Mon blog sur l'écologie politique

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dimanche 23 juin 2019

Crise des déchets plastiques en Asie du Sud-Est

Une série de trois reportages publiés sur Asialyst.com

En août 2018, les biologistes militant·es de l'association Ecoton à Java me font visiter une décharge sauvage à quelques kilomètres de leur siège. Des déchets plastiques triés par des travailleurs pauvres, une partie brûlée comme combustible, sans filtre, dans l'usine de tofu voisine… Je prends quelques photos pendant que les chiffonniers m'exhibent l'une de leurs trouvailles, un drapeau états-unien. Deux ans plus tôt, j'avais visité une usine de recyclage de papier qui s'était engagée sous l'influence d'Ecoton pour augmenter la qualité de ses rejets dans la rivière. Ces décharges constituent un gros recul écologique, dans une région où les déchets ménagers ne sont pas même collectés.

C'est que l'année 2018 a été celle d'une crise mondiale des déchets plastiques, suite au choix de la Chine de ne plus assurer leur recyclage. Les industriels cherchent alors d'autres débouchés et lorgnent sur les pays voisins. La Malaisie et l'Indonésie en font les frais, hésitant à refuser elles aussi l'importation de ces déchets, au centre d'une activité économique émergente. Mais à la fin de l'année, il faut se rendre à l'évidence : beaucoup d'acteurs véreux ne font pas du recyclage mais une gestion à moindre coût pour profiter de l'aubaine. Stockage de déchets dans des usines qui sont abandonnées une fois pleines, décharges sauvages dans la nature, combustion sans filtre qui libère des fumées toxiques, etc.

Pendant des mois, les riverain·es, qui commencent à souffrir des pollutions, découvrent ces sites autour de leurs villages. Les associations écologistes sont sur le terrain. Greenpeace produit à l'automne 2018 un premier rapport qui concerne l'ensemble de l'Asie du Sud-Est. Les Amis de la Terre Malaisie interpellent le gouvernement sur l'interdiction des importations et travaillent main dans la main avec GAIA (Global Alliance for Incinerator Alternatives). C'est Mageswari Sangaralingam, une Malaisienne que j'ai déjà rencontrée sur d'autres luttes, qui fait le lien entre les deux. En avril 2019, la question est largement traitée par les médias malaisiens et arrive sur le devant de la scène. Le gouvernement est convaincu et le contexte international s'éclaircit : une conférence à Genève propose d'intégrer les déchets plastiques non-recyclables à la convention de Bâle sur les déchets dangereux – ce qu'ils sont – pour en interdire le trafic international. Prigi, de l'association Ecoton, et Mageswari, tou·tes deux à Genève, ont eu gain de cause.

Chapitre 3 : Quand l'Asie du Sud-Est nous renvoie nos déchets plastiques

Aujourd'hui les déchets plastiques sont toujours là, en particulier en Malaisie qui a reçu le plus gros contingent. Et d'autres arrivent encore, que les autorités portuaires découvrent sur les docks de Port Klang et de Butterworth, les deux plus gros ports du pays, sur le détroit de Malacca. Ils sont cachés dans les conteneurs sous des déchets légaux recyclables ou bien sous de fausses déclaration. Le 17 juin, il y a à Butterworth pas moins de 400 conteneurs en attente de renvoi à leur envoyeur… aux frais des autorités malaisiennes qui doivent en outre faire la chasse aux contrebandiers et nettoyer les sites pollués. Il est temps que les pays développés, qui envoient en Europe de l'Est ou en Asie une (petite) partie de leurs déchets, les retraitent tous à la maison.

Plein de liens à suivre sur le site d'Asialyst mais des bonus ici :

Les pauvres ne comprennent rien à l'écologie mais les riches, si ? Chronique rigolote de Guillaume Meurice.

En France aussi on sait jeter du plastique à la flotte.

Excellente histoire politique de l'emballage perdu et du recyclage par Grégoire Chamayou.

mercredi 8 mai 2019

« Women’s march » à Kuala Lumpur

Femmes, LGBT : malaise en Malaisie

À Kuala Lumpur, la marche des femmes du 9 mars a été interdite par les autorités. Ça n’a pas empêché une joyeuse troupe d’activistes féministes et LGBT de manifester, secouant un peu les mœurs d’un pays bigrement conservateur. Reportage paru dans le journal CQFD d'avril 2019.

Illustration Caroline Sury.

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mercredi 1 mai 2019

Recyclés ? Non, nos déchets plastiques inondent l'Asie du Sud-Est

Les touristes occidentaux qui arpentent les routes du Sud-Est asiatique sont toujours choqués par l’omniprésence de déchets plastiques dans l’environnement de la péninsule et de l’archipel. Le plastique abonde dans la vie quotidienne, qu’il s’agisse d’usage unique ou d’objets. Dans les supermarchés et les épiceries, les contenants en verre ou en carton sont plus rares qu’en Europe et les doses individuelles plus répandues. Dans les marchés, les emballages en feuilles de bananier ont laissé place au plastique et parmi les stands, il en est souvent un qui vend aux commerçants les sacs en plastique et boîtes en polystyrène dont ils font un usage abondant. Le traitement des déchets pose problème : les infrastructures sont mauvaises ou inexistantes et dans les zones rurales les déchets ne sont pas collectés, chaque famille brûlant dans son jardin ses emballages de snacks, sacs ou bouteilles en plastique. À ces difficultés s’ajoutent désormais celles que connaît la région depuis qu’elle suscite les convoitises des acteurs du marché mondial du recyclage des déchets. Car le problème des déchets domestiques est aggravé par l’importation de ceux des pays riches, des États-Unis au Japon, en passant par l’Europe.

La suite sur Asialyst.com.

samedi 27 avril 2019

Le privilège végétarien

Vu d'ailleurs, la propension des Européen·nes éduqué·es à manger végétarien ou végan ressemble à un caprice de riches. Cela fait longtemps que le végétarisme et ses avatars sont un critère de distinction sociale : les moines bouddhistes prétendent ne pas manger de viande (beaucoup, dans la péninsule sud-est asiatique, se contentent de ne pas manger d'animal tué à leur intention précise), tandis que les brahmanes, aussi pauvres seraient-ils (1), restent la caste supérieure, trop pure pour manger avec les personnes du commun, celles qu'aujourd'hui on appelle les « carnistes ». Aujourd'hui, chez nous, le véganisme évoque désormais les restaus à burgers végans du 11e arrondissement parisien, un truc à la mode qui en plus se paie le luxe d'être riche en valeurs : droit des animaux, protection de l'environnement… Rien à redire sur le plan moral (encore que) mais pour l'écologie, on repassera : l'agriculture biologique est la seule qui fasse la preuve de sa capacité à nous nourrir sans dégrader les sols et le climat, et elle repose sur les apports des animaux (2). Dans On achève bien les éleveurs, l'éleveur (et donc aussi cultivateur) Xavier Noulhianne rappelle l'idée en quelques phrases :

« Dans la conception initiale de la bio il y a un lien entre la surface agricole et la quantité d'animaux qu'elle est capable de nourrir. On ne doit pas s'en écarter, ni dans un sens (trop d'animaux), ni dans l'autre (plus d'animaux). Ce n'est d'ailleurs pas un principe uniquement bio, c'est un principe qui court le long de l'histoire agricole et qui agit comme un antidote à l'industrialisation. Des engrais verts de temps en temps, oui, mais on ne peut pas faire sans les animaux. »

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mardi 5 mars 2019

Le hijab, la ministre et le marche-pied

La scène avait choqué le monde entier : trois hommes et une femme forcçaient une femme à se déshabiller en public. Elle était venue profiter des plaisirs de la plage mais son habillement ne correspondait pas aux valeurs de la France – le bikini ? La semaine dernière, des ministres libérales de La République en marche ont repris le flambeau en accusant la firme Décathlon de vendre des hijabs sportifs incompatibles avec leurs valeurs féministes. C'est bientôt la Saint Patrick et il y aura dans les rues plein de mecs bourrés avec des chapeaux verts démesurés. Je n'aime pas ces chapeaux mais dans mes valeurs figure le droit de mettre ce qu'on veut sur la tête, quand bien même ça piquerait les yeux des autres. Si l'activisme des ministres ne mérite qu'une moquerie, il faut dire un mot sur la réception globalement favorable qui lui a été réservé.

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vendredi 18 janvier 2019

Bienvenue en France

À la rentrée prochaine, le gouvernement prévoit de multiplier par dix environ les frais d’inscription des étudiant·es étrangèr·es non-communautaires. La raison officielle : rendre les études supérieures en France plus prestigieuses (plus c’est cher, plus c’est classe, d’ailleurs hier j’ai payé trois euros ma baguette et vous savez quoi ? elle était bien meilleure). Les esprits chagrins y voient surtout un ballon d’essai pour augmenter les frais d’inscription pour tout le monde, établir un marché de l’éducation et des prêts étudiants tout en réduisant l’accès à l’université des classes moins solvables. Les étudiant·es non-européen·nes qui ne changent pas de cycle (licence, master, doctorat) seront épargné·es par la mesure et après quelques semaines de remous l’exception a été étendue à ceux et celles qui changent de cycle. Plus aucun·e étudiant·e en France n’est concerné·e, ce qui réduit la mobilisation : ceux et celles que cela touche sont loin des yeux, loin du cœur.

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mercredi 7 novembre 2018

Le tourisme, une marchandise comme une autre

Paru dans CQFD de juillet-août 2018

Comme tout le monde, je méprise les touristes. Les touristes qui viennent chez moi marcher le nez en l’air sur les pistes cyclables et faire grimper le prix des loyers à coups d’Airbnb ou de résidences secondaires. Les touristes comme moi quand je voyage. Nous sommes nombreuses et nombreux sur la piste sud-est asiatique, une des régions les plus « faciles à voyager » au monde : prix bas, équipements et aménagements corrects, splendeurs naturelles (la baie de Krabi) ou historiques (Angkor, Bagan), criminalité contenue, populations souriantes, climat tropical, plages et cocotiers. Remontant la péninsule Malaise depuis Singapour, en route pour l’ancien royaume Lan Na ou glissant sur le Mekong, beaucoup de jeunes (ou jeunes dans leur tête) débrouillard·es hésitent entre joie de vivre et mesquinerie petite bourgeoise dès que le service n’est pas irréprochable. Nous avons choisi un voyage indépendant, sac au dos, sans préparer plus d’une étape à la fois. Nous avons l’impression de vivre une grande aventure humaine et parlons souvent de « sortir de notre zone de confort ».

Mais le fait est que nous nous inscrivons dans une économie bien réelle, le premier secteur productif au monde (1). Et dans des rapports économiques marqués par l’iniquité et un passé colonial. Mais de cela, il n’est jamais question quand nous nous engageons dans des relations avec les locaux. Une infirmière française à un jeune Hmong au Laos : « Toi aussi, tu veux voyager ? Et pourquoi pas ? » Alors qu’il vient de nous dire que sa famille vit avec 100 € par mois... Un ami me racontait aussi avoir commencé son tour du monde en marchandant auprès d’un pousse-pousse indien, faisant valoir sa « pauvreté » relative d’étudiant-ingénieur : la tête du gars devant cet argument lui avait fait honte pour le restant du voyage. Rétrospectivement, il avait trouvé cette expérience-là plus riche que toutes celles qui sont censées faire de ce geste de consommation une activité enrichissante humainement (2).

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jeudi 19 juillet 2018

Le tourisme, une marchandise comme une autre

Comme tout le monde, je méprise les touristes. Les touristes qui viennent chez moi marcher le nez en l’air sur les pistes cyclables et faire grimper le prix des loyers à coups d’Airbnb ou de résidences secondaires. Les touristes comme moi quand je voyage. Nous sommes nombreuses et nombreux sur la piste sud-est asiatique, une des régions les plus « faciles à voyager » au monde : prix bas, équipements et aménagements corrects, splendeurs naturelles (la baie de Krabi) ou historiques (Angkor, Bagan), criminalité contenue, populations souriantes, climat tropical, plages et cocotiers. Remontant la péninsule Malaise depuis Singapour, en route pour l’ancien royaume Lan Na ou glissant sur le Mekong, beaucoup de jeunes (ou jeunes dans leur tête) débrouillard·es hésitent entre joie de vivre et mesquinerie petite bourgeoise dès que le service n’est pas irréprochable. Nous avons choisi un voyage indépendant, sac au dos, sans préparer plus d’une étape à la fois. Nous avons l’impression de vivre une grande aventure humaine et parlons souvent de « sortir de notre zone de confort ».

Mais le fait est que nous nous inscrivons dans une économie bien réelle, le premier secteur productif au monde. Et dans des rapports économiques marqués par l’iniquité et un passé colonial. Mais de cela, il n’est jamais question quand nous nous engageons dans des relations avec les locaux.

La suite dans CQFD de cet été.

dimanche 18 mars 2018

Timika

Nicolas Rouillé, Timika, Anacharsis, Toulouse, 2018, 492 pages, 22 euros.

« Western papou », prévient la couverture. Timika, cette ville de Papouasie occidentale située dans les environs de la plus grande mine d'or du monde, a en effet des airs de ville-frontière pourrie par la corruption, le fric de l'or qui ruisselle tant bien que mal, pourrie enfin par cette guerre méconnue que l'Indonésie mène contre les Papous. Si aujourd'hui ce grand archipel épouse parfaitement les frontières des Indes néerlandaises, une création coloniale, cela n'a rien d'une évidence car la Nouvelle Guinée est une île peuplée de Papous, peuple mélanésien et chrétien. Sa partie occidentale a été rattachée de force à l'Indonésie dans les années 1960, suite à une annexion forcée et à un référendum sous contrôle, avec la complaisance de la communauté internationale. Jakarta mène depuis lors une guerre pour garder le territoire dans son giron. Car, qu'il s'agisse de bois ou de métaux, l'île est aussi riche en matières premières que ses habitant·es sont pauvres.

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jeudi 18 janvier 2018

Élections en Malaisie : l'alternance est-elle encore possible ?

Les prochaines élections législatives en Malaisie devraient se tenir en février ou mars prochains. La date n’est pas encore connue, elle est laissée à la discrétion de Najib Razak. Le Premier ministre a l’obligation de convoquer ces élections avant août 2018 et de les annoncer avec onze jours d’avance, durée minimale de la campagne. Cette latitude compte parmi les nombreuses cartes que le parti au pouvoir a en main pour garder son hégémonie à l’assemblée, comme c’est le cas depuis 1957, date de l’indépendance du pays. Début décembre, le public malaisien prenait connaissance d’un article académique dans lequel un chercheur basé au Canada, Kai Ostwald, fait le point sur les caractères autoritaires du régime, caractères qui donnent à la Malaisie une place parmi les pays où « l’intégrité électorale » est la plus faible. L’annonce a choqué, même si ces critiques rejoignent celles de l’opposition politique malaisienne depuis des années. Car la Malaisie est le seul pays à son niveau de développement dans le groupe des régimes très autoritaires. Qu’est-ce qui fait donc du régime parlementaire malaisien l’un des moins démocratiques au monde ?

La suite sur Asialyst.

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