Mon blog sur l'écologie politique

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> On a les utopies qu'on mérite

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samedi 20 mai 2017

Limites de la bienveillance

L’an dernier le succès de la notion de bienveillance interrogeait mon mauvais esprit. Depuis, cette notion a pris encore plus de place dans l'espace public. De l'éducation positive au développement personnel, la bienveillance a envahi jusqu'aux discours militants, dans un large spectre qui va des plus radicaux/ales aux bénévoles de la campagne Macron. Certes, écrivais-je, « la bienveillance, ce pourrait être cette manière d'être ensemble sans s'user, sans se faire trop de mal les un-es aux autres, pour continuer à militer, faire venir du monde et ne pas se retrouver avec trois warriors et deux tondus dans des rangs clairsemés ». Mais, alors que l’injonction à la bienveillance devenait omniprésente, j’avais l’impression d’un comportement dont il n’était plus question d’interroger le sens, d'une véritable norme qui n’était plus (seulement) un moyen de renforcer les rangs des militant-es en cultivant entre eux et elles des liens plus positifs, contre l'usure ou contre la violence qui irrigue ces milieux (1). Au nom de la bienveillance, valeur observée à Nuit debout, je notais par exemple qu’il n’était plus possible de huer à l’ancienne un type venu servir un discours de préférence nationale. À quoi servait donc la bienveillance si ce n’était plus une qualité relationnelle à construire entre camarades mais une obligation sociale, un genre de droit humain dû même aux fachos ?

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lundi 2 mai 2016

On a les utopies qu'on mérite : la bienveillance


Militante féministe, j'ai participé à construire ou animer des lieux bienveillants. Et j'ai évité ceux où ne se posaient pas les mêmes exigences. Une réunion sans tours de parole, que ce soit dans la vieille gauche ou chez les anars spontanéistes, me semble une perte d'énergie considérable. Attachées à saisir un ton de phrase qui annoncerait la fin d'une intervention, les grandes gueules ont depuis longtemps arrêté d'écouter ce qui se dit pour se donner une chance de prendre la parole au vol. Une situation de guerre sourde qui, en plus de baisser la qualité de la communication et de mettre une pression accrue sur les participant-e-s, nous prive des idées portées par des personnalités différentes (pas forcément des femmes, j'ai déjà vu un copain partir en disant que de toute façon il n'avait rien d'intéressant à dire alors que j'avais déjà pris la parole plusieurs fois). Je vais jusqu'à éviter les lieux où la parole est distribuée de cette manière, même quand le programme a l'air intéressant.

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mardi 17 mars 2015

Sur le consentement


« Le mot de consentement appliqué aux dominés annule quasiment toute responsabilité de la part de l’oppresseur. Puisque l’opprimé consent, il n’y a rien de véritablement immoral dans le comportement du "dominant". L’affaire est en quelque sort ramenée à un contrat politique classique. »

Nicole-Claude Mathieu, L’Anatomie politique. Catégorisations et idéologies de sexe, Côté femmes, 1991, cité dans Irène Jonas, Moi Tarzan, toi Jane. Critique de la réhabilitation « scientifique » de la différence hommes/femmes, Syllepses, 2011.

 

Autour de moi le consentement est une notion au centre des attentions. Discussions formelles et formations militantes s’y consacrent, dans l’idée de réduire la violence faite aux plus vulnérables. S’attacher aux signes de répugnance, respecter un non, c’est bousculer le rapport de forces qui permet d’habitude aux plus forts d’abuser naturellement de l’incapacité des plus fragiles à protéger leur intégrité physique et morale. C’est une belle intention, mais l’expérience me suggère que la plus délicate écoute ne suffit pas toujours et que certaines vulnérabilités rendent des non plus difficiles à entendre que d’autres. Le consentement n’est-il pas une notion trop marquée de libéralisme politique ?

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mercredi 21 janvier 2015

On a les utopies qu'on mérite : le véganisme

Je mange tous les lundis dans une cantine végane, sans hostilité pour la pratique qui consiste à consommer beaucoup moins de produits d'origine animale, et plus du tout s'ils sont issus de productions industrielles. Mais je me régale aussi des produits de l'élevage, le boudin de Myriam, les méchouis de Christophe, les fromages de Xavier. Je peux également entendre les choix d'alimentation de chacun-e et la difficulté qu'il peut y avoir à les assumer : il est regrettable de voir l'alimentation s'individualiser au même rythme que les sociétés, mais cette tendance s'est assez largement imposée pour que j'aie moi aussi des dégoûts très personnels.

Mais si le véganisme est un projet politique, je m'y oppose. Alors que dans mon entourage chacun-e tend à se flageller de ne pas être encore strictement végétarien-ne ou végan-e et que l'idée que l'élevage, c'est de la merde, commence à s'imposer, il me semble important de considérer avec moins d'indulgence le véganisme. En apparence écologique et opposé à des tendances sociales mortifères, il déploie en trouvant sa cohérence un monde que je ne trouve pas beaucoup plus vivable que celui que nous tentons de changer. J'ai choisi le terme véganisme parce qu'il correspond à la posture politique que j'observe le plus fréquemment, mais il faudrait parler d'un train emmené par une locomotive dont le projet et les priorités ne sont pas forcément partagées par les derniers wagons mais qui les emmène néanmoins dans la direction d'une société sans élevage.

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