samedi, 3 janvier, 2026
Par Aude le samedi, 3 janvier, 2026, 12h23 - Textes
Une fois n’est pas coutume, je republie ce texte déjà paru en janvier 2025 car le sujet me semble important : entre la surestimation de la liberté individuelle et le refus de régulations collectives, les politiques de l’alcool sont emblématiques du fonctionnement des sociétés libérales. Si le Défi de janvier (Dry January) est l’occasion de faire le point sur un rapport personnel à l’alcool, il pourrait aussi donner lieu à une réflexion collective sur le sujet.
En France il est interdit de servir de l’alcool à des gens « manifestement ivres » (1). Des personnes qui ont leur compte et n’ont plus besoin d’un peu d’alcool pour lubrifier la vie sociale et faire tomber quelques inhibitions, des personnes qui ne sont plus en mesure d’apprécier un bon verre, des personnes qui n’auront plus que des désavantages à poursuivre leur consommation ce soir-là et auraient plutôt besoin de grands verres d’eau. Des personnes qui vont rentrer chez elles à leurs risques et périls dont les moindres sont de tomber par terre et de se faire mal, de perdre ou de se faire voler des biens précieux, qui le lendemain vont avoir des symptômes pénibles.
En France on aime l’alcool, avec modération bien sûr, et une fois ceci écrit sur les publicités (car la pub pour l’alcool est revenue discrètement) on laisse à chacun·e la responsabilité de sa consommation, serait-elle débridée et désinhibée par les premiers verres, serait-elle difficile à contrôler en raison d’une addiction. Pourtant on a les moyens de ne pas laisser chacun·e seul·e avec ses difficultés mais, même si l’intérêt du plus grand nombre y gagne, l’intérêt immédiat est bien de faire consommer, tant pour les bars que pour les producteurs d’alcool représentés par des groupes de pression puissants.
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mardi, 16 décembre, 2025
Par Aude le mardi, 16 décembre, 2025, 08h02 - Textes
Dans le billet précédent, nous avons vu que l’autodétermination de la « race » est un terrain de luttes et que les prétentions à se déclarer membre d’une minorité ethnique font l’objet de fortes critiques chaque fois qu’elles sont remises en cause par les communautés concernées. L’autodétermination du genre, en revanche, est un principe qui est largement reconnu en Europe occidentale, dans les pays anglo-saxons et en Amérique latine. Le backlash initié par l’administration Trump représente un drame pour les personnes trans, assignées de nouveau à leur sexe de naissance, en les privant de papiers (donc potentiellement d’accès au soins, de mobilité, etc.). Cela semble devoir commander un soutien inconditionnel à ce principe. Il me semble pourtant douteux de soumettre à l’autodétermination une procédure de changement de genre.
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Par Aude le mardi, 16 décembre, 2025, 07h49 - Textes
Par « race » j’entends ici ce qui fonde le racisme et les logiques de discrimination, domination et exploitation au motif de l’origine attestée ou supposée des personnes. Il ne s’agit pas de valider la « race » comme une notion biologique, de même que dans le billet suivant il n’est pas question du sexe mais du genre, ou rapports sociaux fondés sur le sexe.
Au Canada, depuis un arrêté qui a reconnu en 2003 des droits de chasse et de pêche aux Métis (avec une majuscule), le nombre de personnes blanches réclamant la reconnaissance de leur identité métis se chiffre en centaines de milliers. L’arrêté pose comme condition de la reconnaissance des droits l’appartenance à des communautés reconnues, comme le sont les communautés métis depuis 1982. C’est évidemment car ils et elles étaient métissées et francophones que les Métis s’appellent ainsi mais ce nom d’origine française signifie bien plus que cette origine. Dans l’Ouest canadien, les descendant·es de femmes autochtones et de trappeurs français forment depuis plus de deux siècles une communauté politique, un temps incarnée par la figure de Louis Riel qui réunit Métis et autochtones dans une lutte armée contre le colon britannique. Aujourd’hui des personnes blanches, surtout dans l’Est canadien, réclament cette identité au motif d’une ancêtre autochtone du XVIIe siècle dans une ascendance par ailleurs blanche. Ce faisant, elles biologisent l’ethnicité en confondant le fait d’être métissé·e et celui d’appartenir à une communauté qui en français comme en anglais se nomme métis.
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mardi, 14 octobre, 2025
Par Aude le mardi, 14 octobre, 2025, 07h35 - Textes
Dans les temps reculés autour de l’an 2000, je militais dans le mouvement de jeunesse commun à plusieurs partis politiques et j’avais été envoyée pour répondre aux questions d’une journaliste sur jeunesse et politique. J’eus droit à ma photo dans le magazine et les platitudes que j’avais racontées tenaient sur un paragraphe, en regard avec celles des représentant·es d’autres mouvements. Il ne manquait rien, même si j’avais repéré quelques imprécisions. La journaliste, Hélène Marronnier, avait repris un sujet à la mode dans les rédactions : le renouveau de l’engagement politique des jeunes. Déjà. Déjà les jeunes étaient hyper conscient·es des problèmes du monde autour d’elles et eux et allaient se battre pour les régler, vous allez voir ce que vous allez voir. À l’époque, je trouvais déjà le sujet un peu bateau (avec sa jeunesse représentée exclusivement par des mouv de partis) et mal traité, notamment parce qu’à mon avis des questions intéressantes n’étaient pas posées sur la particularité de l’engagement des jeunes, le besoin d’entre-soi et de lier la politique et la vie de tous les jours. Pour moi, être dans un mouvement de jeunes, c’était l’autorisation de se tester et de dire et de faire beaucoup de trucs pas très malins mais qu’on ne regretterait jamais, de se faire des potes plutôt qu’un réseau (1), à un âge où on a le temps et où on est gourmand·e de relations sociales. Les mouvements écolo adultes étaient bien plus ennuyeux et exclusifs, on y existait par l’expertise ou on se contentait de tenir les murs.
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jeudi, 17 avril, 2025
Par Aude le jeudi, 17 avril, 2025, 08h44 - Textes
J’adore ce sketch des Monty Python dans lequel des hommes bourgeois un peu alcoolisés se racontent leur vie, lançant tour à tour des surenchères sur qui avait vécu son enfance dans les conditions matérielles les plus sordides. Après les récits de familles qui vivent à quatorze dans une pièce misérable, ça finit avec : « Vous habitiez dans une boîte à chaussures ? Considérez-vous heureux, nous, nous vivions sous un caillou ! » Et le suivant de regretter que sa famille n’ait même pas eu un caillou à mettre au-dessus de sa tête (1).
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jeudi, 30 janvier, 2025
Par Aude le jeudi, 30 janvier, 2025, 08h29 - Annonces
Le Revenu garanti, une utopie libérale est réédité ce mois-ci par Le Monde à l’envers et sera disponible ce vendredi dans les bonnes librairies. J’ai proposé pour l’occasion une courte préface (ci-dessous) mais la discussion n’est pas finie… Vous pouvez trouver sur le site des éditeurs un sommaire et un extrait, ainsi que des recensions et un podcast où je présente mon propos.
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dimanche, 27 octobre, 2024
Par Aude le dimanche, 27 octobre, 2024, 16h44 - Textes
Je ne compte plus les organisations et les événements qui mettent en avant des valeurs antivalidistes tout en passant sous silence l’existence d’une maladie infectieuse potentiellement handicapante et immédiatement dangereuse pour certaines catégories de personnes. Un syndicat qui affirme l’antivalidisme comme une de ses priorités des prochaines années alors que depuis 2022 le port du masque n’est recommandé ni dans ses locaux ni dans les formations qu’il organise. Des festivals féministes qui se mettent en quatre pour assurer l’accessibilité aux personnes en fauteuil ou qui marchent difficilement, aux personnes sourdes qui se voient proposer sous-titres spécifiques ou traduction simultanée en LSF mais aucune information n’est fournie en amont de l’événement sur ce qui sera fait pour s’assurer que le moins de monde possible rentre chez soi avec le Covid.
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mardi, 1 octobre, 2024
Par Aude le mardi, 1 octobre, 2024, 08h11 - Lectures
Naomi Klein, Le Double. Voyage dans le monde miroir, traduit de l'anglais (Canada) par Cédric Weis, Actes Sud, 2024, 496 pages, 24,89 €
Lors du confinement, en mars 2020, je me souviens avoir bien vite écarté les soupçons d’après lesquels le surgissement du Covid serait dû aux mauvaises intentions de la Chine (ou, plus étrangement, d’Emmanuel Macron), aidée notamment par l’idée popularisée par Naomi Klein dans La Stratégie du choc que les acteurs politiques et économiques les plus puissants n’ont pas besoin de manufacturer des catastrophes pour en profiter. Il leur suffit d’attendre qu’elles arrivent, ce qu’elles ne manquent pas de faire. Je me demandais alors ce que Klein aurait à dire de la période.
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dimanche, 22 septembre, 2024
Par Aude le dimanche, 22 septembre, 2024, 10h28 - Annonces
Aude Vidal, Dévorer le monde. Voyage, capitalisme et domination, Payot, 2024, 192 pages, 18 €
Ce mois-ci paraît Dévorer le monde, mon quatrième ouvrage personnel. J’en publie ici les premières lignes. Merci à Audrey et Aude, mes premières lectrices, à Laura à qui je dois la précision lexicale du titre, à toutes les personnes qui m’ont encouragée à l’écrire, ainsi qu’à Christophe, mon éditeur, et à l’équipe des éditions Payot.
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vendredi, 6 septembre, 2024
Par Aude le vendredi, 6 septembre, 2024, 08h36 - Lectures
Irène Pereira, Le Féminisme libertaire. Des apports pour une société radicalement féministe, Le Cavalier bleu, 2024, 136 pages, 18 €
Irène Pereira, autrice de travaux sur l’anarchisme et sur les pédagogies critiques, propose un livre bienvenu sur le féminisme libertaire. Si l’anarchisme et le féminisme sont des mouvements anciens, qu’on peut dater de la deuxième moitié du XIXe siècle, il n’en est pas de même de l’anarcha-féminisme ou féminisme libertaire, qui s’est constitué dans les années 1970. L’anarchisme a pu être féministe (ou pas, le misogyne Proudhon n’a pas été un cas isolé) avant cela, ce que Pereira rappelle à propos de plusieurs autrices et auteurs pour qui le féminisme en tant que tel était un engagement bourgeois mais qui se sont engagé·es en anarchistes pour l’égalité femmes-hommes. Au fil de cette histoire par petites touches de l’anarchisme, et d’un rapide tour d’horizon contemporain, apparaissent quelques questions qui furent objets de discussion d’une période à l’autre : les libertés amoureuses, sexuelles et reproductives, la prostitution.
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jeudi, 25 juillet, 2024
Par Aude le jeudi, 25 juillet, 2024, 15h49 - Annonces
Il existe des cartes du monde « à gratter ». Il est loisible, une fois qu’on a « fait » Moscou, de racler toute la Russie jusqu’à la Sibérie. La couleur métallique de la surface ainsi dégarnie laisse alors place à un décor uni. Aucun relief, aucune couleur de végétation. Le message est clair : inutile d’y revenir car ce qui est fait n’est plus à faire. Cette carte témoigne d’un rapport au voyage de type tableau de chasse.
Un article pour le dossier « La flemme olympique », CQFD n°232.
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dimanche, 14 juillet, 2024
Par Aude le dimanche, 14 juillet, 2024, 16h05 - Textes
Dans les milieux écolos, féministes et de gauche que je fréquente on trouve un peu de tout : des précaires avec ou sans capital culturel (mais toujours un capital social, parfois acquis au hasard de rencontres, qui permet de ne pas subir les déterminations de sa classe), des petit·es bourgeois·es qui ont des intérêts objectifs à être de gauche et des personnes plus aisé·es qui en ont un peu moins (pour donner un seul exemple, dans une société décente les services de ménage dus aux gens qui peuvent se les payer ne seraient pas pris en charge à 50 % par la collectivité, voir quelques bouquins à ce sujet). J’ai déjà pas mal parlé dans Égologie des conflits de classe à peine cachés qu’on peut observer dans ces milieux plutôt engagés et du rôle qu’y jouent les classes les plus aisées. Je fréquente beaucoup moins, notamment parce qu’elle est moins engagée, la bourgeoisie de gauche molle, mais elle mérite que je lui fasse enfin un sort.
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lundi, 22 avril, 2024
Par Aude le lundi, 22 avril, 2024, 08h48 - Textes
Même si lafemme est l’avenir de l’homme, c’est moins sur nous que sur les hommes que sont projetées nombre d’attentes concernant le recul espéré du sexisme. Comme si nous ne faisions que notre boulot ingrat de féministes, tandis qu’eux sont des forces telluriques. Hommes proféministes, à la masculinité non hégémonique, non binaires (1), ce sont eux qui vont sauver le monde. Engagements contre le sexisme, participation à la création de savoirs sur le genre et les sexualités, renouvellement des représentations sur ce qu’est un homme et légitimation de formes de masculinités diverses et plus respectueuses des femmes, voilà tout ce que nous leur devons.
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samedi, 23 mars, 2024
Par Aude le samedi, 23 mars, 2024, 14h57 - Textes
L’an dernier, une étude publiée par des économistes rendait compte de la somme pour laquelle les utilisateurs et utilisatrices des médias sociaux consentiraient à se déconnecter. Les étudiant·es d’une université états-unienne accepteraient 59 dollars, pas moins, pour ne plus se connecter à TikTok et 47 pour délaisser Instagram. De manière plus intéressante et apparemment contradictoire, ils et elles paieraient cette fois 28 dollars pour voir leur entourage (et elles-mêmes) se déconnecter de la plateforme chinoise et seulement 10 pour Instagram qui était pourtant, la dernière fois que j’ai regardé, la plateforme qui impactait le plus négativement les personnes qui ne s’en servent pas que pour regarder des vidéos de chatons.
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lundi, 19 février, 2024
Par Aude le lundi, 19 février, 2024, 08h42 - Textes
Les logiques du développement personnel se sont doucement imposées dans notre imaginaire. Les ouvrages qui ont envahi les rayons des librairies peuvent dispenser une grande sagesse, si possible orientale, ou enchaîner les conseils simples ou les lieux communs (charité bien ordonnée commence par soi-même). Offrant une façade lisse, ils ont un propos aussi varié que consensuel. Depuis quelques années les critiques s’attachent à cet objet protéiforme, en dévoilant les nombreuses influences derrière une apparence anodine. Le développement personnel tire ses origines d’une part d’un ethos libéral et méritocratique qui s’exprime assez frontalement en langue anglaise depuis au moins un siècle : tout le monde peut devenir riche, celles et ceux qui ne le sont pas n’ont pas su tirer profit de mes enseignements, que voici offerts à la vente. Les nouvelles pratiques spirituelles devenues plus visibles en Occident à partir des années 1960, mais qui elles aussi ont des racines profondes, en constituent le versant ésotérique.
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vendredi, 2 février, 2024
Par Aude le vendredi, 2 février, 2024, 09h03 - Lectures
Sandrine Holin, Chères collaboratrices. Comment échapper au féminisme néolibéral, La Découverte, 2023, 240 pages, 19,50 €
Voici un livre dont on a envie de partager la lecture avec beaucoup d’amies et de camarades, en raison de son sujet qui en France reste assez rarement abordé. S’il est facile de mépriser certains féminismes, il est plus difficile en revanche de poser le doigt sur ce qui pose réellement problème. Ainsi du féminisme pour cadres sup qui a trouvé en Sheryl Sandberg, ex-dirigeante de Facebook et milliardaire, son égérie (voir ici une critique par bell hooks, citée dans Chères collaboratrices). Sandrine Holin, survivante du féminisme en entreprise, remonte à la source du phénomène.
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samedi, 4 novembre, 2023
Par Aude le samedi, 4 novembre, 2023, 09h10 - Textes
Je suis bénévole dans un festival de cinéma qui tient à une non-mixité aujourd’hui devenue moins courante. Alors que bon nombre d’espaces non-mixtes sont « sans mecs cis(genre) », soit adoptent une non-mixité queer, nous tenons à être un lieu pour « les femmes et les lesbiennes » (1). Depuis vingt ans que je connais le festival, toutes les femmes y sont les bienvenues, cisgenre ou transgenre. J’apprécie le fait que chaque groupe puisse bâtir un espace qui correspond à ses aspirations et que diverses définitions de la non-mixité cohabitent, qu’on ne standardise pas les pratiques militantes. Ce festival réunit des festivalières très diverses, de tous âges, venues de tout le pays, avec des positionnements politiques différents qui se frottent parfois. L’an dernier un tag sur le mur externe du lieu disait : « Festival transphobe ». Cette année ce sont des « lesbiennes pas queer » tout aussi courageuses et anonymes qui ont pris la parole de cette manière très déplaisante pour faire connaître leurs reproches. Ça veut peut-être dire que le festival n’est pas monolithique et ces attaques sont une reconnaissance de la diversité qui y a cours.
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dimanche, 1 octobre, 2023
Par Aude le dimanche, 1 octobre, 2023, 21h24 - Lectures
Anne Humbert, Tout plaquer. La désertion ne fait pas partie de la solution... mais du problème, Le Monde à l’envers, 2023, 72 pages, 5 €
Autour de vous, beaucoup ont peut-être choisi de déserter leur emploi dans le tertiaire pour en exercer un autre « qui a du sens » dans l’artisanat ou l’agriculture et sortir du salariat. Peut-être même faites-vous partie de ces déserteurs et déserteuses qui depuis quelques années font parler d’elles et d’eux, avec des pics d'attention inattendus.
Anne Humbert, ingénieure non déserteuse, a choisi de consacrer un livre au phénomène (encore un) mais celui-ci prend le parti de le critiquer, à partir d’échanges avec des ami·es ayant déserté et de lectures qui vont de la grande presse à des auteurs comme le sociologue Richard Sennet, critique de la standardisation du travail. Outre quelques articles, comme celui-ci dans Lundi matin, cette option reste à ma connaissance assez peu conventionnelle dans les milieux alternatifs plus ou moins radicaux subjugués par la notion de désertion (Reporterre a, selon Humbert, consacré vingt-et-un articles au discours des étudiant·es qui bifurquent d’AgroParisTech). Ces trajectoires ont suscité plus d’intérêt que le « refus de parvenir » auquel était consacré il y a quelques années un excellent bouquin, toujours disponible.
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mardi, 12 septembre, 2023
Par Aude le mardi, 12 septembre, 2023, 08h41 - Textes
En mars 2023, j’ai été invitée par l’UNEF à m’exprimer à l’université Clermont-Auvergne dans le cadre du Festival étudiant contre le racisme et les discriminations. La soirée a commencé par l’intervention d’un membre des Inverti·es qui a présenté ce collectif très présent dans le mouvement contre la réforme des retraites et sa volonté d’inscrire les personnes LGBT en tant que telles dans le mouvement social, notamment en raison du fait que c’est à ce titre que beaucoup sont vulnérables économiquement.
J’ai enchaîné en apportant quelques précisions sur la préhistoire du mouvement LGBT (j’étais la plus âgée dans l’assistance, ayant eu 20 ans en 1997) et en abordant des questions qui me tiennent à cœur. J’étais venue avec deux livres très différents. Le premier, du journaliste espagnol Daniel Bernabé, s’intitule Le Piège identitaire, chroniqué ici, et porte sur la politique des identités sexuelles et raciales, trop souvent perçue comme subversive. L’expression politique de minorités sexuelles n’est pas en soi un danger pour l’ordre établi. Barnabé montre combien la social-démocratie démissionnaire a même utilisé ses réponses aux revendications de ces minorités pour se donner une caution de gauche qu’elle ne méritait plus en raison de ses politiques trop favorables au capital et néfastes aux intérêts des plus pauvres (parmi lesquel·les ces minorités sont par ailleurs surreprésentées, ce que note bien Bernabé). Pensons dans le contexte français au mariage pour tou·tes, seule réforme de gauche de Hollande, par ailleurs responsable de la loi travail, de la mort de Rémi Fraisse et d’une répression politique violente, des cars Macron et de l’adoubement de celui qui depuis six ans fait le marche-pied de l’extrême droite. Rétrospectivement, le mariage pour tou·tes, une réforme par ailleurs insatisfaisante aux yeux de communautés LGBT, a le goût amer d’un quinquennat déjà à droite.

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mardi, 15 août, 2023
Par Aude le mardi, 15 août, 2023, 17h26 - Textes
Cette année je suis membre dans des collectifs militants de deux commissions qui ont chacune pour objectif de défricher des prises de position sur des questions délicates. J’ai été encouragée à y participer au motif qu’il faut y assurer un peu de diversité politique et que peu de personnes ont envie de s’y coller quand elles savent ne pas défendre la position qu’il est de bon ton d’avoir. J’ai prouvé ma capacité à défendre des positions minorisées, à ne pas répéter la doxa et à mettre le doigt sur les questions qui fâchent. Ça ne m’a pas empêchée d’y aller la boule au ventre en raison des violences symboliques qui se jouaient dans ces réunions.
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