Mon blog sur l'écologie politique

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mardi 24 mars 2015

Comment j'ai arrêté de militer (sans que personne s'en aperçoive)

Il y a presque dix ans, j'ai arrêté de militer. La plupart des activités bénévoles que j'ai menées depuis ne me semblent pas mériter ce nom. Non que j'aie fait des choses fabuleuses avant ça (j'étais écolo et pas spécialement fan d'action directe, ça limitait) mais quasiment toutes mes activités me semblent marginales par rapport à ce que j'imagine être un engagement militant. Le mieux, pour expliquer cette impression, est de rentrer dans le détail du bénévolat auquel j'ai consacré des journées entières.

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mercredi 24 septembre 2014

Qui est réac ? Qui est moderne ?

Je viens de livrer mon troisième dossier à L'An 02, la revue d'écologie politique que j'anime. Vous pouvez trouver ce n°6 en librairie à 7 € ou vous abonner à 10 € les deux numéros. 60 pages en couleurs, format A4 ou à peu près, des lectures de bouquins récents, des chroniques et des reportages, 100 % bénévole, elle a besoin de lectrices et de lecteurs pour exister. Pourquoi pas vous ?

L’écologie propose de s’éclairer à la bougie, de renvoyer les femmes à la maison et à leur condition… ou bien, lorsqu’elle gagne en maturité, elle se montre à la pointe de l’innovation, prête à miser sur l’efficacité des nouveaux procédés de management des flux humains et énergétiques. Alors, l’écologie politique : tout à la fois réac et moderne ?

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jeudi 17 juillet 2014

La Malaisie continue à manifester contre l’usine de terres rares de Lynas

Ils sont venus de toute la péninsule ce 22 juin, pour continuer à faire de l’usine Lynas de terres rares le plus gros dossier environnemental en Malaisie. 1,2 million de signatures ont été recueillies contre le projet, dans un pays de 30 millions d’habitants. Lynas concentre toutes les frustrations contre un gouvernement au pouvoir depuis l’indépendance et qui ne cède rien, en dépit d’accusations de corruption et de mauvaise gestion.

En mars 2010, les Malaisiens apprennent dans le New York Times l’installation d’une usine australienne de traitement de terres rares à Kuantan, dans l’état de Pahang, sur la côte est de la péninsule. Tout a été vite expédié entre le gouvernement et Lynas, un acteur relativement petit à l’échelle internationale, mais qui a le projet d’ouvrir l’une des plus grosses usines au monde. Les études d’impact environnemental ont été approuvées en quelques semaines, le gouvernement fait cadeau de dix ans de contributions fiscales, les travaux peuvent commencer. C’est alors que commence une mobilisation résolue et organisée, menée par deux grandes organisations : Himpunan Hijau (rencontre verte, en malais) pour la mobilisation de terrain et Stop Lynas, Save Malaysia qui mène une guérilla administrative et juridique.

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jeudi 6 mars 2014

Survivre et vivre

Survivre et vivre. Critique de la science, naissance de l'écologie, coordonné par Céline Pessis, L’Échappée, Montreuil, 2014, 480 pages, 25 euros

La revue Survivre publie son premier numéro en 1970, à l'initiative d'un groupe de mathématiciens que l'on pourrait qualifier de pacifistes. Les liens entre la recherche fondamentale et leurs applications militaires, à l'issue de guerres post-coloniales et en pleine guerre du Vietnam, stimulent une réflexion sur le rôle social de la science qui ira pendant les cinq années suivantes en se radicalisant et en augmentant la variété de ses préoccupations, au point qu'il est possible de dire que Survivre... et vivre est l'une des grandes revues écologistes des années 1970. Une sélection de textes et leur introduction par Céline Pessis permettent de découvrir ce parcours intellectuel et politique fulgurant qui s'achève au n°19, en 1975. Des contre-coups de Mai 68 à ceux de la candidature de René Dumont, en passant par le rapport du club de Rome, Survivre... et vivre a posé des questions qui sont encore celles que se posent (ou devraient se poser) les mouvements écologistes.

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samedi 22 juin 2013

Que sont les grands projets inutiles ?

On les appelle Projets Inutiles, Nuisibles et Imposés ou Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII). L'étiquette est récente, elle permet de mettre en réseau les opposant-e-s, les idées, de dessiner une critique politique de grande qualité, assise sur des arguments étayés et variés. Elle témoigne selon moi de deux évolutions dans la société française.

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vendredi 17 mai 2013

Plogoff

Plogoff, Delphine Le Lay (texte) et Alexis Horellou (dessin)

Delcourt, 2013, 192 pages, 14,95 €

A paraître dans le n°4 de L'An 02, juin 2013.


Tout commence en 1975 avec la décision du gouvernement français de faire assumer à la Bretagne son « indépendance » énergétique : il faudra, de gré ou de force, implanter une centrale nucléaire sur le territoire breton. Plogoff n'est alors que l'un des sites envisagés et les habitant·e·s sont sceptiques : « D'ici que ça se passe à Plogoff ! On a le temps... » Ils et elles ont une confiance dans l'État de droit qui ne leur permet pas d'imaginer la suite, un projet qui se mènerait contre leur avis ou celui des structures représentatives locales. 1976 : de consultation locale en conseil municipal extraordinaire, l'opposition populaire se construit et se renforce. « On a déjà voté contre la centrale. On a déjà dit qu'on n'en voulait pas ». On comprend le choc ressenti par les Plogoffites quand le projet se précise malgré tout. Cet échec à se faire entendre finit par donner lieu à un premier acte de désobéissance, la fermeture des routes au personnel d'EDF venu en reconnaissance. 1978 : la marée noire de l'Amoco Cadiz exacerbe le sentiment chez les Breton·ne·s que leur pays est livré aux polleurs : « La Bretagne est la poubelle de la France ».

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lundi 5 novembre 2012

Le Soleil en face

Le Soleil en face. Rapport sur les calamités de l'industrie solaire et des prétendues énergies alternatives
Frédéric Gaillard
L'Échappée, 2012
160 pages, 11 €

La critique des énergies dites « renouvelables » continue. Arnaud Michon avait publié en 2010 aux éditions de l'Encyclopédie des Nuisances un réquisitoire contre l'énergie éolienne, Le Sens du vent, qui faisait la part belle à une critique idéologique : un système injuste et autoritaire tente maladroitement d'assurer sa durabilité... le laisserons-nous faire ? Il faisait découvrir en outre aux optimistes de tout poil les défauts de l'énergie éolienne : non seulement les exactions de compagnies pour lesquelles un paysage et les personnes qui l'habitent ne peuvent rien valoir, mais aussi les ressources non-durables, en particulier métalliques, utilisées pour la construction d'une éolienne. Hélas pour les gentil-le-s écolos un brin techno, la réponse universelle à tous nos problèmes n'est pas blanche et dotée de trois grandes pales. C'est plutôt une révolution qu'il nous faut (et nous voilà bien avancé-e-s).

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jeudi 30 août 2012

Yucca Mountain

Yucca Mountain, John D'Agata, traduit de l'anglais par Sophie Renaut, Zones sensibles, 2012, 159 pages, 16 euros

Retour au point de départ, ce Sud-Ouest américain où le président Truman a cru bon de faire procéder aux premiers essais nucléaires... et aux suivants, jusque dans les années 1990. Aujourd'hui, la montagne Yucca, dans le Nevada, doit servir de dépotoir à des décennies de production de déchets états-uniens. Pendant des années, une cargaison passera toutes les trois heures par le nœud autoroutier de Las Vegas, et les risques sont bien connus, mais qu'à cela ne tienne. La montagne est poreuse et constituée à 9 % d'eau, une matière très corrosive, mais qu'à cela ne tienne. On n'imagine pas pouvoir signaler pendant ne serait-ce que les 10.000 ans qui servent d'objectif politique la dangerosité de la montagne à des populations dont la langue n'aura plus qu'un rapport lointain avec l'anglais, mais qu'à cela ne tienne. Elles resteront, on l'espère, émues comme nous par le Cri de Munch que l'auteur propose de dessiner sur la montagne, comme il se dessine sur la couverture de ce livre surprenant. Ni essai, ni autobiographie, mais déambulation personnelle et poétique dans une société mortifère. Les digressions nombreuses et très documentées (sur le plus grand building – inutile – de Las Vegas, sur le taux de suicide dans cette ville, sur la sémiologie, etc.) sont des ramifications indispensables pour décrire au plus juste la folie nucléaire.

mercredi 2 mai 2012

Le nucléaire, symptôme d'une démocratie défaillante

texte paru dans la revue du réseau "Sortir du nucléaire", avril 2012

Alors qu'une écrasante majorité de Français-es se prononce désormais contre le nucléaire, il est vraisemblable qu'à l'élection présidentielle ils et elles seront une écrasante majorité... à voter pour des candidat-e-s pronucléaires. Comment expliquer ce décalage autrement qu'en pestant contre le « manque de cohérence des gens » ? La raison est à chercher non pas dans le manque de vertu politique des électeurs et électrices, mais à la manière dont elle est sollicitée, à travers le processus de la représentation. Cela nous emmène vers un détour historique...

L'invention du gouvernement représentatif

Quand les constituants français reprirent à leur compte au XVIIIe siècle l'idée de démocratie, ils avaient à leur disposition des descriptions précises du gouvernement grec : prise de décision en assemblée par l'ensemble du corps des citoyens (1), magistrats tirés au sort, défraiement indispensable à la présence des citoyens qui travaillaient, etc. Mais ils inventèrent le processus de la représentation, contre la démocratie et pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec la plus grande taille des communautés modernes (2).
Permettre à la voix du peuple de s'exprimer à condition que ce soit à travers celle d'un homme qui aura été jugé plus digne que la moyenne de ses concitoyens, c'est introduire dans le suffrage une dimension à proprement parler aristocratique (3) où l'élection est sélection. Les fondateurs du gouvernement représentatif ont théorisé le caractère mixte, entre aristocratie et démocratie, du régime qu'ils ont inventé.
Ce furent d'abord des notables, puis des cadres de partis politiques, qui profitèrent ainsi de la sélection, dont on peut douter qu'elle amène sur le devant de la scène les personnalités les plus brillantes et les plus visionnaires de la société... Mais il reste que ces personnes, une fois élues, sont investies d'une responsabilité très particulière vis-à-vis des enjeux de l'époque.

Le nucléaire, un objet politique aristocratique

Le fossé qui se creuse entre l'opinion générale et la vision des responsables politiques tient à plusieurs raisons. La première est sociologique : par leur sexe, leur âge, leur éducation et leur milieu socio-professionnel, les élu-e-s représentent (au sens de « donner image ») bien mal le corps électoral. Celui qu'on retrouve majoritairement dans les assemblées, par la magie de la représentation et de la sélection au sein des partis, c'est l'homme blanc vieillissant, qui a fait son éducation dans le monde radieux des années 1950 ou 1960, où le Progrès nous apporterait tout le confort imaginable et où une noisette d'uranium (français !) donnerait de l'énergie (gratuite !) pendant un an à une ville de 100.000 habitant-e-s. Cet homme-là est structurellement moins sensible aux questions environnementales que le sont les femmes et les plus jeunes (4).
L'élu-e responsable ne comprend d'autre part la lutte antinucléaire que comme une peur irrationnelle et émotionnelle de l'accident. Devant assumer son devoir au-dessus de ces faibles passions, il ou elle est tenu-e de la négliger dans son analyse politique.
Ajoutez à cela certaines – plus anecdotiques – particularités françaises (le scrutin majoritaire, qui laisse difficilement surgir des forces politiques neuves, et des liens souvent étroits avec l'oligarchie énergétique), et vous avez là les raisons qui font que la plupart des élu-e-s se refusent à céder à l'impulsion générale de sortie rapide du nucléaire.
Nous continuons néanmoins à les élire, sur le malentendu du mandat imprécis qui est l'essence même de la représentation. Même si le nucléaire s'est imposé dans la campagne, le cœur des programmes (qui détermine les choix électoraux) reste pour la plupart des Français-es les questions socio-économiques. Voilà pourquoi, tant que nous ne serons pas consulté-e-s spécifiquement sur le nucléaire (5), nous continuerons à donner malgré nous aux élu-e-s pronucléaires ce qu'ils et elles pensent être des mandats pour continuer leur œuvre. Comme si de rien n'était.

(1) Les exclusions du titre de citoyen sont bien connues, nous n'insisterons pas dessus.
(2) La preuve étant que les outils de la démocratie directe (mandat impératif, tirage au sort) ont été écartés alors qu'ils étaient utilisables dans des États modernes.
(3) Au sens du mot grec aristos, meilleur. Nous n'employons pas ici le mot oligarchie, qui fait florès ces jours-ci, parce qu'il ne contient aucune dimension morale et ne permet pas de comprendre l'essence du gouvernement représentatif.
(4) Depuis des décennies déjà, beaucoup d'enquêtes d'opinion montrent que les Français-es se disent majoritairement volontaires pour arbitrer en faveur de l'environnement, serait-ce aux dépens de l'économie.
(5) Ce peut être à travers un referendum ou une consultation de personnes tirées au sort, qu'on appelle une conférence de citoyen-ne-s. La seconde réunie en France, au début des années 2000, sur le thème de l'énergie, est arrivée à la conclusion consensuelle que nous devions abandonner l'énergie nucléaire... Ses conclusions sont restées lettre morte.

Nucléaire : arguments éthiques, arguments pragmatiques

Si l'on arrive à débarrasser les conflits qui ont secoué le Réseau « Sortir du nucléaire » du bruit qui les a accompagnés et empêché d'y voir un sens politique (et de construire une sortie de crise qui ne le serait pas moins), on peut, me semble-t-il, trouver – ce n'est peut-être pas la seule, mais c'est celle sur laquelle j'ai choisi d'écrire – une opposition entre une critique nucléaire d'ordre éthique, et une autre d'ordre pragmatique. Si on caricature, elle mettrait face à face un langage militant fait d'indignations bruyantes, à force de mots comme « inacceptable ! » et de nombreux points d'exclamation, et un langage, porté par les salarié-e-s et certains groupes, vécu comme technique, gestionnaire, le pendant antinucléaire de la gouvernance qui nous fait hériter du nucléaire.

La posture militante peut paraître dérisoire, dans sa croyance que la puissance du propos fait la puissance de l'action, et qu'elle va emmener avec elle des millions de « citoyen-ne-s » enfin réveillé-e-s de leur rêve bleu ciel et enfin désireux/ses de passer leurs après-midi à défiler en jaune. Elle semble ignorer que les « je vous l'avais bien dit » et les attitudes moralisatrices ont un succès plus que modéré quand on tente d'éteindre autour de soi les bruits du monde pour profiter un peu du confort moderne, ce qui constitue ici et maintenant un rapport au monde généralisé. Ce ventre mou de la France nucléarisée, plutôt méfiant envers le nucléaire mais disposé à l'accepter s'il a bien les vertus qu'on lui vante, on a de bonnes raisons de penser qu'il ne peut basculer qu'à la condition d'être rassuré sur la faisabilité technique de la sortie du nucléaire.

D'où des discours techno qui se développent dans la sphère anti-nucléaire : NégaWatt, Virage énergie sont des associations d'ingénieurs qui manient avant tout les chiffres, et peinent à élargir leur propos, comme en témoigne une réflexion jusqu'ici assez décevante sur la sobriété énergétique (1). Le danger de cette approche, qui séduit les salarié-e-s et une partie des militant-e-s, est de mettre de son côté l'autorité de la raison économique et de la mise en chiffres du monde sans la remettre en question. De manier les armes de la société nucléaire, en acceptant par là même que ce langage soit le seul audible, et que disparaisse de l'horizon une posture morale qui rappelle l'ignominie que constitue le recours au nucléaire.

Car le défi engagé par l'oligarchie nucléaire, qui tient à la confiance absurde que l'accident n'aura jamais lieu, et que les générations futures trouveront une solution pour gérer les déchets, est bien un acte moralement répréhensible, qui engage l'ensemble de la société, sur une temporalité inouïe, pour les lubies de quelques-uns qui auront tôt fait de disparaître sans assumer leurs responsabilités.

Comment éviter de tomber dans l'un ou l'autre écueil ? Pour ne pas se contenter de mettre en scène son intégrité morale à coups d'indignations faciles, ni accompagner une attitude gestionnaire moralement répréhensible ? Une des réponses me semble être de s'attaquer à la raison économique, à l'aura des chiffres et de la technique, non pas pour construire une expertise parallèle, mais pour mettre en évidence la folie de cette raison. Une destruction créatrice et libératrice, qui permettrait enfin d'entendre d'autres voix.

(1) Membre de Rêvolutives, groupe de réflexion écologiste, j'ai participé marginalement à cette réflexion. Et porté à l'AG de janvier 2012 une motion (« Le nucléaire, c'est la crise économique ! ») qui engage le Réseau à travailler sur le vrai prix du nucléaire...

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