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mardi, 5 avril, 2016

Refuser de parvenir

Refuser de parvenir. Idées et pratiques, Centre international de recherches sur l'anarchisme (CIRA) de Lausanne, Nada et CIRA, Paris et Lausanne, 2016, 300 pages, 20 euros

Voici un bouquin qui devrait faire écho chez les militant-e-s qui se sont posé la question de l'articulation entre leurs engagements et leur vie professionnelle. Peut-être pas les cadres supérieurs qui trouvent quelques heures par mois pour leurs loisirs associatifs et font exactement les mêmes carrières que leurs collègues qui votent PS. Plutôt à ceux et celles qui se sont posé la question de comment être utiles et ont fait des choix de vie en fonction. Le livre commence fièrement avec le rappel de l’œuvre d'Albert Thierry, brillant étudiant choisissant le métier de maître d'école alors que des fonctions d'enseignement plus prestigieuses lui sont ouvertes. C'est lui qui théorise le « refus de parvenir » qui fait l'objet de ce recueil. Principaux objectifs : ne pas trahir sa classe et travailler à une émancipation qui ne soit pas individuelle mais collective. Le refus de parvenir n'est pas le choix solitaire d'une belle âme mais une stratégie politique visant une amélioration des conditions de travail et de vie de toute une classe sociale. L'égalité des chances (de parvenir) ne les intéresse pas, ils et elles visent une égalité des conditions.

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jeudi, 17 mars, 2016

Contact

Matthew Crawford, Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver, La Découverte, 2016, 283 pages, 21 euros

Il est question d’Emmanuel Kant et de Walt Disney, de philosophie politique et de machines à sous. Crawford manie des concepts philosophiques parfois un peu ardus mais toujours éclairés par des exemples concrets, l’idée étant de comprendre pourquoi, dans un univers toujours plus commode, nous nous trouvons toujours plus désemparés. L’exemple qui m’a le plus frappée est celui des vieux Disney, dans lesquels les personnages sont aux prises avec des objets qui répugnent à leur obéir, au point de sembler animés d’une vie propre : des ressorts qui ne cessent de se détendre, des portes de s’ouvrir… Aujourd’hui, dit-il, les dessins animés de la même firme montrent des personnages béats servis par des machines complaisantes. Je me demande quelles intrigues ce dispositif peut servir. L’absence de conflit, outre qu’elle est assez pauvre politiquement, l’est aussi sur le plan narratif.

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jeudi, 31 décembre, 2015

La Double Impasse

Une chronique à retrouver sur le tout nouveau site de L'An 02.

Sophie Bessis
La Double Impasse. L’Universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand
La Découverte, 2014
240 pages, 19 €

Deux visions inconciliables du monde : la démocratie libérale d’un côté, avec son individualisme bon teint, et de l’autre une doctrine passéiste, à la violence médiévale. Les deux se seraient heurtés de plein fouet lors des événements de 2015. Dans cet ouvrage publié quelques mois plus tôt, Sophie Bessis renvoie dos à dos ce qu’elle appelle la « théologie de marché » (ne parle-t-on pas de « dogme » néo-libéral ?) et le fondamentalisme religieux, protestant et musulman au premier chef. Il ne s’agit pas selon elle d’un choc des civilisations mais du désarroi d’un monde livré à un monstre à deux faces qui se nourrissent l’une l’autre, un monde au bord de l’épuisement écologique et où les idées émancipatrices peinent désormais à se faire entendre. Le développement ne signifie plus que l’intégration au capitalisme mondialisé, l’argent passe au rouleau compresseur la diversité du monde. Les traités transatlantique et transpacifique proposent de peaufiner l’arsenal juridique global pour la prédation des ressources publiques par les intérêts privés. Les mondes musulmans, du Mali à l’Indonésie, sont uniformisés par la magie des pétrodollars. La mondialisation est là, et bien là, mais l’universalisme recule. Ne restent que les identités : celle des Charlie qui bravent les barbares en levant leur verre, oubliant l’état de délitement de leur « démocratie », gouvernement représentatif aux abois depuis que l’ordre néolibéral s’est imposé depuis Chicago ou Bruxelles ; celle de ceux et celles qui ne sont plus désormais que des musulman-e-s.

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mardi, 29 décembre, 2015

Gouvernance

Alain Deneault
Gouvernance. Le Management totalitaire
Lux, Montréal, 2013
200 pages, 12 €
et
La Médiocratie
Lux, Montréal, 2015
224 pages, 15 €


Les discussions sur la démocratisation des structures de gouvernement, sur des modalités comme la reddition des comptes, les modes de scrutin plus « représentatifs », le tirage au sort de certaines assemblées, etc. semblent à côté de la plaque à la lecture d’Alain Deneault. Comme si nous retardions de quarante ans. Depuis, la gouvernance a su imposer sa façon d’envisager l’action publique comme un dialogue fructueux, orchestré par l’État, entre ce qu’on appelle les acteurs : vous, moi, à partir du moment où nous sommes concerné-e-s par les projets à mettre en œuvre. Mais aussi (et surtout), dans le cas d’un projet d’aménagement par exemple, Vinci ou Eiffage, qui sont bien les plus concernées au regard des budgets qu’elles vont mobiliser. On comprend mieux les « ratés » de la bonne gouvernance occidentale, les autoroutes et autres grands projets construits contre les textes de loi, contre l’avis des services du ministère et des associations écologistes ou de riverains qui dénoncent le gaspillage d’argent public.

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mercredi, 19 août, 2015

Une histoire populaire de l'humanité

Chris Harman, Une histoire populaire de l'humanité. De l'âge de pierre au nouveau millénaire
Traduit par Jean-Marie Guerlin, La Découverte Poche, 2015 (2011)
720 pages, 15 €


« On me demande souvent, disait Howard Zinn, s'il existe un livre équivalent à mon Histoire populaire des États-Unis pour l'histoire du monde. Je réponds toujours qu'il n'en existe qu'un qui accomplisse cette tâche particulièrement délicate : celui de Chris Harman. » Une histoire populaire de l'humanité, par un auteur spécialement attentif aux mouvements révolutionnaires, donne l'occasion de revenir sur des moments marquants de l'histoire sociale et politique, plus compréhensive envers les classes laborieuses et les révolté-e-s de toute sorte, moins attachée au grands hommes qui semblent ailleurs seuls capables de faire se mouvoir des foules inertes (1).

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lundi, 20 juillet, 2015

Brut

Brut. La Ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo et Rudy Wiebe, Lux éditeur, Montréal, 2015, 108 pages, 12 €

Du brut. Par millions de barils. Ou comment donner à voir l’exploitation des sables bitumineux du Canada. Barils, dollars, gaz à effet de serre, degrés de réchauffement… On connaît l’histoire mais voici une invitation à en découvrir jusqu’aux acteurs les plus modestes, en un livre composite où se mêlent reportage, témoignage, plaidoyer et littérature, et autant de voix. Fort McMurray, dans le Nord-Est de l’Alberta, est la capitale de ces hydrocarbures que l’on dit non-conventionnels : leur exploitation, plus polluante et plus coûteuse que partout ailleurs, souille 90 000 km2 de terres et le bassin du fleuve Mackenzie, l’une des principales sources d’eau douce au monde. Dans des mines à ciel ouvert, des camions de trois étages chargent ce mélange de sable, d’argile et de bitume. Moins visible, l’exploitation par forage consomme plus d’eau et relâche plus de produits toxiques. Le transport par pipe-line, ensuite, déverse lors de fuites régulières des millions de litres jusque dans l’océan Pacifique.

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mardi, 31 mars, 2015

Manuel de survie à destination des femmes en politique

Sandrine Rousseau, Manuel de survie à destination des femmes en politique, Les Petits Matins, 2015, 108 pages, 9,90 €

Voilà un ouvrage qui s’adresse à toutes les femmes qui pourraient être tentées par l’action publique. Mais même si vous n’avez pas envie de devenir un jour conseillère municipale ou présidente de région, même si vous pensez comme moi que les élections devraient être abolies car la manie de la représentation est en soi un problème, même si vous n’avez pas envie de partager le pouvoir mais de le voir disparaître, ne passez pas votre chemin. Car le pouvoir existe toujours et vous êtes de toute manière susceptible d’y être confrontée un jour. Si ce n’est pas dans votre activité militante, heureusement à l’abri de tout rapport de pouvoir entre femmes et hommes (non ?), ce sera au boulot, avec des proches ou dans la rue.

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lundi, 23 mars, 2015

Sorcières, sages-femmes & infirmières

Barbara Ehrenreich et Deirdre English, Sorcières, sages-femmes & infirmières. Une histoirE des femmes soignantes, traduction L. Lame, Cambourakis, collection « Sorcières », 2015, 124 pages, 16 €.

En 1973, Barbara Ehrenreich et Deirdre English publient une brochure féministe, à mi-chemin entre le pamphlet et l’ouvrage de vulgarisation historique, dont le succès les surprendra. Les éditions Cambourakis reprennent aujourd’hui ce texte, accompagné de deux introductions par les autrices (1973 et 2010) et d’une postface, le tout constituant un ouvrage modeste mais stimulant. Que celles qui comme moi n’ont pas encore osé ouvrir Caliban et la sorcière (1) n’hésitent pas.

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mardi, 17 mars, 2015

La Tyrannie des droits

La Tyrannie des droits
Brewster Kneen
Écosociété, Montréal, 2014
traduit par Daniel Poliquin
168 pages, 15 €


Quand la question du mal-logement surgit pour la énième fois dans les médias en 2007, la réponse politique qu'elle reçoit est juridique : il s'agit d'un droit au logement opposable (DALO), le droit de demander un logement social auquel s'ajoute, quand celui-ci n'est pas accordé dans les douze ou vingt-quatre mois, le droit de poser un dossier en préfecture et le droit de recevoir une réponse dans les trois mois. Celle-ci peut être négative, hein, parce que les logements en question, on ne va pas les inventer. Lutter contre la spéculation immobilière, la hausse des loyers et la disparition de logements du marché, construire des logements sociaux, voilà qui constitue une politique susceptible de rendre justement disponibles et accessibles ces logements. Qu'est donc alors le droit au logement opposable, s'il ne garantit rien aux personnes qui ont besoin de se loger et n'y arrivent pas par leurs seuls moyens ? A celles et ceux qui se posent la question, au-delà du contexte hexagonal, la lecture de La Tyrannie des droits sera d'un grand secours pour aider à poser un regard renouvelé sur cet objet emblématique de notre modernité.

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mercredi, 11 mars, 2015

Seuls ensemble

Sherry Turkle, Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines (2011), traduit par Claire Richard, L’Échappée, 2015, 528 pages, 22 euros

Sherry Turkle prend soin de le préciser tout le long de son ouvrage. Non, elle n'est pas luddite (du nom de ces ouvrier·e·s briseurs de machine s'étant donné pour chef un imaginaire Ned Ludd). Non, elle n'est pas technophobe. Et de fait, le propos de cette psychologue directrice de département au Massachussets Institute of Technology est assez mesuré. Elle essaie de comparer chacune de ses observations avec nos usages d'avant le surgissement de machines high tech : qu'est-ce qui change entre une poupée et un robot social dans la réaction d'un enfant ? entre un échange sur Skype et une lettre pour les personnes mises en relation ? Et ses conclusions ne sont pas fracassantes, inédites ou catastrophistes. Mais oui, quelque chose change quand nous nous entourons d'objets nouveaux, avec des fonctionnalités nouvelles. Nous nous y adaptons, ils suscitent en nous des comportements différents, qui nous sont peut-être dommageables. Dans une institution qui réunit les meilleurs ingénieurs au monde, voilà assez d'esprit critique pour donner des palpitations…

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mercredi, 27 août, 2014

La Liberté dans le coma

Groupe Marcuse, La Liberté dans le coma. Essai sur l'identification électronique et les motifs de s'y opposer, La Lenteur, Paris, 2012, 256 pages, 11 €.

Partant de la question de l'identification électronique, le groupe Marcuse nous proposait une brève histoire de la société industrielle et des réflexions stratégiques sur les moyens à notre disposition pour la mettre à mal. C'était il y a bientôt deux ans, mais la relecture s'impose.

Faire l'histoire de l'identification, de la marque, du code-barre, c'est rappeler la nécessité toujours accrue de gestion du troupeau humain (en commençant par les criminels et les ouvriers pour finalement généraliser le régime) et de ses approvisionnements. Nous sont ainsi rappelées la lente invention de l'ordinateur pour répondre aux besoins de gestion des données démographiques, la naissance du numéro de Sécu – sous Vichy, le numéro commençant par 3 pour les Juifs/ves, soit sous les mêmes circonstances que l'INRA qui plus tard imposerait la numérotation de l'ensemble du cheptel – ou de la marque commerciale, destinée à assurer les profits en écoulant de la marchandise bon marché et de piètre qualité, en créant ce que d'aucun-e-s pourraient appeler sans rire du « lien social » entre êtres humains et images publicitaires.

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mardi, 19 août, 2014

La Reproduction artificielle de l’humain

La Reproduction artificielle de l’humain, Alexis Escudero, Le Monde à l’envers, 2014.

« En privilégiant le construit sur le donné, les gender studies entendaient s'affranchir des pesanteurs charnelles et naturelles, au prétexte qu'elles servaient presque toujours de paravent à la domination. La démarche conduit à une impasse. Elle revient à négliger, voire à mépriser le vécu de l'incarnation, c'est à dire l'expérience subjective du corps, celle de la vie vivante. »

La citation s'étale sur la plus grande partie de la page 195 de La Reproduction artificielle de l'humain, aussi impressionnante que l'autorité de Jean-Claude Guillebaud qui l'a écrite. Guillebaud le pape du féminisme, l'auteur de nombreux ouvrages consacré à la domination masculine ? Non, Guillebaud le journaliste chrétien à qui le mouvement des femmes ne doit rien, ancien directeur du centre François-Mauriac sur présentation d'une paire de testicules (quatre directeurs en 28 ans, quatre grands hommes) mais qui à n'en pas douter aime beaucoup les femmes comme Gérard Longuet : il en a peut-être une, quatre filles et quand il a un chien, c'est une chienne. La démarche conduit à une impasse, prière d'en changer à la demande du mâle qui n'a aucun, mais alors aucun intérêt dans cette affaire et ne jouit d'aucun, mais alors aucun privilège sur la question. Air connu.

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lundi, 14 avril, 2014

Radicalité

Radicalité. 20 penseurs vraiment critiques, coordonné par Cédric Biagini, Guillaume Carnino et Patrick Marcolini, L'Échappée, 2013, 432 pages, 25 €

Tout est dans le vraiment, dans ce projet éditorial à deux faces. La première est la plus évidente et consiste à présenter vingt penseurs et penseuses, issuEs de différentes traditions politiques et intellectuelles, qui offrent de la société où nous vivons une critique en profondeur (radicale) en s'attaquant aux causes des maux actuels. La critique est d'ordre économique, technique, culturel et politique, éclatant les fronts et prenant au sérieux des registres qui ont pu apparaître comme secondaires : la technique n'est pas le problème, ça dépend de ce qu'on en fait ; la culture est affaire d'usages et de représentations individuelles, qui n'ont pas lieu d'être jugées à l'aune politique sauf à entraîner l'accusation de discours moralisateur.

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samedi, 5 avril, 2014

La Condition tropicale

La Condition tropicale, Francis Hallé, Actes Sud, 2010, rééd. poche 2014, 720 pages, 12,70 €

La zone intertropicale, c'est cette partie de la Terre qui est située entre les latitudes 23° 27' 8" nord et sud et, en raison de la légère inclinaison de l'axe terrien, reçoit en permanence les rayons directs du soleil, comme dans notre Nord pendant l'été. Elle représente 40 % de la surface terrestre et ne connaît pas d'hiver. Des températures qui peuvent être fraîches à mesure que l'on monte en altitude, mais pas de saison végétative pendant laquelle le froid mettrait à mal l'activité parasitaire. Sous les tropiques, la faune et la flore, dit-on, sont "exubérantes", non-soumises aux contraintes externes des hautes latitudes. Espèces végétales et animales s'y développent sans autre souci que leurs prédateurs, ce qui est l'occasion d'une grandiose variété biologique. Les écosystèmes agricoles sont à l'avenant, comme cette agroforesterie, extrêmement intensive et durable, à laquelle est accordée un long développement. Les activités microbiennes et bactériennes également, le tout ne faisant de la vie tropicale ni un paradis terrestre (pour naturaliste ou touriste), ni un enfer grouillant, mais quelque chose entre les deux. C'est à un autre regard sur les tropiques que nous invite l'auteur, botaniste spécialisé dans les arbres de cette région (il a survolé la canopée tropicale sur le fameux radeau des cimes) et fort d'une expérience de quarante ans de terrains qui l'ont mené de l'Afrique à l'Amérique du sud, et de l'Asie du sud à l'Océanie.

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dimanche, 23 mars, 2014

La Guerre des forêts

La Guerre des forêts. Luttes sociales dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, Edward P. Thompson, traduit par Christophe Jaquot et présenté par Philippe Minard, La Découverte, 2014, 200 pages, 15 euros


L'industrialisation de l'Angleterre a donné lieu à de nombreux conflits sociaux auxquels écologistes et anti-industrialistes font référence aujourd'hui. A côté des fameux Luddites, il faut citer les Diggers ou les Levellers. E. P. Thompson livre dans Whigs and Hunters (1) une étude des Blacks, dont les actions ont suscité la rédaction de lois d'une sévérité redoutable. Étaient désormais passibles de la peine de mort non seulement le braconnage de gibier et de poisson, le port d'armes et le fait de se grimer le visage en noir, mais aussi la récolte de tourbe et le glanage de petit bois. Thompson documente ces conflits, l'élaboration du Black Act de 1723, son application dans les décennies suivantes, et conclut avec une réflexion hétérodoxe sur le droit : arme au service des classes gouvernantes, comme le décrivent les historien-ne-s marxistes, le droit doit néanmoins donner des gages d'impartialité pour fonder sa légitimité. La force ne suffit pas, il faut aussi le consentement, assuré par la croyance d'être en retour protégé par une institution insensible (ou peu sensible) aux rapports de pouvoir. Philippe Minard, dans sa présentation, « Les dures lois de la chasse », fait écho aux critiques essuyées par Thompson, aussi bien de la part des conservateurs/rices que des marxistes, et nous décrit ce penseur hors-normes, « romantique radical » en marge de l'université, animateur d'un centre d'histoire sociale à Warwick.

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jeudi, 6 mars, 2014

Survivre et vivre

Survivre et vivre. Critique de la science, naissance de l'écologie, coordonné par Céline Pessis, L’Échappée, Montreuil, 2014, 480 pages, 25 euros

La revue Survivre publie son premier numéro en 1970, à l'initiative d'un groupe de mathématiciens que l'on pourrait qualifier de pacifistes. Les liens entre la recherche fondamentale et leurs applications militaires, à l'issue de guerres post-coloniales et en pleine guerre du Vietnam, stimulent une réflexion sur le rôle social de la science qui ira pendant les cinq années suivantes en se radicalisant et en augmentant la variété de ses préoccupations, au point qu'il est possible de dire que Survivre... et vivre est l'une des grandes revues écologistes des années 1970. Une sélection de textes et leur introduction par Céline Pessis permettent de découvrir ce parcours intellectuel et politique fulgurant qui s'achève au n°19, en 1975. Des contre-coups de Mai 68 à ceux de la candidature de René Dumont, en passant par le rapport du club de Rome, Survivre... et vivre a posé des questions qui sont encore celles que se posent (ou devraient se poser) les mouvements écologistes.

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vendredi, 28 février, 2014

Les Sentiments du prince Charles

Les Sentiments du prince Charles, Liv Strömquist, traduit du suédois par Kirsi Kinunnen et Stéphanie Dubois, Rackam, 2012, 136 pages, 18 euros



Deux questions me taraudent depuis longtemps au sujet du couple hétérosexuel... Peut-on, et comment, avoir des oasis de relations équitables si le reste de la société fait un sort inégal aux femmes et aux hommes ? Par exemple, si une première grossesse fait stagner la carrière d'une femme pendant que celle de son conjoint avance, les responsabilités qui lui seront données à lui, avec des exigences plus fortes de présence (1), mettront à mal leur bonne volonté de s'investir tou-te-s deux à égalité dans les tâches domestiques. Rien à faire, nous sommes pris-es dans un tissu social, et il ne s'agit pas uniquement des injonctions des beaux-parents aux fêtes de famille. Ou bien : pourquoi, comment peut-on demander à la même personne d'être à la fois amant-e, ami-e, parent de ses enfants, copropriétaire, co-habitant-e ? Et n'est-ce pas voué à l'échec, au vu ne serait-ce que des différentes temporalités, celle du désir et celle de l'éducation d'un enfant par exemple ? Si j'aborde la question ici, ce n'est pas pour inaugurer une carrière de conseillère matrimoniale (2) mais parce que Les Sentiments du prince Charles a relevé le défi d'y répondre, dans un ouvrage qui reprend des éléments historiques, anthropologiques et psychanalytiques pour brosser un tableau des enjeux féministes du couple et de l'amour. Rien que ça. En bande dessinée.

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lundi, 24 février, 2014

Contre le masculinisme

Contre le masculinisme. Guide d'auto-défense intellectuelle, collectif Stop masculinisme, Bambule, Lyon, 2013, 160 pages, 8 euros


Le masculinisme s'impose insidieusement en Europe, après avoir pris ses aises au Québec. On l'a découvert à l'occasion de l'un ou l'autre des colloques que la mouvance organise, parfois avec le soutien de pouvoirs publics (1). On l'a croisé dans le film La Domination masculine (2009), pour lequel Patric Jean a infiltré l'un de ses réseaux et montré les principaux ressorts de la réaction anti-féministe. On a désormais (enfin !) un petit bouquin pour faire le point, grâce aux efforts d'un groupe mixte, anti-autoritaire, originaire de Grenoble, qui déplie son analyse en trois points : cause des pères, violence contre les hommes et crise de la masculinité. Trois points, trois mystifications.

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jeudi, 26 décembre, 2013

Game of Thrones est-elle une série féministe ?

La polémique fait rage dans un groupe de mes ami⋅e⋅s (et au-delà semble-t-il) : Game of Thrones est-elle une série féministe ? Pour : des personnages féminins nombreux, variés, forts (si l'on est faible, dans ce Moyen-Âge fantasmé (1) et marqué par le darwinisme social, on a peu de chances de rester un personnage) et une narration qui serait « un drame sophistiqué sur la subculture patriarcale », à l'instar des Sopranos ou de Mad Men. C'est à dire que la fiction se déroule dans un monde brutalement patriarcal pour justement produire un discours là-dessus et en montrer la misère, pour les femmes comme pour les hommes.

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lundi, 18 novembre, 2013

Carbon Democracy

A propos de Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Le Pouvoir politique à l'ère du pétrole, traduit par Christophe Jaquet, La Découverte, 2013, 336 pages, 24,50 euros

Il est une question qui apparaît bien peu dans les discours protectionnistes, c'est celle des conséquences économiques de notre addiction au pétrole. Puisque nous n'en produisons pas, mais que nous en consommons beaucoup, il nous faut bien trouver de quoi l'acheter sur le marché mondial, en produisant à notre tour et exportant (des armements ?) de quoi équilibrer la balance, ce qui nous contraint à nous engager dans une longue série d'échanges plus ou moins avantageux. Ceci dit non pas pour désavouer le protectionnisme, mais pour me permettre d'avoir enfin de quoi étayer ma ferveur mal informée pour cette position politique. Car on parle beaucoup de pétrole, pour dire que c'est la malédiction des pays producteurs (à part la Norvège ?) ou pour regretter que son prix soit trop ou pas assez élevé, mais rarement pour aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons avec la même acuité que celle dont fait preuve ici Timothy Mitchell. Autant le dire tout de suite, son ouvrage Carbon Democracy est une autre, indispensable et vivifiante, histoire du XXe siècle.

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