Mon blog sur l'écologie politique

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Tag - Libéralisme

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mardi 24 mai 2016

La Démocratie aux champs

La Démocratie aux champs, Joëlle Zask
Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2016
252 pages, 18,50 euros


Dans une tradition où « politique » (du grec polis) et « citoyen » (soit citadin) disent le caractère urbain du fait démocratique, quelle est la place des ruraux et plus particulièrement de la paysannerie ? Le mépris dans lequel ont longtemps été tenu-e-s les paysan-ne-s (1) semble avoir fait obstacle à leur participation politique. Quand les révolutionnaires choisissent le suffrage censitaire et la représentation, deux dispositions anti-démocratiques, l'argument selon lequel le peuple est en grande partie composé de paysan-ne-s trop courbé-e-s sur la terre pour avoir des aspirations politiques un peu élevées légitime la dépossession qui s'opère alors. Joëlle Zask livre donc un ouvrage utile qui redonne ses lettres de noblesses aux personnes qui cultivent la terre, en tant que classe sociale (2) et en tant qu'individus.

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vendredi 20 mai 2016

Limites de la bienveillance

L’an dernier le succès de la notion de bienveillance interrogeait mon mauvais esprit. Depuis, cette notion a pris encore plus de place dans l'espace public. De l'éducation positive au développement personnel, la bienveillance a envahi jusqu'aux discours militants, dans un large spectre qui va des plus radicaux/ales aux bénévoles de la campagne Macron. Certes, écrivais-je, « la bienveillance, ce pourrait être cette manière d'être ensemble sans s'user, sans se faire trop de mal les un-es aux autres, pour continuer à militer, faire venir du monde et ne pas se retrouver avec trois warriors et deux tondus dans des rangs clairsemés ». Mais, alors que l’injonction à la bienveillance devenait omniprésente, j’avais l’impression d’un comportement dont il n’était plus question d’interroger le sens, d'une véritable norme qui n’était plus (seulement) un moyen de renforcer les rangs des militant-es en cultivant entre eux et elles des liens plus positifs, contre l'usure ou contre la violence qui irrigue ces milieux (1). Au nom de la bienveillance, valeur observée à Nuit debout, je notais par exemple qu’il n’était plus possible de huer à l’ancienne un type venu servir un discours de préférence nationale. À quoi servait donc la bienveillance si ce n’était plus une qualité relationnelle à construire entre camarades mais une obligation sociale, un genre de droit humain dû même aux fachos ?

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mardi 12 avril 2016

Le Syndrome du bien-être

Le Syndrome du bien-être, Carl Cederström et André Spicer, traduction Édouard Jacquemoud, L'Échappée, 2016, 168 pages, 15 euros

Préféreriez-vous être riche et en bonne santé ou pauvre et malade ? Bien-être et prospérité économique se conjuguent comme si l'un appelait l'autre, à moins que ce ne soit le contraire. Pendant que des « athlètes d'entreprise » se voient offrir jusqu'à leur poste de travail les conditions matérielles de leur bien-être, tant physique que psychique, les losers de la guerre économique ne pourront s'en prendre qu'à eux-même pour leurs muscles flasques et leur teint blafard. Ce ne sont plus des inégalités criantes, ce n'est que justice…

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vendredi 25 mars 2016

Autonomie, camarade !

Les usages contemporains mettent en avant « une autonomie qui consiste à donner aux individus le sens de l’initiative, tout en leur faisant porter la responsabilité de se débrouiller "librement". […] À contre-courant donc de tout ce qu’enseigne la philosophie politique classique [qui] considère l’autonomie comme une liberté incarnée dans la capacité à se poser des règles, [à] savoir limiter sa puissance »
Lou Falabrac, « Ma mairie est-elle devenue gauchiste ? Quand les élites vantent l’autonomie », L'An 02, n°7, printemps 2015.

Lors des quelques entretiens d'embauche qu'il m'est arrivé de faire, je ne me suis jamais présentée comme une personne « autonome ». Si la question m'est posée, j'explique que j'apprends facilement et que je m'adapte mais certainement pas que je me donne à moi-même ma propre loi, comme c'est le sens du mot « autonomie ». La loi, c'est celle des recruteurs, je l'accepte parce que ça m'arrange mais qu'ils se débrouillent avec leurs scrupules.

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jeudi 17 mars 2016

Contact

Matthew Crawford, Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver, La Découverte, 2016, 283 pages, 21 euros

Il est question d’Emmanuel Kant et de Walt Disney, de philosophie politique et de machines à sous. Crawford manie des concepts philosophiques parfois un peu ardus mais toujours éclairés par des exemples concrets, l’idée étant de comprendre pourquoi, dans un univers toujours plus commode, nous nous trouvons toujours plus désemparés. L’exemple qui m’a le plus frappée est celui des vieux Disney, dans lesquels les personnages sont aux prises avec des objets qui répugnent à leur obéir, au point de sembler animés d’une vie propre : des ressorts qui ne cessent de se détendre, des portes de s’ouvrir… Aujourd’hui, dit-il, les dessins animés de la même firme montrent des personnages béats servis par des machines complaisantes. Je me demande quelles intrigues ce dispositif peut servir. L’absence de conflit, outre qu’elle est assez pauvre politiquement, l’est aussi sur le plan narratif.

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mardi 29 décembre 2015

Gouvernance

Alain Deneault
Gouvernance. Le Management totalitaire
Lux, Montréal, 2013
200 pages, 12 €
et
La Médiocratie
Lux, Montréal, 2015
224 pages, 15 €


Les discussions sur la démocratisation des structures de gouvernement, sur des modalités comme la reddition des comptes, les modes de scrutin plus « représentatifs », le tirage au sort de certaines assemblées, etc. semblent à côté de la plaque à la lecture d’Alain Deneault. Comme si nous retardions de quarante ans. Depuis, la gouvernance a su imposer sa façon d’envisager l’action publique comme un dialogue fructueux, orchestré par l’État, entre ce qu’on appelle les acteurs : vous, moi, à partir du moment où nous sommes concerné-e-s par les projets à mettre en œuvre. Mais aussi (et surtout), dans le cas d’un projet d’aménagement par exemple, Vinci ou Eiffage, qui sont bien les plus concernées au regard des budgets qu’elles vont mobiliser. On comprend mieux les « ratés » de la bonne gouvernance occidentale, les autoroutes et autres grands projets construits contre les textes de loi, contre l’avis des services du ministère et des associations écologistes ou de riverains qui dénoncent le gaspillage d’argent public.

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jeudi 24 décembre 2015

Le chômage, c'est la mort

Il y a quelques temps, une copine me disait combien le travail, c’est la mort. Des suicides sur le lieu de travail (qui arrivent par vagues dans les médias) aux burn-out, de la vulnérabilité que la hiérarchie crée face au harcèlement à la dépossession dont témoignent tant et tant de gens du métier, il semble qu’il n’y ait rien à défendre dans l’organisation du travail aujourd’hui. Est-ce une raison suffisante pour taper dans le dos d’une chômeuse comme moi en la félicitant de ne pas être employée ? Peut-être pas, aussi ai-je répliqué à ma pote que le chômage, c’est la mort.

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vendredi 21 août 2015

Le paradoxe du philosophe

« Chacun devient son propre maître et n'a plus de compte à rendre qu'à lui-même. Le morcellement du lien social isole chaque individu et le renvoie à sa liberté, à la jouissance de son autonomie ou, à l'inverse, à son sentiment d’insuffisance, à son échec personnel. L'individu qui ne dispose pas de solides ressources intérieures pour s'ajuster et investir les événements de significations et de valeurs, qui manque d'une confiance suffisante en lui, se sent d’autant plus vulnérable et doit se soutenir par lui-même à défaut de l'être par sa communauté. Souvent il baigne dans un climat de tension, d'inquiétude, de doute, qui rend la vie difficile. Le goût de vivre n'est pas toujours au rendez-vous. »

David Le Breton, entretien dans Hors-sol n°3, été 2015.

L'une des grandes libertés que nous offre le monde contemporain est de pouvoir choisir les relations plutôt que les subir. Relations amoureuses, amicales (et de voisinage si on a bien cultivé l'entre-soi) ne nous sont plus imposées mais livrées à notre désir et à ses mouvements.

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vendredi 1 mai 2015

On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (2)

L'exigence de solidarité universelle ne peut guère donner lieu à d'autres actes qu'à celui, pour l'individu, de se défausser de ses responsabilités au profit d'institutions (l’État, les ONG, etc.) censées s'en charger à sa place. Si l'on veut que les individus cultivent eux-mêmes la solidarité, ce sera forcément dans le champ limité des gens avec lesquels ils sont en rapport.

Aurélien Berlan, La Fabrique des derniers hommes. Retour sur le présent avec Tönnies, Simmel et Weber, La Découverte, 2012.

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lundi 6 avril 2015

Cher ami proféministe

Tu trouves que les femmes sont des hommes comme les autres et qu’Éric Zemmour ou Alexis Escudero (ça dépend de ton niveau de conscience politique) écrit de la merde, ce que tu ne manques pas de signaler à très haute voix. Tu essaies d’être le gars sympa avec nous autres les meufs et quand parfois tu as un peu de recul sur les questions de genre tu tentes de ne pas tomber dans l’écueil du chevalier blanc, cette figure du mec qui accorde une aide condescendante, parce qu’il est un mec et a les ressources, et jouit de la situation de pouvoir que ça entraîne. Parce que c’est super gratifiant, d’être proféministe. Tu es l’avant-garde politique de notre temps et en plus ça te donne la possibilité de t’épanouir en testant les larmes, la tendresse ou la jupe l’été. Non seulement ça sert à te distinguer de la plèbe viriliste, devant les autres gars et devant les meufs, mais en plus c’est un gros atout dans une démarche de développement personnel. Le proféminisme, comme le militantisme écolo, maximise le plaisir d’un parcours de vie au masculin. Sauf à préférer la Kro à la ch’tite bière bio brassée par les potes.

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