jeudi, 6 mars, 2014
Par Aude le jeudi, 6 mars, 2014, 18h23
Survivre et vivre. Critique de la science, naissance de l'écologie,
coordonné par Céline Pessis, L’Échappée, Montreuil, 2014, 480 pages, 25
euros

La revue Survivre publie son premier numéro en 1970, à l'initiative
d'un groupe de mathématiciens que l'on pourrait qualifier de pacifistes. Les
liens entre la recherche fondamentale et leurs applications militaires, à
l'issue de guerres post-coloniales et en pleine guerre du Vietnam, stimulent
une réflexion sur le rôle social de la science qui ira pendant les cinq années
suivantes en se radicalisant et en augmentant la variété de ses préoccupations,
au point qu'il est possible de dire que Survivre... et vivre est l'une
des grandes revues écologistes des années 1970. Une sélection de textes et leur
introduction par Céline Pessis permettent de découvrir ce parcours intellectuel
et politique fulgurant qui s'achève au n°19, en 1975. Des contre-coups de Mai
68 à ceux de la candidature de René Dumont, en passant par le rapport du club
de Rome, Survivre... et vivre a posé des questions qui sont encore
celles que se posent (ou devraient se poser) les mouvements écologistes.
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vendredi, 28 février, 2014
Par Aude le vendredi, 28 février, 2014, 17h05
Les Sentiments du prince Charles, Liv Strömquist, traduit du
suédois par Kirsi Kinunnen et Stéphanie Dubois, Rackam, 2012, 136 pages, 18
euros

Deux questions me taraudent depuis longtemps au sujet du couple hétérosexuel...
Peut-on, et comment, avoir des oasis de relations équitables si le reste de la
société fait un sort inégal aux femmes et aux hommes ? Par exemple, si une
première grossesse fait stagner la carrière d'une femme pendant que celle de
son conjoint avance, les responsabilités qui lui seront données à lui, avec des
exigences plus fortes de présence (1), mettront à mal leur
bonne volonté de s'investir tou-te-s deux à égalité dans les tâches
domestiques. Rien à faire, nous sommes pris-es dans un tissu social, et il ne
s'agit pas uniquement des injonctions des beaux-parents aux fêtes de famille.
Ou bien : pourquoi, comment peut-on demander à la même personne d'être à
la fois amant-e, ami-e, parent de ses enfants, copropriétaire,
co-habitant-e ? Et n'est-ce pas voué à l'échec, au vu ne serait-ce que des
différentes temporalités, celle du désir et celle de l'éducation d'un enfant
par exemple ? Si j'aborde la question ici, ce n'est pas pour inaugurer une
carrière de conseillère matrimoniale (2) mais parce que
Les Sentiments du prince Charles a relevé le défi d'y répondre, dans
un ouvrage qui reprend des éléments historiques, anthropologiques et
psychanalytiques pour brosser un tableau des enjeux féministes du couple et de
l'amour. Rien que ça. En bande dessinée.
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lundi, 24 février, 2014
Par Aude le lundi, 24 février, 2014, 11h27
Contre le masculinisme. Guide d'auto-défense
intellectuelle, collectif Stop masculinisme, Bambule,
Lyon, 2013, 160 pages, 8 euros

Le masculinisme s'impose insidieusement en
Europe, après avoir pris ses aises au Québec. On l'a découvert à l'occasion de
l'un ou l'autre des colloques que la mouvance organise, parfois avec le soutien
de pouvoirs publics (1). On l'a croisé dans le film
La Domination
masculine (2009), pour lequel
Patric Jean a infiltré l'un de ses réseaux et montré les principaux ressorts de
la réaction anti-féministe. On a désormais (enfin !) un petit bouquin pour
faire le point, grâce aux efforts d'un groupe mixte, anti-autoritaire,
originaire de Grenoble, qui déplie son analyse en trois points : cause des
pères, violence contre les hommes et crise de la masculinité. Trois points,
trois mystifications.
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jeudi, 26 décembre, 2013
Par Aude le jeudi, 26 décembre, 2013, 08h15
La polémique fait rage dans un groupe de mes ami⋅e⋅s (et au-delà
semble-t-il) : Game of Thrones est-elle une série féministe ?
Pour : des personnages féminins nombreux, variés, forts (si l'on est
faible, dans ce Moyen-Âge fantasmé (1) et marqué par le
darwinisme social, on a peu de chances de rester un personnage) et une
narration qui serait « un
drame sophistiqué sur la subculture patriarcale », à l'instar des
Sopranos ou de Mad Men. C'est à dire que la fiction se
déroule dans un monde brutalement patriarcal pour justement produire un
discours là-dessus et en montrer la misère, pour les femmes comme pour les
hommes.
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lundi, 18 novembre, 2013
Par Aude le lundi, 18 novembre, 2013, 21h57
A propos de Timothy Mitchell,
Carbon Democracy. Le Pouvoir politique à l'ère du pétrole, traduit par
Christophe Jaquet, La Découverte, 2013, 336 pages, 24,50 euros
Il est une question qui apparaît bien peu dans
les discours protectionnistes, c'est celle des conséquences économiques de
notre addiction au pétrole. Puisque nous n'en produisons pas, mais que nous en
consommons beaucoup, il nous faut bien trouver de quoi l'acheter sur le marché
mondial, en produisant à notre tour et exportant (des armements ?) de quoi
équilibrer la balance, ce qui nous contraint à nous engager dans une longue
série d'échanges plus ou moins avantageux. Ceci dit non pas pour désavouer le
protectionnisme, mais pour me permettre d'avoir enfin de quoi étayer ma ferveur
mal informée pour cette position politique. Car on parle beaucoup de pétrole,
pour dire que c'est la malédiction des pays producteurs (à part la
Norvège ?) ou pour regretter que son prix soit trop ou pas assez élevé,
mais rarement pour aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons avec la
même acuité que celle dont fait preuve ici Timothy Mitchell. Autant le dire
tout de suite, son ouvrage Carbon Democracy est une autre,
indispensable et vivifiante, histoire du XXe siècle.
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samedi, 16 novembre, 2013
Par Aude le samedi, 16 novembre, 2013, 10h06
A propos de trois films
Soleil vert, Richard Fleischer
(1973)
Idiocracy, Mike Judge (2006)
Elyseum, Neill Blomkamp (2013)
C'est dans 50 ou 150 ans et le monde est devenu
étouffant dans tous les sens du terme : surpeuplé et surchauffé, un
enfer.
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mardi, 5 novembre, 2013
Par Aude le mardi, 5 novembre, 2013, 12h49
Iain Boal se lave les dents au moins deux fois par jour, mais n'accepte pas
pour autant l'étiquette de brosse-à-dentiste. Il refuse également celle de
cycliste, quand bien même, en sus de cette hygiène de vie qu'apporte le
pédalage, il aurait à son crédit la fondation avec d'autres de la première
masse critique contemporaine, à San Francisco. On comprend bien vite qu'on a
affaire à un intellectuel hétérodoxe et qui cultive le décalage. Son histoire
du vélo, en préparation depuis 2005, risque fort de ne pas ressembler aux
autres.
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mercredi, 9 octobre, 2013
Par Aude le mercredi, 9 octobre, 2013, 08h57
Richard Grove,
Les Îles du Paradis. L'Invention de l'écologie aux colonies,
1660-1854, La Découverte, 164 pages, 13,50 €
Il est des textes dont on ne sait trop quoi faire
quand on est éditeur : trop longs pour la revue, trop courts pour le
livre. C'est une gageure, pour laquelle on invente des formes, consistant le
plus souvent à faire des livres à partir de très longs articles. Car hors du
livre, point de salut : avez-vous déjà lu un article de cinquante pages
dans la presse française ? C'est monnaie courante pourtant dans le monde
anglo-saxon, mais chez nous cette forme d'écriture n'existe plus depuis Albert
Londres, il n'y a rien entre les dix pages de « grand reportage » et
le bouquin de 200 pages. Les Prairies ordinaires bricolent donc Le Stade
Dubaï du capitalisme de Mike Davis (96 pages, 8 €) avec l'aide d'un
long article de François Cusset sur le même sujet. Pendant que les éditions
Allia livrent brut La Montée des
eaux de Charles Mann dans un micro-bouquin (64 pages, 3,10 €). On
gonfle le texte ou on assume sa brièveté.
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lundi, 9 septembre, 2013
Par Aude le lundi, 9 septembre, 2013, 21h17
A propos
de Léo Thiers-Vidal,
Rupture anarchiste et trahison proféministe, textes rassemblés par
Corinne Monnet, Sabine Masson, Samuel Morin et Yeun Lagadeuc-Ygouf, Bambule,
2013, 208 pages, 8 €
Difficile d'aller à l'encontre de ses intérêts de classe... c'est tout le
propos de Léo Thiers-Vidal dans ce recueil d'articles, que de rappeler que les
hommes,
tous les hommes, ont intérêt à (c'est-à-dire perçoivent des
gratifications dans le cadre de) la domination masculine. Certes
difficile ne veut pas dire
impossible, mais les exemples
auxquels l'auteur a été confronté pendant sa vie militante, et sur lesquels il
a appuyé comme on le lit ici sa pensée, montrent encore et toujours que s'en
déprendre n'est pas une mince affaire.
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jeudi, 5 septembre, 2013
Par Aude le jeudi, 5 septembre, 2013, 10h22
A propos de Howard Zinn, La Mentalité américaine. Au-delà de
Barack Obama, Lux, Montréal, 2009
Je m'étais promis de ne pas faire mon américaniste à deux sous, parce
qu'un billet d'avion et un permis
touristique ne sont une condition ni nécessaire ni suffisante pour
connaître une culture et gloser à son sujet. Mais le bouquin d'Howard Zinn me
permet de céder à la tentation de parler de la culture politique des USA, une
culture dont j'ai pu constater qu'elle était trop mal connue et considérée, y
compris par des visiteurs/ses plus assidu-e-s que je ne l'ai été.
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dimanche, 14 juillet, 2013
Par Aude le dimanche, 14 juillet, 2013, 13h00
A propos de l'ouvrage de Jean-Claude
Michéa,
Les Mystères de la gauche. De l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme
absolu, Climats/Flammarion, 2013
Est moral « tout ce qui est source de solidarité, tout ce qui force
l'homme à compter avec autrui, à régler son mouvement sur autre chose que les
impulsions de son égoïsme ».
JCM
Une question me taraude : comment l'enfer
peut-il être pavé d'aussi bonnes intentions ? Comment la volonté de
construire des espaces militants moins militaires, plus humanistes, peut-elle
tourner à la consommation
individuelle d'action collective ? Comment celle de se déprendre du
capitalisme et de la société de consommation peut-elle se muer en repli sur soi et ses satisfactions
égoïstes ? Comment certains outils intellectuels permettent-ils
d'interroger l'inégalité femmes-hommes au point de
désactiver toute critique féministe ? A toutes ces questions que je me suis
posées (et à vous avec) ces derniers temps, le dernier bouquin de Michéa
apporte une réponse. Qui semble toujours la même depuis Impasse Adam
Smith : c'est parce que la gauche, telle que nous la connaissons,
s'est structurée sur des bases politiques libérales.
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lundi, 27 mai, 2013
Par Aude le lundi, 27 mai, 2013, 19h39
Autour de Vivre avec les animaux. Une utopie
pour le XXIe siècle, Jocelyne Porcher, Bibliothèque du MAUSS, La
Découverte, 2011.
Vos ami-e-s végétarien-ne-s mangent sans
scrupules du camembert, une association anti-spéciste propose de récompenser
les inventeurs d'une viande de poulet à base de cellules animales reproduites
dans un bain, et votre faiblesse pour un bon steak suscite le dégoût de votre
entourage écolo ? L'indignation légitime pour l'« élevage
industriel » (1) alimente la confusion sur l'activité qui
consiste à élever des animaux. A moins que ce ne soit l'ignorance de ce qu'est
l'agriculture qui nourrisse un tel mouvement d'opinion. Car l'élevage fait
partie de notre culture comme de notre agriculture.
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vendredi, 17 mai, 2013
Par Aude le vendredi, 17 mai, 2013, 07h19
Plogoff,
Delphine Le Lay (texte) et Alexis Horellou (dessin)
Delcourt, 2013, 192 pages,
14,95 €
A paraître dans le n°4 de L'An 02, juin 2013.
Tout commence en 1975 avec la décision du
gouvernement français de faire assumer à la Bretagne son
« indépendance » énergétique : il faudra, de gré ou de force,
implanter une centrale nucléaire sur le
territoire breton. Plogoff n'est alors que l'un des sites envisagés et les
habitant·e·s sont sceptiques : « D'ici que ça se passe à
Plogoff ! On a le temps... » Ils et elles ont une confiance dans
l'État de droit qui ne leur permet pas d'imaginer la suite, un projet qui se
mènerait contre leur avis ou celui des structures représentatives locales.
1976 : de consultation locale en conseil municipal extraordinaire,
l'opposition populaire se construit et se renforce. « On a déjà voté
contre la centrale. On a déjà dit qu'on n'en voulait pas ». On comprend le
choc ressenti par les Plogoffites quand le projet se précise malgré tout. Cet
échec à se faire entendre finit par donner lieu à un premier acte de
désobéissance, la fermeture des routes au personnel d'EDF venu en
reconnaissance. 1978 : la marée noire de l'Amoco Cadiz exacerbe le
sentiment chez les Breton·ne·s que leur pays est livré aux polleurs :
« La Bretagne est la poubelle de la France ».
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dimanche, 27 janvier, 2013
Par Aude le dimanche, 27 janvier, 2013, 18h42
J'écrivais il y a plus d'un an, pour le n°2 de L'An 02, une chronique
sur l'absence d'auteures femmes dans le catalogue des éditions Gallmeister,
dont je suis avec beaucoup d'intérêt les collections « Nature
Writing » et « Noire ». En mars 2013 une troisième auteure est à
paraître, après Kathleen Dean Moore et Terry Temple Williams : Dorothy M.
Johnson, pour un recueil de nouvelles, Contrée indienne. Voici
d'autres auteures, jamais traduites en français, ou bien il y a longtemps, ou
bien récemment rééditées (Mary Austin !) ou bien encore très bien éditées en
français (Annie Dillard), qui font de la nature writing une écriture
aussi féminine.
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dimanche, 18 novembre, 2012
Par Aude le dimanche, 18 novembre, 2012, 19h12
Paradis sous terre. Comment le Canada
est devenu la plaque tournante de l’industrie minière
mondiale
Alain Deneault et William Sacher
préface de Richard Desjardins
Écosociété (Montréal) et Rue de l’Echiquier (Paris),
2012
192 pages, 15 €
Ceux et celles pour qui la diplomatie canadienne se résume à d’aimables
voyageurs/ses aux énormes sac à dos marqués de la feuille d’érable auront de
quoi être surpris·es par la description que font ici deux des auteurs de
Noir Canada des exactions auxquelles se livrent les entreprises
minières du pays. Car le Canada ne se contente pas de faire profiter cette
industrie de conditions particulièrement favorables : lois minières sur
mesure qui leur accordent la préséance sur toute activité de surface,
exemptions fiscales de tout ordre, faiblesse de la collecte des redevances
minières, etc. Il s’attache en outre à les exporter dans le monde entier,
particulièrement dans les pays les plus vulnérables.
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lundi, 5 novembre, 2012
Par Aude le lundi, 5 novembre, 2012, 02h37
Le Soleil en face. Rapport sur les calamités de l'industrie solaire et des
prétendues énergies alternatives
Frédéric Gaillard
L'Échappée, 2012
160 pages, 11 €
La critique des énergies dites « renouvelables » continue. Arnaud
Michon avait publié en 2010 aux éditions de l'Encyclopédie des Nuisances un
réquisitoire contre l'énergie éolienne, Le Sens du vent, qui faisait
la part belle à une critique idéologique : un système injuste et
autoritaire tente maladroitement d'assurer sa durabilité... le laisserons-nous
faire ? Il faisait découvrir en outre aux optimistes de tout poil les
défauts de l'énergie éolienne : non seulement les exactions de compagnies
pour lesquelles un paysage et les personnes qui l'habitent ne peuvent rien
valoir, mais aussi les ressources non-durables, en particulier métalliques,
utilisées pour la construction d'une éolienne. Hélas pour les gentil-le-s
écolos un brin techno, la réponse universelle à tous nos problèmes n'est pas
blanche et dotée de trois grandes pales. C'est plutôt une révolution qu'il nous
faut (et nous voilà bien avancé-e-s).
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mercredi, 19 septembre, 2012
Par Aude le mercredi, 19 septembre, 2012, 20h22
#Indignés !
D'Athènes à Wall Street, échos d'une insurrection des
consciences
textes recuellis par la revue Contretemps, Zones/La
Découverte
2012, 196 pages, 14,50 €
« Si le seul moyen de s'apercevoir du monde de merde dans lequel on
vit est de se faire virer, alors tout le monde à la porte ! », disait
l'autre (1). On y est presque : « Toute une
génération de diplômés de l'enseignement supérieur est touchée par le plus haut
pourcentage de déclassement de toute l'histoire des États-Unis »
(2). Ce qui ne doit pas être étranger au surgissement
d'Occupy, le plus abondamment commenté dans ce recueil de textes autour de
quelques mouvements sociaux apparus en 2011. De la place Tahrir à la place
Syntagma, de la Puerta del Sol à Wall Street, on a pu assister à la remise en
cause de la gouvernance mondiale et du néo-libéralisme, sous une forme qui a eu
l'heur d'intéresser le public, plus que les grèves et les occupations d'usine
traditionnelles, lesquelles produisent des discours et des images apparemment
moins enthousiasmants (3).
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jeudi, 30 août, 2012
Par Aude le jeudi, 30 août, 2012, 19h03
Yucca Mountain, John D'Agata, traduit de l'anglais par
Sophie Renaut, Zones sensibles, 2012, 159 pages, 16 euros
Retour au point de départ, ce Sud-Ouest américain où le président Truman a
cru bon de faire procéder aux premiers essais nucléaires... et aux suivants,
jusque dans les années 1990. Aujourd'hui, la montagne Yucca, dans le Nevada,
doit servir de dépotoir à des décennies de production de déchets états-uniens.
Pendant des années, une cargaison passera toutes les trois heures par le nœud
autoroutier de Las Vegas, et les risques sont bien connus, mais qu'à cela ne
tienne. La montagne est poreuse et constituée à 9 % d'eau, une matière
très corrosive, mais qu'à cela ne tienne. On n'imagine pas pouvoir signaler
pendant ne serait-ce que les 10.000 ans qui servent d'objectif politique la
dangerosité de la montagne à des populations dont la langue n'aura plus qu'un
rapport lointain avec l'anglais, mais qu'à cela ne tienne. Elles resteront, on
l'espère, émues comme nous par le Cri de Munch que l'auteur propose de dessiner
sur la montagne, comme il se dessine sur la couverture de ce livre surprenant.
Ni essai, ni autobiographie, mais déambulation personnelle et poétique dans une
société mortifère. Les digressions nombreuses et très documentées (sur le plus
grand building – inutile – de Las Vegas, sur le taux de suicide dans cette
ville, sur la sémiologie, etc.) sont des ramifications indispensables pour
décrire au plus juste la folie nucléaire.
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mardi, 8 mai, 2012
Par Aude le mardi, 8 mai, 2012, 15h52
Jean Salem, « Élections, piège à cons ? » Que
reste-t-il de la démocratie ?, Flammarion, collection
« Antidote », 2012, 116 pages, 8 €
On pense à une après-midi chez papi-qui-était-encore-communiste-après-1956.
Quelques heures à se replonger dans les abjections commises par l'Empire, à se
rappeler « la droiture, les lumineuses espérances et l'héroïsme » des
militant-e-s du PCF, à pester contre le ridicule des temps actuels, faute de
pouvoir exercer dessus une véritable ironie... On s'ennuie un peu parfois, mais
on a droit à un biscuit. Alors qu'il faut débourser la somme de huit euros pour
lire le traité de théorie politique marxisante de Jean Salem. L'essentiel
tient, p. 57, dans un rappel de la représentation chez Rousseau (« à
l'instant qu'un peuple se donne des représentants, il n'est plus libre »)
et dans une phrase de Castoriadis sur la captivité des électeurs/rices
sommé-e-s de choisir entre des pseudo-options. On trouvera aussi un
développement intéressant sur les sondages, et quelques exemples qui ont le
mérite de ne pas être tous occidentaux. Mais on reste sur sa faim : rien
pour dégommer les théories libérales de la démocratie, rien sur la
représentation et ses tentatives plus ou moins adroites de dépassement. Rien.
Est-ce donc là tout ce que la théorie marxiste a à nous dire de la
démocratie ?
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vendredi, 16 mars, 2012
Par Aude le vendredi, 16 mars, 2012, 10h24
Mona Chollet,
Beauté fatale. Les Nouveaux Visages d'une aliénation féminine, La
Découverte, « Zones », 2012, 237 pages, 18 €
Des réserves devant le dernier bouquin de Mona Chollet ? Aucune, cette
chronique se contentera de partager l'enthousiasme qui accompagne la lecture de
ce remarquable Beauté fatale. L'auteure a décidé de ne pas prendre à
la légère l'injonction de beauté et de séduction qui pèse sur le corps des
femmes, dans tous les domaines, y compris professionnel (ah, les lèvres qui
brillent – mais pas trop – pour l'entretien d'embauche). Car il n'y a pas
derrière cette injonction que le temps, l'argent et l'énergie dépensés en
maquillage le matin, en shopping le samedi après-midi. Il y a aussi la honte de
ne jamais satisfaire totalement à l'idéal féminin : jamais assez mince,
jamais assez jolie, et déjà la peau moins ferme. Ou celle d'être trop jolie,
trop apprêtée, donc sensible au soupçon d'être un peu pute ou pas crédible
intellectuellement, professionnellement. D'où une intranquillité fondamentale
des femmes, une vulnérabilité psychique aux sources selon l'auteure de leur
position sociale qui reste subalterne (salaires moindres, faible présence dans
les lieux de pouvoir) et de la violence qui leur est souvent faite.
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