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dimanche, 22 mars, 2026

Bourgeois Gaze

bourgeoisgaze.jpg, mar. 2026Rob Grams, Bourgeois Gaze. La Domination de classe au cinéma, Les Liens qui libèrent, 2026, 183 pages, 15 €

Avez-vous remarqué que les gens riches sont surreprésentés au cinéma ? Non seulement les protagonistes des films sont souvent bourgeois et exercent des professions intellectuelles prestigieuses mais même les personnages de « classe moyenne » ont souvent un train de vie très confortable, parfois incohérent avec le revenu qui devrait être le leur selon leurs caractéristiques socio-professionnelles, comme s’il était impossible d’apparaître au cinéma quand on est décemment fauché·e ou qu’on vit modestement, alors que c’est une condition très partagée, la mienne et sans doute la vôtre. Un jour quelqu’un·e avait calculé le revenu nécessaire à Dexter l’assassin de méchant·es pour posséder un bel appartement à Miami et un grand bateau, celui dans lequel il part en mer se débarrasser de ses cadavres, et ce n’était pas le revenu d’un technicien médico-légal, la profession qualifiée mais relativement normale qu’il exerce dans la série qui porte son nom. John Nolan dans la série The Rookie possède un énorme SUV et une énorme baraque à Los Angeles. Certes il l’a rénovée tout seul mais ni un artisan suite à un divorce ni un policier en début de carrière (il transitionne entre ces deux professions) n’ont le revenu qui permet de se payer ce genre de villa, dans une ville où des travailleurs pauvres dorment à la rue. Et quand les pauvres sont représentés, ils et elles sont à vrai dire misérables, suivant la définition qu’en donnait Majid Rahnema dans Quand la misère chasse la pauvreté (Actes Sud, 2003), et ils et elles n’ont pas d’autre histoire, ou à peine, que les problèmes sociaux et économiques avec lesquels ils et elles se débattent.

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lundi, 6 janvier, 2025

The Substance

substance.jpg, janv. 2025The Substance, film de Coralie Fargeat (France, USA, UK, 2024). Avec Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Quaid.

The Substance est un grand film féministe. Non seulement pour son propos sur les relations femmes-hommes et sa misandrie grinçante mais aussi pour ce qu’il dit des relations entre femmes et du féminisme. Et c’est un grand film tout court, très inspiré par le cinéma hollywoodien le plus classique avec une économie de moyens qui évoque beaucoup les films des années 50 de Hitchcock ou Mankiewicz. La scène initiale montre le sort de l’étoile d’Elizabeth Sparkle sur ce qu’on imagine être le Hollywood Boulevard. D’abord ces lettres et cette étoile sont soigneusement mises en place puis célébrées avant de se craqueler devant des passants indifférents. C’est l’histoire d’une star de l’aérobic télévisé en fin de carrière, qui le jour de ses 50 ans apprend qu’elle est virée salement. Le patron est expédié en quelques plans par la cinéaste, visage fatigué cadré de très près alors qu’il se permet un jugement sévère et mufle sur l’âge de la star en passe d’être déchue (il est bien le plus ridé des deux mais il a le privilège de ne pas se voir) ou bouche qui se goinfre de crevettes à la mayonnaise. Coralie Fargeat ne fait aucun cadeau aux hommes. Mecs moches du casting qui épiloguent sur le physique des femmes, voisin qui prend pour acquis qu’il va pouvoir sauter la nouvelle voisine toute fraîche, longue série d’hommes qui se font mielleux devant une jolie jeune femme et qui ne montrent aucune considération devant une de 50 ans.

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vendredi, 29 mars, 2024

Vide à la demande

VIDE-A-LA-DEMANDE.png, mar. 2024Bertrand Cochard, Vide à la demande. Critique des séries, L’Échappée, 2024, 176 pages, 17 €

Je l’avoue tout de suite, j’ai bingé Vide à la demande. Telle la lumière bleue des écrans qui retarde l’endormissement, le livre de Bertrand Cochard peut vous faire perdre quelques heures de sommeil. Dans le paysage des ouvrages sur les séries télévisées, il y a les ravi·es de la crèche, pour beaucoup des philosophes de gauche qui changent de sujet de recherche avec les modes. Et puis il y a les ronchons qui n’ont jamais suivi une série et qu’on imagine très bien conspuant la télévision ou avant cela la radio au motif que c’était mieux de leur temps. Cochard n’est heureusement ni l’un ni l’autre. Technocritique, lecteur d’Anders, d’Arendt et surtout de Guy Debord mais pas réactionnaire (à part quelques ronchonneries pas argumentées (1)), l’auteur semble avoir passé beaucoup de temps à regarder des séries et des produits des industries culturelles, au point d’aller voir Barbie en avant-première dresscode pink. J’avoue que je ne le suis pas sur ce coup-là, j’ai arrêté Game of Thrones après la première saison et je n’ai jamais regardé jusqu’au bout que The West Wing et The Wire (2).

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mardi, 19 juillet, 2016

Ghosbusters et le sens de l'empathie

Stupeur en ce début d'année 2016, quand Sony Pictures dévoile les premières images de son reboot Ghostbusters, produit par Ivan Reitman et dans lequel apparaissent les acteurs et co-auteurs du film original (à l'exception de Harold Ramis, décédé en 2014). Malgré le parrainage de l'équipe originale, le public s'étrangle d'indignation. Ce nouveau Ghostbusters a-t-il annoncé être composé de longues digressions façon cours de physique ? Met-il en scène des fantômes à la Casper, trop gentils pour nous faire sursauter ? Les nouveaux chasseurs de fantôme sont-ils tous les quatre les acteurs les plus détestés de Hollywood, spécialisés dans des rôles de serial killer ? La bande annonce est-elle assurée par Doris Day ? Non, ce qui déclenche cette tempête, c'est que les personnages principaux sont tous féminins. Rendez-vous compte, quatre femmes, alors qu'une suffit souvent à rétablir l'équilibre (avec un Noir et un nerd).

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jeudi, 26 décembre, 2013

Game of Thrones est-elle une série féministe ?

La polémique fait rage dans un groupe de mes ami⋅e⋅s (et au-delà semble-t-il) : Game of Thrones est-elle une série féministe ? Pour : des personnages féminins nombreux, variés, forts (si l'on est faible, dans ce Moyen-Âge fantasmé (1) et marqué par le darwinisme social, on a peu de chances de rester un personnage) et une narration qui serait « un drame sophistiqué sur la subculture patriarcale », à l'instar des Sopranos ou de Mad Men. C'est à dire que la fiction se déroule dans un monde brutalement patriarcal pour justement produire un discours là-dessus et en montrer la misère, pour les femmes comme pour les hommes.

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samedi, 16 novembre, 2013

La fin du monde, les riches et les gueux

A propos de trois films

Soleil vert, Richard Fleischer (1973)
Idiocracy, Mike Judge (2006)
Elyseum, Neill Blomkamp (2013)

C'est dans 50 ou 150 ans et le monde est devenu étouffant dans tous les sens du terme : surpeuplé et surchauffé, un enfer.

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samedi, 19 janvier, 2013

Portland, capitale cinéphile de l'Amérique du Nord ?

Avant que ne décline dramatiquement la fréquentation des salles de cinéma, l'exploitation des films était structurée d'une manière assez différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Au fil des décennies, le nombre de copies mises en circulation à leur sortie n'a cessé de croître, l'idéal étant que dans les plus petites salles on puisse accéder aux films huit semaines au plus tard après leur sortie nationale. La télévision, qui a drainé le public des salles, stimule aussi la fréquentation des cinémas. Et tout le monde est de plus en plus impatient de voir dès les premières semaines une sortie abondamment commentée à la télé. L'offre des salles répond à cette impatience, les copies déferlent sur tout le territoire pour une durée de vie de plus en plus courte, et chaque année voit battu le record du nombre de copies pour un même film (350 ! 700 !). On voit même des multiplexes programmer le même blockbuster dans plusieurs salles pour qu'il soit accessible à n'importe quelle heure du jour. On n'a plus jamais loupé l'heure, la prochaine séance commence en permanence. Tout cela occasionne un gâchis de pellicule auquel le numérique et ses copies reproductibles sans (presque) de support matériel semblerait (presque) apporter une réponse écologique (nous y reviendrons dans un prochain texte). Et une standardisation des salles, qui programment toutes à peu près les mêmes films au même moment (y compris les films de patrimoine, qui n'échappent pas à la règle), et dont les différences tarifaires ne tiennent qu'à un critère : subventionnées ou non.

En arrivant à Portland, sans me douter du sort qui m'attendait en tant que spectatrice, j'ai fait non seulement un voyage dans l'espace, mais aussi un voyage dans le temps.

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dimanche, 6 janvier, 2013

Catch féminin et roller derby : ouvrir le champ des possibles

A propos de deux films
GLOW. Gorgeous Ladies of Wrestling, Brett Whitcomb, 2012
Whip It (Bliss), Drew Barrymore, 2009

Le catch dans les années 80 et le roller derby aujourd'hui sont deux expressions féminines bien particulières, mais qui ont à y réfléchir de nombreux points communs. Au-delà du jeu (mettre à terre l'adversaire, se frayer un passage dans le peloton à coups de hanches), ce sont des jeux de rôle qui permettent de se moquer d'identités stéréotypées (Babe la gentille fille du fermier), d'en créer de nouvelles, à l'aide de noms et de costumes, souvent trash, punk ou mauvais genre, toujours ironiques (ici les exemples ne manquent pas, mais je ne sais pas par où commencer), ou de rendre hommage à son histoire et à ses racines (Mount Fiji, Rosa Sparks).

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