Texte de Marc Hélary, illustré par Anne Cresci, Milan jeunesse, Toulouse, 2009, 60 p., 16 euros

S'attaquant à un sujet difficile, Marc Hélary nous livre un aperçu des conditions de la vie de nombreux enfants dans le monde, et cela sous la forme d'un ouvrage élégant, à l'iconographie et à la présentation soignées. Portraits et données chiffrées accompagnent un cheminement en trois parties : le travail des enfants, entre la loi et le fait ; la diversité des tâches dont ils peuvent être chargés ; les pistes politiques permettant d'éradiquer cette conséquence (et cause à son tour) du mal-développement et de la misère. Qu'il nous soit permis, une fois notée l'utilité d'un tel livre à l'attention des plus jeunes, de faire remarquer quelques-uns des défauts de cette initiative courageuse.

Touffu, l'ouvrage est aussi confus. Les portraits semblent fictionnés, mais il y a une ambiguïté à ce sujet : la 4e de couverture nous parle aussi de « témoignages » et les personnages dessinés cèdent parfois le pas à des portraits photographiques. Les données chiffrées sont très nombreuses (un enfant sur sept travaille, un agriculteur sur trois est un enfant), parfois trop, et elles finissent par devenir complexes à force de jongler avec des pourcentages et des fractions, des milliers et des unités. « 85 % des pays en développement ont une législation sur l'école obligatoire mais 25 en sont encore dépourvus » : on s'y reprendra à deux fois pour comprendre ce que cela signifie. Certains de ses chiffres sont réitérés, et on finit par trouver répétitifs ces nombreux portraits qui illustrent la variété du travail des enfants, entre aide familiale et exploitation marchande, agriculture et « services », pays pauvres et classes pauvres des pays riches, contrainte et choix. Cette dernière catégorie méritant plus qu'une illustration au fil du livre, mais une véritable réflexion sur la contrainte économique et la violence exercées sur les enfants, et les différents niveaux auxquels elles peuvent s'exprimer.

Dernière confusion, les enfants prostitués ou soldats semblent faire un « métier » parmi d'autres, juste après les enfants producteurs (ouvriers, disait-on jadis) et les enfants domestiques. Il n'est même pas sûr que l'auteur tranche un débat houleux et prenne ce parti à la mode de considérer la soumission au désir de l'autre comme un simple travail du sexe, confondant l'usage de son corps par le travailleur avec son abandon à un autre. D'autant que la spécificité du statut de soldat, sommé de tuer, torturer, violer, en un mot détruire au lieu de produire, n'est elle non plus pas interrogée. Si la qualité documentaire est au rendez-vous dans Le Travail des enfants, elle nous paraît hélas abandonnée par la qualité de la réflexion. C'est d'autant plus regrettable que la question est exigeante : pourquoi par exemple « le droit de l'enfant d'être protégé contre l'exploitation économique et de n'être astreint à aucun travail susceptible de nuire à son développement moral ou social » ne s'appliquerait-il plus... passé 18 ans ?