dimanche, 22 mars, 2026
Par Aude le dimanche, 22 mars, 2026, 10h39
Rob Grams, Bourgeois Gaze. La Domination de classe au cinéma, Les Liens qui libèrent, 2026, 183 pages, 15 €
Avez-vous remarqué que les gens riches sont surreprésentés au cinéma ? Non seulement les protagonistes des films sont souvent bourgeois et exercent des professions intellectuelles prestigieuses mais même les personnages de « classe moyenne » ont souvent un train de vie très confortable, parfois incohérent avec le revenu qui devrait être le leur selon leurs caractéristiques socio-professionnelles, comme s’il était impossible d’apparaître au cinéma quand on est décemment fauché·e ou qu’on vit modestement, alors que c’est une condition très partagée, la mienne et sans doute la vôtre. Un jour quelqu’un·e avait calculé le revenu nécessaire à Dexter l’assassin de méchant·es pour posséder un bel appartement à Miami et un grand bateau, celui dans lequel il part en mer se débarrasser de ses cadavres, et ce n’était pas le revenu d’un technicien médico-légal, la profession qualifiée mais relativement normale qu’il exerce dans la série qui porte son nom. John Nolan dans la série The Rookie possède un énorme SUV et une énorme baraque à Los Angeles. Certes il l’a rénovée tout seul mais ni un artisan suite à un divorce ni un policier en début de carrière (il transitionne entre ces deux professions) n’ont le revenu qui permet de se payer ce genre de villa, dans une ville où des travailleurs pauvres dorment à la rue. Et quand les pauvres sont représentés, ils et elles sont à vrai dire misérables, suivant la définition qu’en donnait Majid Rahnema dans Quand la misère chasse la pauvreté (Actes Sud, 2003), et ils et elles n’ont pas d’autre histoire, ou à peine, que les problèmes sociaux et économiques avec lesquels ils et elles se débattent.
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dimanche, 15 mars, 2026
Par Aude le dimanche, 15 mars, 2026, 21h12
Mathieu Léonard, Sobres pour la révolution, Nada, 2026, 192 pages, 12 €
Mathieu Léonard, déjà auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire de l’anarchisme, offre ici un aperçu de la manière dont les mouvements anarchistes ont envisagé la question de l’alcool, avec un focus sur le tournant du XXe siècle et quelques explorations plus récentes. Le livre est richement illustré, par des caricatures et affiches d’époque principalement, et complété par une courte anthologie. Comme le titre (emprunté à un livre sur le mouvement straight edge) le laisse supposer, les anarchistes ont été plutôt hostiles à la dépendance des classes populaires à l’alcool. Et pour cause : entre 1830 et 1900, la consommation d’alcool pur moyenne par adulte est passée en France de 15 à 35 litres par an, soit un litre de vin à 10 % par jour ou deux litres de bière à 5 %. Cette croissance est largement due aux conditions de vie et de travail de la classe ouvrière livrée au capitalisme industriel (voir La Guerre sociale en France de Romaric Godin) mais aussi à la disponibilité des produits (parfois rendus plus accessibles par le patron). L’alcool brise des vies, il est responsable d’une grande part des hospitalisations et des décès par ses effets directs sur les buveurs mais aussi des violences, notamment contre les femmes et les enfants, induites par l’ivresse. La bourgeoisie s’indigne de tels comportements, elle légifère (pour conclure à l’innocuité des boissons fermentées ou interdire l’absinthe) mais au fond la situation sert ses intérêts de classe.
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mardi, 17 février, 2026
Par Aude le mardi, 17 février, 2026, 11h56
Félicien Faury, Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite (2024), Points, 2026, 244 pages, 10,20 €
Pendant plusieurs années, le sociologue et politiste Félicien Faury a vécu de manière intermittente en Provence-Alpes-Côte d’Azur (désormais Sud), une région toujours gouvernée à droite mais où le FN puis le RN fait florès depuis quelques dizaines d’années. Il livre ici, suite à sa thèse, une enquête qualitative sur les électeurs et électrices RN de la région, plus précisément d’une petite ville anonyme où il a multiplié les rencontres et les entretiens. C’est l’occasion d’entendre les électeurs et électrices RN dans leurs propres mots.
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mercredi, 11 février, 2026
Par Aude le mercredi, 11 février, 2026, 17h59
Camille Peugny, Le Triomphe des égoïsmes. Une nouvelle contrainte sociale, PUF, 2026, 240 pages, 18 €
Le Triomphe des égoïsmes a été souvent présenté comme une réponse au livre de Vincent Tiberj, La Droitisation française, paru fin 2024 chez le même éditeur. Tiberj, qui est politiste, avait tiré de l’analyse d’enquêtes sur les valeurs, répliquées à intervalles réguliers sur des décennies, que les Français·es étaient de plus en plus ouvert·es et tolérant·es sur les questions sociétales (Islam, place des femmes, (homo)sexualité, etc.) mais maintenaient aussi des demandes de redistribution économique, ce qui est déjà beaucoup quand on considère l’envahissement de l’espace public par les opinions droitières. Peugny, qui remercie à la fin de son ouvrage Tiberj pour ses encouragements, remet en question ces conclusions en faisant valoir d’autres observations, plus sociologiques. Selon le sociologue, l’égoïsme est une « nouvelle contrainte sociale » qui tient au remplacement de la lutte des classes par la lutte des places. Et cela reconfigure en profondeur le paysage politique.
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lundi, 2 février, 2026
Par Aude le lundi, 2 février, 2026, 17h55
Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz, Des lobbys au comptoir. L’Industrie de l'alcool contre la santé, Raisons d'agir, 2025, 170 pages, 14 €
Déjà auteurs d’un livre passionnant sur les lobbys de l’agro-alimentaire, Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz reviennent avec une étude des lobbys de l’alcool contre les politiques de santé publique. À votre santé ! L’alcool en France, c’est d’abord le vin qui représente 60 000 emplois. C’est le lobby qui bénéficie des meilleurs relais politiques en raison des nombreuses régions de production viticole. La bière est surtout présente dans le Nord et l’Est et emploie dix fois moins de personnes. Le cidre, les spiritueux sont moins bien implantés. Tous ces secteurs sont très concentrés économiquement, même le secteur viti-vinicole, ce qui permet l’organisation de groupes de pression très bien dotés, qui ont été actifs à de nombreuses occasions ces dernières années : détricotage de la loi Évin sur la publicité en 2015, tentative de faire entrer la consommation d’alcool dans les stades en 2019, limitation de la taille du pictogramme « femmes enceintes » sur les bouteilles en 2018-2021 ou refus de soutien à l’initiative du Défi de janvier en 2019-2020, pour les principales occasions de dévoiler leur travail d’influence, souvent couronné de succès.
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mercredi, 14 janvier, 2026
Par Aude le mercredi, 14 janvier, 2026, 08h57
Matthieu Adam, Contre la ville durable. Une écologie sans transition, Grevis, 2025, 140 pages, 13 €
Le géographe Matthieu Adam est déjà connu du public pour sa direction avec Émeline Comby du recueil Le Capital dans la cité (Amsterdam, 2020). Contre la ville durable est une autre contribution sur ce que le capital fait à la ville, cette fois sous des oripeaux verts. L’auteur ne dénonce pas un greenwashing éhonté ni ne remet en cause la durabilité des réalisations techniques. Les techniques de construction sont moins émettrices, les bâtiments consomment moins d’énergie, Adam le reconnaît mais il interroge les conditions de production de la vie durable, soit les constructions et les écoquartiers dûment labellisées. Revenant aux sources de l’élaboration de l’écologie aujourd’hui dominante, il montre avec Romain Felli (Les Deux Âmes de l’écologie, L’Harmattan, 2008) que la « durabilité » est partout « après avoir escamoté les principes fondateurs du développement durable », un compromis par ailleurs discutable mais qui inclut les dimensions sociale et démocratique dans ses trois piliers.
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lundi, 1 décembre, 2025
Par Aude le lundi, 1 décembre, 2025, 08h54
Clément Sénéchal, Pourquoi l’écologie perd toujours, Points, 2025
Clément Sénéchal a fait paraître l’an dernier au Seuil un pamphlet contre l’écologie bourgeoise et réformiste. Celui-ci sort maintenant en poche, doté d’une postface dans laquelle l’auteur revient sur la réception de son propos. Même si je partage nombre des constats que fait Sénéchal, ancien salarié de Greenpeace, son livre m’a aussi souvent agacée.
L’ouvrage commence sur le récit d’une résignation, une opération de désobéissance civile qui abandonne sa cible, une base militaire en Alaska, avant de l’atteindre car il y a des obstacles et car elle a déjà fait un peu parler d’elle. L’ONG que ce coup d’éclat inaugure, Greenpeace, qui entend comme son nom l’indique lier préoccupations environnementales et pacifisme (et même lutte contre le nucléaire civil ou militaire), sort de cette équipée avec deux orientations : faire une com qui ressemble à de l’action directe sans en avoir les objectifs et s’attaquer plutôt aux grandes causes environnementales susceptibles d’intéresser les donateurs.
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vendredi, 14 novembre, 2025
Par Aude le vendredi, 14 novembre, 2025, 18h01
Giuliano da Empoli, Les Ingénieurs du chaos (2019), Folio, 2023, 240 pages, 8,50 €
J’avoue une curiosité malsaine pour les histoires de conspirationnistes, d’agitateurs fascistes et de manipulations politiques sur Internet. Est-ce une basse vengeance de l’époque où des ravi·es de la crèche me gonflaient dans une revue techno-écolo en s’extasiant devant Facebook qui allait apporter la démocratie dans le monde ? Dès 2009 on avait vu cet outil de mobilisation, à l’époque relativement neutre, scanné par le régime théocratique iranien pour réprimer, profil par profil, une révolte. Dans le principe non plus ça ne marchait pas car savoir n’est pas mobiliser et mobiliser n’est pas gouverner. Bien que les faits m’aient donné amplement raison (« Je vous l’avais bien dit, que Mark Zuckerberg était un capitaliste et pas un fan de démocratie directe »), j’aurais à tout prendre préféré avoir tort, vu l’état actuel du monde.
En attendant, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt le dernier livre de Naomi Klein ou Toxic Data de David Chavalarias et dévoré le podcast The Gatekeepers de Jamie Bartlett. Mais c’est seulement maintenant que je me fade Les Ingénieurs du chaos, en retard d’un livre (mais au prix d’un poche).
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jeudi, 6 novembre, 2025
Par Aude le jeudi, 6 novembre, 2025, 08h11
Jeanne Guien, Le Désir de nouveautés. L’Obsolescence au cœur du capitalisme (XVe-XXIe siècle), La Découverte, 2025, 352 pages, 23 €
La philosophe Jeanne Guien, engagée dans des mouvements écologistes et critiques du consumérisme, prend de nouveau au sérieux, après Le Consumérisme à travers ses objets et Une histoire des produits menstruels (tous deux publiés aux éditions Divergence), l’histoire des objets. Cette fois elle analyse la néophilie, ou culte de la nouveauté, appliquée aux objets et qui justifie leur production à grands coûts écologiques et humains. L’ouvrage est composé de cinq chapitres : le premier sur la circulation et la production de marchandises coloniales, le deuxième sur l’innovation technique, le troisième sur la mode vestimentaire, le quatrième sur l’invention du consumérisme et le dernier enfin sur les produits jetables. Dans chacun d’eux, la philosophe se fait historienne pour tenter de comprendre comment la nouveauté s’est imposée au monde. Je retiens de ces chapitres thématiques plusieurs idées.
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lundi, 20 octobre, 2025
Par Aude le lundi, 20 octobre, 2025, 09h34
Alison Bechdel, Le$$ivée. Un roman comique, traduit de l’anglais (États-Unis) par Lili Sztajn, Denoël Graphic, 272 pages, 28 €
C’est dans les années 1990 que j’ai découvert Alison Bechdel et ses lesbiennes à suivre (dykes to watch out for) à la bibliothèque municipale, dans des petits recueils à l’italienne qui reprenaient ses strips pour des magazines états-uniens alternatifs. Depuis, Bechdel a connu le succès avec Fun Home, une autobiographie sur son enfance qui fait la part belle à son père, prof de lettres et entrepreneur de pompes funèbres (le funeral home du titre). Elle a enchaîné avec C’est toi ma maman ? qui explore cette fois la relation avec sa mère puis Le Secret de la force surhumaine qui rend compte de son addiction au sport, de l’enfance jusqu’à sa vie actuelle dans le Vermont rural (l’État très au nord et très à gauche de Bernie Sanders) avec sa compagne artiste Holly. C’est dans ce cadre-là qu’elle place un nouvel opus autobiographique qui a la volonté d’être aussi une réflexion politique en explorant les questions économiques. La comédie musicale tirée de Fun Home est devenue pour le livre une série télé sur son père empailleur d’animaux mais l’essentiel est qu’elle offre à une artiste un peu underground une aisance matérielle inespérée. Autre volonté de mettre un peu de fiction dans sa vie en BD, Bechdel vit tout près d’une petite ville où se sont installées les « lesbiennes à suivre », toujours en coloc ensemble et à peine vieillies, comme téléportées de leur grande ville des années 1980-2000.
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jeudi, 28 août, 2025
Par Aude le jeudi, 28 août, 2025, 16h20
Des nombreuses parutions des douze derniers mois, certaines ont retenu mon attention mais je n’ai pas trouvé le temps ou le bon angle pour en parler ici. Comme je continue à trouver ces ouvrages pertinents et bien pensés, j’en fais un billet collectif et plus léger, surtout pour vous recommander la découverte. Un mot sur les coulisses de ce billet : j’ai acheté une partie des livres que je recommande ici et j’ai reçu des services de presse pour d’autres, parfois ceux de mes propres éditeurs. Paradoxalement, je ne leur fais pas de traitement de faveur puisque toute l’année c’est les livres d’autres éditeurs que j’ai priorisés pour mes chroniques, moins nombreuses que d’habitude. Dans la lettre mensuelle de ce blog, il m’arrive de faire de très courtes chroniques de ce type ou de signaler d’autres choses que je trouve intéressantes. Pour la recevoir chaque mois, envoyez un mail vide à mensuelle-blog-ecologie-politique-subscribe@lists.riseup.net et suivez la démarche.
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dimanche, 11 mai, 2025
Par Aude le dimanche, 11 mai, 2025, 09h48
Johann Chapoutot, Les Irresponsables. Qui a porté Hitler au pouvoir ?, Gallimard, 2025, 304 pages, 21 €
« Comme on le sait, Hitler a été élu démocratiquement », lisais-je il y a quelques jours à peine dans un article par ailleurs très fin sur la montée du fascisme. Voilà un topos auquel on espère échapper maintenant que l’historien Johann Chapoutot, une référence sur la période nazie, s’est attaqué aux mois qui ont précédé l’accession au pouvoir de Hitler. Il fait commencer cette histoire au 1er avril 1930, jour du discours de politique générale du chancelier Heinrich Brüning devant le Reichstag. Une coalition très large vient de tomber et le centriste Brüning a été nommé par le président Paul von Hindenburg pour mettre la barre à droite. Il promet « une sorte de cabinet technique » et applique une politique économique dure envers les travailleurs, avec le soutien discret du SPD (le parti social-démocrate) qui craint pire encore. Hindenburg, bien plus populaire que brillant (Chapoutot est féroce avec les protagonistes de cette histoire), est malgré tout mécontent que son chancelier doive encore aux sociaux-démocrates de ne pas tomber. Cette figure autoritaire, qui tord la Constitution pour gouverner à coups d’article 48, prérogative présidentielle en principe réservée à un état d’urgence, dissout le Reichstag à l’été 1930, espérant de meilleurs résultats pour son camp alors que le parti nazi vient de faire une percée lors d’élections locales et que le chômage est au plus haut suite à la crise qui vient d’éclater aux États-Unis en novembre 1929. Sans surprise, le Reichstag sort des élections divisé en trois grands camps dont aucun n’est en capacité d’emporter seul une majorité. Brüning garde néanmoins son siège avec des adversaires qui lui abandonnent la responsabilité de sa politique.
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lundi, 14 avril, 2025
Par Aude le lundi, 14 avril, 2025, 19h26
Lauréline Fontaine, La Constitution au XXIe siècle. Histoire d’un fétiche social, éditions Amsterdam, 2025, 272 pages, 20 €
Quand j’étais en 4e ou en 3e au collège, en 1989, un prof d’histoire-géo nous a résumé la Révolution française en quelques phrases : c’était un grand moment d’insurrection populaire vite récupéré par la bourgeoisie, qui n’avait pas oublié de mentionner à l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen le « droit inviolable et sacré » de propriété. C’est à vrai dire dès la deuxième phrase de l’article 1 que ça tourne mal : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Distinctions sociales il y aura donc, justifiées par le texte (qui fait partie du bloc de constitutionnalité de la République) et par une raison très vague. Pourtant, même si une collégienne avait compris le message, les textes constitutionnels font encore et toujours illusion.
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lundi, 6 janvier, 2025
Par Aude le lundi, 6 janvier, 2025, 19h51
The Substance, film de Coralie Fargeat (France, USA, UK, 2024). Avec Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Quaid.
The Substance est un grand film féministe. Non seulement pour son propos sur les relations femmes-hommes et sa misandrie grinçante mais aussi pour ce qu’il dit des relations entre femmes et du féminisme. Et c’est un grand film tout court, très inspiré par le cinéma hollywoodien le plus classique avec une économie de moyens qui évoque beaucoup les films des années 50 de Hitchcock ou Mankiewicz. La scène initiale montre le sort de l’étoile d’Elizabeth Sparkle sur ce qu’on imagine être le Hollywood Boulevard. D’abord ces lettres et cette étoile sont soigneusement mises en place puis célébrées avant de se craqueler devant des passants indifférents. C’est l’histoire d’une star de l’aérobic télévisé en fin de carrière, qui le jour de ses 50 ans apprend qu’elle est virée salement. Le patron est expédié en quelques plans par la cinéaste, visage fatigué cadré de très près alors qu’il se permet un jugement sévère et mufle sur l’âge de la star en passe d’être déchue (il est bien le plus ridé des deux mais il a le privilège de ne pas se voir) ou bouche qui se goinfre de crevettes à la mayonnaise. Coralie Fargeat ne fait aucun cadeau aux hommes. Mecs moches du casting qui épiloguent sur le physique des femmes, voisin qui prend pour acquis qu’il va pouvoir sauter la nouvelle voisine toute fraîche, longue série d’hommes qui se font mielleux devant une jolie jeune femme et qui ne montrent aucune considération devant une de 50 ans.
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samedi, 14 décembre, 2024
Par Aude le samedi, 14 décembre, 2024, 17h27
Avec la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie ont vite surgi en France de nombreuses craintes : et si le groupe islamiste qui a défait le dictateur était encore pire que celui-ci, qui avait au moins l’avantage d’être laïc ? et si cette situation nouvelle entraînait de nouveaux désordres et de nouvelles vagues de migration (vers chez nous, c’est ça le plus grave) ? Je ne sais à peu près rien de la situation actuelle en Syrie et des intentions du groupe qui a pris le pouvoir, encore moins de ce qui pourrait advenir dans les prochaines années et je vais me contenter de me réjouir de la chute d’un dictateur qui a fait torturer des centaines de milliers d’opposant·es, comme son père le fit avant lui. Mais je voudrais quand même rappeler quelques faits qui rompent avec la conviction des Occidentaux qu’ailleurs, et particulièrement dans les pays du Sud global, les sociétés sont par essence moins démocratiques et plus violentes que les leurs (qui ne sont pourtant pas brillantes).
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jeudi, 31 octobre, 2024
Par Aude le jeudi, 31 octobre, 2024, 10h38
Édouard Morena, Paysan, Anamosa, 2024, 112 pages, 9 €
Paysan. La collection « Le mot est faible » propose de « s’emparer d’un mot dévoyé par la langue du pouvoir » et l’ouvrage d’Édouard Morena offre une belle illustration de cette démarche. Après une thèse consacrée à la Confédération paysanne, le politiste s’est consacré à l’étude des acteurs de la lutte contre le changement climatique, et notamment des philanthrocapitalistes (Fin du monde et petits fours, La Découverte, 2023). Il revient pour ce livre à la question paysanne suite au mouvement agricole de l’hiver 2024, qui vit tout un pays célébrer ses « paysans ». Dans l’interprétation de la gauche paysanne, la reprise par le Premier ministre Gabriel Attal du slogan « Pas de pays sans paysan » était une simple récupération, alors que par ailleurs le gouvernement s’engageait dans le soutien à une agriculture de plus en plus capitalisée et concentrée économiquement. Morena propose de refaire l’histoire du mot pour comprendre les affinités de la figure du paysan avec la droite comme avec la gauche, avec les milieux conservateurs comme avec les modernisateurs et les progressistes.
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lundi, 7 octobre, 2024
Par Aude le lundi, 7 octobre, 2024, 08h38
Eugénie Mérieau, Géopolitique de l’état d’exception. Les Mondialisations de l’état d’urgence, Le Cavalier bleu, 2024, 176 pages, 21 €
Après La Dictature, une antithèse de la démocratie ?, dans lequel elle démystifiait les régimes autoritaires et les mythes autour des dictatures, la juriste et politiste Eugénie Mérieau propose de regarder dans l’arrière cour des régimes libéraux à travers la notion d’état d’exception. On a souvent coutume d’évaluer les caractères démocratiques d’un régime au regard de sa Constitution et de la soumission de l’État aux règles du droit. Or, comme Mérieau le montre tout le long de cet ouvrage synthétique, l’État de droit s’est souvent accompagné d’un double moins présentable, l’état d’exception.
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mardi, 1 octobre, 2024
Par Aude le mardi, 1 octobre, 2024, 08h11
Naomi Klein, Le Double. Voyage dans le monde miroir, traduit de l'anglais (Canada) par Cédric Weis, Actes Sud, 2024, 496 pages, 24,89 €
Lors du confinement, en mars 2020, je me souviens avoir bien vite écarté les soupçons d’après lesquels le surgissement du Covid serait dû aux mauvaises intentions de la Chine (ou, plus étrangement, d’Emmanuel Macron), aidée notamment par l’idée popularisée par Naomi Klein dans La Stratégie du choc que les acteurs politiques et économiques les plus puissants n’ont pas besoin de manufacturer des catastrophes pour en profiter. Il leur suffit d’attendre qu’elles arrivent, ce qu’elles ne manquent pas de faire. Je me demandais alors ce que Klein aurait à dire de la période.
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vendredi, 6 septembre, 2024
Par Aude le vendredi, 6 septembre, 2024, 08h36
Irène Pereira, Le Féminisme libertaire. Des apports pour une société radicalement féministe, Le Cavalier bleu, 2024, 136 pages, 18 €
Irène Pereira, autrice de travaux sur l’anarchisme et sur les pédagogies critiques, propose un livre bienvenu sur le féminisme libertaire. Si l’anarchisme et le féminisme sont des mouvements anciens, qu’on peut dater de la deuxième moitié du XIXe siècle, il n’en est pas de même de l’anarcha-féminisme ou féminisme libertaire, qui s’est constitué dans les années 1970. L’anarchisme a pu être féministe (ou pas, le misogyne Proudhon n’a pas été un cas isolé) avant cela, ce que Pereira rappelle à propos de plusieurs autrices et auteurs pour qui le féminisme en tant que tel était un engagement bourgeois mais qui se sont engagé·es en anarchistes pour l’égalité femmes-hommes. Au fil de cette histoire par petites touches de l’anarchisme, et d’un rapide tour d’horizon contemporain, apparaissent quelques questions qui furent objets de discussion d’une période à l’autre : les libertés amoureuses, sexuelles et reproductives, la prostitution.
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jeudi, 25 juillet, 2024
Par Aude le jeudi, 25 juillet, 2024, 12h36
Eugénie Mérieau, La Dictature, une antithèse de la démocratie ? 20 idées reçues sur les régimes autoritaires, Le Cavalier bleu, 2024, 239 pages, 13 €
D’un côté, un gouvernement qui vient d’établir une discrimination entre ses citoyen·nes en fonction de leur origine ethnique et qui entend limiter la capacité de la Cour suprême à faire respecter la Constitution au motif que les juges, contrairement aux député·es soutenant la « coalition d’extrême droite, messianique et ultraorthodoxe » au pouvoir, ne sont pas élu·es et qui s’est vu opposer pendant des mois en 2023 un mouvement social d’une vigueur rarement observée dans le pays. De l’autre, un gouvernement élu en 2006 mais qui l’année suivante opère un coup de force contre son principal opposant dans un État fragile, parfois qualifié de proto-État. Depuis lors, aucune large manifestation de rue, comme celles de 2019 et 2023, n’a réussi à faire bouger le régime. En août 2023, les gouvernements israélien et palestinien de Gaza étaient en guerre contre leur propre peuple qui aspirait à une démocratisation du régime. On connaît la suite.
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