Quelques livres à recommander
Par Aude le jeudi, 28 août, 2025, 16h20 - Lectures - Lien permanent
Des nombreuses parutions des douze derniers mois, certaines ont retenu mon attention mais je n’ai pas trouvé le temps ou le bon angle pour en parler ici. Comme je continue à trouver ces ouvrages pertinents et bien pensés, j’en fais un billet collectif et plus léger, surtout pour vous recommander la découverte. Un mot sur les coulisses de ce billet : j’ai acheté une partie des livres que je recommande ici et j’ai reçu des services de presse pour d’autres, parfois ceux de mes propres éditeurs. Paradoxalement, je ne leur fais pas de traitement de faveur puisque toute l’année c’est les livres d’autres éditeurs que j’ai priorisés pour mes chroniques, moins nombreuses que d’habitude. Dans la lettre mensuelle de ce blog, il m’arrive de faire de très courtes chroniques de ce type ou de signaler d’autres choses que je trouve intéressantes. Pour la recevoir chaque mois, envoyez un mail vide à mensuelle-blog-ecologie-politique-subscribe@lists.riseup.net et suivez la démarche.
Maud et Elsa Lecarpentier, Toujours puce. Les Macrodégâts de la microélectronique, Le Monde à l’envers, 2024, 104 pages, 12 €
Une bande dessinée riche, soignée et bien documentée à propos de l’usine de semi-conducteurs qui pompe l’eau de Grenoble (des extraits ici). Si le bouquin donne envie de s’engager, ça tombe bien, la lutte contre l’agrandissement de STMicroelectronics bat son plein.
Nicolas Bonanni, L’Écologie, révolutionnaire par nature, Le Monde à l’envers, 2025, 144 pages, 8 €
Justement, Nicolas Bonanni donne entre autres dans son livre l’exemple de la lutte contre l’agrandissement de STMicroelectronics pour s’interroger ce que pourrait être l’écologie politique : ni des arguments qui sentent le greenwashing, ni les positionnements de la bourgeoisie verte électoraliste, peut-être les alliances avec les travailleurs et travailleuses. Arguments pour une écologie révolutionnaire.
Vincent Tiberj, La Droitisation française. Mythe et réalités, PUF, 2024, 344 pages, 15 €
C’est le bouquin un peu rassurant de l’année. Oui, l’espace public pullule de fascistes et d’ultra-libéraux mais non, leurs valeurs ne sont pas dominantes dans la population. À partir d’études d’opinion sur le temps long, le politiste montre que la tolérance progresse et que même les valeurs égalitaires et redistributrices, souvent présentées comme désuètes, restent stables. Ni les élu·es ni l’espace médiatique ne nous ressemblent.
Philippe Durand, Larzac !, Libertalia, 2024, 136 pages, 10 €
Philippe Durand a recueilli la parole de personnes qui vivent, travaillent ou ont fait les deux sur les terres de la coopérative qui gère 6 000 hectares de terres sur le plateau du Larzac. La situation est un peu complexe, les modes de vie variés mais l’auteur rend tout ça très vivant et clair. C’est encore mieux au théâtre où ces textes reprennent vie mais l’écriture permet aussi de faire entendre la personnalité de chacun·e.
Denis Colombi, Qui travaille vraiment, Payot, 2025, 344 pages, 22 €
La reconnaissance du travail des un·es et des autres est un enjeu de taille, pour le féminisme, pour l’écologie, pour lutter contre les imaginaires producéristes de la droite, de l’extrême droite et d’une gauche réactionnaire. Un bouquin très riche et qui prend le temps de l’explication. L’auteur, très présent sur les réseaux sociaux où il est aussi brillant mais moins sympa, y fait preuve d’une belle générosité pour ses lecteurs et lectrices. Un exemple de plus qu’il vaut mieux lire des livres que traîner sur Internet.
Liv Strömquist, La pythie vous parle, traduit du suédois par Sophie Jouffreau, Rackham, 2024, 264 pages, 25 €
J’ai déjà chroniqué ici deux livres de Strömquist, Les Sentiments du prince Charles et Grandeur et décadence, c’est une autrice que j’apprécie beaucoup. J’ai parfois pu regretter quelques redites dans son œuvre (est-ce que je n’aurais pas déjà lu ce livre ? non, pourtant, il a été publié il y a deux mois) et ce livre-là reprend bien les thèmes de cette autrice mais de manière magistrale. S'il ne fallait en lire qu’un, ce serait celui-ci. Une grande Liv avec une réflexion sur l’individu en majesté dans des sociétés qui pourtant le broient. Musculation, développement personnel, masculinisme, régime vegan et morning routine, tout cela permet à nos petites personnes d’avoir l'illusion de contrôler leur vie tout en se rendant misérables à écouter des influenceurs interchangeables qui débitent une doxa individualiste et immorale. Sous l’égide de Slavoj Žižek et Hartmut Rosa, Strömquist conduit une critique radicale et particulièrement salutaire. Mon anecdote préférée est celle où une princesse britannique, visitant un foyer de prostituées sans abri, leur dispense ses bons conseils en les écrivant sur les bananes de leur déjeuner. Dont celui-ci : « Travaille plus. »