Mon blog sur l'écologie politique

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> La petite bourgeoisie s'amuse

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jeudi 1 octobre 2015

Écologie : la petite bourgeoisie s’amuse

Un texte paru au printemps 2015 dans L'An 02 n°7, dans le dossier « Altercapitalisme ».

« La petite bourgeoisie intellectuelle dans son ensemble se trouve dans une position sociale paradoxale et est traversée de contradictions, qui se retrouvent sur le plan politique et idéologique. C'est également en son sein que s'épanouissent ainsi les pensées et les pratiques alternatives, qu'elles soient autogestionnaires, écologistes ou féministes et queer. Comme la petite bourgeoisie traditionnelle, elle est dominée par la bourgeoisie tout en étant exploitée dans son travail et en subissant la dégradation des conditions de travail imposée par le capitalisme néolibéral, mais elle perçoit aussi une rémunération supérieure à la seule reproduction de sa force de travail, une sorte de rétrocession partielle de la plus-value capitaliste, qui témoigne de sa participation à l'exploitation des classes populaires. En outre, si les niveaux de revenu en son sein sont très variables, la petite bourgeoisie intellectuelle est dominante sur le plan culturel. »
Anne Clerval, Paris sans le peuple. La Gentrification de la capitale, La Découverte, 2013, p. 41.


L’écologie a politisé de nombreux aspects de la vie quotidienne : rythmes et cadre de vie par exemple. Mais quand l’écologie urbaine se contente d’améliorer la qualité de vie dans les quartiers centraux, y ramenant des classes aisées appréciées des décideurs, elle accompagne des phénomènes de domination socio-économique. La bonne conscience en plus.

Poursuivre la lecture sur le site de L'An 02.

vendredi 21 juin 2013

Des droits et des devoirs

La petite bourgeoisie s'amuse n°4

La petite bourgeoisie, communément appelée classe moyenne, c'est cette classe sociale qui, privée de pouvoir économique, n'est pas responsable de l'abjection ambiante mais profite toutefois de ses retombées. Une classe sociale repue de droits et qui ne se reconnaît aucun devoir.

Puisque c'est dans ces termes que j'ai posé ma critique de la petite bourgeoisie, il est temps aujourd'hui de se pencher plus en détail sur la notion de droits et de devoirs, qui me semble centrale pour décrire son rapport au monde. Et cela à travers l'entrée que constitue le code de la route, si si.

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vendredi 17 mai 2013

Le voyage, un droit humain ?

La petite bourgeoisie s'amuse n°3

La petite bourgeoisie, communément appelée classe moyenne, c'est cette classe sociale qui, privée de pouvoir économique, n'est pas responsable de l'abjection ambiante mais profite toutefois de ses retombées. Une classe sociale repue de droits et qui ne se reconnaît aucun devoir. Voyage au pays de la petite bourgeoisie, par une déclassée, en trois temps : militer, faire soi-même, voyager.


Il existe en anglais une expression (well travelled) qui considère qu'on peut être « bien voyagé » comme on est bien éduqué ou bien formé. En français on ne dit pas le contraire : « Les voyages forment la jeunesse ». Et de fait, connaître un seul exemple de société, de même que connaître une seule langue, n'aide pas à la comprendre. On est plus provincial quand on ne quitte jamais Paris que quand on habite « en région » et qu'on va régulièrement à la rencontre d'ami-e-s ou de collègues à Marseille ou Nantes. Allons plus loin : le tourisme a la vertu de protéger un patrimoine naturel ou bâti jugé peu précieux à un moment de leur histoire par certaines sociétés (1) et (1b). Et le voyage nous met dans une bonne volonté culturelle souvent inédite, renouvelant (comme une expo temporaire bien médiatisée) notre intérêt pour les musées et les monuments historiques.

Mais n'accorde-t-on pas au voyage une fonction plus prestigieuse que toutes les autres activités qui sont censées nous élargir l'esprit ? Et n'accorde-t-on pas à tous les voyages des vertus qui sont l'apanage de certains d'entre eux seulement ?

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jeudi 28 février 2013

Entre Castoriadis et Castorama : le do-it-yourself et les méprises du projet d'autonomie

Texte repris ici (en mieux !) pour publication dans Offensive n°38.

J'écrivais il y a quelques semaines un coup de gueule sur les excès d'un certain do-it-yourself (ou DIY, en anglais bricolage, en français le terme et les pratiques ont un sens plus politisé). Suite à quelques échanges intéressants, je pense pouvoir reprendre mes arguments et continuer le débat en mettant le doigt sur quelques points.

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dimanche 30 décembre 2012

Un militantisme à échelle humaine, ou en résonance avec l'individualisme ambiant ?

La petite bourgeoisie s'amuse n°1

La petite bourgeoisie, communément appelée classe moyenne, c'est cette classe sociale qui, privée de pouvoir économique, n'est pas responsable de l'abjection ambiante mais profite toutefois de ses retombées. Une classe sociale repue de droits et qui ne se reconnaît aucun devoir. Voyage au pays de la petite bourgeoisie, par une déclassée, en trois temps : militer, faire soi-même, voyager.

Il semble entendu que tout ce que l'on peut faire gratuitement, pour la cause ou pour la collectivité, est un cadeau, et que tout ce que fait un-e bénévole soit digne de louanges éternelles. Mais est-ce un cadeau, vraiment, de s'engager sur une mission qu'on n'assurera pas, ou pas bien ? De contribuer aux dysfonctionnements d'un groupe, laissant aux autres le soin de rattraper le boulot mal fait en chargeant leur barque ? Les disponibilités des un-e-s et des autres semblent avoir toute légitimité pour clore la remise en cause d'une défection : « je n'ai pas le temps, je ne peux pas faire mieux », c'est trop souvent l'alpha et l'oméga du dialogue entre une organisation et ses membres. On entend plus rarement « je ne peux pas, comment est-ce qu'on peut s'organiser autrement ? »

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dimanche 20 novembre 2011

Pourquoi n'avons-nous pas une gauche de gauche ? (Parce que nous ne la méritons pas)

Entre le PS et ses électeurs/rices, c'est le désamour : le parti ne fait pas une politique de gauche, une politique en rupture avec la doxa néolibérale qui s'est emparée de l'Europe à la fin des années 1970. Chaque élection est celle du changement qui change, de la nouvelle chemise qu'on essaiera quelques années, parce qu'elle nous promet que tout sera différent, avant de la jeter par déception. Cette année l'Italie bascule à gauche pendant que l'Espagne bascule à droite, les deux pays, qui sont dans la même situation socio-économique, pour les mêmes raisons. L'alternance ne change rien, elle n'est que le signe du malaise.
Pourtant nous savons que les membres du PS sont porteurs/ses des mêmes aspirations que nous, qu'ils et elles partagent des valeurs d'égalité (non, pas d'égalité des chances, tout le monde sur la ligne de départ et si tu loupes la course tu n'as plus rien), qu'ils et elles apprécient le service public (rendu à chacun-e sans considération pour ses moyens ou sa situation géographique). Alors pourquoi renier constamment ces valeurs, pourquoi laisser les inégalités exploser depuis trois décennies, pourquoi ne pas apporter une réponse de gauche à la crise ?

Effet de rente

La petite boutique électorale nous donne l'impression d'être un marché où l'offre politique rencontre la demande, processus équitable et honnête où chacun-e doit trouver son compte. D'ailleurs même les perdant-e-s ne le mettent pas en cause. Mais dans ce marché, tout biaise la concurrence entre les idées politiques. D'abord le système électoral, qui oblige un parti qui pèse 15 % lors d'élections à la proportionnelle à dépendre de ses alliances politiques (avec un parti à 25 %) pour s'assurer péniblement d'avoir 0,7 % des sièges à l'Assemblée. Ensuite la personnalisation de la politique, qui rend moins audible les idées et les fait passer derrière le langage, la façon d'être des candidat-e-s. Les biais ne s'arrêtent pas là, ils tiennent aussi à l'imaginaire autour de l'offre politique.
Aussi attirante et sympathique soit l'offre d'un petit parti, aussi forte soit notre envie de rupture, au fond nous avons peur de changer, comme la France pompidolienne ou giscardienne se faisait des frayeurs en pensant que le mouvement post-68 allait tôt ou tard porter Mitterrand au pouvoir. Nous ne risquions rien de moins que l'effondrement économique et sociétal. Vu de loin, ça fait sourire. Mais rien n'a changé, nous avons trop peur de l'alternative pour lui donner sa chance.
C'est une véritable rente sur lesquelles sont assises les formations politiques qui ont comme le PS prouvé qu'avec elles, tout peut changer parce qu'au fond rien ne changera. Si la petite boutique électorale était un marché, ce serait deux hypermarchés en concurrence et quelques échoppes en bois adossées à leurs flancs, dans lesquelles on ose quelques achats avant d'aller pousser le caddie là où il y a tout ce qu'il faut. Pourquoi mettre cette rente en danger en mettant en œuvre des idées de gauche audacieuses alors qu'il est si facile de simplement les montrer pendant la campagne ?

L'élection, un processus aristocratique

La représentation a été inventée à la fin du XVIIIe siècle non pas pour contourner la difficulté d'un corps de citoyens trop large, trop étendu géographiquement. Il aurait été aussi facile de recourir également au tirage au sort, ou bien d'encadrer l'élection avec des mandats impératifs ou la révocabilité des élus. Non, la représentation a été mise en œuvre pour filtrer la parole du peuple, ou disons la « traduire », à travers des personnalités choisies, sélectionnées.
Le phénomène est aussi vrai dans les partis, où d'une base informe se dégage une élite éclairée, assise sur son statut social (celui d'énarque par exemple, mais ce n'est pas la seule expertise reconnue) ou sur son habileté à manœuvrer jusqu'au sommet de la pyramide. Cette sélection des personnes est aussi sélection des idées et des pratiques. Même si la base du PS peut douter que la France ait raison d'encourager la production d'énergie nucléaire quand les autres pays se tromperaient en l'abandonnant ou en ne lui accordant pas tous leurs crédits, l'élite du PS n'en démord pas, et la même contradiction se retrouvera entre les aspirations du peuple, maintenant globalement opposées à l'énergie nucléaire, et le choix qu'il aura au second tour entre un candidat activement pro-nucléaire et un candidat qui tente de cacher qu'il souhaite que la France reste aussi nucléarisée. Électrons, piège à cons ?
Concernant les grands choix socio-économiques acceptés par les élites du PS avec le consensus néolibéral, il faut aller chercher plus loin que la morgue d'une élite qui sait ce qui est bon, qui sait que construire une autoroute vaut mieux que d'encourager les transports en commun, qu'une voie nouvelle de TGV vaut mieux qu'un aménagement des lignes sur lesquelles passent les TER, qui arbitre systématiquement en faveur du neuf, qui va vite et coûte cher (ce n'est plus un coût mais un investissement pour l'avenir) aux dépens de solutions plus économes et plus écologiques. Même si ces choix politiques sont ceux d'une autre ère, celle où on irait un jour passer le w-e sur la Lune, nos bons pères de famille savent ce qui est bon pour nous, croissance plutôt que ménagement du milieu naturel, mondialisation plutôt que protectionnisme. Et nous peinons à les démentir. La mondialisation, qui désormais dicte sa loi et fait la météo, n'est pas le résultat d'un complot international des élites politiques pilotées par l'oligarchie économique, c'est un choix effectué par nos élites... pour servir nos intérêts.

Avons-nous vraiment envie de ne plus manger le monde ?

La division du monde en différentes zones de production, en concurrence les unes avec les autres et qui échangent leurs produits à bas coûts (ni les transports ni les tarifs douaniers ne sont prohibitifs), a détruit en France un tissu industriel capable de nous fournir il y a encore trente ans les chaussures et les vêtements, les objets de la vie quotidienne, les équipements des usines qui fabriquent tout cela. Cette même division nous permet de continuer à grignoter les terres les plus fertiles du pays pour assurer l'étalement de la ville, aux dépens de notre capacité à nous nourrir tou-te-s dans les territoires que nous habitons. Mais c'est cette division-là qui nous permet de porter des vêtements bon marché, des produits électroniques fabriqués pour trois fois rien.
Considérons un peu le prix des objets dont nous nous entourons, et imaginons leur coût s'ils étaient fabriqués par des smicard-e-s bien françai-se-s. Avec un même salaire nous ne pourrions plus nous offrir autant d'objets si indispensables à la vie moderne, adieu i-phone, adieu pèse-personne électronique, adieu lecteur Blu-ray, adieu pompes de randonnée, adieu vacances en Thaïlande ou au Maroc.
Les élites politiques savent mieux que nous ce que nous voulons... Elles ont fait un arbitrage en faveur des consommateurs/rices que nous sommes, et nous n'avons pas eu d'autres réponse que « nous voulons le beurre et l'argent du beurre, l'aisance des consommateurs/rices et la protection due aux producteurs/rices » (1). Après les réunions de la gauche de gauche, nous n'avons aucun scrupule à nous montrer sur nos smartphones les photos de snorkling dans la mer Rouge, tandis que nous en aurions bien plus à ne pas venir à la manif de mardi contre la disparition de nos acquis sociaux.
Cet arbitrage néolibéral imposé par les élites politiques, « à l'insu de notre plein gré », nous sommes encore incapables de le remettre en cause véritablement. Est-ce que la merde qui nous attend fera mûrir plus vite notre pensée politique ? On pense décidément mieux quand on n'est pas en pleine digestion d'un repas trop copieux...

(1) Lire à ce sujet « Supermarchés et pouvoir d'achat : avec Sarko, je positive ! » dans ma brochure « Les structures mentales de la France d'après ».