Mon blog sur l'écologie politique

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mardi 2 octobre 2018

« Des mesures potentiellement impopulaires »

C’était il y a presque vingt ans. La formatrice était venue avec son bébé, qu’elle allaitait, pour nous présenter les grandes lignes de ce qu’est le changement climatique. Les particules de gaz à effet de serre plus denses dans l’atmosphère, qui font que l’énergie solaire est recapturée en plus grande proportion après qu’elle a touché la Terre. Le réchauffement de la planète, qui s’ensuit, ces deux ou trois degrés (selon les différents scénarios) qui ne sont pas uniformément répartis mais constituent une énergie en plus phénoménale, laquelle nourrit des épisodes climatiques plus intenses et plus fréquents. Et puis ce qu’on peut y faire : un quart des émissions dû aux transports, un autre à l’agriculture (pas seulement l'élevage mais aussi le mésusage des sols), un autre au bâtiment, un dernier à l’industrie et une troisième moitié pour tout ce que nous achetons sur le marché mondial et qui n'est pas compté dans la consommation nationale… Les solutions ? Des techniques plus écologiques et moins industrielles et une réduction : du nombre de kilomètres effectués par les biens et les personnes, de la consommation, de l'extraction des ressources, etc. Changer de mode de vie mais aussi changer de modèle économique. Ça tombait bien, les échos de Seattle se faisaient encore entendre et la mondialisation néolibérale était nommée, décrite et combattue.

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Le dixième de l'empathie

Je ne sais pas ce qu’il se passerait si les hommes avaient pour les femmes le dixième de l’empathie qu’elles ont pour eux (et pour les autres personnes et êtres vivants). Ça ne semble pas si compliqué, de reconnaître en l’autre un autre soi-même, avec les mêmes besoins. Mais pour beaucoup d’hommes que je croise ou côtoie, ça a l’air d’une tâche insurmontable. Par exemple, une blogueuse féministe raconte un épisode ou une dimension pénible de sa vie, qui cadre bien avec les constats sur la domination masculine (ça m’est arrivé mais je le lis aussi chez d’autres), et les réponses masculines dans les commentaires évacuent ce détail pour s’engager dans une discussion abstraite sur l’existence ou non de la dite domination. Hé, votre hôtesse dans ce lieu de sociabilité en ligne vient de dire qu’elle subissait des menaces de viol ou qu’elle avait vécu des années de violences de couple ! Ça vous ferait tomber une couille de faire comme si vous aviez intégré l'information ? Je me demande souvent comment font ces types pour ignorer pareilles révélations, où est-ce que ça coince dans la barrière de l’entendement pour qu’ils ne se rendent pas compte que leur attitude fait partie du problème.

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dimanche 12 août 2018

Une machine à fabriquer de l'impuissance

Ces derniers mois, je suis allée à la rencontre des lecteurs et des lectrices d'Égologie. J'ai parfois eu un peu la frousse, comme dans cette petite ville démocratique où les affiches de la rencontre avaient été arrachées ou ailleurs quand la veille de la rencontre est sortie une tribune enflammée contre la couverture du livre dans un média local. Mais globalement, ça s'est bien passé. Mieux que ça, même. J'ai rencontré une foule de gens estimables, des camarades pour qui les alternatives écolo posent depuis longtemps problème mais qui n'avaient pas forcément su l'exprimer dans des termes audibles par les personnes qui y sont engagées et ces mêmes personnes, ou en tout cas celles qui y croient vraiment, à la solidarité et au reste, pour qui Égologie a été l'occasion de questionner leurs pratiques et qui l'ont accepté de bon gré. À tou·tes : merci pour l'accueil !

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jeudi 19 juillet 2018

Le tourisme, une marchandise comme une autre

Comme tout le monde, je méprise les touristes. Les touristes qui viennent chez moi marcher le nez en l’air sur les pistes cyclables et faire grimper le prix des loyers à coups d’Airbnb ou de résidences secondaires. Les touristes comme moi quand je voyage. Nous sommes nombreuses et nombreux sur la piste sud-est asiatique, une des régions les plus « faciles à voyager » au monde : prix bas, équipements et aménagements corrects, splendeurs naturelles (la baie de Krabi) ou historiques (Angkor, Bagan), criminalité contenue, populations souriantes, climat tropical, plages et cocotiers. Remontant la péninsule Malaise depuis Singapour, en route pour l’ancien royaume Lan Na ou glissant sur le Mekong, beaucoup de jeunes (ou jeunes dans leur tête) débrouillard·es hésitent entre joie de vivre et mesquinerie petite bourgeoise dès que le service n’est pas irréprochable. Nous avons choisi un voyage indépendant, sac au dos, sans préparer plus d’une étape à la fois. Nous avons l’impression de vivre une grande aventure humaine et parlons souvent de « sortir de notre zone de confort ».

Mais le fait est que nous nous inscrivons dans une économie bien réelle, le premier secteur productif au monde. Et dans des rapports économiques marqués par l’iniquité et un passé colonial. Mais de cela, il n’est jamais question quand nous nous engageons dans des relations avec les locaux.

La suite dans CQFD de cet été.

samedi 16 juin 2018

Twitter rend-il bête et méchant·e ?

Il y a quelques mois je me suis inscrite sur Twitter, mue par diverses motivations. La première était bassement intéressée, il s'agissait de promouvoir les deux ouvrages que je venais ou m’apprêtais à publier. La seconde était que j’avais déjà tweeté pour de basses raisons mercenaires et que je n’étais pas contre l’idée de refaire ça un jour, il ne fallait pas trop perdre la main. La plus excitante était de m’habituer à écrire en deux cent et quelques signes, une écriture concise mais qui aurait quand même un peu de sens, soit un petit défi. Et enfin je venais de quitter un réseau social beaucoup trop intéressant : les discussions avec le cercle d’habitué·es avec qui j’avais pris l’habitude d’interagir me prenaient trop de temps. Sans surprise, j’ai aussi perdu beaucoup de temps chaque matin sur Twitter en attendant que se réveillent mes fonctions physiologiques (il m’est même arrivé de ne pas résister à l’envie d’y faire un tour en journée ou – pire – en soirée). Beaucoup trop de temps pour que j’explore avec l’attention nécessaire les pages vers lesquelles menaient les post sur lesquels je tombais. C’est dommage, c’est un peu tout l’intérêt de la chose. C’est grâce à un lien posté sur Twitter que j’ai appris la proportion de liens likés qui étaient effectivement lus : un rappel de la nécessité de soigner ses titres pour faire grossir le nombre du dixième d'égaré·es qui aurait eu l’idée saugrenue d’aller lire (ou commencer à survoler) le texte pour lequel ils et elles affirment si fort leur intérêt, se mettant au fond en scène likant un titre pour son humour ou son adhésion aux même valeurs qu’eux et elles.

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mardi 8 mai 2018

Covoiturage : bienvenue dans un capitalisme de crevards

Les dernières grèves à la SNCF (c’est ici pour contribuer aux caisses de soutien) m’ont donné l’occasion de me remettre à ce truc que je déteste : le covoiturage. Covoiturer, c’est d’abord avoir le déplaisir de recourir à un moyen de transport moins sûr, moins écologique et moins efficace que le train, ce bien commun financé avant l’ère de la voiture individuelle, avant que nous soyons riches à ne plus pouvoir prendre les transports en commun ou assumer l’entretien d’un réseau ferré. C’est faire un tour dans la culture automobile : me retrouver dans un McDo d’autoroute où, en désespoir de cause, je prends une frite ou bien côtoyer un conducteur tellement occupé par le réglage de ses deux GPS (deux !) qu’il ne voit pas le panneau Paris et se précipite dans la mauvaise direction.

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lundi 26 mars 2018

La barbe !

Lors du mouvement contre la loi travail, nous avions été surpris·es de voir débarquer des flics barbus. Pas vraiment le genre de look des gardiens de la loi et de l’ordre, traditionnellement plutôt glabres ou moustachus. De fait, la barbe a longtemps été interdite chez les flics en uniforme. Au-delà du règlement, il y a aussi ce fait que la barbe est plutôt l’attribut des religieux et des gauchistes, deux traditions bien éloignées de la culture policière. Je ne me prononcerai pas sur les premiers (cathos de gauche ou islamistes) mais il y a chez les seconds sûrement une rupture avec le conventionnel menton rasé et un refus de l’entretien quotidien – qui est aussi un privilège masculin, nous raconte Geneviève Sellier, autrice de La Drôle de guerre des sexes du cinéma français (1930-1956) (1). La barbe des gauchistes (héritage des guérillas latino-américaines ?) se posait contre le menton rasé, discipliné et conformiste.

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dimanche 4 mars 2018

Un proféminisme toxique

Comme beaucoup de féministes, j'ai appris (dans la douleur) à me méfier des hommes qui se présentent comme des alliés. De mes engagements associatifs à des discussions avec des inconnus, la fréquentation d'hommes prétendant lutter contre le sexisme, les inégalités et les violences qu'il entraîne, a porté tort à mon engagement à moi, exigeant de ma part une attention qui aurait pu plus utilement être employée sur d'autres sujets, sabotant mon travail ou s'attaquant à mon intégrité. D'où vient donc que des hommes qui prétendent apporter leur contribution à ces luttes puissent y participer de manière si toxique ?

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lundi 29 janvier 2018

Féminisme : à qui sont ces bas instincts ?

Ces derniers mois ont été l'occasion d'en entendre de belles. Un chef de l'État qui s'inquiète de la « délation » alors que l'impunité est plus flagrante que d'imaginaires « dérives » d'une parole libérée : les viols et crimes sexuels sont très peu reportés (environ un sur dix) et encore moins punis (un ou deux sur dix d'un sur dix). Si l'État a un cœur de métier (1), c'est de refuser l'impunité des attaques contre les personnes et c'est justement parce qu'il ne fait pas son boulot que celles et ceux qui luttent contre les violences en appellent au jugement du public.
Une critique d'art, visiblement pas grande logicienne, qui regrette de ne pas avoir été violée pour montrer qu'elle aurait été la même (tellement supérieure aux autres femmes) si son histoire avait été très, mais alors très différente.
Des patriarches gaulois qui persistent à mettre sur le même plan séduction et crime sexuel, parlant au choix de malentendu ou de continuum dans la relation si complexe entre hommes et femmes, voyez-vous… alors que nous féministes persistons à leur dire que la violence n'est pas une relation (de même qu'une bêche dans le crâne n'est pas du jardinage).

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mardi 14 novembre 2017

Se mettre dans la peau d'un·e cycliste

La semaine dernière, je roulais à vélo dans une rue assez étroite quand une voiture me doubla en me passant très près. Après un sprint mémorable, je retrouve l’automobiliste au feu rouge et lui demande des comptes. Celui-ci, après m’avoir accusée de rouler « au milieu de la route », accepte quand même de m’écouter. « Au milieu de la route », je lui explique, c’est une distance qui permet de ne pas se faire faucher par une portière qui s’ouvre. Les portières s’ouvrent sans précaution et il appartient aux cyclistes de ne pas être à leur portée. Une distance de sécurité d’un mètre est la seule prévention. Le jour où une portière ouverte m’a envoyée à l’hôpital, je n’ai pas eu le temps de freiner, rouler trop près a été ma seule erreur. Et cette erreur, la plupart des cyclistes la font tout le temps. Il faut dire que la plupart des automobilistes les contraignent à se mettre en danger : dès que le respect de cette distance de sécurité ne permet plus de doubler, l’automobiliste fait ronfler son moteur tout près, klaxonne ou double dangereusement, accusant de rouler « au milieu de la route ». Doubler un véhicule plus lent est perçu comme un dû. Eh bien non, c’est rentrer chez soi sans séjour à l’hôpital qui l’est. Elles sont pourtant rares, les villes où on peut espérer que les automobilistes frustré·es de ne pas pouvoir doubler restent plus loin et ne se comportent pas de manière plus ou moins agressive…

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