Mon blog sur l'écologie politique

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dimanche 19 janvier 2020

Une écologie des riches

C'est une affirmation à tempérer mais, sans attendre des politiques de transition écologique, nous avons dès maintenant la possibilité et la responsabilité de baisser notre impact sur l'environnement en adoptant quelques bons principes de vie : choisir les mobilités douces, acheter des produits bio tant alimentaires que cosmétiques, d'entretien ou textiles, trier ses déchets, rénover sa maison avec des matériaux écologiques, habiter un logement pas trop grand, produire moins de déchets en utilisant des objets réutilisables et des aliments en vrac et moins transformés, moins chauffer son logement, ne jamais prendre l'avion. J'en oublie peut-être…

Ces quelques principes semblent opposer des classes conscientisées de centre-ville (qui vivent assez près de de leur emploi pour y aller à vélo, ont les moyens de manger bio, peuvent assumer les surcoûts de certaines pratiques de consommation quand il faut choisir un produit plus écologique) à ces classes populaires qui se sont insurgées l'hiver dernier à propos d'éco-taxes sur le diesel, lesquelles sont dépendantes de la voiture, n'ont pas les moyens de faire entrer dans leurs critères de consommation les questions écologiques et le voudraient-elles vraiment ? Il est une idée qui s'impose d'après laquelle cette écologie des ménages, qui constituerait notre principale marge de manœuvre pour faire changer radicalement nos sociétés, appartiendrait au registre d'une classe sociale, éduquée et à l'aise financièrement (1) pendant que les autres sont au mieux captives, au pire rétives.

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mardi 24 décembre 2019

L'Illusion du bloc bourgeois

L'Illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du modèle français, Bruno Amable et Stefano Palombarini, Raisons d'agir, 2018, 256 pages, 10 €

Apprenez-moi quelque chose que je ne sais pas encore… Voilà un livre qui ne répond pas tout à fait à cette demande, puisque nous avons tou·tes en tête la séquence politique qui commence avec l'accession de la gauche au gouvernement en 1981 et se continue aujourd'hui avec la présidence Macron. Ces chemins sont rebattus depuis bientôt quatre décennies. Il n'empêche, Amable et Palombarini reviennent dessus avec une hypothèse intéressante et force détails convaincants.

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vendredi 20 décembre 2019

Des vies inhumaines

Les vies que nous menons depuis deux semaines, pour celles et ceux qui sont tributaires de transports en commun en grève, ont fait apparaître l'inhumanité de nos vies – en particulier en région parisienne. Nous naviguons d'habitude sans trop de mal (encore que sans goût et sans aisance) dans des espaces surdimensionnés, qui ne sont pas à taille humaine. Cela ne nous était peut-être jamais apparu avec autant de clarté qu'il y a deux semaines. À combien de kilomètres vivons-nous de notre travail – ou travaillons de notre domicile ? Certes la durée est aussi une expérience sensible mais ces 15 km qui se faisaient en 50' sans y penser ont pris une réalité particulière et sont devenus impossibles à surmonter. Il en est qui ont tenté l'aventure les premiers jours et ont marché deux heures et demie à l'aller, autant au retour, pour satisfaire à leurs obligations. D'autres ont découvert le vélo dans les pires conditions : la masse critique est là mais les équipement sont dimensionnés pour 5 % de cyclistes et les voitures se pressent encore plus nombreuses et conduites par des personnes encore plus énervées que d'habitude. Cette vie-là est un petit enfer. Même à vélo, même à 3,5 km de mon lieu de socialisation principal, je n'ai encore trouvé aucune puissance dans cette nouvelle vie, hors les manifestations.

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jeudi 5 décembre 2019

À vélo, les préjugés tuent

Le poing qui illustre ce billet est une contribution au mouvement social qui démarre en ce jeudi 5 décembre 2019. (Merci Agnès.)

Souvent je dis « pardon » ou « merci » quand je croise sur la route des personnes attentionnées. Et parfois je me comporte comme une merde. Et pourtant, c'est seulement quand je suis à vélo qu'on m'engueule. Pas quand je n'ai pas bien regardé avant de traverser en-dehors des clous ou que je bouscule d'autres piéton·nes par inattention ou parce que je marche trop vite. Comme si être urbain·e en ville était une affaire de mode de transport : les cyclistes seraient par essence grossier·es et dangereux/ses, les autres des modèles de civisme. Qu'on se plaigne d'avoir été mis·e en danger par un conducteur de car qui nous engueule ensuite car on ne roulait pas sur la piste cyclable (1), et on prend pour tou·tes les autres cyclistes de la terre. Qu'on commente un accident dans lequel un·e cycliste a été blessé·e et on entend ces « Oui mais les cyclistes roulent n'importe comment » qu'on n'ose plus dire à propos des femmes agressées (« Oui mais elles le cherchent bien »). Les cyclistes rouleraient de manière délictueuse et n'auraient que ce qu'elles et ils méritent en cas d'accident.

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mardi 3 décembre 2019

La Révolution féministe

La Révolution féministe, Aurore Koechlin, Amsterdam, 2019, 170 pages, 12 euros

Aurore Koechlin est une jeune chercheuse en sociologie du genre qui livre ici un premier livre prometteur, à la fois petite histoire du féminisme et réflexion sur les perspectives du mouvement. C'est ambitieux… mais c'est réussi. L'ouvrage commence avec une quarantaine de pages consacrées à l'histoire des mouvements féministes, les trois fameuses vagues : mouvements suffragistes au début du XXe siècle, libération des femmes dans les années 1970 (pour la France), mouvements d'inspiration queer ou black feminist enfin, le tout assez centré sur la France mais à l'écoute des autres mondes qui contribuent à la fabrication du féminisme hexagonal. L'autrice poursuit en nous apprenant qu'une quatrième vague est en train de se former. Elle en dresse les contours, en reprend la principale question à ses yeux, celle de l'exploitation des femmes en tant que classe mais appartenant également à d'autres, et propose une stratégie féministe capable de passer entre quelques écueils pour prendre nos maux à la racine.

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dimanche 1 décembre 2019

Les Besoins artificiels

Les Besoins artificiels. Comment sortir du consumérisme, Razmig Keucheyan, La Découverte, « Zones », 2019, 250 pages, 18 euros

Depuis quelques années le Black Friday, ce lendemain de Thanksgiving dévoué à la consommation, donne lieu en France à des soldes frénétiques. L'édition de 2019 a été également l'occasion de nombreuses actions de sabotage, dans le monde comme ici. L'impact écologique et social de la fièvre acheteuse est connu, régulièrement dénoncé. Le Buy Nothing Day du magazine Adbusters, dernier samedi de novembre, a longtemps été marqué d'une pierre blanche dans l'agenda des militant·es de la décroissance, un jour dédié à des actions de sensibilisation dans les temples de la consommation. Mais l'urgence climatique toujours plus pressante, la part croissante de la vente en ligne et de ses conséquences sociales et écologiques, tout ça a donné cette année des actions directes plus radicales, souvent menées dans les magasins plutôt que dans les nœuds logistiques. Cette orientation, côté consommation plutôt que production, a suscité quelques malaises : « Le Black Friday, c'est l'occasion pour des classes moins aisées de payer des cadeaux pas trop chers à leur petite famille », ai-je entendu ici ou là. L'urgence écologique, oui, mais acheter pour Noël (1) est un besoin qui doit être pris en compte. Peut-être est-ce là un de ces besoins artificiels à remettre en cause ? Et comment ?

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vendredi 29 novembre 2019

Une critique anarchiste de la justification de la violence

Collectif Désobéissances libertaires, Une critique anarchiste de la justification de la violence, Atelier de création libertaire, Lyon, 2019, 144 pages, 8 euros

Suite au succès du livre de Peter Gelderloos Comment la non-violence protège l'État (Libre, 2018), des anarchistes non-violents rentrent dans le débat. Ce petit livre est bizarrement fichu : deux textes de réfutation de Gelderloos, avec quelques redites, quelques éléments d'histoire de la non-violence, deux contributions sur les black blocs de 2018 en France, soit des textes militants épars, produits dans un contexte donné qui n'est pas toujours celui du livre… Gelderloos avait justement bien ordonné son propos : la non-violence est inefficace, raciste, étatiste, patriarcale, stratégiquement inférieure et illusoire. Ici il faudra chercher dans le désordre la réfutation de ces différentes prises de position. Puisqu'au fond le succès de Gelderloos témoigne de la mauvaise presse qu'a la non-violence dans les milieux anti-autoritaires, on peut regretter que l'argumentaire qui la défend ne soit pas présenté et déployé dans un seul texte plus clair mais cet ouvrage a le mérite d'être riche et varié.

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lundi 25 novembre 2019

Sorry We Missed You

Sorry We Missed You, un film de Ken Loach (Royaume-Uni, 2019)

« Sorry we missed you », c'est cette note qui vous attend quand vous avez raté le passage du colis que vous avez commandé sur Internet. Ricky, le héros du dernier Ken Loach, est un travailleur indépendant qui travaille pour une compagnie de transports de colis. Il sillonne les rues des Newcastle pour livrer à des particuliers des colis, plus ou moins gros, plus ou moins urgents. Des achats sur Amazon ou une autre plate-forme de vente en ligne aussi bien que des repas, des colis à livrer dans la journée et d'autres dans une fourchette d'une heure. Il a acheté sa camionnette pour ne pas la louer à l'entreprise qui lui donne ses missions et passe sa journée pressé par un objet connecté (à la fois scanner, téléphone, GPS) qui bippe quand il quitte le camion plus de deux minutes. Sur le papier, l'entreprise donneuse d'ordres est sa cliente. En vrai, vu le dispatcher qui est toujours sur son paletot, la boîte ressemble étrangement à un employeur, aussi exigeante et peu accommodante que les pires petits patrons décrits par le cinéaste anglais.

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mardi 19 novembre 2019

Cause animale, cause du capital

Cause animale, cause du capital, Jocelyne Porcher, Le Bord de l'eau, Lormont, 120 pages, 12 €


Make the world a better place… Rendre le monde meilleur, c'est l'objectif bien connu des start-ups qui préparent des initiatives disruptives permettant au capitalisme d'effectuer les transitions nécessaires à sa survie – malgré les trous qu'il creuse et les impasses qu'il emprunte. Jocelyne Porcher n'y va donc pas par quatre chemins et peint pour introduire son ouvrage le paysage économique et financier de la « viande » in vitro ou « viande » de culture cellulaire, cette innovation qui devrait permettre à terme de cesser de manger des animaux. Ce qu'on appelle « agriculture cellulaire » semblait fou il y a encore quelques années mais le kilo de « viande » cultivée en labo à partir de cellules animales devrait dans les mois qui viennent être assez bas pour que le steak in vitro apparaisse dans les restaus branchés (1). Suite à ce premier chapitre, la sociologue, spécialiste de la relation humain-animal, déplie son propos : d'où vient que c'est aujourd'hui que surgit cette préoccupation massive pour le bien-être des animaux ? C'est parce que les alternatives aux productions animales industrielles (responsables de la pollution des eaux et de l'air, de l'emprise sur les terres via l'aliment du bétail, de problèmes sanitaires et qui accessoirement ont des rendements économiques en baisse), ces alternatives sont prêtes.

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mercredi 18 septembre 2019

Mjólk

Mjólk de Grímur Hákonarson, sortie le 11 septembre 2019 en France

En France, parmi les géants de l'agroalimentaire se trouvent en bonne place des coopératives, dirigées par des paysan·nes pour des paysan·nes mais qui mènent des politiques peu favorables à une majorité de leurs adhérent·es. Comment donc les coopératives agricoles en sont-elles arrivées là ? (Pourquoi sommes-nous gouverné·es par des élu·es menant des politiques défavorables à une majorité de l'électorat, sans mentionner les générations futures ?)

Inga et son mari sont un couple d'éleveurs laitiers dans un coin perdu d'Islande. Elle assure les vêlages avec un bon coup de poignet. Lui complète le maigre revenu de la ferme en conduisant un camion. Les deux se battent pour tenir leur ferme à flots. Équipé·es d'un robot de traite avec d'efficaces capteurs optiques de mamelles qui leur évite d'interagir chaque jour avec leurs bêtes, ils passent plus de temps avec leurs machines. Dans sa cabine de pilotage, elle consulte son Facebook l'air éteint. Lui ne va pas mieux et quand son camion sort de la route une nuit, on découvre qu'il pourrait s'agir d'un suicide…

La perte de son mari déclenche chez Inga une belle colère et cette femme qu'on croyait éteinte, dont on distinguait à peine les traits, se révèle, y compris aux spectateurs et spectatrices. Pour elle, c'est la coopérative qui est responsable de la course de rats qu'on leur a fait mener, du suréquipement et du chantage pour rester économiquement dépendant·es de la coop. La coop aurait même demandé à son mari de signaler chaque livraison de produits achetés ailleurs que chez elle, faisant de lui l'espion de ses collègues… Le président, un éleveur de chevaux qui passe plus de temps en costard, récuse ses accusations (qu'elle a publiées sur Facebook) et explique à Inga les bases de l'engagement coopératif : se serrer les coudes entre paysan·nes, faire vivre le tissu local, etc. Elle reprend ces belles paroles lors d'une AG des producteurs laitiers : à la fin du XIXe siècle, les paysan·nes du coin se sont doté·es d'un bel outil pour être indépendant·es de la tutelle danoise et pour vivre mieux mais cet outil est aujourd'hui cassé.

Dans son précédent film Béliers, Grímur Hákonarson mettait en scène deux frères fâchés à mort sur fond d'épidémie ovine et de prophylaxie agressive (un animal malade et tout le troupeau doit être abattu). Ce nouvel opus met toujours en scène les conditions socio-économiques du désarroi des éleveurs et les personnes qui le vivent, dans toute leur singularité. Ici une femme qui redonne du sens à sa vie et qu'on accompagne à la fin du film, chantonnant sur une vieille chanson pop à la radio qu'une nouvelle vie commence et que cette fois ce sera bien la sienne. Pas celle de la coop.

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