, BRF, végétarisme, etc. Les écolos-alternatifs/ves ont une multitude de propositions pour faire du monde un endroit plus vivable. Le BRF (bois raméal fragmenté) réduit les besoins en eau de l'agriculture, le végétarisme s'adresse aux impacts désastreux de l'industrie animale, le tirage au sort nous fait retourner aux fondamentaux de la démocratie, le revenu garanti met à l'abri de la misère qui touche de plus en plus de personnes, particulièrement des femmes et particulièrement des enfants, le DIY (do-it-yourself) fait baisser la fièvre acheteuse.

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lundi 27 mai 2013

Libérer les animaux, ou vivre avec ?

Autour de Vivre avec les animaux. Une utopie pour le XXIe siècle, Jocelyne Porcher, Bibliothèque du MAUSS, La Découverte, 2011.

Vos ami-e-s végétarien-ne-s mangent sans scrupules du camembert, une association anti-spéciste propose de récompenser les inventeurs d'une viande de poulet à base de cellules animales reproduites dans un bain, et votre faiblesse pour un bon steak suscite le dégoût de votre entourage écolo ? L'indignation légitime pour l'« élevage industriel » (1) alimente la confusion sur l'activité qui consiste à élever des animaux. A moins que ce ne soit l'ignorance de ce qu'est l'agriculture qui nourrisse un tel mouvement d'opinion. Car l'élevage fait partie de notre culture comme de notre agriculture.

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dimanche 11 mars 2012

Comment penser l'après-choc ?

Texte publié dans La Décroissance de février 2012

Les écolos font de bons futurologues, quand on compare leurs analyses à celles qui dominent par ailleurs, dont la vision de l'avenir a du mal à se déprendre d'une simple extrapolation de la situation actuelle. Et encore, quand cette situation change a-t-on parfois du mal à s'en rendre compte ! Des années après les premiers signes d'une décroissance des transports, on continue à construire des autoroutes... J'apprécie cette image qu'utilise Yves Cochet, qui décrit des analystes le nez sur les graduations d'un verre mesureur, capables d'évaluer les moindres variations et d'imaginer la vitesse à laquelle on atteindra tel repère... sans se rendre compte que le verre a un bord, bientôt atteint, et que nous sommes près de le voir déborder.

Mais est-ce la vision à laquelle je souscris ? Dans le premier numéro de la revue L'An 02, dont une partie est consacrée à notre rapport au temps et aux délais dans lesquels nous inscrivons notre action, nous avons publié un article d'Antoine Chollet, grand lecteur de Castoriadis et auteur d'une thèse sur le temps de la démocratie. Il écrit « Si catastrophe il y a, elle est déjà sous nos yeux ». On peut s'opposer à certaines conséquences de cette position, qui sous-évalue peut-être les difficultés qui nous attendent. Mais elle a le mérite de ne pas se satisfaire du monde dans lequel on vit, ou de ne pas le refuser pour l'unique raison qu'il porte en germe son effondrement. Le monde est déjà invivable pour beaucoup, et nous avons déjà de nombreux signes de ce qui nous attend : l'accaparement des terres agricoles nous rappelle que l'agriculture est un socle indispensable à nos sociétés, et que les terres cultivables sont un bien précieux ; les réfugié-e-s climatiques annoncent des désordres qui seront plus graves qu'un été pourri, etc.

Le « choc » dont vous parlez ne sera pas une surprise, peut-être ne sera-t-il même pas un mouvement de forte rupture mais une dégradation continue de notre organisation sociale et politique. Et de notre environnement. On ne saura peut-être pas le dater, mais on se rappellera quelques moments critiques (l'arrivée au pouvoir dans certains pays de « gestionnaires » nommés en raison de leur orthodoxie économique en sera certainement un) et quelques occasions manquées (le Grenelle de l'Environnement, le sommet de Copenhague, etc.).

Même si ce choc est une source d'angoisses légitimes, je ne défends pas une vision de l'écologie qui serait le versant malheureux du Grand Soir révolutionnaire, tout entier tourné vers l'anticipation d'un avenir désastreux. Le présent porte en lui assez de raisons de s'indigner, de s'organiser pour ne pas laisser se dégrader notre environnement social et naturel.

Penser l'après-choc, c'est penser la vie bonne, autant ailleurs (où nous délocalisons nos nuisances, ou que nous pillons allègrement) et demain (avec le souci pour les fameuses générations futures) qu'ici et maintenant. Pour prendre un cas d'école, l'étalement urbain est un enjeu pour demain, parce que le prix élevé du pétrole rendra plus difficile le transport des produits agricoles sur de longues distances, et parce que les zones rurales éloignées des bassins de population sont bien moins productives que les vallées fertiles où l'humanité s'est installée en nombre. Mais dès aujourd'hui les ménages pauvres qui se sont éloignés de la ville sont les prisonniers de leurs campagnes banlieusardes, où la voiture est quasi-indispensable alors que son utilisation est toujours plus coûteuse. Dès aujourd'hui les vocations de nos ami-e-s pour produire non loin des villes légumes et fruits de qualité sont entravées par un accès difficile aux terres agricoles, consacrées par les PLU à de nouvelles zones pavillonnaires ou réservées à la concentration des « exploitations » de type industriel. Et dès aujourd'hui nous avons de très, très bonnes raisons pour faire des choix en faveur de cette vie bonne. Se soucier du lendemain, et de la manière dont nous éviterons le choc ou vivrons avec, n'est pas incompatible avec nos aspirations présentes.

jeudi 9 septembre 2010

L'agriculture, au cœur du projet écologiste

Texte co-écrit avec Jacques Caplat pour EcoRev', dans le cadre du dossier "L'agriculture, au cœur du projet écologiste". Les passages en gras sont inédits, la version des auteur-e-s ayant été réécrite par la direction sans leur consentement.

L'agriculture est désormais vécue comme une activité marginale dans nos sociétés dites "post-industrielles". Pourtant, l’activité agricole joue un rôle central dans la manière dont une société s’inscrit dans son territoire, c’est-à-dire à la fois dans l’espace et dans le temps, et dans sa fonction centrale de nourrir l’humanité. Il est tentant de croire à l’avènement d’une civilisation dématérialisée et d'une production agricole hors-sol mais de nombreux signes nous laissent envisager à quel point un socle matériel reste déterminant, des sociétés les plus pauvres aux plus avancées. Il est ainsi acquis que l’explosion des prix agricoles des années 2007-2008 – due entre autres aux agrocarburants – ne s’est pas limitée à provoquer des émeutes dans les pays du Sud, mais qu’elle a également eu une influence importante sur la déstabilisation des marchés financiers, avec les conséquences que l’on sait ("Une crise financière et… environnementale", Sandrine Rousseau, juin 2009, ecolosphere.net). Aujourd’hui, l’agriculture retrouve sa place dans un projet de société plus écologique, et suscite un enthousiasme nouveau : refus des OGM, demande en produits bio et équitables, engouement pour les circuits courts avec les AMAP, ou encore succès de documentaires dans les cinémas, de Notre pain quotidien au récent Solutions locales pour un désordre global.

Repenser l’agriculture implique naturellement une critique sans concession de la mainmise des multinationales sur les mécanismes néolibéraux de l’OMC et sa prétendue régulation "par le marché". Mais cette critique, de plus en plus connue et admise, ne suffit pas à construire une alternative : abattre les multinationales sans avoir d’abord identifié et soutenu les moyens d’une production relocalisée, ce serait s’enfermer dans le cercle sans fin de la répartition a posteriori d’une production centralisée, c’est-à-dire d’une primauté permanente accordée au capital – dont les effets néfastes seraient alors simplement "corrigés" par une politique sociale, comme le fait l’actuelle PAC tant critiquée. C’est justement ce dont les communautés paysannes du Sud ne veulent plus : l’heure est à l’exercice d’une démocratie agricole, basée sur les fondamentaux de l’acte de production (la terre, les semences, le paysan, le milieu naturel et le milieu social) et la reconnaissance du droit de chaque société à définir sa propre politique agricole et assurer sa souveraineté alimentaire. Par ailleurs, il est insuffisant de combattre l’agro-capitalisme sans identifier d’abord ses présupposés scientifiques et la représentation du monde qu’il traduit.

Parce que l’avènement d’une agriculture centralisée, industrialisée et chimique a conduit à mettre en danger le facteur de production (la terre, l’eau, le climat) et à aliéner les paysans (accaparement des terres, intrants chimiques, semences standards, non-reconnaissance des savoirs paysans), nous commencerons par un premier tour d’horizon des impasses et dangers de l’industrialisation de l’agriculture sur le climat (Diane Vandaele puis Claude Aubert), les sols (Emmanuel Bourguignon), le foncier (Michel Merlet puis Joseph Comby) et les semences (Guy Kastler). Dans un deuxième temps, Jacques Caplat (qui coordonne pour nous ce numéro), Michel Pimbert et Marc Dufumier démontreront qu’une fois débarrassés des mythes et impostures de ce modèle, nous pouvons mettre en œuvre une autre agriculture : bio, paysanne et adaptée aux communautés, aux terroirs et aux climats. Nous ébaucherons alors avec Aurélie Trouvé, Geneviève Savigny, José Bové et le groupe PAC 2013 quelques- uns des enjeux d’une agriculture en rupture avec les politiques néolibérales et replacée au cœur des territoires et des attentes sociales. Xavier Poux enfin rappellera en quoi les choix agricoles sont indissociables des paysages et des espaces de vie.

Adoptant un point de vue planétaire, nous nous attacherons donc dans ce numéro à dessiner les contours d’une agriculture inscrite dans une approche propre à l’écologie politique : humaine, environnementale et systémique. Ce dossier, inauguré par un classique de Henry David Thoreau, adressera aussi des clins d’œil à nos autres rubriques, lectures et kit militant. Après un n° 9, consacré en juin 2002 aux "Modernités de la ruralité" et disponible comme les autres en intégralité sur notre site ecorev.org, nous avons le plaisir de vous emmener sur de nouveaux chemins de campagne.

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