dimanche, 31 mai, 2020
Par Aude le dimanche, 31 mai, 2020, 10h42
Un an plus tard, mon agresseur court toujours avec sa haine, toujours capable d'un passage à l'acte violent. Un an plus tard, je me décide à faire d'autres démarches, cette fois sans attendre la police. Grâce à un ami et à l'excellent site Service-public.fr, je saisis le procureur de la République par une lettre recommandée et attire son attention sur ma plainte en déshérence. Celui-ci peut juger que « mon agresseur » n'est pas que mon agresseur mais une menace pour d'autres encore, autres personnes à vélo ou à pied où dont la tête ne lui revient pas et qu'il souhaite punir comme il a puni mon ami puis moi. J'ai porté plainte pour mon assurance (mais je ne me suis pas assez bien assurée) et pour ça. Mon agresseur n'appartient pas à mon cercle de connaissances, je ne peux rien négocier avec lui, ses proches ou les miens, rien exiger comme réparation. Dans une société anonyme, je ne peux faire appel qu'à la police. Puis à la justice, qui ne bouge pas.
Sans réponse du procureur, je porte plainte auprès du doyen des juges d'instruction et demande en raison de ma pauvreté l'exemption d'une provision que sans ça je devrais faire dans le cas où ma plainte serait calomnieuse. Cette exemption m'est accordée et une juge d'instruction est saisie de l'affaire.
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lundi, 11 mai, 2020
Par Aude le lundi, 11 mai, 2020, 08h36
Il y a quelques mois, une jeune féministe prenait acte d'un désaccord que
nous avions en le mettant sur le compte de nos générations différentes. Ce
jour-là j'ai regardé dans le miroir mes rides naissantes et mes trois cheveux
blancs de quadragénaire relativement bien conservée et j'ai respiré un grand
coup. Je suis en cours de péremption.
J'ai pris parti dans un débat qui opposerait « jeunes féministes »
queer pour qui l'identité de genre est un fait individuel, je suis qui je veux,
y compris une licorne ou un dragon de Komodor (sic) (1), et
« vieilles féministes » pour qui le genre est une invention
patriarcale et qui finissent par dire que c'est le sexe biologique qui
détermine la position sociale. C'est le genre de débat particulièrement
intéressant où on a le choix entre deux positions caricaturales et largement
caricaturées. Les secondes
seraient en cheville avec l'extrême droite nord-américaine (celle-ci étant
100 % hostile à la liberté d'avorter, l'argument me paraît foireux mais
j'imagine en effet les milieux réacs se frotter les mains à l'idée de tirer
parti de ces polémique et soutenir, s'ils aiment jouer au billard, cette
partie-là) et les premières mèneraient la controverse à force d'intimidation et
de sabotages de l'expression publique des secondes (Twitter, universités et
bibliothèques) et de coups dans la vraie vie (et ça, à ma connaissance, c'est
avéré).
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dimanche, 3 mai, 2020
Par Aude le dimanche, 3 mai, 2020, 11h19
Depuis le début du confinement, les appels à un « monde d'après »
plus solidaire, juste et écologique se multiplient. Parmi les propositions
concrètes on trouve parfois le revenu garanti, réforme qui est dans l'air du
temps depuis quelques années. Le pape François lui-même se serait engagé pour
le « revenu universel de base », lit-on dans les journaux… Qu'on lise
le texte d'un peu plus près : « Vous, les travailleurs informels,
indépendants ou de l’économie populaire, n’avez pas de salaire fixe pour
résister à ce moment... et les quarantaines vous deviennent insupportables.
Sans doute est-il temps de penser à un salaire universel qui reconnaisse et
rende leur dignité aux nobles tâches irremplaçables que vous effectuez, un
salaire capable de garantir et de faire de ce slogan, si humain et chrétien,
une réalité : pas de travailleur sans droits. » Plus loin le pape
précise qu'il souhaite que soient garanti « l’accès universel aux trois T
que vous défendez : terre, toit et travail ». Il est plutôt question
de valoriser le travail des « premiers de corvée » en le sécurisant
comme le fait le salariat dans les pays occidentaux, avec sa continuité du
revenu qui s'avère relativement protectrice. Ou par l'accès à la terre… et on
aurait envie de rajouter la propriété des autres moyens de production (mais
c'est le pape, pas Che Guevara non plus).
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samedi, 25 avril, 2020
Par Aude le samedi, 25 avril, 2020, 18h29
S'il est un domaine dans lequel nos représentations baignent dans un mélange
de connaissances assurées et d’irrationalité, c'est le corps et la santé. J'y
pense depuis longtemps mais la crise sanitaire en a donné de nombreuses
illustrations, notamment avec les ruées sur la chloroquine, la nicotine et
maintenant l'eau de Javel… J'y pense depuis que j'ai lu
Le Sain et le malsain (Le Seuil, 1993), ouvrage dans lequel
l'historien Georges Vigarello montrait que ce qui est bon pour la santé et ce
qui ne l'est pas constitue une sorte de système d'images mentales à la logique
parfois étonnante. Par exemple, les épices (poivre, cannelle, clou de girofle,
etc.) ont la particularité de pourrir difficilement, en conséquence de quoi
elles ont été perçues comme saines : la pourriture étant malsaine,
l'imputrescibilité – des minéraux, des épices, etc. – était saine. Comme elles
ont aussi un goût très fort, l'analogie avec l'ail a constitué une évidence,
quand bien même le goût et les vertus thérapeutiques n'auraient aucun lien
entre eux. L'ail a donc été investi des mêmes qualités que les épices au coût
prohibitif, pour devenir l'épice des pauvres. Étrangement, ces qualités prêtées
à l'ail sont en grande partie reconnues par la science moderne. Antibactérien,
aliment santé, excellent en cas de rhume avec de l'eau chaude, du thym, du
citron, du miel, du gingembre… (sans oublier de porter un cristal en contact
avec votre peau !) Aujourd'hui encore, ce que nous savons de source sûre
et ce que nous imaginons et transmettons comme représentations est encore un
peu confus… Tout ça pour dire que cette crise sanitaire appuie pile là où nous
sommes les moins rationnel·les.
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mardi, 14 avril, 2020
Par Aude le mardi, 14 avril, 2020, 09h40
Dans
Les Besoins artificiels,
Razmig Keucheyan montre combien la consommation est un geste politique, non pas
parce que les choix individuels auraient le pouvoir de réorienter le marché
(une certaine aporie de la pensée écolo-alternative) mais parce que l'union des
consommateurs, sur le modèle de l'union des travailleurs à laquelle elle fut
d'ailleurs liée, est un outil sous-estimé et sous-utilisé pour ne plus subir
l'offre et contribuer à une démocratie économique. Tout intéressant qu'il soit,
cet ouvrage ne pose pas comme il le promet la question de la construction des
besoins, notamment par l'offre.
J'ai bien peur que nous ne soyons pas dans L'An 01, appelé·es à
reconsidérer nos besoins pour imaginer ensemble une société décente… J'ai bien
peur que ce qui nous attend ne soit pas un grand banquet démocratique où les
idées les plus généreuses et les moins bêtes triompheront… J'ai néanmoins envie
de poser ici cette question au sujet de l'avion, stimulée par des débats
récents du confinement et par ma relative déception devant l'ouvrage de
Keucheyan. Tentant de faire la part entre besoins authentiques et besoins créés
par l'offre, celui-ci affirme : « Voyager est devenu un besoin
authentique. (…) La démocratisation du voyage est un acquis. »
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dimanche, 12 avril, 2020
Par Aude le dimanche, 12 avril, 2020, 10h55
La vie politique, dans les
régimes représentatifs libéraux, est traditionnellement structurée autour des
partis (et autres corps intermédiaires comme les syndicats). Traditionnellement
mais pas de tous temps puisque avant 1848 les corps intermédiaires étaient
interdits, accusés de briser le bel unanimisme du peuple. Quand les
associations, les syndicats et les partis sont autorisés en 1848, cette
disposition est l'occasion pour des classes qui jusqu'ici avaient été tenues à
l'écart de la vie publique, et pas seulement par le suffrage censitaire, d'y
participer pleinement. Avant 1848, être élu supposait d'avoir les moyens de
mener campagne sur des ressources individuelles. Après 1848, non seulement tout
le peuple est invité à voter (tout le peuple ? à l'exception des femmes,
soit de sa moitié) mais en plus il gagne le droit de s'auto-organiser dans des
structures qui lui permettent de mettre en commun des moyens pour peser dans le
débat public – et plus concrètement de s'organiser dans son bras de fer avec
ses employeurs. En théorie, les corps intermédiaires portent une dimension
démocratique du gouvernement représentatif (lequel est, en théorie aussi,
faiblement démocratique).
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jeudi, 2 avril, 2020
Par Aude le jeudi, 2 avril, 2020, 17h09
Savez-vous comment remplir l'attestation qui vous permet de mettre un pied
dehors ? La question se pose car les verbalisations fusent. L'attestation
en question peut être recopiée à la main (à l'encre indélébile) car nul·le
n'est censé·e avoir une imprimante à la maison. (Rappelons que recopier est une
gageure pour les illettré·es, les dyslexiques ou les migrant·es qui ne sont pas
alphabétisé·es en français mais dans d'autres systèmes d'écriture.) Il n'y a
pas d'obligation à recopier chacun des motifs de sortie, seulement celui qui
vous concerne. Texte complet, avec vos données personnelles, daté, horodaté et
signé. Basta. Mais être en règle ne suffit pas et certain·es sont verbalisé·es
(déjà 55 millions d'euros d'amendes !), pour la raison que l'attestation a été
rédigé à la main ou que les cinq motifs n'ont pas été tous recopiés…
justifications qui ne tiennent pas en droit. Il faudra rendre des comptes quand
ce sera fini, gardez vos procès verbaux. #OnOublieraPas
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lundi, 30 mars, 2020
Par Aude le lundi, 30 mars, 2020, 14h45
Le besoin d'être ensemble qui nous caractérise, nous humain·es grégaires,
s'exprime d'autant plus fort que nous sommes tenu·es à des mesures de
confinement en cette période de pandémie. Il trouve tous les moyens de
s'exprimer : on appelle les personnes qu'on aime ou dont on sait qu'elles
sont les plus seules et vulnérables, on communique maladivement sur les réseaux
sociaux et les moyens les plus inventifs sont trouvés pour être ensemble à
distance : applaudissements depuis chez soi pour les soignant·es à 20 h
chaque soir, bougie à la fenêtre pour une fête chrétienne. On a tellement envie
d'unanimité que
Macron a remonté dans les sondages, prenant 50 % de points en plus,
après son discours de mobilisation. Une chèvre aurait fait l'affaire, peut-être
même beaucoup mieux : aucune chèvre n'a lutté contre les soignant·es
pendant les mois précédant la pandémie de coronavirus pour leur imposer une
énième baisse des moyens de l'hôpital public.
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samedi, 21 mars, 2020
Par Aude le samedi, 21 mars, 2020, 13h16
Le 6 mars, monsieur le président se rendait au théâtre. On n'allait pas
se laisser abattre : « La vie continue. Il n’y a aucune raison,
mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de
sortie. » Cinq jours plus tard, il en remettait une
couche : « Nous ne renoncerons à rien. Surtout pas à rire, à
chanter, à penser, à aimer. Surtout pas aux terrasses, aux salles de concert,
aux fêtes de soir d’été. Surtout pas à la liberté. » Deux jours après
cette sortie rappelant la grandeur de notre civilisation, avant tout celle des
loisirs marchands, Macron posait les bases de notre nouvelle vie :
rassemblements interdits, contacts physiques limités (mais pas la peine de
porter un masque, d'ailleurs on n'en a pas), privé·es de sorties sauf pour les
activités vitales (les courses, la promenade du chien, le kilomètre de marche
pour ne pas perdre la main, aller bosser dans une usine produisant des biens
pas spécialement vitaux en temps d'épidémie). Y'a pas à dire, le type voit la
fin du monde arriver avec plus de clairvoyance que Jojo et les Gilets jaunes
qui, elles et eux, ont vite compris à quel point les luttes écologistes et
démocratiques étaient aussi les leurs…
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vendredi, 13 mars, 2020
Par Aude le vendredi, 13 mars, 2020, 08h05
Les soins de santé en France sont en grande partie pris en charge par un
système d'assurance collectif financé par les cotisations des un·es et des
autres et étendu à leurs proches. Il semble donc justifié par certain·es d'en
exclure les migrant·es qui n'ont pas encore cotisé : résidant depuis moins de
trois mois, en séjour irrégulier, etc. C'est une revendication assez commune à
droite et elle a été mise en œuvre par les fameuses lois Pasqua en 1993. Ce
n'est pas sous des gouvernements d'extrême droite que le ministre de Jacques
Chirac puis d'Édouard Balladur a fait refuser l'accès à l'Assurance maladie
pour les personnes en séjour irrégulier.
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dimanche, 1 mars, 2020
Par Aude le dimanche, 1 mars, 2020, 16h40
S'il est une chose bien matérielle que les pays occidentaux pensent avoir
apportée aux pays qu'ils ont colonisés, c'est les chemins de fer.
« Rendez-vous compte, grâce à nous ! » nous disent celles et
ceux qui malgré des années passées sur les bancs des écoles, collèges et
lycées, ignorent tout un pan de l'histoire de leur pays, celui qui concerne sa
relation avec une partie du monde qu'il a tenue sous sa dépendance coloniale.
Rien que ça. Cette histoire compte pour comprendre le monde d'aujourd'hui mais
notre ignorance à ce sujet est assez crasseuse. Alors si vous ne la connaissez
pas bien, plongez-vous dedans, d'autant qu'il est d'autres manières de
s'instruire, plus agréables que des cours magistraux. Dans Terre
d'ébène, son livre de reportages en Afrique de l'Ouest constamment réédité
depuis 1928, Albert Londres rappelle que le chemin de fer Congo-Océan n'a pas
été construit par la métropole mais par le travail forcé des locaux dont
17 000 moururent dans les travaux (ce
pour quoi la République française et Spie Batignolles ont été poursuivies).
Comme beaucoup de personnes éduquées en France, je ne connais pas mieux cette
histoire mais j'ai la chance d'avoir suivi quelques cours sans complaisance sur
une autre partie du monde.
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jeudi, 27 février, 2020
Par Aude le jeudi, 27 février, 2020, 18h44
Il y a quelques années, j'animais la bibliothèque d'un centre de femmes.
Nous avions choisi de mettre dans notre enfer (l'endroit des livres sulfureux
qu'on ne peut se procurer qu'en les demandant explicitement) une bande dessinée
qui racontait la vie et des engagements d'une féministe
« historique ». Notre principale raison, c'est qu'elle parlait de
manière très désinvolte du viol subi par une femme de ménage dans une chambre
d'hôtel, comme s'il ne s'agissait pas d'un crime. Nous ne voulions pas laisser
une lectrice qui aurait subi ce genre de violence découvrir cette parole
méprisante. Mais il faut le dire, j'avais aussi un peu en tête les accusations
qu'on faisait à cette dame d'être une féministe blanche bourgeoise qui n'était
pas trop sortie d'elle-même et avait gardé le genre comme unique grille de
lecture des relations de pouvoir dans notre société. Une des copines du groupe
avait lu le livre en question mais je ne m'étais pas donné cette peine.
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mardi, 28 janvier, 2020
Par Aude le mardi, 28 janvier, 2020, 07h04
« Je te crois. » Ce sont trois petits mots qui disent beaucoup.
Dans une société où les femmes sont structurellement moins crédibles que les
hommes, où leur témoignage, leur expertise ou leur parole sont systématiquement
objets de méfiance, des femmes s'écoutent les unes les autres et s'accordent
cette crédibilité féminine si rare et si précieuse. « Je te crois »,
comme un acte de sororité, une obligation construite des unes vis-à-vis des
autres malgré les réflexes sexistes, les querelles de chapelle, les agendas qui
divergent. Nous ne sommes pas obligées de faire vivre le seul mouvement
politique unanime, qui ne soit pas traversé d'interrogations, de lignes de
fracture, de vifs débats ou d'un brin de mauvaise foi. Mais, contrairement à
d'autres, nous avons le devoir de nous ménager les unes les autres, de mener
nos débats avec autant de rigueur que de respect, d'assumer nos divergences
sans violence. Ce n'est pas le cas.
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dimanche, 19 janvier, 2020
Par Aude le dimanche, 19 janvier, 2020, 11h35
C'est une affirmation à tempérer mais, sans attendre des
politiques de transition écologique, nous avons dès maintenant la possibilité
et la responsabilité de baisser notre impact sur l'environnement en adoptant
quelques bons principes de vie : choisir les mobilités douces, acheter des
produits bio tant alimentaires que cosmétiques, d'entretien ou textiles, trier
ses déchets, rénover sa maison avec des matériaux écologiques, habiter un
logement pas trop grand, produire moins de déchets en utilisant des objets
réutilisables et des aliments en vrac et moins transformés, moins chauffer son
logement, ne jamais prendre l'avion. J'en oublie peut-être…
Ces quelques principes semblent opposer des classes conscientisées de
centre-ville (qui vivent assez près de de leur emploi pour y aller à vélo, ont
les moyens de manger bio, peuvent assumer les surcoûts de certaines pratiques
de consommation quand il faut choisir un produit plus écologique) à ces classes
populaires qui se sont insurgées l'hiver dernier à propos d'éco-taxes sur le
diesel, lesquelles sont dépendantes
de la voiture, n'ont pas les moyens de faire entrer dans leurs critères de
consommation les questions écologiques et le voudraient-elles vraiment ?
Il est une idée qui s'impose d'après laquelle cette écologie des ménages, qui
constituerait notre principale marge de manœuvre pour faire changer
radicalement nos sociétés, appartiendrait au registre d'une classe sociale,
éduquée et à l'aise financièrement (1) pendant que les autres
sont au mieux captives, au pire rétives.
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vendredi, 20 décembre, 2019
Par Aude le vendredi, 20 décembre, 2019, 11h38
Les vies que nous menons depuis deux semaines, pour celles et ceux qui sont
tributaires de transports en commun en grève, ont fait apparaître l'inhumanité
de nos vies – en particulier en région parisienne. Nous naviguons d'habitude
sans trop de mal (encore que sans goût et sans aisance) dans des espaces
surdimensionnés, qui ne sont pas à taille humaine. Cela ne nous était peut-être
jamais apparu avec autant de clarté qu'il y a deux semaines. À combien de
kilomètres vivons-nous de notre travail – ou travaillons de notre
domicile ? Certes la durée est aussi une expérience sensible mais ces
15 km qui se faisaient en 50' sans y penser ont pris une réalité
particulière et sont devenus impossibles à surmonter. Il en est qui ont tenté
l'aventure les premiers jours et ont marché deux heures et demie à l'aller,
autant au retour, pour satisfaire à leurs obligations. D'autres ont découvert
le vélo dans les pires conditions : la masse critique est là mais les
équipement sont dimensionnés pour 5 % de cyclistes et les voitures se
pressent encore plus nombreuses et conduites par des personnes encore plus
énervées que d'habitude. Cette vie-là est un petit enfer. Même à vélo, même à
3,5 km de mon lieu de socialisation principal, je n'ai encore trouvé
aucune puissance dans cette nouvelle vie, hors les manifestations.
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jeudi, 5 décembre, 2019
Par Aude le jeudi, 5 décembre, 2019, 09h52
Le poing
qui illustre ce billet est une contribution au mouvement social qui démarre en
ce jeudi 5 décembre 2019. (Merci Agnès.)
Souvent je dis « pardon » ou « merci » quand je croise
sur la route des personnes attentionnées. Et parfois je me comporte comme une
merde. Et pourtant, c'est seulement quand je suis à vélo qu'on m'engueule. Pas
quand je n'ai pas bien regardé avant de traverser en-dehors des clous ou que je
bouscule d'autres piéton·nes par inattention ou parce que je marche trop vite.
Comme si être urbain·e en ville était une affaire de mode de transport :
les cyclistes seraient par essence grossier·es et dangereux/ses, les autres des
modèles de civisme. Qu'on se plaigne d'avoir été mis·e en danger par un conducteur de
car qui nous engueule ensuite car on ne roulait pas sur la piste cyclable
(1), et on prend pour tou·tes les autres cyclistes de la terre. Qu'on commente
un accident dans lequel un·e cycliste a été blessé·e et on entend ces
« Oui mais les cyclistes roulent n'importe comment » qu'on n'ose plus
dire à propos des femmes agressées (« Oui mais elles le cherchent
bien »). Les cyclistes rouleraient de manière délictueuse et n'auraient
que ce qu'elles et ils méritent en cas d'accident.
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samedi, 10 août, 2019
Par Aude le samedi, 10 août, 2019, 12h58
Il y a quelques jours, j'ai eu l'idée saugrenue de demander à un colibri de ma
connaissance s'il avait bien supporté la lecture d'
Égologie
et celui-ci en est venu à critiquer les mouvements écolos qui se complaisent
dans leur singularité et le fait qu'ils ont raison tandis que les autres ne
sont que des imbéciles. Vu la gravité de l'enjeu, me disait-il, il faut s'unir,
tous les efforts sont bons à prendre. Oui. Mais non.
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jeudi, 18 juillet, 2019
Par Aude le jeudi, 18 juillet, 2019, 08h05
Je n'aime pas me faire chier dans la vie, et je ne dois pas être la seule.
Il m'arrive pourtant souvent d'être surprise que ce soit, autour de moi, un
critère décisif pour organiser sa vie : aller au plus pratique. À ce qui
engage le moins d'efforts. Les pubs fourmillent d'invitations à se laisser
dorloter en échange de quelques euros. Le champ des services ne cesse jamais de
s'étendre – et de libérer la croissance. Plus besoin de sortir se faire couper
les cheveux, le coiffeur vient chez vous. Inutile de penser à mettre de la
bière au frigo, un livreur vous l'apporte. Des services auparavant réservés aux
client·es des grands hôtels se massifient désormais : faites livrer des
fleurs, chercher un document à la maison, etc. Votre maison est devenue le
centre du monde, si vous le voulez bien. Il doit bien être possible de faire
autrement, c'est comme cela que nous vivions il y a encore cinq ans.
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lundi, 15 juillet, 2019
Par Aude le lundi, 15 juillet, 2019, 09h11
Parmi les armes de défense du féminisme, avec la
dérision et la sororité, figure la non-mixité. Se priver des mâles lumières de
nos camarades ou de leurs bras musclés a bien des avantages : entre
femmes, notre parole prend enfin la place qu'elle mérite et nous nous révélons
puissantes, bien plus que ce que les rôles sociaux qui nous sont dévolus nous
laissaient imaginer. Pour certaines, la non-mixité est un moment de prise de
conscience, de ressourcement, de questionnement libre, sans pression externe,
des agendas féministes. Pour d'autres, il s'agit de mener des vies séparées,
autant que possible, de la classe des hommes, perçus comme agresseurs et
exploiteurs. L’idée est alors d'assurer le respect de son autonomie ou de son
intégrité.
Les enseignant·es aussi s'interrogent sur les bienfaits de la non-mixité
pour protéger les filles de l'ambiance masculine que les garçons imposent si
vite, de même qu'ils monopolisent l'attention de leurs profs. Est-ce le signe
d'une régression, d'un retour au temps des tabliers et des écoles de filles,
avec des enseignements différenciés accompagnant des rôles de genre rigides et
hiérarchisés ? La non-mixité fait enrager quelques universalistes
persuadé·es que des valeurs communes de justice sociale suffisent à assurer
l'égalité entre nous. Ainsi que certains proféministes convaincus d'avoir assez
« déconstruit » leur masculinité ou trahi la classe des hommes pour
mériter que leur place soit partout, y compris dans des groupes de femmes qui
souhaitent un moment de répit.
La non-mixité fait causer et depuis quelques années celle des toilettes est
en débat. « Whatever, just wash your hands! » : c'est le mot
d'ordre de la libération des stéréotypes de genre dans les toilettes. Les
pictogrammes stupides, figure neutre pour les hommes et en robe pour les
femmes, sont remplacés par des licornes ou des dragons de Komodo. Au-delà des
cercles militants queer, l'idée fait son chemin chez les décideurs,
président·es d'université ou des États-Unis, qui rendent les toilettes neutres
ou autorisent l'accès aux toilettes du sexe de son choix sur les bases de
l’auto-déclaration. Voilà qui a de quoi séduire.
La suite sur papier et sur ce blog dès septembre. À noter, que ce
numéro d'été, plus épais et qui sera en kiosque pendant deux mois, est bien au
prix de 5 euros...
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lundi, 27 mai, 2019
Par Aude le lundi, 27 mai, 2019, 15h43
Ça fait longtemps que j'ai envie de parler de mon expérience de cycliste et
de violence routière. Parce que je fais du vélo et que côtoyer tous les jours
10 % d'automobilistes qui me mettent en danger par négligence ou
malveillance fait mal… J'ai aussi été
fauchée délibérément par un automobiliste énervé, devant sept témoins, sans
que le propriétaire dûment identifié de la voiture soit mis en cause (affaire à
suivre). Cette violence et d'autres, on les subit tous les jours. Vous les
subissez tous les jours si vous habitez en ville. Peut-être que c'est à pied,
en voiture ou en scooter. Peut-être que vous avez décidé que c'est un type
d'usagèr·es qui en est coupable (« les vélos », « les
bagnoles »).
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