Les avantages d’une situation de proféministe sur une situation de féministe sont nombreux. D’abord, tu es un homme et tu jouis de privilèges de genre. Si ton petit cœur saigne, tu trouveras de la femelle pour t’épancher sur son sein nourricier ou un psy pour t’expliquer comment tu peux apprendre à mieux t’affirmer. Alors que moi, le psy m’explique plutôt comment je peux apprendre à mieux (te) supporter. Ensuite, ben nous on était un peu obligées de devenir féministes alors que toi tu l’as choisi. Nous c’est les Nimby, toi c’est le militant conscientisé qui explique la vie aux autochtones, lesquels le remercient de leur alliance parce que c’est super classe d’être passé. Note : il y a plein de femmes qui ne sont pas féministes et qui auraient toutes les raisons de l’être.

Mais le plus bel avantage, c’est que tu peux te faire des breaks dans ton militantisme proféministe. Alors que nous, jamais. Le jour où tu as envie de rester au lit ou d’aller faire le marché du samedi avec ta meuf (tu lui cuisineras un bon petit plat dont elle te dira des nouvelles, la malheureuse qui t’a fait de la pauvre bouffe quotidienne toute la semaine), tu zappes la discussion consacrée à la position du mec proféministe, anar et antispéciste à partir des réflexions d’un mec proféministe, anar et antispéciste. C’est con, on parle de toi mais tu n’es pas là, il y a trois fois plus de femmes que d’hommes ce jour-là pour la découverte du bouquin de Léo Thiers-Vidal.

Le jour où tu es énervé, tu peux renverser une de ces figures grâce auxquelles les féministes ont réussi à expliquer le monde. Par exemple : on te fait du mansplaining renversé, c’est aussi inacceptable que le racisme anti-blanc ou la lutte des classes quand c’est les pauvres qui rendent les coups. Horreur, j’ai osé toucher un bouton de la console à la fin de ta projection d’un film sur les violences faites aux femmes, il faut te comprendre, tu te sens inutile qu’on ne t’ait pas encore remercié d’avoir tout fait. Le jour où tu es énervé, parfois le jour où je l’ouvre mais ça doit être une coïncidence, tu as le droit de m’envoyer chier, de te libérer des obligations réciproques que nous avions construites entre nous, en toute égalité. C’est alors que le proféministe se transforme en vieille citrouille : « À proprement parler tu t’auto-exploites », « C’était ton choix » ou « Non mais il faut être autonome, dans la vie ». Soit : « Surprise, en fait c’est chacunE sa gueule, tu savais pas ? C’est ballot, que tu aies été socialisée à me complaire alors que moi j’ai été socialisé à prendre ce qui m’arrange dans nos échanges. Putain, le monde il est trop mal fait. »

Ben le monde, il est fait par toi et pour toi, ça commence à se voir... Et j’en ai marre que la lutte pour le respect de notre intégrité serve à nourrir ta bonne conscience. Alors s’il te plaît, cher ami proféministe, prends conscience que tu marches sur des œufs.