Mon blog sur l'écologie politique

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Tag - Revenu garanti

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dimanche 19 janvier 2020

Le Revenu garanti : une utopie libérale

Le Revenu garanti : une utopie libérale, Aude Vidal, Le Monde à l'envers, 2020, 5 euros, 96 pages

Un extrait

« Allô, madame la ministre ? C'est pour signaler un accident du travail. » En 2019, un compte sur un réseau social interpelle les pouvoirs publics, faisant chaque semaine le décompte morbide des mort·es au travail. Chaque semaine sont mortes entre 4 et 7 personnes, de tous âges, plutôt des hommes dans des emplois ouvriers. Et c'est sans compter les travailleurs et travailleuses qui meurent à petit feu de l'exposition à des polluants dans leur emploi, comme les femmes de ménage ou les petites mains des salons de beauté. Sans compter les personnes qui se suicident sur leur lieu de travail, épuisées par un management féroce générateur d'angoisse ou par la perte de sens de leur métier – en particulier dans le service public. Le travail tue et casse les corps. Même si les politiques « n'adore[nt] pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible » (1), cette pénibilité existe. Elle fait mourir plus tôt les ouvriers que les cadres et baisser leur espérance de vie en bonne santé. Quant aux contreparties, elles sont maigres.

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samedi 14 octobre 2017

Égologie

Ces derniers mois n'ont pas été mes plus productifs, à voir mes publications plus rares sur ce blog. C'est que j'étais occupée ailleurs, à reprendre quelques idées développées ici pour les articuler dans un petit bouquin qui sort ce lundi 16 octobre : Égologie. Écologie, individualisme et course au bonheur.

Grand merci à l'équipe du Monde à l'envers, mes éditeurs, dont Nicolas à qui ce livre doit beaucoup, pas seulement son titre. Merci également pour les relectures et les encouragements à Louison Bobet et Mutines. Merci pour l'inspiration et les repères à Nicolas Marquis et Irène Pereira, dont j'espère ne pas avoir tordu les idées dans tous les sens. Merci à Xavier et à quelques camarades alter-écolo pour avoir accueilli ma critique avec bonne foi, intelligence et générosité (j'espère qu'ils et elles ne seront pas les seul·es !).

mardi 19 septembre 2017

Remplacer l'humain

Nicholas Carr, Remplacer l'humain. Critique de l'automatisation de la société, traduit de l'anglais (États-Unis) par Édouard Jacquemoud, 272 pages, 19 euros, L'Échappée, 2017

Résister à l’automatisation, voilà une entreprise qui semble insensée. Ce serait résister à la logique selon laquelle les investissements dans les machines sont très vite plus rentables que le recours à du travail humain (et que l’argent décide de la marche du monde). Ce serait résister également à notre goût pour l’économie de moyens, une tendance presque naturelle à s’éviter de la peine. Il est toujours possible de s’en désoler à longueur de pages, de la documenter de manière intéressante mais à quoi bon ? Nicholas Carr réussit pourtant à livrer avec Remplacer l’humain un livre passionnant.

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mercredi 28 décembre 2016

Le revenu garanti, une mesure productiviste ?

Un article paru en juin 2016 dans le n°23 de Moins!, journal romand d'écologie politique et qui reprend une partie de ma brochure sur le revenu garanti.

J'ai édité dans mes jeunes années une brochure qui faisait la promotion du revenu garanti : comment « perdre sa vie à la gagner » (1), expliquaient de jeunes écologistes proposant plutôt de rester au lit pour « transformer son temps en bonheur en tranches ». Presque quinze ans après, parmi les rédacteurs et rédactrices de ces textes, beaucoup sont engagé-e-s dans des activités bassement productives et rémunérées : maraîchage, enseignement du français langue étrangère, soin aux enfants handicapés… Il y avait finalement de quoi faire sans pourrir la planète.

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lundi 20 juin 2016

Un travail sans qualité

Autour de moi j’ai pu étonner mon monde en racontant combien je m’étais plus épanouie dans un travail normal que dans les multiples activités bénévoles beaucoup plus intéressantes et riches de sens que je menais et qui m’ont permis de rencontrer des gens formidables. Ça a des airs de paradoxe, que j’aie préféré m’enfermer tous les jours au 7e étage dans une grosse institution à faire un peu de com plutôt que livrer tous les six mois L’An 02, travailler sur On achève bien les éleveurs ou écrire Égologie. Ce sont pourtant trois belles réalisations, pour lesquelles je reçois beaucoup de reconnaissance. Ma production au 7e étage est loin de mériter les mêmes louanges, même si j’ai eu la chance qu’on me glisse un mot d’appréciation. Et pourtant, si je devais choisir une activité pour le reste de la vie, je choisirais le 7e étage – un peu triste tout de même de ne plus avoir le temps de m’impliquer dans des œuvres plus importantes aux yeux des autres et des miens. C’est un mystère, que cette appréciation ne suffise pas à me les faire préférer.

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mardi 5 avril 2016

Porte de la Chapelle

Voici quelques répliques que j'aurais aimé placer au bon moment. « L'AAH ? Mais c'est gé-nial ! » ─ « C'est 800 euros, le montant de ton loyer, alors imagine un peu ma vie. »

« C'est super, d'être au chômage volontaire comme tu fais. » ─ « Nous nous rencontrons pour la première fois et si tu m'avais demandé pourquoi j'étais au chômage, je t'aurais répondu que je ne trouve pas de travail. »


« Toi, tu n'aimes pas travailler. » ─ « Derrière toi il y a un ordi d'occasion qui rame un peu, sur un secrétaire. Je m'y assieds à 7 h tous les matins et j'ai du mal à décoller avant d'avoir répondu à toutes les sollicitations, vers 15 h. Je travaille bénévolement à coordonner une revue qui sort tous les semestres, à solliciter auteur·es et prestataires, avec d'autres bénévoles qui ne font pas leur part du boulot et n'ont jamais envisagé de me rémunérer. » (Celle-là, j'ai réussi à la dégainer à temps.)

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jeudi 17 mars 2016

Contact

Matthew Crawford, Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver, La Découverte, 2016, 283 pages, 21 euros

Il est question d’Emmanuel Kant et de Walt Disney, de philosophie politique et de machines à sous. Crawford manie des concepts philosophiques parfois un peu ardus mais toujours éclairés par des exemples concrets, l’idée étant de comprendre pourquoi, dans un univers toujours plus commode, nous nous trouvons toujours plus désemparés. L’exemple qui m’a le plus frappée est celui des vieux Disney, dans lesquels les personnages sont aux prises avec des objets qui répugnent à leur obéir, au point de sembler animés d’une vie propre : des ressorts qui ne cessent de se détendre, des portes de s’ouvrir… Aujourd’hui, dit-il, les dessins animés de la même firme montrent des personnages béats servis par des machines complaisantes. Je me demande quelles intrigues ce dispositif peut servir. L’absence de conflit, outre qu’elle est assez pauvre politiquement, l’est aussi sur le plan narratif.

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mercredi 14 octobre 2015

Les femmes dans la maison vide

« Mon argent, mon argent, à quoi l’emploierai-je ? Acheter des meubles pour la maison ? Mais je n’y suis jamais dans la maison. À quoi bon l’aménager ? Je ne la connais plus. Acheter de bonnes nourritures, mais je n’ai plus le temps de les préparer comme il faut. Le dimanche ? Ah non, je suis trop fatiguée pour me mettre à la cuisine que d’ailleurs je ne sais plus faire. » Émouvant témoignage d’une femme des années 60 sur la malédiction du travail salarié... Oh no, wait, c’est Jacques Ellul, père de famille, auteur de dizaines d’ouvrages et longtemps salarié à l’IEP de Bordeaux, qui parle. Dans Exégèse des nouveaux lieux communs, le pape de la technocritique consacre quelques pages à l’idée reçue selon laquelle « La femme trouve sa liberté dans le travail » et vole la voix d’une mère de famille pour lui expliquer avec des accents sensibles qu’on ne lui verra plus dans le reste de son œuvre (magie de l’écriture au féminin) qu’elle est mieux soumise à un mari qu’à être harcelée sexuellement par un contremaître, que la maison sans elle est froide et vide (on y reviendra), que les femmes soviétiques sont manœuvres et cantonniers, beurk. Etc.

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vendredi 1 mai 2015

On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (4)

On revient au constat bien connu, à adresser cette fois aux activistes du revenu garanti : examinez d'abord tous les avantages qu'à l'image des hommes Semai vous tirez du travail rémunéré, ça vous aidera à en proposer une critique plus sérieuse.

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jeudi 26 février 2015

Altercapitalisme

Un dossier dans L'An 02 n°7, à paraître fin mars 2015

Goethe a dit quelque part : « Méfiez-vous de vos rêves de jeunesse, ils finissent toujours par devenir réalité ». C’est un peu ce qui est arrivé aux contestataires des années 1970 : le capitalisme a montré qu’il était capable de liquider le paternalisme, l’esprit de sérieux et la morale bourgeoise qui l’avaient caractérisé jusque-là pour donner droit à leurs exigences. Réorganisation de ses structures verticales en réseaux horizontaux, mise en place d’un hédonisme de masse aux accents libertaires… on avait cru mettre un grain de sable dans la machine, on n’avait fait qu’ajouter de l’huile dans ses rouages.

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