Mon blog sur l'écologie politique

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Tag - Individualisme

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vendredi 25 mars 2016

Autonomie, camarade !

Les usages contemporains mettent en avant « une autonomie qui consiste à donner aux individus le sens de l’initiative, tout en leur faisant porter la responsabilité de se débrouiller "librement". […] À contre-courant donc de tout ce qu’enseigne la philosophie politique classique [qui] considère l’autonomie comme une liberté incarnée dans la capacité à se poser des règles, [à] savoir limiter sa puissance »
Lou Falabrac, « Ma mairie est-elle devenue gauchiste ? Quand les élites vantent l’autonomie », L'An 02, n°7, printemps 2015.

Lors des quelques entretiens d'embauche qu'il m'est arrivé de faire, je ne me suis jamais présentée comme une personne « autonome ». Si la question m'est posée, j'explique que j'apprends facilement et que je m'adapte mais certainement pas que je me donne à moi-même ma propre loi, comme c'est le sens du mot « autonomie ». La loi, c'est celle des recruteurs, je l'accepte parce que ça m'arrange mais qu'ils se débrouillent avec leurs scrupules.

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mardi 23 février 2016

Les personnes les premières concernées

On parle beaucoup des « personnes les premières concernées » mais rarement des « deuxièmes concernées ». J'ai déjà écrit à ce sujet : les prostituées sont certes les personnes les premières concernées par leur activité mais la prostitution et sa reconnaissance gravent dans le marbre la disponibilité des femmes aux hommes, du male entitlement à la culture du viol. Les autres femmes sont elles aussi concernées par ce que fait la prostitution à la société qui la réprime ou qui l'accepte (sachant que la France fait les deux, réprimant des prostituées dont elle soumet le revenu à l'impôt).

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jeudi 24 décembre 2015

Le chômage, c'est la mort

Il y a quelques temps, une copine me disait combien le travail, c’est la mort. Des suicides sur le lieu de travail (qui arrivent par vagues dans les médias) aux burn-out, de la vulnérabilité que la hiérarchie crée face au harcèlement à la dépossession dont témoignent tant et tant de gens du métier, il semble qu’il n’y ait rien à défendre dans l’organisation du travail aujourd’hui. Est-ce une raison suffisante pour taper dans le dos d’une chômeuse comme moi en la félicitant de ne pas être employée ? Peut-être pas, aussi ai-je répliqué à ma pote que le chômage, c’est la mort.

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mardi 13 octobre 2015

Crowdfunding à la française

Lors d’un séjour aux États-Unis à Portland, Oregon, j’ai eu le plaisir de donner un coup de main régulier dans un cinéma associatif. Tous les samedis on pouvait me trouver derrière la caisse à jongler entre le logiciel d’édition des billets et les coupures de dix dollars, quand je ne partais pas passer le balai dans les salles. Pendant mon séjour, et deux ans après avoir financé ainsi de nouveaux sièges, le cinéma a lancé une opération de crowdfunding sur Kickstarter pour rénover sa marquee. Voici le cinéma avant, quand j’y balayais le pop corn, et après, suite au succès de la levée de fonds populaires (sachant que le cinéma a aussi des mécènes corporate, dont Nike qui est basée à deux pas). Pas mal…

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jeudi 1 octobre 2015

Écologie : la petite bourgeoisie s’amuse

Un texte paru au printemps 2015 dans L'An 02 n°7, dans le dossier « Altercapitalisme ».

« La petite bourgeoisie intellectuelle dans son ensemble se trouve dans une position sociale paradoxale et est traversée de contradictions, qui se retrouvent sur le plan politique et idéologique. C'est également en son sein que s'épanouissent ainsi les pensées et les pratiques alternatives, qu'elles soient autogestionnaires, écologistes ou féministes et queer. Comme la petite bourgeoisie traditionnelle, elle est dominée par la bourgeoisie tout en étant exploitée dans son travail et en subissant la dégradation des conditions de travail imposée par le capitalisme néolibéral, mais elle perçoit aussi une rémunération supérieure à la seule reproduction de sa force de travail, une sorte de rétrocession partielle de la plus-value capitaliste, qui témoigne de sa participation à l'exploitation des classes populaires. En outre, si les niveaux de revenu en son sein sont très variables, la petite bourgeoisie intellectuelle est dominante sur le plan culturel. »
Anne Clerval, Paris sans le peuple. La Gentrification de la capitale, La Découverte, 2013, p. 41.


L’écologie a politisé de nombreux aspects de la vie quotidienne : rythmes et cadre de vie par exemple. Mais quand l’écologie urbaine se contente d’améliorer la qualité de vie dans les quartiers centraux, y ramenant des classes aisées appréciées des décideurs, elle accompagne des phénomènes de domination socio-économique. La bonne conscience en plus.

Poursuivre la lecture sur le site de L'An 02.

lundi 22 juin 2015

Petites et grandes lâchetés

Petite, j'ai toujours été peureuse et ça ne s'est pas arrangé en grandissant. J'ai peur de glisser quand le sol est mouillé ou gelé et dans les manifs, si je tiens à être là malgré la répression, c'est à des endroits qui me semblent sûrs (ce qui ne suffit pas, il m'est arrivé d'avoir des surprises et de passer près d'un coup). Bref, je n'ai pas l'impression que c'est avec moi qu'on arrivera à faire la révolution.

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vendredi 1 mai 2015

On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti

J'ai tout de la militante écolo-alternative. Des jeunes écolos de Chiche ! jusqu'à la revue L'An 02, en passant par la fondation d'un collectif Vélorution, l'animation d'un groupe décroissance ou la rédaction d'une brochure « Perdre sa vie à la gagner », mon enthousiasme pour le revenu garanti n'aurait pas dû cesser de croître en quinze ans de militantisme.

Raté. Je suis au chômage depuis plus de dix ans et, considérant cette expérience et les exclusions qui l'accompagnent, cette bonne idée m'apparaît désormais comme une mesure qui conforterait le productivisme ambiant, la perte d'autonomie, les inégalités socio-économiques, culturelles et de genre et serait un recours bien insuffisant devant les désastres que provoque l'organisation du travail (et du chômage !).

J'explique en quatre temps mes inquiétudes au sujet de ces différentes dimensions.

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On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (1)

Le revenu garanti est une revendication portée avec de nombreuses variations (revenu de base, revenu d'autonomie, dotation inconditionnelle d'autonomie, etc.), mais on peut dégager trois éléments invariables : il est assez généreux (en argent ou en nature) pour donner accès à une vie matérielle décente ; il est accordé à tou-te-s et sans condition. Si vous souhaitez lire un texte qui flatte votre conviction que c'est une panacée, voici qui rend compte de mes efforts entre 1999 et 2006 pour la promouvoir : « Vivre chichement, le revenu d'autonomie par Chiche ! » C'est joyeux, très alter, vous y dégusterez l'enthousiasme de jeunes gens avec de grandes certitudes. Si au contraire vous acceptez de soumettre vos convictions à l'examen que je propose et d'examiner sans complaisance la mesure, en posant sur elle un regard anti-productiviste, anarchiste et féministe, c'est ici.

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On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (2)

L'exigence de solidarité universelle ne peut guère donner lieu à d'autres actes qu'à celui, pour l'individu, de se défausser de ses responsabilités au profit d'institutions (l’État, les ONG, etc.) censées s'en charger à sa place. Si l'on veut que les individus cultivent eux-mêmes la solidarité, ce sera forcément dans le champ limité des gens avec lesquels ils sont en rapport.

Aurélien Berlan, La Fabrique des derniers hommes. Retour sur le présent avec Tönnies, Simmel et Weber, La Découverte, 2012.

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On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (3)

J'ai rendu compte il y a quelques mois d'un ouvrage modeste mais passionnant sur les Semai des hautes terres malaisiennes et leur confrontation à la dégradation de leur environnement ainsi qu'à l'emprise croissante du salariat, le tout au regard du genre. Le salariat chez les Semai est (pour l'instant ?) une prérogative masculine dont on peut observer qu'elle a dégradé les rapports femmes-hommes plus égalitaires qui avaient cours quand ce peuple vivait de chasse, cueillette et agriculture, dans une répartition du travail peu genrée. Aujourd'hui les hommes rentrent du travail fatigués. Les femmes, elles, n'ont pas gagné d'argent, autant dire qu'elles n'ont rien foutu et sont dans l'obligation de leur fournir des services domestiques. Les garçons s'y mettent et anticipent le moment où ils rentreront fourbus du boulot, en se dégageant eux aussi de toute obligation.

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