mardi, 26 mai, 2015

Croire ou ne pas croire au Progrès ?

Il y a quelques jours j'entendais un philosophe médiatique répondre à la question : « Croyez-vous au Progrès ? » Surprise : notre philosophe répondit oui sans interroger ni l'action ni son objet, tant le Progrès est un concept à la définition universelle et évidente, auquel il est de bon ton de croire. Alors que… si le Progrès existe, que n'est-il besoin de le constater, comme l'alternance entre le jour et la nuit ou le passage du temps ?

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mardi, 21 avril, 2015

Confort individuel et luttes collectives

« ...la mise en avant du bien-être individuel entraînant un rapport utilitariste et souvent éphémère à la sociabilité collective »
Anne Clerval, Paris sans le peuple. La Gentrification de la capitale, La Découverte, 2013.

Il y a deux ans je mettais le doigt sur le « militantisme à taille humaine », cette façon d’être ensemble que j'ai apprise dans le milieu qui a accueilli mes premiers émois politiques. Nous n'étions pas des militaires ayant envie de se sacrifier pour la Cause, non, nous savions que nous ferions bouger les choses en attirant du monde dans des endroits agréables, à faire des trucs pas trop chiants, et pour cela notre gentil hédonisme de petits bourges bon teint était un sacré atout. Tu crois que tu vas te faire bien plaise ? Chiche !

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lundi, 6 avril, 2015

Cher ami proféministe

Tu trouves que les femmes sont des hommes comme les autres et qu’Éric Zemmour ou Alexis Escudero (ça dépend de ton niveau de conscience politique) écrit de la merde, ce que tu ne manques pas de signaler à très haute voix. Tu essaies d’être le gars sympa avec nous autres les meufs et quand parfois tu as un peu de recul sur les questions de genre tu tentes de ne pas tomber dans l’écueil du chevalier blanc, cette figure du mec qui accorde une aide condescendante, parce qu’il est un mec et a les ressources, et jouit de la situation de pouvoir que ça entraîne. Parce que c’est super gratifiant, d’être proféministe. Tu es l’avant-garde politique de notre temps et en plus ça te donne la possibilité de t’épanouir en testant les larmes, la tendresse ou la jupe l’été. Non seulement ça sert à te distinguer de la plèbe viriliste, devant les autres gars et devant les meufs, mais en plus c’est un gros atout dans une démarche de développement personnel. Le proféminisme, comme le militantisme écolo, maximise le plaisir d’un parcours de vie au masculin. Sauf à préférer la Kro à la ch’tite bière bio brassée par les potes.

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mardi, 24 mars, 2015

Comment j'ai arrêté de militer (sans que personne s'en aperçoive)

Il y a presque dix ans, j'ai arrêté de militer. La plupart des activités bénévoles que j'ai menées depuis ne me semblent pas mériter ce nom. Non que j'aie fait des choses fabuleuses avant ça (j'étais écolo et pas spécialement fan d'action directe, ça limitait) mais quasiment toutes mes activités me semblent marginales par rapport à ce que j'imagine être un engagement militant. Le mieux, pour expliquer cette impression, est de rentrer dans le détail du bénévolat auquel j'ai consacré des journées entières.

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samedi, 13 décembre, 2014

Sexe, genre et départs en vrille

Affreux essentialistes vs. néo-féministes libérales… les polémiques qui déchirent nos milieux depuis le printemps dernier nous auraient-elles donné à penser ? Même pas sûr. D'un côté, la haine pour le « lobby gay » (Pièces et main d’œuvre) et le sarcasme pour les féministes qui n'en sont que de « prétendues » (Alexis Escudero dans La Reproduction artificielle de l'humain, printemps 2014). De l'autre, la soumission à des thèmes libéraux assez problématiques. Je n'y ai pas trouvé mon compte, et je crois que nous sommes nombreux/ses dans ce cas (Escudero se flattait aussi de ça dans ses premiers textes… mais j'vous jure, j'ai des retours encourageants).

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lundi, 10 novembre, 2014

Universalisme : y'a du boulot

Pour gagner une campagne électorale aujourd'hui, il faut cliver au bon endroit, celui qui sera favorable à ses idées en se présentant au maximum de personnes comme le défenseur de leurs intérêts ou de leurs valeurs. On ne sait pas quelle campagne (militaire ?) mène Alexis Escudero, mais il a clivé fortement les milieux susceptibles de relayer son enquête sur « la reproduction artificielle de l'humain ». Et pas au bon endroit, si on en croit les refus et déchirements divers autour de sa tournée promotionnelle. Lundi 27 octobre, à Lille, une moitié du public est partie après la lecture d'un texte.

Pas au bon endroit, parce qu'en tant qu'actrice de cette histoire (j'ai participé à la rédaction du texte lillois) je me suis sentie tributaire de ce clivage et sommée de faire des alliances que je n'aurais pas jugé propices en temps normal. Mais devant le refus de débattre dont Escudero a témoigné jusqu'à présent (1), la possibilité de partager nos réserves ou francs refus, entre féministes, lesbiennes radicales, technocritiques et proféministes, était en elle-même précieuse. Les discussions riches, respectueuses et argumentées que nous avons eues à l'occasion de cette rédaction m'ont donné envie de réagir sur quelques-uns des points de tensions apparus entre nous.

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samedi, 18 octobre, 2014

Toi aussi, fais-toi du bien en niant les rapports de domination

C'est à Alternatiba Lille que j'ai découvert lors d'un atelier qu'au lieu d'être féministe je pouvais me complaire dans la complémentarité. Un détail : l'hétérosexualité est ici obligatoire. Le principe de soin, d'accueil, de douceur s'appelle principe « féminin », mais rien à voir avec ce que vous croyez, et le principe d'affirmation, qui impose sa présence, s'appelle « masculin » (là aussi, rien à voir). Lafemme donne d'en haut (visualisez une paire de seins-obus prêts à exploser de lait) et prend d'en bas (ben oui). Lhomme donne d'en bas (hum) et prend d'en haut, dans son petit cœur vide sans une présence féminine. Portant tous les deux, Lafemme et Lhomme, en nous ces principes féminin et masculin (rien à voir, on ne les appelle ainsi que par convention, nous explique-t-on... je propose donc de les appeler zob et boz, pour qu'on en finisse avec ces stéréotypes), nous devons tous les deux réconcilier notre féminin et notre masculin, pardon, notre zob et notre boz. Rassurez-vous, on ne parle pas gendeur, tout ça assoit des différences très marquées et sur des bases biologiques : on n'a pas le zob au même endroit, comment le nier ?

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Pour lutter contre le changement climatique, rien de tel que le bonheur

« Il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait, il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Et, si l’imbécile et le porc sont d’opinions différentes, c’est seulement parce qu’ils ne connaissent qu’un côté de la question. L’autre partie, pour la comparaison, connaît les deux côtés. »
John Stuart Mill, L’Utilitarisme (1871).



Sophrologie et TAFTA, éthiopathie et revenu garanti, réflexologie et démocratie directe, méditation et transition énergétique, reiki et décroissance, le programme d'Alternatiba à Lille a mis à l'honneur le développement personnel et les thérapies alternatives, qui composaient à vue de pif la moitié du programme. Revoilà le temps où manger bio voulait aussi dire s'habiller en poil de chèvre et se faire masser les pieds pour vivre mieux ? Mais non ! Aujourd'hui la cible du développement personnel s'est considérablement étendue et tout le monde est invité à découvrir un monde sans rapports de pouvoir mais avec une responsabilité : se faire du bien.

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samedi, 11 octobre, 2014

L’Europe à portée de train

Il y a quelques semaines, une campagne publicitaire battait son plein dans les couloirs de métro parisien (et peut-être ailleurs). La grande vitesse mettait l’Europe à portée de train de Paris. L’Allemagne, la Suisse, l’Espagne à portée de train ? Mouais. À condition de confondre l’Allemagne avec un pays situé entre Cologne et la France alors qu’il s’étend, dit-on, jusqu’à la frontière polonaise. À condition de confondre l’Espagne avec la Catalogne. À condition de rester en-deçà des mille bornes.

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lundi, 29 septembre, 2014

Pour une critique émancipatrice de la PMA

Texte écrit en collaboration avec Aude Vincent pour L'An 02 n°6, « Qui est réac ? Qui est moderne ? », automne 2014

Fin 2012, la discussion d'un projet de loi qui prévoit l'ouverture du mariage à tous les couples et de la PMA à toutes les femmes divise l'opinion française. Dans la sphère écologiste et critique de la technique également, la question crée des lignes de fracture. Mais, alors que les arguments en jeu portent sur la nécessité de poser des limites aux possibilités ouvertes par la technoscience et de ne pas lui abandonner la gestion de nos vies, le débat n'est-il pas tombé dans la défense d'un ordre social patriarcal et homophobe ?

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mercredi, 24 septembre, 2014

On se tutoie ?

Il existe dans certaines langues une multitude de formes pronominales pour la deuxième personne du singulier, pour s’adresser à un-e égal-e, à un-e enfant, à un-e subordonné-e, à un-e supérieur-e (en pays anciennement colonisé : Européen-ne ou non), etc. Nous n’en avons que deux (« tu » et « vous »), dans la même logique qui témoigne de rapports hiérarchiques entre individus. Qu’il s’agisse de relations adultes-enfants, profs-étudiant-e-s adultes, donneurs d’ordres et exécutants, on constate parfois cette asymétrie qui rappelle les structures sociales traditionnelles. Le vouvoiement témoigne néanmoins plus souvent d’un manque de familiarité, quand deux personnes s’accordent les mêmes marques de respect, sans donc marquer aucune hiérarchie.

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dimanche, 7 septembre, 2014

Le continuum du male entitlement

Colette Guillaumin, dans un article sans complaisance (« Pratique du pouvoir et idée de Nature (1). L'appropriation des femmes », Questions féministes n°2), parle de l’« accaparement » des femmes par les hommes dans l’idée de bénéficier de services sexuels, domestiques ou reproductifs. Vous aurez reconnu la putain, la servante et la maman. Le texte date de 1978, à peine treize ans après que les femmes ont conquis le droit de travailler ou d’ouvrir un compte bancaire sans demander à leur mari, et alors que le viol conjugal n’est pas encore reconnu comme tel. Quand on s’aime un jour, on doit dire oui tous les jours… Seules des violences « graves et répétées » (attention à la conjonction de coordination) peuvent être considérés comme des torts. Pour le reste, on aura compris que le mariage était un système de mise à disposition de l’un-e à l’autre, soit dans la pratique des femmes aux hommes.

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samedi, 30 août, 2014

Marre des forums au masculin !

La Barbe, c’est cette asso féministe qui fait intrusion dans des lieux où l’on cause pour en faire apparaître aux yeux du public une dimension jusqu’ici inaperçue : le panel qu’on écoutait sagement se révèle composé uniquement d’hommes… Les réactions sont assez mélangées. Il y en a qui pestent, ironisent ou se montrent agressifs car leur légitimité vient d’être ébranlée. Il y en a d’autres qui applaudissent ou se marrent (les barbues ont quelques talents d’écriture). J’espère que j’entendrai les secondEs à la suite de cet billet, mais je crains que les structures de l’expression sur les forums de blog ne sortent pas ébranlées de mon coup de gueule et qu’encore une fois les premiers ne gardent le monopole de l’expression sans même prendre la peine d’un coup d’œil autour d’eux pour se rendre compte de ce qui me semble aussi visible qu’un nez sur un visage : Jérôme, Paco, Nicolas, Adrian, Éric, Arsène, Patrick, Gérard, Jean, Jean-Marie, Corinne (error ! error !), Vincent... ils sont entre mecs.

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mardi, 12 août, 2014

Un silence embarrassé

On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti

L'été dernier j'ai publié deux textes, l'un après l'autre, sur le revenu garanti. Une critique anti-productiviste et anti-étatique, dans laquelle je m'inquiétais entre autres des effets de relégation que pourrait entraîner la possibilité de s'exclure de bon gré du marché du travail. La France tirant sa productivité élevée de l'exclusion des personnes les moins performantes, cette question ne me paraît pas secondaire. Elle me pose d'ailleurs souci à titre personnel, puisque je vais fêter cet automne mes dix ans de chômage. Dix ans de « malgré tout l'intérêt que présente votre candidature », dix ans de découragements, dix ans à ne plus voir le monde autour de moi qu'en considérant qu'il est peuplé de personnes qui exercent des métiers alors que moi-même je n'en ai pas (1). Et plus les années passent, plus le profil devient « atypique », moins il intéresse de potentiel-le-s recruteurs (y compris dans les partis politiques et les associations qui n'ont à la bouche que le mot « diversité »), plus l'image de soi se dégrade et le rapport aux autres parallèlement...

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jeudi, 24 juillet, 2014

Naturaliser des faits sociaux

Au café du commerce linguistique

On dit parfois que c’est en raison de sa simplicité morphologique que l’anglais est devenu la principale langue véhiculaire dans le monde : pas ou peu de flexions des verbes et des noms, l’anglais est très gratifiant pour les débutantEs et leur permet très vite de s’exprimer. Si les raisons linguistiques sont déterminantes, alors je suggère que le malais devienne langue officielle de la planète Terre.

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jeudi, 3 juillet, 2014

PMA, écologie radicale et féminisme : passé les bornes…

Hiver 2012-2013 : le débat politique se sclérose sur la question des droits des personnes LGBT et les écolos radicaux n'y font pas toujours bonne figure. Le projet de loi sur le mariage pour toutes et tous propose-t-il dans un premier temps l'ouverture de l'assistance médicale à la procréation (ou PMA) aux couples lesbiens ? Les critiques que l'on peut faire à ces techniques étaient jusqu'alors plutôt discrètes, mais elles fleurissent, en ce sombre hiver comme au printemps, accompagnées des rumeurs les plus incongrues sur notre modernité devenue folle (1) ou de supputations sans pudeur sur la sexualité des lesbiennes ou des gays (2).

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mercredi, 25 juin, 2014

Mariage pour personne ?

Quand le « queer » en vient à représenter le droit de chacun à posséder son propre baisodrome, quand la famille n’en finit plus de se replier sur elle-même, quand les magazines gay se mettent à remplir leurs pages de conseils sur l’adoption et le mariage, quand tout ça se produit alors oui, la Restauration est là, et bien là. De nos jours, l’expression « vie alternative » a plus de chances de renvoyer au fait que vous avez installé des panneaux solaires sur le toit de votre maison qu’entrepris une critique en acte de la famille nucléaire (1).

Je ne le dirai jamais mieux que Nina Power : la réduction des rêves collectifs à de petits bonheurs individuels m’attriste. L’organisation des relations sociales autour du couple, puis du couple élargi à ses rejetons, me semble réduire les possibles (« On ne fait pas sa vie avec ses amiEs », me répétait ma mère), enfermer les femmes dans des structures qui leur sont globalement défavorables (2) et il y a bien plus triste qu’une dame attablée seule au restaurant devant un bouquin, c’est un vieux couple qui ne se parle plus mais n’ose l’admettre et se prive de lecture.

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vendredi, 23 mai, 2014

Madame ou mademoiselle ?

J’y ai fait allusion ici a plusieurs reprises : « mademoiselle » a officiellement disparu du langage administratif francais (1) et j’en viens a me demander, meme si l’on doit ce pas en avant a un gouvernement de droite, si ce n’est pas une mesure aussi importante que le mariage pour tou-te-s. Les deux contribuent a la remise en cause d’une vision du couple et de la famille qui avaient fait leur temps. Non pas qu’avant soit par essence moins bien, mais le nom de famille n’etait plus patronymique depuis qu’une mere pouvait donner le sien et le celibat d’une femme ne laissait plus automatiquement supposer sa disponibilite sexuelle...

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mardi, 29 avril, 2014

Sexe : pour ou contre ?

Il est une expression à laquelle on aurait dû faire un sort il y a bien longtemps, c'est celle de "féminisme pro-sexe". Mal traduite de l'anglo-américain, importée tout aussi grossièrement et fonctionnant au final comme une insulte en creux ("anti-sexe"), elle brouille les cartes et pourrit nombre de débats entre féministes, lesquelles pourront aller jusqu'à défendre des positions assez proches sous des intitulés radicalement différents. Tu parles d'un outil intellectuel émancipateur, capable de nous aider à comprendre les oppressions liées au genre ! Aujourd'hui donc, je vous invite à metrre à la corbeille de ce malheureux slogan.

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mercredi, 9 avril, 2014

Galanterie et hiérarchie des sexes

Un quinquagénaire ami de la famille m'a expliqué un jour que, à rebours de toutes les règles de bienséance que je connaissais et tentais de faire valoir auprès de lui, un homme devait laisser passer une femme devant lui dans les escaliers. Certes il se mettait dans une position d'observation unique de son arrière-train, mais, disait le monsieur, si jamais la dame tombe, il est là pour la rattraper. Que celles qui se sont fait mater le cul dans les escaliers et se sont senties mal à l'aise prennent un peu sur elles, car elles ont eu la chance de ne pas devenir tétraplégiques suite à une mauvaise chute. Comment, vous ne tombez pas tous les quatre matins dans les escaliers ? Vous avez dons des capacités psychomotrices exceptionnelles... pour une femme, car d'habitude au cinéma on voit vos congénères s'étaler de tout leur long quand elles sont poursuivies par les zombies.

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