Certain·e·s diront que l’action humaine produit toujours des résultats différents, voire inverses, de ceux qui avaient été visés à l’origine. Peut-être est-ce là tout le tragique de la condition humaine ? Mais poser le problème de cette manière revient à ignorer les facteurs économiques, politiques, culturels, etc. qui s’exercent sur les protagonistes des mouvements de contestation.

Peut-on se plaindre de récupération ? D’un côté, le capitalisme, parce qu’il repose sur le principe commercial d’une offre conçue pour satisfaire la demande, s’inspire fréquemment de ceux et celles qui le contestent pour renouveler sa production et ses structures. Mais de l’autre, la société actuelle, par les valeurs qu’elle véhicule (recherche de la puissance accrue, du bien-être individuel, etc.), travaille aussi les imaginaires, y compris ceux des contestataires. De sorte que beaucoup d’entre elles et eux se placent d’emblée sur le terrain de ce qu’ils prétendent combattre… quand ce ne sont pas leurs « alternatives » qui constituent le laboratoire où se forgent les nouveaux outils du capital et de l’industrie !

Consomm’action, coopératives, ateliers autogérés, économie du partage, éthique du soin, droit à la différence, thérapies parallèles, agriculture bio et du participatif à tous les étages. De fait, aujourd’hui, les « alternatives » pullulent, mais sans que le système change réellement. « Tout changer pour que rien ne change »… Le capitalisme contemporain turbinerait-il au courant alternatif ?

Sommaire

Entretien avec Nicolas Marquis, « Les militant·e·s et les mutant·e·s »
Andree O. Fobb, « Écologie : la petite bourgeoisie s’amuse »
Lou Falabrac, « Ma mairie est-elle devenue gauchiste ? »
Entretien avec Xavier Noulhianne, « L’agriculture bio, nouvelle frontière du capitalisme ? » (dessins Guillaume Trouillard)
Clément Homs, « Autogestion, piège à cons ? »
Irène Pereira, « Revenu garanti : vers le travail invisible »