Le do-it-yourself me (fait chier) pose question

Texte repris ici pour publication dans Offensive n°38.

Devant quelques réactions hostiles suscitées par ce texte, je cède à la pression et modifie le titre... L'essentiel étant d'être lue, et bien lue, si ce titre ne permet pas à mes lecteurs et lectrices de considérer un tranquillement toutes les nuances du texte, et de s'engager dans une lecture sans prévention, c'est que c'est un mauvais titre (ou un titre qui a d'autres qualités que celles dont j'ai besoin aujourd'hui.

A l'origine, il y a l'envie d'étendre son champ d'action individuel, de ne plus dépendre de macro-systèmes pour accéder à des biens ou à des services, de produire au plus près des besoins, de se déprendre de la Technique et du capitalisme. Ou ce sont tout simplement des stratégies de survie immédiate : l’essor des magasins de bricolage depuis plusieurs décennies est une réponse à la crise, au chômage de masse et aux salaires qui restent au ras des pâquerettes sous sa menace. Mais c'est peut-être aussi le résultat d'une stratégie de pingre de la classe moyenne pour étendre son « pouvoir d'achat », pour avoir à la fois la rénovation de la baraque et l'écran plat qui trône dans le salon. Aux dépens de professions qui sont perçues comme abusant de leur position sur le marché pour construire de micro-fortunes personnelles (ça fait râler tout le monde de voir son carreleur rouler en 4x4). L'équation est là : bricolage ou professionnalisme, amateurisme ou métier ?

Entendons-nous bien, je regrette le lent mouvement de déculturation qui nous a fait abandonner la maîtrise d'une grande partie de nos vies. Bricolage, auto-production alimentaire, cuisine, soins médicaux de base, nous avons abandonné une grande partie de nos savoirs pratiques à la solution de l'achat d'objets ou de services. C'est l'essence même de la société de consommation, d'étendre le champ de la marchandise. A l'origine, des stratégies politiques ou commerciales, et la complexification technique des objets auxquels nous sommes confronté-e-s chaque jour. Le résultat va des plats tout préparés à l'emploi domestique pour les classes moyennes, de la présence dans nos foyers de nombreuses formules chimiques (1) aux bagnoles bardées d'électronique, que même votre garagiste ne saura pas réparer sans l'aide du constructeur.

Mais je ne peux m'empêcher de ressentir comme de l'insouciance méprisante de classe l'utopie qui consiste à croire qu'on peut avoir un beau diplôme et un bon boulot et être en même temps boulangèr-e, éditeur/rice, critique littéraire et maçon-ne. La différence entre l'ingénieur-e qui fait son pain et la boulangère en bas de chez lui ? A en croire le premier, aucune, son pain est même meilleur. A en croire la seconde, 30.000 ou 40.000 euros de revenu annuel (et une variété de pains et de gâteaux pour tous les goûts). La différence entre la cadre sup' qui s'improvise critique littéraire et l'ancien lettreux précaire dont c'est le boulot (en remplacement de congé maternité, ouf, de quoi souffler quelques mois) ? La lecture de 200 volumes par an, pendant vingt ans, soit une culture littéraire et un regard acéré qui se construisent à force d'exemples et de comparaisons, à mettre en balance avec une « sensibilité littéraire » spontanée que chacun-e nous aurions.

Dans la volonté de faire soi-même peut se cacher le refus de reconnaître la qualité et la spécificité d'un boulot de pro. Et quand le pro s'en sort difficilement, tandis que l'amateurice éclairé-e qui improvise tous les métiers avec désinvolture est bien inclu-e dans la classe moyenne aisée, on a là un exemple de violence sociale invisible, parfois même déguisée sous les adjectifs écolo ou anti-capitaliste. Regardons le carnage : on trouve difficilement dans son voisinage des artisan-e-s, ils et elles n'ont pas été sorti-e-s du marché que par le capitalisme et par la Technique, mais aussi par notre habitude de ne pas considérer à leur juste mesure les compétences d'autrui, et de ne pas considérer les aspects positifs du commerce, un mot qui au XVIIIe siècle renvoyait aussi bien à l'échange des biens et des services qu'à celui des idées et des paroles.

Un joli slogan de l'éducation populaire dit « tou-te-s capables ! » et j'y adhère complètement, c'est la raison pour laquelle je suis démocrate et attachée à une consultation populaire plus exigeante que le bulletin mis dans l'urne chaque printemps. Mais « tou-te-s capables » à condition de s'en donner préalablement les moyens, pas « tou-te-s capables » au débotté, tandis que mes compétences à moi sont un pré carré. Je nous crois tou-te-s capables de consacrer six jours à participer à des conférences de consensus et d'y développer une opinion argumentée et solide, mais je suis un peu moins confiante dans la capacité de chacun-e à développer cette opinion devant la télé, au marché ou devant la machine à café. Il faut un minimum de temps et d'efforts, pour apprendre, se rendre compte de la complexité de l'environnement auquel on est confronté, savoir reconnaître les idées cruches et celles qui vont faire avancer.

Quant à la justification écologique du do-it-yourself (bricolage en anglais, en français la formule s'applique à toutes les activités d'artisanat, de la maison à l'atelier, avec quelque chose d'un peu politique), elle est parfois indéniable. Je citais les produits ménagers qu'on peut faire soi-même, les activités de couture ou de réparation sont aussi intéressantes pour donner une deuxième vie aux objets et le jardinage évite le transport de produits frais. Mais le pain cuit à la maison est le plus souvent un désastre environnemental. Four électrique, trop grand et préchauffé pour une fournée d'un malheureux pain, ce serait plus écolo que d'aller à vélo chez une boulangère qui travaille avec un four à bois ? Des copines écolos, qui font des choses utiles et ravissantes, me disaient un jour à propos d'une de leurs activités qu'elles pensaient comme moi que la fabrication maison était plus énergivore que la fabrication industrielle, mais quand même, « c'est sympa ». Certain-e-s disent « c'est sympa » comme d'autres disent « c'est pratique » dans les pubs à la télé. Est-ce que, sachant que certains processus de production promettent de belles économies d'échelle, cela devrait être le seul critère de jugement pour choisir les activités que nous voulons accomplir par nous-mêmes ?

Quand même les meilleures intentions participent à rendre notre monde plus pauvre humainement, il est temps de se regarder avec un peu moins de complaisance.

PS (le 1er mars 2013) : La discussion continue dans un autre post, "Entre Castoriadis et Castorama : le do-it-yourself et les méprises du projet d'autonomie". Et j'ai répondu aux commentaires concernant les lourdeurs qu'entraîne la féminisation de certains mots dans le post ci-contre.

(1) Il faudrait une formule pour chaque usage, chaque surface, pour le meilleur résultat possible, alors qu'une demi-douzaine d'ingrédients permettent de presque tout faire à la maison.

Commentaires

1. Le mardi, 8 janvier, 2013, 09h14 par DM

Il vaut mieux un travail fait rapidement par un professionnel compétent qu'un bricolage coûteux en temps, qui ne fonctionnera pas forcément, et pour lequel il faudra acheter du matériel, s'apercevoir qu'il ne convient pas, racheter du matériel, etc.

Toutefois, cela suppose que le professionnel soit honnête et compétent. Qui n'a jamais eu affaire à un artisan peu scrupuleux, indifférent voire dangereusement incompétent? Certains n'hésitent pas à abuser de l'incompétence technique ou de la faiblesse des clients.

2. Le mardi, 8 janvier, 2013, 09h23 par DM

Au sujet des automobiles et de l'électronique, et même plutôt de l'informatique embarquée : si une partie des fonctions assumées par cette informatique relèvent du gadget, certaines sont rendues nécessaires par les normes antipollution et la diminution de la consommation de carburant (contrôle précis de l'injection et de l'allumage, avec mesure en continu de divers paramètres du moteur et des gaz d'échappement).

Bien entendu, cela dépossède le garagiste de sa capacité d'action : là où l'on pouvait régler un rupteur et des vis platinées, on est de nos jours plutôt obligé de "flasher" le contrôleur avec la nouvelle version du logiciel.

3. Le mardi, 8 janvier, 2013, 09h38 par Amande

Je trouve cet article intéressant, à l'heure où le DIY est valorisé à toutes les sauces, dans un spectre très large allant effectivement de l'autoconstruction au loisir créatif, qui n'a rien d'écolo mais donne la satisfaction d'avoir fait quelque chose de ses propres mains.
-D'un côté le DIY permet effectivement de s'affranchir de la dépendance au capitalisme; et à la dictature croissanciste (réparer c'est plus logique que de jeter/racheter)
- Cela permet de se réapproprier l'usage de nos mains, de développer nos compétences, alors même qu'on est devenus pour certains des handicapés du manuel. Personnellement, au delà de l'école primaire, tout ce qu'on m'a appris à fabriquer c'est une alarme électronique en cours de techno, que je suis bien sur incapable de refaire. Je ne sais ne me servir d'une perceuse, et j'ai du prendre des cours de couture pour faire des rideaux. D'ailleurs, on constate que les artisans sont de plus en plus demandés pour transmettre leur savoir: des créateurs deviennent prof de couture, des menuisiers coachs en bricolage...

D'un autre côté je suis aussi gênée par le côté "que pur ma gueule", qu'on peut entendre dans le "yourself" et qui dérive d'un mouvement plutôt écolo-débrouillard à la base. Ce qui serait intéressant, c'est que ce développement de savoir faire se partage; au sein d'une communauté, d'un voisinage... Les réseaux d'échange et de savoirs permettent cela, mais aussi le troc : je suis super douée en confiture, et toi t"es bon en pain maison: je fais de la confiture pour 2 et tu me fais un pain? ça c'est écolo, c'est sympa ET c'est solidaire!

4. Le mardi, 8 janvier, 2013, 09h46 par Goupil

C'est parceque je fais moimême que j'apprecie un travail de pro.
Oui c'est mieux de faire ensemble et d'échanger, mais dans notre monde de fou les copains n'ont pas le temps ils bossent.
Une des differences entre un travail de pro et le do it yourself c'est que le "pro" est quelque fois plus rapide.
Le pro c'est quand même beaucoup plus cher, inabordable souvent et dans le cas de mon mécano concessionnaire les diagnostiques electroniques sont ruineux, rien qu'une observation patiente ne puisse résoudre pour une fraction du prix.
Souvent il y a économie sur les matiéres premiéres à faire soi même.
Cheers

5. Le mardi, 8 janvier, 2013, 10h32 par Foxapoildur

Peut être que le jour où les artisans pratiqueront des tarifs normaux (et pas 150 euros pour changer un joint) avec des délais normaux (et pas 3 mois pour peindre une cuisine) on se tournera un peu plus vers eux non ?
De plus en plus les artisans se tournent vers une clientèle de luxe, et s'octroient des salaires de chirurgien (200 à 300 euros de l'heure !) et quand ils daignent travailler pour la classe moyenne, ils les prennent pour des gogos. Alors bon finalement on va chez Casto, et on fait le boulot à leur place.

6. Le mardi, 8 janvier, 2013, 11h42 par Exec T

Je suis en partie d'accord avec votre article.

Cela dit je fais mon pain au quotidien dans une machine à pain achetée chez Aldi.
J'y met que des bonnes choses (farine d'épautre bio et autres). La consommation électrique est assez raisonnable de l'ordre de 1450wh pour un pain qui est de 750g.

En revanche je n'hésite pas à acheter le pain chez celui qui, sur le marché, me vend la farine, car son pain est meilleur que le mien.
Quant au pain du boulanger, il est surement additionné de trucs car il ne ressemble ni à celui du gars du marché, ni au mien.

Quant à la question de faire des travaux chez soi au lieu de recourir aux artisans, c'est une question pas simple. Le carrelage du sol, je sais pas faire, j'ai pris un carreleur (cher) mais le boulot est très bien. Pour le toit en acier par contre le couvreur était un vrai gougnafier et honnètement j'ai fais beaucoup mieux que lui pour résoudre un problème d'étanchéité.

Quant à l'automobile, je fais durer une vieille auto (1996) qui a le moins d'électronique possible.

Il n'y a pas de réponse simple, tout est affaire de circonstance et de pesée au cas par cas.

Ps : pas d'écran LCD à la maison, une chaîne hifi de 10 ans d'âge, un ordi de 2006, des meubles achetés il y a 30 ans.

7. Le mardi, 8 janvier, 2013, 15h43 par lou passejaïre

si le DIY qui vous fait chier est celui des méreuuuuhd'famillecolobio ... on est un peu sur la même longueur d'onde ...
avec pas mal de bémols :

les artisans dépanneurs par exemple ont bien été éradiqués par le capitalisme, production à bas cout de produits impossibles à ouvrir pour les réparer, documentation introuvable car copyrightée , piéces détachées inaccessibles, processus de dé-standardisation des composants etc ...

sur les boulangers, comment dire ... ils ont tellement fabriqué ( ou revendu ) de saletés inommables que le mauvais pain fabriqué à la machine à pain par la méreuuuuhd'famillecolobio a pu paraitre pas pire ...

par contre , y a beaucoup à voir du coté des échanges de savoirs et la perte de conscience de la valeur des savoirs liés au travail manuel est le vrai siége du mépris de classe .

8. Le mardi, 8 janvier, 2013, 15h44 par urchin

Argh, quel élitisme. Je fais la cuisine de façon médiocre, mais j'aime ça. Où est le problème ? Je devrais aller au restaurant chaque jour ? Je joue de la musique de façon médiocre, mais j'aime ça. Est-ce que je dois me retenir de jouer devant mes amis parce que je pourrais acheter le CD d'une grande interprétation, voire (on peut toujours rêver) organiser un concert chez moi, avec un "vrai" interprète ?

9. Le mardi, 8 janvier, 2013, 16h55 par fb

Votre billet est intéressant mais, à mon avis, un peu superficiel dans la mesure où vous oubliez une catégorie, peut-être la plus importante, de ceux qui savent faire mais ne peuvent pas faute d'outil et de moyen. Nous sommes parfaitement d'accord que faire son pain soi-même est une catastrophe (en même temps le pain acheté en boulangerie l'est de plus en plus aussi, en tout cas à Paris).

Mais sans parler des imprimantes 3D, si l'on prend une plate-forme comme Arduino (un micro-contrôleur électronique disposant de nombreuses extensions), des gens qui n'ont jamais fait une soudure de leur vie ou écrit une ligne de code sont capables de créer des objets électroniques - des gadgets inutiles pour la plupart -. Une gamine ou un gamin avec 30 € en poche peut découvrir, s'initier et peut-être innover. Compte tenu de la quantité d'information disponible et des communautés existantes, c'est nettement plus facile qu'il y a trente ans.

Bien sûr il y a une mode et des entreprises qui surfent dessus, mais le DIY c'est aussi étendre le champ du possible pour un individu pas forcément fortuné et un rapport social qui ne passe plus forcément par une hiérarchie qui assène des arguments d'autorité et des dogmes.

Quand un étudiant est capable de *penser* : « je vais filmer la Terre vue de l'espace » et avec un bricolage à 300$ constitué d'un ballon à l'hélium et d'un smartphone arrive à le faire et publie une vidéo, même si c'est inutile, je considère ça comme fabuleux et plutôt une bonne nouvelle.

10. Le mardi, 8 janvier, 2013, 17h00 par BaN

Merde, je suis un salaud. Je fais mon pain moi même parce que ça m'economise de la thune (bah oui je suis au chôm, j'ai pas de thune mais j'ai du temps). J'avais pas pensé à l'artisan boulanger à côté.

Ouf ça va ! c'est du pain industriel chez lui \o/

11. Le mardi, 8 janvier, 2013, 17h35 par Yoran

Dans la volonté de faire soi même, il y a aussi le refus de produit qui ne nous conviennent pas. L'exemple boulanger est assez caractéristique. Que faire lorsque l'on désire manger du pain bio, sans trois tonnes de sel au kilo ? Et bien on le fait soi-même, pas le choix. Et il en va ainsi de beaucoup de choses de nos jours. Maintenant il est vrai que pour que cela fonctionne, il faut faire du pain d'avance, oublier le pain blanc qui sèche en une journée et ainsi rentabiliser correctement l'énergie dépensée, mais c'est faisable.

Maintenant le "do-it-yourself" n'est à mon sens pas la cause de la disparition de l'artisanat. Ce serait plutôt l'inverse. La disparition de l'artisanat au profit des grandes surfaces (je parle pour la nourriture) implique une baisse constante de la qualité des produit (faire moins cher à marge égale, il n'y a pas de secret ;-). C'est ainsi que je suis devenu "cuisinier de tambouille familiale", là aussi pas le choix.

Après pour pas mal d'autres domaine, je reste d'accord avec le fond du discours. Lorsque j'ai vu la tête d'un mur monté par mes soins, je me suis pris d'amour pour les maçons ;-)

12. Le mardi, 8 janvier, 2013, 18h42 par Elodie

"Mais le pain cuit à la maison est le plus souvent un désastre environnemental. Four électrique, trop grand et préchauffé pour une fournée d'un malheureux pain, ce serait plus écolo que d'aller à vélo chez une boulangère qui travaille avec un four à bois ?"

Perso, quand je cuis un pain d'un kilo dans mon four, et que je sais que ce pain va nous (on est deux) à peu près une semaine, le calcul est vite fait, et je ne vois pas en quoi ce serait un désastre environnemental. De plus, y a pas tant de boulangers que ça qui utilisent des fours à bois... Donc vous avez là un argument qui ne tient pas la route (le pain cuit chez soi est un désastre envionremmental), mais vous omettez le coût : mon paquet de 5 kg de farine coûte 9 € (en biocoop), ça fait donc 5 pains semi-complets et bios de 1 kg. Une baguette par jour, c'est plus de 30 € par mois. Les pains bios achetés sur le marché ou en magasin bio, n'en parlons pas. Heureusement qu'ils calent plus que le pain blanc... J'oubliais de préciser que mon pain déchire sa race, rien à voir avec certaines baguettes vendues par des "professionnels".

Je fais aussi ma lessive, avec du savon de marseille, des cristaux de soude, du bicarbonate et de l'huille essentielle. Pour faire 3 L, il me faut à peine 1/2h, et niveau coût, j'ai pas calculé, mais je dirais 3 € les 3 L (je râpe le savon moi-même, les paillettes, c'est l'arnaque). Qui est-ce que je concurrence ? Le Chat ? Je m'en tape. Et franchement, à moins d'être une vieille maniaque, fabriquer ses produits n'est pas si énergivore que ça, faut pas abuser...

"Dans la volonté de faire soi-même peut se cacher le refus de reconnaître la qualité et la spécificité d'un boulot de pro."

Oh mon Dieu. On a même droit à de la psychologie de comptoir. Mais d'où elle sort cette vérité universelle ?

"Et quand le pro s'en sort difficilement, tandis que l'amateurice éclairé-e qui improvise tous les métiers avec désinvolture est bien inclu-e dans la classe moyenne aisée..."

Dans la classe moyenne aisée ? Vous croyez vraiment que les adeptes du DIY sont des bobos ? C'est surtout et avant tout la galère qui pousse vers le DIY, vous vous plantez sur toute la ligne. C'est parce que j'ai pas de thunes que j'ai commencé à faire mon pain et ma lessive, et il se trouve que j'ai réalisé que mon pain était super bon et pas cher, et ma lessive très efficace et pas chère. Après, tant mieux si les bobos vont vers le DIY, tant mieux, c'est agréable de faire son pain, de faire ses bocaux de sauce tomate, de faire les choses SOI-MÊME.

Putain, et vous venez nous causer "d'insouciance méprisante", mais qui êtes-vous pour juger, vous qui avez un à priori négatif sur le DIY, et qui venez d'enchaîner les erreurs et inexactitudes dans un article que je vais m'empresser d'oublier ?

13. Le mardi, 8 janvier, 2013, 18h55 par Malo

Votre analyse est intéressante :

- d'un coté, nous avons été dépossédés de certaines capacités, pourtant primaires et vitales, par des "services" de plus en plus envahissants qui nous promettaient de tout faire à notre place et ont donc fait de nous de impuissants seulement capables de consommer et critiquer (cf. Illich) : il y a donc urgence politique à se réapproprier les pratiques les plus concrètes (se faire à manger, réparer son vélo, poser une tringle à rideaux, etc.).

- d'un autre coté, la prétention à tout vouloir faire soi-même produit les effets que vous décrivez : dévalorisation des compétences détenues par les professionnels, précarisation, inefficacité énergétique, etc.

Comment concilier ces deux exigences contradictoires ?

Ce problème se pose dans d'autres domaines : je pense par exemple à la musique. D'un coté on trouve une critique des musiciens perçus comme des demi-dieux, séparés du public, qui renvoient au public qu'il existe une différence d'essence entre les uns et les autres et que le public sera à jamais incapable de participer, et condamné à une réception passive. D'où l'idée utile de certains de casser les cloisons "artiste" / public, de valoriser ce que tout le monde sait faire, etc. Bref, de créer des situations musicales qui ne reposent plus sur cette séparation, consécration, etc., qui donnent leur place à tout le monde.

Pourtant, on retrouve dans ces situations les mêmes problèmes que vous mentionnez :
- concrètement, c'est souvent tout simplement mauvais d'un point de vue musical,
- de plus, cela entretient l'imaginaire selon lequel la musique provient d'une disposition innée et qu'il n'y aurait pas besoin de travailler pour parvenir à faire quelque chose de beau, que les musiciens sont des glandouilleurs, etc.
- et enfin, on en vient à trouver excessif un professionnel qui réclame un cachet de 100€ net et 80€ de contributions sociales, car, après tout, n'importe qui peut animer la soirée : le bilan n'est pas meilleur.

Pourtant, la démarche au départ était légitime, puisqu'il s'agissait de valoriser les pratiques amateures, et de proposer un rapport qui fonctionne moins sur le show et plus sur l'échange.

Pour certaines professions, on peut trouver quelques conciliations entre ces deux exigences :
- organisation en groupes, où le groupe est relativement indépendant par lui-même, mais où les différentes compétences sont valorisées en interne.
- séances type "faire en apprenant" où un professionnel est présent et payé, mais pour apprendre à des amateurs à faire certaines choses par eux-mêmes (j'ai vu ça pour bidouiller un moteur pantone, fabriquer un accordéon, etc.)
- passer d'une hyperspécialisation à une organisation où le travail est encore réparti, mais de manière plus large avec une polyvalence modérée des professionnels (ex. un cuisinier peut plus facilement être également boulanger ou patissier que ne le peut un couvreur, qui peut, lui plus facilement se tourner vers la charpente).

réfléxion à continuer...

14. Le mardi, 8 janvier, 2013, 20h33 par DM

@Exec T: Cette vieille auto de 1996 ne serait-elle pas plus polluante que ce qui est autorisé pour les véhicules neufs ? :-)

15. Le mardi, 8 janvier, 2013, 20h51 par koui

Avec les charges et la TVA, cela coute toujours beaucoup plus cher le boulot de pro. Donc je fais tout moi même, alors que je le fais mal et moins vite en gaspillant la matiere premiere. Mais c'est quoi la solution? si l'artisan gagne comme moi, il coute trop cher. Quand on est pauvre, on n'a aucun intérêt a payer un domestique ou un plombier. On peut juste acheter du pain. Si on pouvait réparer les objets courants, on s'en priverai pas et la planète se porterai mieux. Le problème, c'est qu'ils sont conçu pour ne PAS être réparables. Le problème n'est pas la poignée de snob DYI mais l'obsolescence programmée des objets.

16. Le mercredi, 9 janvier, 2013, 13h42 par DM

@koui: De quels objets courants parlez-vous quand vous parlez d'obsolescence programmée?

17. Le mercredi, 9 janvier, 2013, 15h59 par Exec T

@DM

Non, car elle passe sans soucis le contrôle technique, l'alimentation (injection) et l'allumage sont gérés électroniquement (seul cas d'électronique), elle passe sans difficulté les tests anti pollution (elle a une pastille verte) et last but not least, je ne l'utilise que dans le cas de trajets supérieurs à 1,5 kms (20 minutes de marche à pied). La consommation est de 5,5 litres aux cents.

J'habite une ville de province moyenne donc je peux facilement faire mes courses quotidiennes à pied (poussette et commerces de proximité ou marché)) et il y a une gare SNCF si je veux aller à Paris.

En fait je parcours moins de 10 000 kms par an.

Le bilan carbone du remplacement de ce véhicule encore parfaitement fonctionnel par un récent serait catastrophique.

18. Le mercredi, 9 janvier, 2013, 18h28 par lordblackfox

Le DIY ne se résume pas à la méprise du tout fait. C'est, oui, un moyen de pseudo-indépendance, parfois économique, même si couteux en temps (après tout, la télé, le net bouffent bien plus), mais c'est un moyen de contrôle de ce que tu as. C'est un moyen de s'éclater, de hacker parfois.
Je suis assez d'accord avec ton développement du "tous capable", bien qu'il reste un peu dans le schéma néolibéral du self-made man, de l'individu par ses compétences, du "yes you can".

Ce que tu décris dans ton article s'apparente plus à du DIY bobo; Alors oui, le schéma est déjà tracé...

Quoi, je devrais arrêter de faire ma critique littéraire pour laisser la place à un type qui fait ça de métier? Rêve pas mon lou, nous on ne s'arrêtera jamais, ni même de faire ce que des journalistes de métier ne sont pas capable de faire: être un minimum critique et ouvert au débat.
Quoi, il y en a qui font du bricolage comme des cochons, y perdent du temps, de l'argent, du travail mal fait? Si quelqu'un n'est pas capable de voir ses limites, de tâcher correctement, et perd effectivement temps, argent, des valeurs si chères dirait-on, même si je l'avoue c'est con. Mais laisse-le faire! Du moment que ça l'éclate.

Le DIY peut être vu comme un acte politique, mais il y a aussi le plaisir d'y *perde*, ou plutôt d'en prendre le temps. Entre ça ou TF1...

19. Le mercredi, 9 janvier, 2013, 23h40 par faribole

Ah mon dieu merci, que c'est bon de vous lire. Jamais venue sur ce blog, je sens que je vais visiter.
Entourée de bobosbabas -adorables au demeurant, persuadés que faire des savons c'est magique, cuisiner bio c'est pas plus cher (ha ha), cultiver son jardin, etc, etc... j'en ai gros sur la patate. Je les ai longtemps trouvés formidables, j'étais carrément en admiration devant eux.
J'ai fini par comprendre un truc important.
Les adepte du "réapproprie-toi ta vie " sont socialement et financièrement favorisés. Même s'ils émargent officiellement comme pas nantis, ils ont des familles et des chèques. Je vous jure. J'ai vérifié. Je suis tombée de mon nuage.
Ces personnes oublient la plupart du temps (en fait tout le temps) de préciser qu'ils font tout cela EN DILETTANTE, pour se faire plaisir (et c'est à leur honneur, ils pourraient se faire poser un jacuzzi à la place). Mais ! quand on bosse 20 h semaine pour un salaire au double du smic, ben oui ça laisse du temps (indispensable) et de l'energie pour s'octroyer ces plaisirs-là.
Les caissières en temps partiel subi et en horaires savamment découpés pour ne rien pouvoir faire d'autre ne font pas de potagers, ces connes : et pour cause ! quand elles rentrent, elles sont nases, s'écrasent dans le canapé, et je les comprends. J'ai la chance de ne pas être caissière, mais je bosse énormément pour un salaire de misère. J'ai arrêté net toutes ces activités épatantes qui occupaient mon congé parental (écrire, cultiver mes tomates, fabriquer, réparer...) Le DIY c'est un truc de riches ou des faux pauvres.
Quand tu refais toi-même ton toit, c'est que tu as du temps pour le faire.
Idem quand tu répares ta bagnole... couds tes fringues... élèves 3 moutons et 2 poules...
Je ne jette pas la pierre à ceux qui peuvent ! Je voudrais juste qu'ils arrêtent de se la péter (pour certains) et comprennent leur chance.
Je précise que j'ai plusieurs vrais amis qui vivent comme ça par choix et qui, eux, comprennent la situation : parce qu'ils savent que nourrir une famille de 4 personnes avec un potager, c'est y être chaque jour de l'année quasi à plein temps.
Moi, si je fais ça, y'a plus de fric qui rentre et l'huissier vient me mettre dehors. C'est ballot.
Désolée si je choque, je me suis sans doute aussi écartée un peu du sujet initial, mais ça fait trop longtemps que je gamberge à ça. Bisous. Je vais faire un peu de mosaïque. ;-)

20. Le vendredi, 11 janvier, 2013, 13h07 par Burno

Tu aurais pu utiliser le pain au chocolat comme exemple de DIY à perte :P
Très bon post!

21. Le samedi, 12 janvier, 2013, 21h46 par DM

@Exec T: D'accord. En effet, (du moins à ce que j'ai compris) injection et allumage électroniques sont là en bonne partie pour optimiser la carburation (diminuer la consommation, diminuer les émissions nocives...).

22. Le lundi, 14 janvier, 2013, 18h22 par May

"A l'origine, il y a l'envie d'étendre son champ d'action individuel{le}, de ne plus dépendre de macro-systèmes pour accéder à des biens ou à des services ..." - cette origine à l'origine de ton post est bien mal étudiée :
reformulons le début :
- à l'origine, il y avait la curiosité du mec lambda qui voulait comprendre comment fonctionne son/sa [machine à laver, téléviseur, femme ...].
- à l'origine, il y avait le crétin qui en avait marre de se faire arnaquer par son/sa [garagiste, boulangère, plombier, femme ! toujours ... :o)]
- à l'origine, il y avait une petite révolution en cours, celle de la dématérialisation, que tout était information, que la matière devenait maléable, qu'il suffisait d'avoir la bonne machine localement pour fabriquer n'importe quoi, et qu'on pouvait même se fabriquer cette machine à fabriquer d'autre machine, juste avec la bonne information.
- à l'origine, était la lentre transformation du corporatisme du savoir au profit de la société de la connaissance pour tous.

DIY, sans obligation d'achat, à chacun selon son goût,
Biz,

23. Le mardi, 15 janvier, 2013, 12h02 par Yenayer

On devrait donc se sentir "coupable" parce qu'on change soi-même sa roue de voiture, qu'on repeint soi-même ses fenêtres, qu'on change soi-même le mécanisme de chasse d'eau , etc ... ??? Coupable parce qu'on empêche un artisan PRO de gagner sa vie ... Devrais-je me sentir coupable de voyager par train ...et non pas en diligence car ce comportement (enfin pas le mien directement) a fait disparaitre le métier de maréchal ferrant.
Devrais-je me sentir coupable de garder mes parents âgés dans ma maison et de m'en occuper alors qu'il y a des dizaines de personnes qui préparent des diplômes d'aides à la personne ou d'aide à domicile .. et que dire des maisons de retraites qui vont faire faillite.
Et que dire des devoirs des enfants .. si c'est moi qui aide les miens, que vont faire les dizaines d'étudiants qui sont obligés de travailler chez acadomia parce qu'ils n'ont pas de bourse ?
Rassurez vous, je n'ai pas encore décidé de construire mon propre train ..

24. Le lundi, 21 janvier, 2013, 12h19 par pierre

Quoi c'est l'écologie politique ?

je connais l'écologie rurale, la protection de l'environnement..
L'écologie urbaine, ben c'est plus obscur.
Ce qui me fait marrer c'est les écoquartiers de béton avec quelques plantes.
ça ressemble aux bureaux paysagers openspace hyperdenses avec quelques plantes.
Mais l'écologie politique ?
ça doit être la protection de l'environnement politique :-)

25. Le lundi, 21 janvier, 2013, 12h23 par pierre

L'automobile et l'électronique ?

Ben, avec les voitures sans pilote, si c'est optimisé, ça permettra de réduite le nombre de voitures.
Du carsharing ou les voitures , en petit nombre, viendront d'elles même chercher les voyageurs en optimisant les trajets.

Des taxis mais au prix des voitures individuelles.
c'est ça la décroissance.
Bon la décroissance en chauffage, c'est plus dur à faire :-)

26. Le lundi, 21 janvier, 2013, 18h46 par Aude

L'écologie politique... Si notre relation à l'environnement se réduisait à la réduction programmée scientifiquement de notre empreinte écologique, on pourrait laisser la place aux ingénieur-e-s et aller à la pêche (tant qu'il reste des poissons). Mais cette relation est un fait social qui engage une réflexion d'ordre politique (et psycho-social et la liste n'est pas close).

Un exemple : dans Brève histoire de l'extinction en masse des espèces, chroniqué ici <http://blog.ecologie-politique.eu/p... Franz J. Broswimmer fait apparaître que les sociétés qui exercent la plus grosse prédation sur la nature sont aussi celles où s'exerce le plus fortement la domination de groupes humains sur d'autres. Les Indiens pueblo, les Athéniens du 5e siècle (je ne féminise pas, les femmes n'étaient pas associées aux processus décisionnels) ont mis à bas les arbres autour d'eux pour faire la guerre ou jouer à qui c'est qui a le plus gros édifice.

L'écologie politique apprend de l'écologie scientifique le fonctionnement du monde naturel et les conséquences de l'impact humain, mais au-delà de cette approche descriptive, elle cherche du côté de notre mode de vie et de notre organisation sociale (pour le dire vite) à penser cet impact de la manière la plus globale possible.

L'écologie urbaine, qui vient bien après l'écologie scientifique et l'écologie politique, et contre laquelle j'ai écrit un post énervé <http://blog.ecologie-politique.eu/p... reste une approche pauvre si elle se contente de penser les espaces sans l'organisation sociale, c'est à dire les zones 30 sans les processus de gentrification qu'elles peuvent entraîner.

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