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vendredi, 13 février, 2026

Macronisme, paternalisme et jeux vidéo

Beaucoup a été dit sur la sortie d’Emmanuel Macron à propos des jeux vidéos et de leurs effets sur les plus jeunes. Représentant l’auto-proclamé « camp de la raison », il souhaite s’appuyer sur des études scientifiques qui permettront de mesurer les dimensions du problème et de suggérer des pistes d’action. Et en même temps, il fait son Robert du Café du Commerce en pestant sur les jeux vidéo qui rendent les jeunes violents, tout le monde sait ça, ma bonne dame. L’exercice n’est pas si incohérent car dans la mise en scène de son recours à la science il n’y a déjà que de la crasse démagogique. Il annonce des résultats de recherche pour dans quatre mois (c’est un fin connaisseur du rythme lent de la science) et a déjà établi tout seul les prémisses de la démarche scientifique.

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samedi, 31 janvier, 2026

Faut-il rire de l’extrême droite ?

J’avoue que devant les énormités que sortent à tout bout de champ les fascistes (1) et qui sont relayées complaisamment par la société du spectacle (plus c’est gros, plus c’est de l’info), rire apporte un peu de baume au cœur. Rire avec Stephen Colbert de la déliquescence cognitive de Donald Trump et de son comportement de gosse de 6 ans particulièrement inculte et rancunier, rire avec Guillaume Meurice de l’hypocrisie de Pascal Praud en gardien de la neutralité entre différentes tendances de l’extrême droite, c’est déjà ça de pris. Je ne m’en prive pas mais ça m’interroge. Non pas car rire serait inapproprié devant la brutalité de l’extrême droite et la menace qu’elle représente pour le vernis de démocratie et de droits humains des régimes libéraux. Ces rires-là témoignent d’une colère sourde, ce ne sont pas (comme souvent l’humour français dominant) de simples prétextes à rigolade qui banalisent le naufrage de nos sociétés dans pire encore.

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mardi, 16 décembre, 2025

Peut-on autodéterminer sa race ?

dreamcatcher.jpg, déc. 2025Par « race » j’entends ici ce qui fonde le racisme et les logiques de discrimination, domination et exploitation au motif de l’origine attestée ou supposée des personnes. Il ne s’agit pas de valider la « race » comme une notion biologique, de même que dans le billet suivant il n’est pas question du sexe mais du genre, ou rapports sociaux fondés sur le sexe.

Au Canada, depuis un arrêté qui a reconnu en 2003 des droits de chasse et de pêche aux Métis (avec une majuscule), le nombre de personnes blanches réclamant la reconnaissance de leur identité métis se chiffre en centaines de milliers. L’arrêté pose comme condition de la reconnaissance des droits l’appartenance à des communautés reconnues, comme le sont les communautés métis depuis 1982. C’est évidemment car ils et elles étaient métissées et francophones que les Métis s’appellent ainsi mais ce nom d’origine française signifie bien plus que cette origine. Dans l’Ouest canadien, les descendant·es de femmes autochtones et de trappeurs français forment depuis plus de deux siècles une communauté politique, un temps incarnée par la figure de Louis Riel qui réunit Métis et autochtones dans une lutte armée contre le colon britannique. Aujourd’hui des personnes blanches, surtout dans l’Est canadien, réclament cette identité au motif d’une ancêtre autochtone du XVIIe siècle dans une ascendance par ailleurs blanche. Ce faisant, elles biologisent l’ethnicité en confondant le fait d’être métissé·e et celui d’appartenir à une communauté qui en français comme en anglais se nomme métis.

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jeudi, 4 décembre, 2025

Arroser là où c’est déjà mouillé

Ce mois-ci, celles et ceux qui en ont les moyens sont incité·es à soutenir des associations qui leur tiennent à cœur, associations militantes ou bien chargées de missions de service public mal financées par l’État. Et c’est un petit plaisir de savoir que c’est ça de moins que l’État n’aura pas pour financer sa prochaine guerre ou la nouvelle vaisselle de l’Élysée. Sauf que cette disposition n’est pas utilisée que par des ménages altruistes, c’est aussi une des stratégies de contournement de l’impôt des grandes entreprises.

Quand chacun·e donne de son côté, ce sont les causes les plus consensuelles qui sont privilégiées, aux dépens de celles plus difficiles, moins concrètes, plus lointaines. Lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019, tout le monde s’était précipité pour donner. Lors de méga-feux en Amazonie brésilienne quelques semaines plus tard, une levée de fonds avait été tentée qui avait obtenu beaucoup moins de succès. Les actes dispersés et sous le coup de l’émotion ne rendent pas compte des priorités que des personnes qui se concertent seraient capables de mettre entre une église et une richesse naturelle indispensable à la préservation de nos conditions de vie à court terme. Ensemble on peut réfléchir aux moyens à réunir. Tout·e seul·e on suit ses premiers mouvements. Et tout le monde arrose là où c’est déjà mouillé.

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jeudi, 20 novembre, 2025

Devoirs des personnes et arbitraire de l’État

Il y a plus de deux siècles, le libéralisme triomphant promettait des droits à chacun. Les êtres humains (mâles) ne seraient plus sujets mais citoyens. Aujourd’hui les États libéraux n’ont plus à la bouche que les devoirs de leurs citoyens et citoyennes, à mesure qu’ils érodent leurs droits et en font... des sujets.

Le malaise se sent notamment dans le monde associatif. Nous avons depuis longtemps naturalisé le fait que l’État pouvait refuser des subventions aux opposants politiques du parti au pouvoir. Comme si en prenant le pouvoir un parti pouvait dévoyer l’État en le mettant tout à fait à son service. En Malaisie le parti au pouvoir entre 1956 et 2008 avait pris l’habitude de distribuer des aides aux particuliers dans ses propres locaux. Distribuer les aides CAF dans les locaux de LR choquerait quelque peu. Pour éviter toute dérive, les subventions au monde associatif (et aux entreprises d’ailleurs, qui reçoivent la plus grosse part des aides) doivent être attribuées selon des processus certes déterminés politiquement et qui peuvent évoluer au fil des alternances mais qui doivent être mis en œuvre de manière neutre (1). Et les seuls refus de principe doivent être réservés aux associations qui s’opposent par principe à l’État ou à l’État de droit, les anarchistes (qui n’en demandent pas) et celles d’extrême droite (qui ne devraient pas en recevoir car elles pratiquent une discrimination intenable en droit).

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dimanche, 16 novembre, 2025

Des valeurs pas très chrétiennes

Avant d’entamer ce billet, je voudrais préciser un peu d’où je parle. J’ai été élevée dans le catholicisme, baptisée et catéchisée. Je ne suis pas croyante et je n’ai pas le souvenir de l’avoir jamais été. Dans la pension privée catholique et béarnaise maltraitante (non, une autre) où j’ai fait une part de mes études secondaires, j’ai ainsi un jour pris à partie le catéchiste en lui faisant valoir le manque de crédibilité de ses histoires. Il m’avait répondu que c’était « un récit donné pour une société donnée ». Je n’avais pas été plus convaincue que ça mais comme il n’y avait pas grand chose à lire je m’enfournais par ailleurs des vies de saint·es en me disant que ce serait cool comme parcours de vie (mes motivations étaient bien plus vaines que mystiques). Aujourd’hui, dans ma famille comme dans mes cercles amicaux, je côtoie de farouches laïcard·es comme des diplômé·es en théologie engagé·es à gauche. Bref, je connais un peu le christianisme sans y adhérer ni le combattre de manière indiscriminée et je déteste autant les intégrismes religieux que l’intégrisme anti-religieux. Je déteste encore plus ce christianisme militant qui se drape dans sa religion sans en respecter aucun principe.

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vendredi, 14 novembre, 2025

Les Ingénieurs du chaos

Giuliano da Empoli, Les Ingénieurs du chaos (2019), Folio, 2023, 240 pages, 8,50 €

J’avoue une curiosité malsaine pour les histoires de conspirationnistes, d’agitateurs fascistes et de manipulations politiques sur Internet. Est-ce une basse vengeance de l’époque où des ravi·es de la crèche me gonflaient dans une revue techno-écolo en s’extasiant devant Facebook qui allait apporter la démocratie dans le monde ? Dès 2009 on avait vu cet outil de mobilisation, à l’époque relativement neutre, scanné par le régime théocratique iranien pour réprimer, profil par profil, une révolte. Dans le principe non plus ça ne marchait pas car savoir n’est pas mobiliser et mobiliser n’est pas gouverner. Bien que les faits m’aient donné amplement raison (« Je vous l’avais bien dit, que Mark Zuckerberg était un capitaliste et pas un fan de démocratie directe »), j’aurais à tout prendre préféré avoir tort, vu l’état actuel du monde.

En attendant, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt le dernier livre de Naomi Klein ou Toxic Data de David Chavalarias et dévoré le podcast The Gatekeepers de Jamie Bartlett. Mais c’est seulement maintenant que je me fade Les Ingénieurs du chaos, en retard d’un livre (mais au prix d’un poche).

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dimanche, 28 septembre, 2025

Le choix de ses martyrs

Melissa_Hortman_at_One_Minnesota_Budget_Bill_Signing_(cropped).jpg, sept. 2025Le 14 juin au milieu de la nuit, un homme se faisant passer pour un policier s’est rendu au domicile d’un membre du Sénat du Minnesota, John A. Hoffman, et a tiré sur lui, son épouse et leur fille. Plus tard il a sonné à la porte d’un autre élu qui était en vacances. Il a ensuite visé le domicile de la sénatrice Ann Rest mais une patrouille de police, ayant eu vent de l’attaque sur Hoffman, avait eu l’idée de s’assurer qu’elle était en sécurité et a croisé le faux policier avant qu’il ne s’éloigne. Enfin, un peu plus d’une heure après la première attaque, celui-ci est entré sous les yeux de la police dans le domicile de Melissa Hortman, sénatrice de l’État elle aussi (photo ci-contre), et l’a assassinée ainsi que son mari et leur chien. John A. Hoffman et sa famille ont survécu à leurs blessures mais Melissa Hortman et son mari sont mort·es sur le coup. Les quatre élu·es visé·es avec leur famille sont démocrates. L’assassin, Vance Boelter, est un républicain qui avait sur sa liste 70 autres cibles politiques, élu·es démocrates, associations comme le Planning familial états-unien et toute une manifestation contre la pratique monarchique de Donald Trump, « No Kings », qui s’est malgré tout tenue plus tard ce jour-là (voir ci-dessous photo Lorie Shaull).

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lundi, 28 juillet, 2025

Le mythe du mérite

Les pauvres aiment-ils trop la guimauve ?

Une expérience bien connue de psychologie sociale met des enfants dans la situation suivante : ils ont en face d’eux une friandise et si jamais ils arrivent à ne pas la boulotter tout de suite l’expérimentateur leur en promet une deuxième en récompense. Les résultats ont montré sur le long terme que les gosses qui font preuve de contrôle et se privent d’une satisfaction immédiate pour accomplir des buts plus ambitieux réussiront mieux dans la vie, à savoir auront un statut social privilégié. Comme si l’accès à ces privilèges de classe tenait à la possession de ces qualités. Preuve que la société est ségréguée mais pour de justes raisons. Après tout, l’effort de ces gamins qui arrivent à résister à la tentation ressemble au mérite scolaire qui fait qu’alors que certains arrivent à se priver après l’école de la satisfaction immédiate de deux heures passées à faire des jeux vidéo, d’autres profitent de ce temps pour lire ou faire leurs devoirs, investissant ainsi dans leur avenir pour une « gratification différée ». L’école sanctionne cette propension à l’effort et accorde aux personnes les plus déterminées, consciencieuses et industrieuses des diplômes qui leur permettent d’accéder à des situations sociales enviables. C’est ce qu’on appelle le mérite. Ou plutôt le mythe du mérite.

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dimanche, 11 mai, 2025

Les Irresponsables

irresponsables.png, mai 2025Johann Chapoutot, Les Irresponsables. Qui a porté Hitler au pouvoir ?, Gallimard, 2025, 304 pages, 21 €

« Comme on le sait, Hitler a été élu démocratiquement », lisais-je il y a quelques jours à peine dans un article par ailleurs très fin sur la montée du fascisme. Voilà un topos auquel on espère échapper maintenant que l’historien Johann Chapoutot, une référence sur la période nazie, s’est attaqué aux mois qui ont précédé l’accession au pouvoir de Hitler. Il fait commencer cette histoire au 1er avril 1930, jour du discours de politique générale du chancelier Heinrich Brüning devant le Reichstag. Une coalition très large vient de tomber et le centriste Brüning a été nommé par le président Paul von Hindenburg pour mettre la barre à droite. Il promet « une sorte de cabinet technique » et applique une politique économique dure envers les travailleurs, avec le soutien discret du SPD (le parti social-démocrate) qui craint pire encore. Hindenburg, bien plus populaire que brillant (Chapoutot est féroce avec les protagonistes de cette histoire), est malgré tout mécontent que son chancelier doive encore aux sociaux-démocrates de ne pas tomber. Cette figure autoritaire, qui tord la Constitution pour gouverner à coups d’article 48, prérogative présidentielle en principe réservée à un état d’urgence, dissout le Reichstag à l’été 1930, espérant de meilleurs résultats pour son camp alors que le parti nazi vient de faire une percée lors d’élections locales et que le chômage est au plus haut suite à la crise qui vient d’éclater aux États-Unis en novembre 1929. Sans surprise, le Reichstag sort des élections divisé en trois grands camps dont aucun n’est en capacité d’emporter seul une majorité. Brüning garde néanmoins son siège avec des adversaires qui lui abandonnent la responsabilité de sa politique.

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samedi, 12 avril, 2025

Leur justice à deux vitesses

Depuis qu’elle a été condamnée à inéligibilité, Marine Le Pen se répand partout en prétendant subir une justice à deux vitesses, aussi douce avec les puissants qu’elle est dure avec les petits. Dans un sens elle n’a pas tort puisque, dans la même situation qu’elle, François Bayrou a prétendu tout ignorer de l’entreprise de détournement des budgets du Parlement européen organisée par son parti à lui pour financer ses postes et il est aujourd’hui premier ministre. L’ampleur du détournement et l’adresse des deux partis à compartimenter assez bien entre le Parlement européen et le siège du parti pour éviter la mise en cause du chef varient certainement mais sur le fond il faut constater qu’il s’agit du même délit et que la réponse judiciaire n’a pas été la même. Les autres arguments utilisés par le RN pour dénoncer cette « justice à deux vitesses » peuvent étonner, parce que justement ils promeuvent… une justice à deux vitesses, douce avec les élus et dure avec les petits.

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mercredi, 8 janvier, 2025

Le mythe du terrain

Trois semaines après le passage dévastateur de l’ouragan Chido, le défilé à Mayotte des hommes et des femmes politiques semble ne pas devoir s’arrêter. Président de la République, ministres de l’intérieur, des outre-mer, de l’éducation, femmes et hommes politiques hors gouvernement… au point que l’une de ces délégations politiques, celle de la leader de l’extrême droite, s’est trouvée prise dans un accident qui a envoyé dix personnes dans ce qu’il reste d’hôpital. On se demande si un territoire dans une telle galère a besoin d’accueillir toute la misère du monde politique dans des délégations dont il faut assurer le gîte, le couvert, le transport et la sécurité. Ressources qui seraient peut-être mieux employées pour satisfaire les besoins criants des gens sur place que pour assurer ce nouveau « tourisme de la désolation ». Ces femmes et ces hommes reviennent de leurs voyages en ayant acquis quelques mots locaux (on se souvient d’Emmanuel Macron notant que « le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du (sic) Comorien » et, comme des touristes, ont tout compris sans ouvrir un bouquin d’histoire ou d’anthropologie, arrivant tou·tes à cette conclusion pas piquée des vers : il faut renvoyer les « immigrés » comoriens chez eux, comme si la France était chez elle dans le canal du Mozambique après avoir méprisé les principes onusiens de souveraineté des territoires décolonisés. Voilà qui me rappelle furieusement un extrait de mon livre Dévorer le monde (Payot, 2024), que je publie donc ici.

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mardi, 1 octobre, 2024

Le RN est-il un nouveau centre ?

Il y a quelques semaines j’écrivais ici qu’Emmanuel Macron, malgré la défaite subie aux législatives de juillet, gardait la main non seulement en tant que président d’un régime aux traits monarchiques mais aussi grâce à la position du centre dans l’échiquier politique, ce qui lui permettait de choisir ses alliances. Or il a fait le choix constant depuis 2017 de gouverner très à droite et de s’appuyer sur l’extrême droite (en validant ses éléments de langage et ses paniques morales, en sollicitant les votes du RN comme lors de la loi immigration) plutôt que de déboussoler la gauche en pratiquant un « en même temps » plus consistant. Il aurait pu s’appuyer sur les thématiques appréciées par la bourgeoisie de gauche molle, faire passer quelques lois « sociétales », être le premier « président féministe » en s’épargnant de s’inquiéter des excès de #MeToo (quelques jours à peine après le début de la vague) ou en ne jouant pas au père de famille hétéro qu’il n’est pas en tapotant des joues de violeurs tout en leur demandant de s’y prendre mieux la prochaine fois.

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Le Double

naomi-klein.jpg, sept. 2024Naomi Klein, Le Double. Voyage dans le monde miroir, traduit de l'anglais (Canada) par Cédric Weis, Actes Sud, 2024, 496 pages, 24,89 €

Lors du confinement, en mars 2020, je me souviens avoir bien vite écarté les soupçons d’après lesquels le surgissement du Covid serait dû aux mauvaises intentions de la Chine (ou, plus étrangement, d’Emmanuel Macron), aidée notamment par l’idée popularisée par Naomi Klein dans La Stratégie du choc que les acteurs politiques et économiques les plus puissants n’ont pas besoin de manufacturer des catastrophes pour en profiter. Il leur suffit d’attendre qu’elles arrivent, ce qu’elles ne manquent pas de faire. Je me demandais alors ce que Klein aurait à dire de la période.

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samedi, 14 septembre, 2024

Producteurs et parasites

producteurs.jpg, sept. 2024Michel Feher, Producteurs et parasites. L’Imaginaire si désirable du Rassemblement national, La Découverte, 2024, 270 pages, 16 €

Lors du mouvement des Gilets jaunes, que j’ai suivi de loin mais avec intérêt, je me souviens des premières interviews de gens de classes populaires stabilisées ou de petits bourgeois qui exprimaient leur dépit de jouer le jeu sans pour autant s’en sortir. Elles et ils travaillaient, multipliaient les heures sup mais éprouvaient de la difficulté à payer la facture de leur rêve de pavillon avec deux voitures. Au fil des actes, il fut de plus en plus question des « cas soc’ » (aussi écrit cassos, il ne s’agit plus de personnes qui nécessitent l’intervention des services sociaux mais plus simplement de chômeurs et de précaires bénéficiaires de droits sociaux) qui nourrissaient le mouvement mais avaient fini par en faire partir les gens bien qui ne voulaient pas y être associés – leur colère pouvait exploser pendant un mois mais eux n’avaient pas que ça à faire, de tenir les ronds-points. Ce clivage observé lors du mouvement rappelle l’imaginaire qui s’est déployé à chaque réforme macroniste de l’assurance chômage : d’un côté il est des producteurs méritants et de l’autre des parasites qui profitent de leur travail et qu’il ne faut pas laisser proliférer.

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dimanche, 8 septembre, 2024

Une discrète arrivée au pouvoir

Dans toute l’Europe, pays après pays, l’extrême droite arrive au pouvoir. C’est rarement après un raz-de-marée électoral mais invitée dans des coalitions par des partis de droite. Il arrive que les élections suivantes la balayent, il arrive aussi que son influence ne prenne pas la forme d’une participation au gouvernement mais de simples accords programmatiques (je notais ici le cas de la Suède où l’extrême droite soutient le gouvernement sans y participer).

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jeudi, 25 juillet, 2024

La Dictature, une antithèse de la démocratie ?

couv_irdictatures_2ed_1400-233x400.jpg, juil. 2024Eugénie Mérieau, La Dictature, une antithèse de la démocratie ? 20 idées reçues sur les régimes autoritaires, Le Cavalier bleu, 2024, 239 pages, 13 €

D’un côté, un gouvernement qui vient d’établir une discrimination entre ses citoyen·nes en fonction de leur origine ethnique et qui entend limiter la capacité de la Cour suprême à faire respecter la Constitution au motif que les juges, contrairement aux député·es soutenant la « coalition d’extrême droite, messianique et ultraorthodoxe » au pouvoir, ne sont pas élu·es et qui s’est vu opposer pendant des mois en 2023 un mouvement social d’une vigueur rarement observée dans le pays. De l’autre, un gouvernement élu en 2006 mais qui l’année suivante opère un coup de force contre son principal opposant dans un État fragile, parfois qualifié de proto-État. Depuis lors, aucune large manifestation de rue, comme celles de 2019 et 2023, n’a réussi à faire bouger le régime. En août 2023, les gouvernements israélien et palestinien de Gaza étaient en guerre contre leur propre peuple qui aspirait à une démocratisation du régime. On connaît la suite.

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lundi, 1 juillet, 2024

Faire la morale, une bonne stratégie politique ?

Même si elle n’a jamais abordé le sujet avec moi, j’ai de bonnes raisons de croire que la gardienne de mon immeuble vote pour le Rassemblement national. L’un de ses thèmes de prédilection est le goût du travail bien fait qui se perd, « voyez-vous madame Vidal ». Je ne mets pas en cause son constat. Locataire dans le logement social, je n’ai jamais eu de propriétaire aussi indélicat. Et si, quand j’ai emménagé, j’ai pu être choquée par certains comportements peu civiques de mes voisin·es, j’en suis venue à les voir comme des révoltes minuscules et mal ciblées contre un monstre maltraitant mais invisible. Ce bailleur, l’un des plus gros du pays, a par exemple externalisé son service d’intervention technique et l’a confié à une entreprise encore plus détestable.

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lundi, 10 juin, 2024

Pourquoi je n’ai pas voté hier

signal-2024-06-10-075109_002.jpeg, juin 2024Depuis quelques années je ressens une contrainte à aller voter, bien loin de mes convictions selon lesquelles l’élection n’est pas une procédure démocratique, ou plutôt qu’elle a des caractères démocratiques bien ténus (1). L’urgence, la nécessité de faire barrage au fascisme s’impose à moi – serait-ce en votant pour celui qui justement gouverne en entretenant la vitalité de son opposition d’extrême droite et en validant des points essentiels de son discours. Toujours il faut aller nettoyer la merde avec son petit bulletin crotté.

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lundi, 3 juin, 2024

Sur quelques accusations de fascisme envers le mouvement anti-industriel

Il y a quelques mois a été publié un pamphlet anonyme dénonçant le « naufrage réactionnaire du mouvement anti-industriel ». Mouvance à laquelle j’estime appartenir (entre autres affiliations) et pamphlet dans lequel un de mes écrits fait référence… Je ne sais pas si c’est une position spécialement confortable ou au contraire inconfortable mais le fait est que je n’ai pas ressenti l’intérêt de m’exprimer à ce sujet. Les camarades du collectif anti-autoritaire et technocritique Ruptures l’ont fait et même si, probablement, nous ne sommes pas parfaitement aligné·es sur tout leur réponse me semble devoir clore le débat en rappelant d’une part que leur militantisme consiste non pas en une recherche de la pureté mais en la construction d’alliances pour lutter à la fois contre le « déferlement technologique » et le « raidissement autoritaire du pouvoir » (deux objets souvent réunis, qu’on pense aux technologies de surveillance) et d’autre part que ni la lutte sociale, contre les inégalités et les oppressions, ni la lutte technocritique pure n’ont pour elles et eux de sens si elles ne sont pas fermement liées l’une à l’autre.

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