Mon blog sur l'écologie politique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 2 avril 2020

État d'urgence ridicule

Savez-vous comment remplir l'attestation qui vous permet de mettre un pied dehors ? La question se pose car les verbalisations fusent. L'attestation en question peut être recopiée à la main (à l'encre indélébile) car nul·le n'est censé·e avoir une imprimante à la maison. (Rappelons que recopier est une gageure pour les illettré·es, les dyslexiques ou les migrant·es qui ne sont pas alphabétisé·es en français mais dans d'autres systèmes d'écriture.) Il n'y a pas d'obligation à recopier chacun des motifs de sortie, seulement celui qui vous concerne. Texte complet, avec vos données personnelles, daté, horodaté et signé. Basta. Mais être en règle ne suffit pas et certain·es sont verbalisé·es (déjà 55 millions d'euros d'amendes !), pour la raison que l'attestation a été rédigé à la main ou que les cinq motifs n'ont pas été tous recopiés… justifications qui ne tiennent pas en droit. Il faudra rendre des comptes quand ce sera fini, gardez vos procès verbaux. #OnOublieraPas

Lire la suite...

lundi 30 mars 2020

Besoin d'être ensemble, nécessité de dire non

Le besoin d'être ensemble qui nous caractérise, nous humain·es grégaires, s'exprime d'autant plus fort que nous sommes tenu·es à des mesures de confinement en cette période de pandémie. Il trouve tous les moyens de s'exprimer : on appelle les personnes qu'on aime ou dont on sait qu'elles sont les plus seules et vulnérables, on communique maladivement sur les réseaux sociaux et les moyens les plus inventifs sont trouvés pour être ensemble à distance : applaudissements depuis chez soi pour les soignant·es à 20 h chaque soir, bougie à la fenêtre pour une fête chrétienne. On a tellement envie d'unanimité que Macron a remonté dans les sondages, prenant 50 % de points en plus, après son discours de mobilisation. Une chèvre aurait fait l'affaire, peut-être même beaucoup mieux : aucune chèvre n'a lutté contre les soignant·es pendant les mois précédant la pandémie de coronavirus pour leur imposer une énième baisse des moyens de l'hôpital public.

Lire la suite...

samedi 21 mars 2020

Une surcouche d'injustice et de violence

Le 6 mars, monsieur le président se rendait au théâtre. On n'allait pas se laisser abattre : « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie. » Cinq jours plus tard, il en remettait une couche : « Nous ne renoncerons à rien. Surtout pas à rire, à chanter, à penser, à aimer. Surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été. Surtout pas à la liberté. » Deux jours après cette sortie rappelant la grandeur de notre civilisation, avant tout celle des loisirs marchands, Macron posait les bases de notre nouvelle vie : rassemblements interdits, contacts physiques limités (mais pas la peine de porter un masque, d'ailleurs on n'en a pas), privé·es de sorties sauf pour les activités vitales (les courses, la promenade du chien, le kilomètre de marche pour ne pas perdre la main, aller bosser dans une usine produisant des biens pas spécialement vitaux en temps d'épidémie). Y'a pas à dire, le type voit la fin du monde arriver avec plus de clairvoyance que Jojo et les Gilets jaunes qui, elles et eux, ont vite compris à quel point les luttes écologistes et démocratiques étaient aussi les leurs…

Lire la suite...

vendredi 13 mars 2020

Se soigner tout·es pour se soigner mieux

Les soins de santé en France sont en grande partie pris en charge par un système d'assurance collectif financé par les cotisations des un·es et des autres et étendu à leurs proches. Il semble donc justifié par certain·es d'en exclure les migrant·es qui n'ont pas encore cotisé : résidant depuis moins de trois mois, en séjour irrégulier, etc. C'est une revendication assez commune à droite et elle a été mise en œuvre par les fameuses lois Pasqua en 1993. Ce n'est pas sous des gouvernements d'extrême droite que le ministre de Jacques Chirac puis d'Édouard Balladur a fait refuser l'accès à l'Assurance maladie pour les personnes en séjour irrégulier.

Lire la suite...

dimanche 1 mars 2020

Chemins de fer et colonisation

S'il est une chose bien matérielle que les pays occidentaux pensent avoir apportée aux pays qu'ils ont colonisés, c'est les chemins de fer. « Rendez-vous compte, grâce à nous ! » nous disent celles et ceux qui malgré des années passées sur les bancs des écoles, collèges et lycées, ignorent tout un pan de l'histoire de leur pays, celui qui concerne sa relation avec une partie du monde qu'il a tenue sous sa dépendance coloniale. Rien que ça. Cette histoire compte pour comprendre le monde d'aujourd'hui mais notre ignorance à ce sujet est assez crasseuse. Alors si vous ne la connaissez pas bien, plongez-vous dedans, d'autant qu'il est d'autres manières de s'instruire, plus agréables que des cours magistraux. Dans Terre d'ébène, son livre de reportages en Afrique de l'Ouest constamment réédité depuis 1928, Albert Londres rappelle que le chemin de fer Congo-Océan n'a pas été construit par la métropole mais par le travail forcé des locaux dont 17 000 moururent dans les travaux (ce pour quoi la République française et Spie Batignolles ont été poursuivies). Comme beaucoup de personnes éduquées en France, je ne connais pas mieux cette histoire mais j'ai la chance d'avoir suivi quelques cours sans complaisance sur une autre partie du monde.

Lire la suite...

jeudi 27 février 2020

Le mal que nous nous faisons (première partie)

Il y a quelques années, j'animais la bibliothèque d'un centre de femmes. Nous avions choisi de mettre dans notre enfer (l'endroit des livres sulfureux qu'on ne peut se procurer qu'en les demandant explicitement) une bande dessinée qui racontait la vie et des engagements d'une féministe « historique ». Notre principale raison, c'est qu'elle parlait de manière très désinvolte du viol subi par une femme de ménage dans une chambre d'hôtel, comme s'il ne s'agissait pas d'un crime. Nous ne voulions pas laisser une lectrice qui aurait subi ce genre de violence découvrir cette parole méprisante. Mais il faut le dire, j'avais aussi un peu en tête les accusations qu'on faisait à cette dame d'être une féministe blanche bourgeoise qui n'était pas trop sortie d'elle-même et avait gardé le genre comme unique grille de lecture des relations de pouvoir dans notre société. Une des copines du groupe avait lu le livre en question mais je ne m'étais pas donné cette peine.

Lire la suite...

mardi 28 janvier 2020

Guerre de tranchées dans le mouvement féministe

« Je te crois. » Ce sont trois petits mots qui disent beaucoup. Dans une société où les femmes sont structurellement moins crédibles que les hommes, où leur témoignage, leur expertise ou leur parole sont systématiquement objets de méfiance, des femmes s'écoutent les unes les autres et s'accordent cette crédibilité féminine si rare et si précieuse. « Je te crois », comme un acte de sororité, une obligation construite des unes vis-à-vis des autres malgré les réflexes sexistes, les querelles de chapelle, les agendas qui divergent. Nous ne sommes pas obligées de faire vivre le seul mouvement politique unanime, qui ne soit pas traversé d'interrogations, de lignes de fracture, de vifs débats ou d'un brin de mauvaise foi. Mais, contrairement à d'autres, nous avons le devoir de nous ménager les unes les autres, de mener nos débats avec autant de rigueur que de respect, d'assumer nos divergences sans violence. Ce n'est pas le cas.

Lire la suite...

dimanche 19 janvier 2020

Une écologie des riches

C'est une affirmation à tempérer mais, sans attendre des politiques de transition écologique, nous avons dès maintenant la possibilité et la responsabilité de baisser notre impact sur l'environnement en adoptant quelques bons principes de vie : choisir les mobilités douces, acheter des produits bio tant alimentaires que cosmétiques, d'entretien ou textiles, trier ses déchets, rénover sa maison avec des matériaux écologiques, habiter un logement pas trop grand, produire moins de déchets en utilisant des objets réutilisables et des aliments en vrac et moins transformés, moins chauffer son logement, ne jamais prendre l'avion. J'en oublie peut-être…

Ces quelques principes semblent opposer des classes conscientisées de centre-ville (qui vivent assez près de de leur emploi pour y aller à vélo, ont les moyens de manger bio, peuvent assumer les surcoûts de certaines pratiques de consommation quand il faut choisir un produit plus écologique) à ces classes populaires qui se sont insurgées l'hiver dernier à propos d'éco-taxes sur le diesel, lesquelles sont dépendantes de la voiture, n'ont pas les moyens de faire entrer dans leurs critères de consommation les questions écologiques et le voudraient-elles vraiment ? Il est une idée qui s'impose d'après laquelle cette écologie des ménages, qui constituerait notre principale marge de manœuvre pour faire changer radicalement nos sociétés, appartiendrait au registre d'une classe sociale, éduquée et à l'aise financièrement (1) pendant que les autres sont au mieux captives, au pire rétives.

Lire la suite...

vendredi 20 décembre 2019

Des vies inhumaines

Les vies que nous menons depuis deux semaines, pour celles et ceux qui sont tributaires de transports en commun en grève, ont fait apparaître l'inhumanité de nos vies – en particulier en région parisienne. Nous naviguons d'habitude sans trop de mal (encore que sans goût et sans aisance) dans des espaces surdimensionnés, qui ne sont pas à taille humaine. Cela ne nous était peut-être jamais apparu avec autant de clarté qu'il y a deux semaines. À combien de kilomètres vivons-nous de notre travail – ou travaillons de notre domicile ? Certes la durée est aussi une expérience sensible mais ces 15 km qui se faisaient en 50' sans y penser ont pris une réalité particulière et sont devenus impossibles à surmonter. Il en est qui ont tenté l'aventure les premiers jours et ont marché deux heures et demie à l'aller, autant au retour, pour satisfaire à leurs obligations. D'autres ont découvert le vélo dans les pires conditions : la masse critique est là mais les équipement sont dimensionnés pour 5 % de cyclistes et les voitures se pressent encore plus nombreuses et conduites par des personnes encore plus énervées que d'habitude. Cette vie-là est un petit enfer. Même à vélo, même à 3,5 km de mon lieu de socialisation principal, je n'ai encore trouvé aucune puissance dans cette nouvelle vie, hors les manifestations.

Lire la suite...

jeudi 5 décembre 2019

À vélo, les préjugés tuent

Le poing qui illustre ce billet est une contribution au mouvement social qui démarre en ce jeudi 5 décembre 2019. (Merci Agnès.)

Souvent je dis « pardon » ou « merci » quand je croise sur la route des personnes attentionnées. Et parfois je me comporte comme une merde. Et pourtant, c'est seulement quand je suis à vélo qu'on m'engueule. Pas quand je n'ai pas bien regardé avant de traverser en-dehors des clous ou que je bouscule d'autres piéton·nes par inattention ou parce que je marche trop vite. Comme si être urbain·e en ville était une affaire de mode de transport : les cyclistes seraient par essence grossier·es et dangereux/ses, les autres des modèles de civisme. Qu'on se plaigne d'avoir été mis·e en danger par un conducteur de car qui nous engueule ensuite car on ne roulait pas sur la piste cyclable (1), et on prend pour tou·tes les autres cyclistes de la terre. Qu'on commente un accident dans lequel un·e cycliste a été blessé·e et on entend ces « Oui mais les cyclistes roulent n'importe comment » qu'on n'ose plus dire à propos des femmes agressées (« Oui mais elles le cherchent bien »). Les cyclistes rouleraient de manière délictueuse et n'auraient que ce qu'elles et ils méritent en cas d'accident.

Lire la suite...

- page 1 de 14