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lundi, 11 avril, 2016

Espérance de vie : la fin de quelle illusion ?

Article paru dans « Faire la paix avec la mort », dossier n°8 de En attendant l'an 02, ouvrage collectif aux éditions Le Passager clandestin, avril 2016, 220 pages, 15 euros

« Au moins dans nos sociétés meurt-on toujours plus vieux. » C'est la tarte à la crème que reçoivent en réponse les critiques de l'industrialisme, des villes tentaculaires et de la bouffe dopée aux produits chimiques. Sommes-nous vraiment sûr·e·s de mourir plus tard que les générations qui nous ont précédées ? Et en quoi cela nous assurerait une vie bonne ?

Janvier 2016. L'INSEE livre les chiffres de la démographie française pendant l'année écoulée. L'info fait les titres des journaux : l'espérance de vie est en baisse et la mortalité la plus élevée depuis 1945. Pour la première fois depuis 1969, les espérances de vie masculine et féminine baissent de manière simultanée : -0,3 ans pour les hommes, qui meurent en moyenne à 78,9 ans, et -0,4 ans pour les femmes, pour 85 ans. Les événements météorologiques de 2016 (une canicule en juillet et une vague de froid en octobre) suffisent-ils à expliquer ce chiffre ? Et ne s'agit-il que d'un phénomène conjoncturel, comme les démographes nous l'expliquent tout le long de la semaine qui suit ? Claude Aubert, agronome, promoteur de l'agriculture biologique et auteur d'ouvrages de santé environnementale comme Espérance de vie, la fin des illusions (Terre vivante, Mens, 2006), a à ce sujet un avis sensiblement différent…

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mardi, 23 février, 2016

Les personnes les premières concernées

On parle beaucoup des « personnes les premières concernées » mais rarement des « deuxièmes concernées ». J'ai déjà écrit à ce sujet : les prostituées sont certes les personnes les premières concernées par leur activité mais la prostitution et sa reconnaissance gravent dans le marbre la disponibilité des femmes aux hommes, du male entitlement à la culture du viol. Les autres femmes sont elles aussi concernées par ce que fait la prostitution à la société qui la réprime ou qui l'accepte (sachant que la France fait les deux, réprimant des prostituées dont elle soumet le revenu à l'impôt).

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jeudi, 22 octobre, 2015

Petite écologie de la Malaisie

L’actualité internationale, c’est des tremblements de terre, des meurtres d’opposants politiques, des guerres... Il n’y a pas d’autre raison pour braquer son objectif sur un pays lointain. C’est pourtant ce que j’ai fait, accueillie entre avril et août 2014 par la branche locale de Friends of the Earth qui m’a fait découvrir la Malaisie au prisme des questions environnementales. J’en ai tiré une série de reportages que je réunis ici. Cette forme d’écriture, factuelle et concise, est peu propice à la réflexion. Aussi je propose en introduction un texte nourri de lectures, qui tente de mieux rendre compte du contexte national, de son histoire et de ses évolutions les plus récentes (septembre 2015). Suivent trois reportages : le premier sur la situation du Sarawak, État de la partie malaisienne de Bornéo ; le deuxième sur une mobilisation dans la péninsule malaise contre une usine de terres rares ; le troisième sur deux modèles d’agriculture qui s’offrent au pays.

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mercredi, 19 août, 2015

Une histoire populaire de l'humanité

Chris Harman, Une histoire populaire de l'humanité. De l'âge de pierre au nouveau millénaire
Traduit par Jean-Marie Guerlin, La Découverte Poche, 2015 (2011)
720 pages, 15 €


« On me demande souvent, disait Howard Zinn, s'il existe un livre équivalent à mon Histoire populaire des États-Unis pour l'histoire du monde. Je réponds toujours qu'il n'en existe qu'un qui accomplisse cette tâche particulièrement délicate : celui de Chris Harman. » Une histoire populaire de l'humanité, par un auteur spécialement attentif aux mouvements révolutionnaires, donne l'occasion de revenir sur des moments marquants de l'histoire sociale et politique, plus compréhensive envers les classes laborieuses et les révolté-e-s de toute sorte, moins attachée au grands hommes qui semblent ailleurs seuls capables de faire se mouvoir des foules inertes (1).

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lundi, 20 juillet, 2015

Brut

Brut. La Ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo et Rudy Wiebe, Lux éditeur, Montréal, 2015, 108 pages, 12 €

Du brut. Par millions de barils. Ou comment donner à voir l’exploitation des sables bitumineux du Canada. Barils, dollars, gaz à effet de serre, degrés de réchauffement… On connaît l’histoire mais voici une invitation à en découvrir jusqu’aux acteurs les plus modestes, en un livre composite où se mêlent reportage, témoignage, plaidoyer et littérature, et autant de voix. Fort McMurray, dans le Nord-Est de l’Alberta, est la capitale de ces hydrocarbures que l’on dit non-conventionnels : leur exploitation, plus polluante et plus coûteuse que partout ailleurs, souille 90 000 km2 de terres et le bassin du fleuve Mackenzie, l’une des principales sources d’eau douce au monde. Dans des mines à ciel ouvert, des camions de trois étages chargent ce mélange de sable, d’argile et de bitume. Moins visible, l’exploitation par forage consomme plus d’eau et relâche plus de produits toxiques. Le transport par pipe-line, ensuite, déverse lors de fuites régulières des millions de litres jusque dans l’océan Pacifique.

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mardi, 23 décembre, 2014

Ni barrage ni extractivisme : les luttes socio-environnementales en Malaisie

Une présentation de mon travail sur la Malaisie et Bornéo dans "Zoom écologie", l'émission d'écologie de RFPP, 106.3 à Paris, à l'invitation des Radioactifs/ves. Pour les reportages écrits, suivre le tag "Asie".

mardi, 18 novembre, 2014

Extractivisme et développement : écologie de la Malaisie (1)

Là où les moussons se rencontrent

C'est le 11e pays le plus visité au monde, juste derrière la Thaïlande. Comme la France, carrefour de l'Europe occidentale à la rencontre des mondes latins et germaniques, la Malaisie bénéficie d'une position géographique privilégiée, entre mer de Chine et océan Indien. Les moussons ont permis pendant des siècles aux marins et aux marchands chinois de descendre jusqu'au sud de la péninsule malaise et d'y rencontrer ceux des mondes indiens et arabes, poussés par d'autres vents. Le caractère multiculturel de la société malaisienne aujourd'hui est aussi l'héritage de la colonisation du pays et de l'exploitation de ses ressources naturelles par les Britanniques. Fortement stigmatisée dans les années 1980 et 1990, pendant lesquelles elle fut le deuxième exportateur mondial de bois tropicaux (pour une surface équivalent à une moitié de France !), la Malaisie ne s'est jamais remise de l'usage qui a été fait d'elle sous l'ère coloniale : un réservoir de richesses naturelles à piller. Le caoutchouc et l'étain ont été remplacés par le palmier à huile et le pétrole, mais les structures extractivistes (1) ne changent pas, dans les effets de la rente qu'elle produit et dans sa redistribution, dans le rapport à la Nature et au temps long.

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lundi, 17 novembre, 2014

Extractivisme et développement : écologie de la Malaisie (2)

Le rojak malaisien

La Malaisie, l’état des Malais ? Ou à partir de quand est-on bumiputera, fils de la Terre ? L’appellation englobe les communautés autochtones, Orang Asli de la péninsule et Orang Asal de Bornéo, les deux expressions ne rendant pas compte de la variété des peuples qui vivent de et dans la forêt. Mais avant tout les Malais, synonyme ici de musulmans : le peuple de marins islamisé après le XIIe siècle, dont la langue a des racines communes avec le malgache ou le tagalog philippin, mais encore les populations indiennes, thaï ou philippines à condition qu’elles soient musulmanes (1). Et enfin les Peranakan, métis chinois (les Baba Nyonya ou Chinois des détroits qui sont bouddhistes ou chrétiens), indiens ou arabes. Et les Eurasiens, qui font état plus souvent d’ascendances portugaises que néerlandaises ou britanniques, les trois puissances coloniales qui se sont succédées depuis le XVIe siècle. Même si l’État n’admet pas de différence entre ses sujets, toutes ces communautés reconnues comme autochtones bénéficient d’un ensemble de lois qui doivent assurer leur non-discrimination économique (2).

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jeudi, 17 juillet, 2014

La Malaisie continue à manifester contre l’usine de terres rares de Lynas

Ils sont venus de toute la péninsule ce 22 juin, pour continuer à faire de l’usine Lynas de terres rares le plus gros dossier environnemental en Malaisie. 1,2 million de signatures ont été recueillies contre le projet, dans un pays de 30 millions d’habitants. Lynas concentre toutes les frustrations contre un gouvernement au pouvoir depuis l’indépendance et qui ne cède rien, en dépit d’accusations de corruption et de mauvaise gestion.

En mars 2010, les Malaisiens apprennent dans le New York Times l’installation d’une usine australienne de traitement de terres rares à Kuantan, dans l’état de Pahang, sur la côte est de la péninsule. Tout a été vite expédié entre le gouvernement et Lynas, un acteur relativement petit à l’échelle internationale, mais qui a le projet d’ouvrir l’une des plus grosses usines au monde. Les études d’impact environnemental ont été approuvées en quelques semaines, le gouvernement fait cadeau de dix ans de contributions fiscales, les travaux peuvent commencer. C’est alors que commence une mobilisation résolue et organisée, menée par deux grandes organisations : Himpunan Hijau (rencontre verte, en malais) pour la mobilisation de terrain et Stop Lynas, Save Malaysia qui mène une guérilla administrative et juridique.

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lundi, 23 juin, 2014

À Bornéo, les droits communautaires autochtones au secours d’un bien commun mondial

Marudi, ancien chef-lieu colonial de l’intérieur des terres, aujourd’hui une petite ville reliée aux villes de la côte par la sinueuse rivière Baram ou par une route toute récente mais déjà défoncée et deux passages de bac au coût exorbitant. Dans les modestes bureaux de Sahabat Alam Malaysia (SAM, Friends of the Earth Malaisie) où s’affairent des salariés issus des peuples Iban ou Kayan, un tableau récapitule une partie des 300 procès en cours contre le gouvernement de l’état du Sarawak. Il s’agit parfois de procès de militants, mais la répression aujourd’hui est moins dure que dans les années 1980 et 1990, pendant lesquelles la déforestation avait atteint des proportions inédites, et la Malaisie, grande comme une moitié de France, était le deuxième exportateur mondial de bois tropicaux. Désormais les procès sont plus souvent ceux que les peuples natifs mènent pour le respect de leurs droits communautaires, les native customary rights (NCR), contre les autorités.

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dimanche, 22 juin, 2014

En Malaisie, un barrage inutile menace la survie de peuples indigènes

Elles sont là depuis le 23 octobre 2013, bloquant la route qui mène au site sur lequel doit être construit le barrage de Baram, dans l’État du Sarawak, en Malaisie. Issues des peuples Kayan, Kenyah, Penan ou Kiput, ce sont en tout 20.000 personnes qui sont menacées par le barrage le long de la rivière et des affluents où elles vivent. Elles se relaient à Long Lama, le site du blocage, aidées par les voisins du peuple Iban.

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mercredi, 11 juin, 2014

Vaches, cochons, poulets et TAFTA

C’est la course aux aliments les plus efficaces pour permettre aux bêtes de grossir vite et à moindre frais. Mon premier contient « 25 à 50 % de protéines brutes et de 55 à 60 % de substances nutritives digestives, le tout sur matière sèche, et est riche en minéraux essentiels ». Il s’agit de l’excrément de poulet, défendu dans une étude pour la Food and Drugs Administration américaine en 2001 par deux chercheurs de l’université de Virginie (voir « Utilisation of Poultry Litter as Feed for Beef Cattle »). Vache folle oblige, et car les poulets eux-mêmes sont nourris aux restes de bovins, en 2003 la FDA interdit la pratique pour l'alimentation bovine… pour l’autoriser de nouveau sous la pression de l’industrie. Seule précaution, puisque « les excréments de poulet sont une source potentielle de micro-organismes pathogènes » (rappel : on parle toujours de caca, bien que de caca alimentaire), « les excréments devraient être traités avant d’être donnés à manger ».

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samedi, 5 avril, 2014

La Condition tropicale

La Condition tropicale, Francis Hallé, Actes Sud, 2010, rééd. poche 2014, 720 pages, 12,70 €

La zone intertropicale, c'est cette partie de la Terre qui est située entre les latitudes 23° 27' 8" nord et sud et, en raison de la légère inclinaison de l'axe terrien, reçoit en permanence les rayons directs du soleil, comme dans notre Nord pendant l'été. Elle représente 40 % de la surface terrestre et ne connaît pas d'hiver. Des températures qui peuvent être fraîches à mesure que l'on monte en altitude, mais pas de saison végétative pendant laquelle le froid mettrait à mal l'activité parasitaire. Sous les tropiques, la faune et la flore, dit-on, sont "exubérantes", non-soumises aux contraintes externes des hautes latitudes. Espèces végétales et animales s'y développent sans autre souci que leurs prédateurs, ce qui est l'occasion d'une grandiose variété biologique. Les écosystèmes agricoles sont à l'avenant, comme cette agroforesterie, extrêmement intensive et durable, à laquelle est accordée un long développement. Les activités microbiennes et bactériennes également, le tout ne faisant de la vie tropicale ni un paradis terrestre (pour naturaliste ou touriste), ni un enfer grouillant, mais quelque chose entre les deux. C'est à un autre regard sur les tropiques que nous invite l'auteur, botaniste spécialisé dans les arbres de cette région (il a survolé la canopée tropicale sur le fameux radeau des cimes) et fort d'une expérience de quarante ans de terrains qui l'ont mené de l'Afrique à l'Amérique du sud, et de l'Asie du sud à l'Océanie.

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dimanche, 23 mars, 2014

La Guerre des forêts

La Guerre des forêts. Luttes sociales dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, Edward P. Thompson, traduit par Christophe Jaquot et présenté par Philippe Minard, La Découverte, 2014, 200 pages, 15 euros


L'industrialisation de l'Angleterre a donné lieu à de nombreux conflits sociaux auxquels écologistes et anti-industrialistes font référence aujourd'hui. A côté des fameux Luddites, il faut citer les Diggers ou les Levellers. E. P. Thompson livre dans Whigs and Hunters (1) une étude des Blacks, dont les actions ont suscité la rédaction de lois d'une sévérité redoutable. Étaient désormais passibles de la peine de mort non seulement le braconnage de gibier et de poisson, le port d'armes et le fait de se grimer le visage en noir, mais aussi la récolte de tourbe et le glanage de petit bois. Thompson documente ces conflits, l'élaboration du Black Act de 1723, son application dans les décennies suivantes, et conclut avec une réflexion hétérodoxe sur le droit : arme au service des classes gouvernantes, comme le décrivent les historien-ne-s marxistes, le droit doit néanmoins donner des gages d'impartialité pour fonder sa légitimité. La force ne suffit pas, il faut aussi le consentement, assuré par la croyance d'être en retour protégé par une institution insensible (ou peu sensible) aux rapports de pouvoir. Philippe Minard, dans sa présentation, « Les dures lois de la chasse », fait écho aux critiques essuyées par Thompson, aussi bien de la part des conservateurs/rices que des marxistes, et nous décrit ce penseur hors-normes, « romantique radical » en marge de l'université, animateur d'un centre d'histoire sociale à Warwick.

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lundi, 3 mars, 2014

A qui de nous faire préférer le train ?

Même aux USA, pays du libéralisme économique, il est possible de prendre le train à des prix qui ne font pas dresser les cheveux sur la tête. Et heureusement, car si les cars (1) Greyhound ont une belle réputation, que l'on doit à des films hollywoodiens comme Macadam Cowboy, il faut revoir ce film et les autres avec un peu moins de paillettes dans les yeux : le Greyhound, c'est pour les pauvres et tou-te-s celles qui ne peuvent pas faire le trajet en avion. L'imaginaire américain prétend que vous aurez de fortes chances de faire le voyage (interminable) aux côtés d'une personne malodorante et/ou en grande détresse. Au Canada, un voyageur a ainsi fini son trajet la tête coupée par son binôme de car (faut dire que c'est long). Le plus grand désagrément que j'aie connu, c'est de faire les deux heures entre Seattle et la capitale de l'état dans un car aux vitres tellement crades que je n'ai pas pu voir le Mt Rainier de plus près. Ah, oui, et la demi-heure de queue avec un vigile grossier qui nous a demandé d'ouvrir nos bagages à main pendant qu'il commentait le contenu – des bagages des passager-e-s du wagon à bestiaux précédents. C'est le genre d'expérience qu'on apprécie d'avoir fait, mais qui ne vaut pas la peine d'être répétée.

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lundi, 13 janvier, 2014

Berlin, pauvre mais sexy

Paru dans L'An 02 n°5, fin janvier autour du dossier « Alerte aux territoires ! »

Pour certain·e·s c'est la faute aux hipsters, ces classes « créatives » mondialisées, relativement aisées (si l'on compare à une famille ouvrière d'origine turque) et qui peuvent décider d'un jour à l'autre de quitter Melbourne ou New York pour Berlin, « paradis hédoniste où la bière est moins chère que l'eau, les drogues faciles à se procurer et la meilleure musique techno du monde accessible chaque nuit de la semaine » (1). Pour d'autres c'est la faute aux Souabes et autres Bavarois·es, cadres des régions riches du sud dont les entreprises ont enfin tourné leur attention vers la capitale et qui l'ont investie avec leurs costumes bien coupés, leurs attaché cases et leurs Land Rovers.

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dimanche, 12 janvier, 2014

Gosses de Berlin

Ou « Scie j'avais un marteau... »

Paru dans L'An 02 n°5, fin janvier

Wedding, un quartier au nord-ouest de Berlin. Jadis rouge, toujours populaire : le multiplexe du quartier diffuse des films turcs en VO et des blockbusters doublés en allemand. Les enfants d'ici viennent souvent d'ailleurs. Qu'il neige ou qu'il pleuve, ils et elles sont tou·te·s les bienvenu·e·s dans un « terrain de jeux et d'aventures » et une « ferme des enfants » ouvertes cinq et six jours sur sept. Le premier est créé en 1973, quand un projet de construction de terrains de tennis est refusé par une « initiative citoyenne », un dispositif propre au pays, qui lui oppose la création d'un terrain de jeux. Dix ans plus tard, c'est une ferme qui est ouverte à côté. Les deux sont animés par des salarié·e·s, épaulé·e·s par des bénévoles, pour presque une centaine d'enfants de moins de quatorze ans qui passent chaque jour. Le matin des jours de classe, des écoles viennent découvrir les lieux. Le reste de la journée, la porte reste ouverte à tou·te·s, pour retrouver les copains/ines ou pour des ateliers (cuisine, poterie, petite menuiserie, jeux de société, etc.).

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lundi, 18 novembre, 2013

Carbon Democracy

A propos de Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Le Pouvoir politique à l'ère du pétrole, traduit par Christophe Jaquet, La Découverte, 2013, 336 pages, 24,50 euros

Il est une question qui apparaît bien peu dans les discours protectionnistes, c'est celle des conséquences économiques de notre addiction au pétrole. Puisque nous n'en produisons pas, mais que nous en consommons beaucoup, il nous faut bien trouver de quoi l'acheter sur le marché mondial, en produisant à notre tour et exportant (des armements ?) de quoi équilibrer la balance, ce qui nous contraint à nous engager dans une longue série d'échanges plus ou moins avantageux. Ceci dit non pas pour désavouer le protectionnisme, mais pour me permettre d'avoir enfin de quoi étayer ma ferveur mal informée pour cette position politique. Car on parle beaucoup de pétrole, pour dire que c'est la malédiction des pays producteurs (à part la Norvège ?) ou pour regretter que son prix soit trop ou pas assez élevé, mais rarement pour aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons avec la même acuité que celle dont fait preuve ici Timothy Mitchell. Autant le dire tout de suite, son ouvrage Carbon Democracy est une autre, indispensable et vivifiante, histoire du XXe siècle.

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mercredi, 9 octobre, 2013

Les Îles du Paradis

Richard Grove, Les Îles du Paradis. L'Invention de l'écologie aux colonies, 1660-1854, La Découverte, 164 pages, 13,50 €

Il est des textes dont on ne sait trop quoi faire quand on est éditeur : trop longs pour la revue, trop courts pour le livre. C'est une gageure, pour laquelle on invente des formes, consistant le plus souvent à faire des livres à partir de très longs articles. Car hors du livre, point de salut : avez-vous déjà lu un article de cinquante pages dans la presse française ? C'est monnaie courante pourtant dans le monde anglo-saxon, mais chez nous cette forme d'écriture n'existe plus depuis Albert Londres, il n'y a rien entre les dix pages de « grand reportage » et le bouquin de 200 pages. Les Prairies ordinaires bricolent donc Le Stade Dubaï du capitalisme de Mike Davis (96 pages, 8 €) avec l'aide d'un long article de François Cusset sur le même sujet. Pendant que les éditions Allia livrent brut La Montée des eaux de Charles Mann dans un micro-bouquin (64 pages, 3,10 €). On gonfle le texte ou on assume sa brièveté.

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samedi, 22 juin, 2013

Que sont les grands projets inutiles ?

On les appelle Projets Inutiles, Nuisibles et Imposés ou Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII). L'étiquette est récente, elle permet de mettre en réseau les opposant-e-s, les idées, de dessiner une critique politique de grande qualité, assise sur des arguments étayés et variés. Elle témoigne selon moi de deux évolutions dans la société française.

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