Mon blog sur l'écologie politique

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lundi 22 juin 2015

Petites et grandes lâchetés

Petite, j'ai toujours été peureuse et ça ne s'est pas arrangé en grandissant. J'ai peur de glisser quand le sol est mouillé ou gelé et dans les manifs, si je tiens à être là malgré la répression, c'est à des endroits qui me semblent sûrs (ce qui ne suffit pas, il m'est arrivé d'avoir des surprises et de passer près d'un coup). Bref, je n'ai pas l'impression que c'est avec moi qu'on arrivera à faire la révolution.

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mercredi 20 mai 2015

Limites de la bienveillance

L’an dernier le succès de la notion de bienveillance interrogeait mon mauvais esprit. Depuis, cette notion a pris encore plus de place dans l'espace public. De l'éducation positive au développement personnel, la bienveillance a envahi jusqu'aux discours militants, dans un large spectre qui va des plus radicaux/ales aux bénévoles de la campagne Macron. Certes, écrivais-je, « la bienveillance, ce pourrait être cette manière d'être ensemble sans s'user, sans se faire trop de mal les un-es aux autres, pour continuer à militer, faire venir du monde et ne pas se retrouver avec trois warriors et deux tondus dans des rangs clairsemés ». Mais, alors que l’injonction à la bienveillance devenait omniprésente, j’avais l’impression d’un comportement dont il n’était plus question d’interroger le sens, d'une véritable norme qui n’était plus (seulement) un moyen de renforcer les rangs des militant-es en cultivant entre eux et elles des liens plus positifs, contre l'usure ou contre la violence qui irrigue ces milieux (1). Au nom de la bienveillance, valeur observée à Nuit debout, je notais par exemple qu’il n’était plus possible de huer à l’ancienne un type venu servir un discours de préférence nationale. À quoi servait donc la bienveillance si ce n’était plus une qualité relationnelle à construire entre camarades mais une obligation sociale, un genre de droit humain dû même aux fachos ?

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vendredi 1 mai 2015

On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti

J'ai tout de la militante écolo-alternative. Des jeunes écolos de Chiche ! jusqu'à la revue L'An 02, en passant par la fondation d'un collectif Vélorution, l'animation d'un groupe décroissance ou la rédaction d'une brochure « Perdre sa vie à la gagner », mon enthousiasme pour le revenu garanti n'aurait pas dû cesser de croître en quinze ans de militantisme.

Raté. Je suis au chômage depuis plus de dix ans et, considérant cette expérience et les exclusions qui l'accompagnent, cette bonne idée m'apparaît désormais comme une mesure qui conforterait le productivisme ambiant, la perte d'autonomie, les inégalités socio-économiques, culturelles et de genre et serait un recours bien insuffisant devant les désastres que provoque l'organisation du travail (et du chômage !).

J'explique en quatre temps mes inquiétudes au sujet de ces différentes dimensions.

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On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (2)

L'exigence de solidarité universelle ne peut guère donner lieu à d'autres actes qu'à celui, pour l'individu, de se défausser de ses responsabilités au profit d'institutions (l’État, les ONG, etc.) censées s'en charger à sa place. Si l'on veut que les individus cultivent eux-mêmes la solidarité, ce sera forcément dans le champ limité des gens avec lesquels ils sont en rapport.

Aurélien Berlan, La Fabrique des derniers hommes. Retour sur le présent avec Tönnies, Simmel et Weber, La Découverte, 2012.

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mardi 21 avril 2015

Confort individuel et luttes collectives

« ...la mise en avant du bien-être individuel entraînant un rapport utilitariste et souvent éphémère à la sociabilité collective »
Anne Clerval, Paris sans le peuple. La Gentrification de la capitale, La Découverte, 2013.

Il y a deux ans je mettais le doigt sur le « militantisme à taille humaine », cette façon d’être ensemble que j'ai apprise dans le milieu qui a accueilli mes premiers émois politiques. Nous n'étions pas des militaires ayant envie de se sacrifier pour la Cause, non, nous savions que nous ferions bouger les choses en attirant du monde dans des endroits agréables, à faire des trucs pas trop chiants, et pour cela notre gentil hédonisme de petits bourges bon teint était un sacré atout. Tu crois que tu vas te faire bien plaise ? Chiche !

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mardi 24 mars 2015

Comment j'ai arrêté de militer (sans que personne s'en aperçoive)

Il y a presque dix ans, j'ai arrêté de militer. La plupart des activités bénévoles que j'ai menées depuis ne me semblent pas mériter ce nom. Non que j'aie fait des choses fabuleuses avant ça (j'étais écolo et pas spécialement fan d'action directe, ça limitait) mais quasiment toutes mes activités me semblent marginales par rapport à ce que j'imagine être un engagement militant. Le mieux, pour expliquer cette impression, est de rentrer dans le détail du bénévolat auquel j'ai consacré des journées entières.

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mardi 17 mars 2015

La Tyrannie des droits

La Tyrannie des droits
Brewster Kneen
Écosociété, Montréal, 2014
traduit par Daniel Poliquin
168 pages, 15 €


Quand la question du mal-logement surgit pour la énième fois dans les médias en 2007, la réponse politique qu'elle reçoit est juridique : il s'agit d'un droit au logement opposable (DALO), le droit de demander un logement social auquel s'ajoute, quand celui-ci n'est pas accordé dans les douze ou vingt-quatre mois, le droit de poser un dossier en préfecture et le droit de recevoir une réponse dans les trois mois. Celle-ci peut être négative, hein, parce que les logements en question, on ne va pas les inventer. Lutter contre la spéculation immobilière, la hausse des loyers et la disparition de logements du marché, construire des logements sociaux, voilà qui constitue une politique susceptible de rendre justement disponibles et accessibles ces logements. Qu'est donc alors le droit au logement opposable, s'il ne garantit rien aux personnes qui ont besoin de se loger et n'y arrivent pas par leurs seuls moyens ? A celles et ceux qui se posent la question, au-delà du contexte hexagonal, la lecture de La Tyrannie des droits sera d'un grand secours pour aider à poser un regard renouvelé sur cet objet emblématique de notre modernité.

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jeudi 26 février 2015

Altercapitalisme

Un dossier dans L'An 02 n°7, à paraître fin mars 2015

Goethe a dit quelque part : « Méfiez-vous de vos rêves de jeunesse, ils finissent toujours par devenir réalité ». C’est un peu ce qui est arrivé aux contestataires des années 1970 : le capitalisme a montré qu’il était capable de liquider le paternalisme, l’esprit de sérieux et la morale bourgeoise qui l’avaient caractérisé jusque-là pour donner droit à leurs exigences. Réorganisation de ses structures verticales en réseaux horizontaux, mise en place d’un hédonisme de masse aux accents libertaires… on avait cru mettre un grain de sable dans la machine, on n’avait fait qu’ajouter de l’huile dans ses rouages.

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samedi 18 octobre 2014

Pour lutter contre le changement climatique, rien de tel que le bonheur

« Il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait, il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Et, si l’imbécile et le porc sont d’opinions différentes, c’est seulement parce qu’ils ne connaissent qu’un côté de la question. L’autre partie, pour la comparaison, connaît les deux côtés. »
John Stuart Mill, L’Utilitarisme (1871).



Sophrologie et TAFTA, éthiopathie et revenu garanti, réflexologie et démocratie directe, méditation et transition énergétique, reiki et décroissance, le programme d'Alternatiba à Lille a mis à l'honneur le développement personnel et les thérapies alternatives, qui composaient à vue de pif la moitié du programme. Revoilà le temps où manger bio voulait aussi dire s'habiller en poil de chèvre et se faire masser les pieds pour vivre mieux ? Mais non ! Aujourd'hui la cible du développement personnel s'est considérablement étendue et tout le monde est invité à découvrir un monde sans rapports de pouvoir mais avec une responsabilité : se faire du bien.

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mercredi 24 septembre 2014

On se tutoie ?

Il existe dans certaines langues une multitude de formes pronominales pour la deuxième personne du singulier, pour s’adresser à un-e égal-e, à un-e enfant, à un-e subordonné-e, à un-e supérieur-e (en pays anciennement colonisé : Européen-ne ou non), etc. Nous n’en avons que deux (« tu » et « vous »), dans la même logique qui témoigne de rapports hiérarchiques entre individus. Qu’il s’agisse de relations adultes-enfants, profs-étudiant-e-s adultes, donneurs d’ordres et exécutants, on constate parfois cette asymétrie qui rappelle les structures sociales traditionnelles. Le vouvoiement témoigne néanmoins plus souvent d’un manque de familiarité, quand deux personnes s’accordent les mêmes marques de respect, sans donc marquer aucune hiérarchie.

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