Mon blog sur l'écologie politique

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jeudi 27 février 2020

Le mal que nous nous faisons (première partie)

Il y a quelques années, j'animais la bibliothèque d'un centre de femmes. Nous avions choisi de mettre dans notre enfer (l'endroit des livres sulfureux qu'on ne peut se procurer qu'en les demandant explicitement) une bande dessinée qui racontait la vie et des engagements d'une féministe « historique ». Notre principale raison, c'est qu'elle parlait de manière très désinvolte du viol subi par une femme de ménage dans une chambre d'hôtel, comme s'il ne s'agissait pas d'un crime. Nous ne voulions pas laisser une lectrice qui aurait subi ce genre de violence découvrir cette parole méprisante. Mais il faut le dire, j'avais aussi un peu en tête les accusations qu'on faisait à cette dame d'être une féministe blanche bourgeoise qui n'était pas trop sortie d'elle-même et avait gardé le genre comme unique grille de lecture des relations de pouvoir dans notre société. Une des copines du groupe avait lu le livre en question mais je ne m'étais pas donné cette peine.

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mardi 28 janvier 2020

Guerre de tranchées dans le mouvement féministe

« Je te crois. » Ce sont trois petits mots qui disent beaucoup. Dans une société où les femmes sont structurellement moins crédibles que les hommes, où leur témoignage, leur expertise ou leur parole sont systématiquement objets de méfiance, des femmes s'écoutent les unes les autres et s'accordent cette crédibilité féminine si rare et si précieuse. « Je te crois », comme un acte de sororité, une obligation construite des unes vis-à-vis des autres malgré les réflexes sexistes, les querelles de chapelle, les agendas qui divergent. Nous ne sommes pas obligées de faire vivre le seul mouvement politique unanime, qui ne soit pas traversé d'interrogations, de lignes de fracture, de vifs débats ou d'un brin de mauvaise foi. Mais, contrairement à d'autres, nous avons le devoir de nous ménager les unes les autres, de mener nos débats avec autant de rigueur que de respect, d'assumer nos divergences sans violence. Ce n'est pas le cas.

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dimanche 19 janvier 2020

Une écologie des riches

C'est une affirmation à tempérer mais, sans attendre des politiques de transition écologique, nous avons dès maintenant la possibilité et la responsabilité de baisser notre impact sur l'environnement en adoptant quelques bons principes de vie : choisir les mobilités douces, acheter des produits bio tant alimentaires que cosmétiques, d'entretien ou textiles, trier ses déchets, rénover sa maison avec des matériaux écologiques, habiter un logement pas trop grand, produire moins de déchets en utilisant des objets réutilisables et des aliments en vrac et moins transformés, moins chauffer son logement, ne jamais prendre l'avion. J'en oublie peut-être…

Ces quelques principes semblent opposer des classes conscientisées de centre-ville (qui vivent assez près de de leur emploi pour y aller à vélo, ont les moyens de manger bio, peuvent assumer les surcoûts de certaines pratiques de consommation quand il faut choisir un produit plus écologique) à ces classes populaires qui se sont insurgées l'hiver dernier à propos d'éco-taxes sur le diesel, lesquelles sont dépendantes de la voiture, n'ont pas les moyens de faire entrer dans leurs critères de consommation les questions écologiques et le voudraient-elles vraiment ? Il est une idée qui s'impose d'après laquelle cette écologie des ménages, qui constituerait notre principale marge de manœuvre pour faire changer radicalement nos sociétés, appartiendrait au registre d'une classe sociale, éduquée et à l'aise financièrement (1) pendant que les autres sont au mieux captives, au pire rétives.

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vendredi 20 décembre 2019

Des vies inhumaines

Les vies que nous menons depuis deux semaines, pour celles et ceux qui sont tributaires de transports en commun en grève, ont fait apparaître l'inhumanité de nos vies – en particulier en région parisienne. Nous naviguons d'habitude sans trop de mal (encore que sans goût et sans aisance) dans des espaces surdimensionnés, qui ne sont pas à taille humaine. Cela ne nous était peut-être jamais apparu avec autant de clarté qu'il y a deux semaines. À combien de kilomètres vivons-nous de notre travail – ou travaillons de notre domicile ? Certes la durée est aussi une expérience sensible mais ces 15 km qui se faisaient en 50' sans y penser ont pris une réalité particulière et sont devenus impossibles à surmonter. Il en est qui ont tenté l'aventure les premiers jours et ont marché deux heures et demie à l'aller, autant au retour, pour satisfaire à leurs obligations. D'autres ont découvert le vélo dans les pires conditions : la masse critique est là mais les équipement sont dimensionnés pour 5 % de cyclistes et les voitures se pressent encore plus nombreuses et conduites par des personnes encore plus énervées que d'habitude. Cette vie-là est un petit enfer. Même à vélo, même à 3,5 km de mon lieu de socialisation principal, je n'ai encore trouvé aucune puissance dans cette nouvelle vie, hors les manifestations.

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jeudi 5 décembre 2019

À vélo, les préjugés tuent

Le poing qui illustre ce billet est une contribution au mouvement social qui démarre en ce jeudi 5 décembre 2019. (Merci Agnès.)

Souvent je dis « pardon » ou « merci » quand je croise sur la route des personnes attentionnées. Et parfois je me comporte comme une merde. Et pourtant, c'est seulement quand je suis à vélo qu'on m'engueule. Pas quand je n'ai pas bien regardé avant de traverser en-dehors des clous ou que je bouscule d'autres piéton·nes par inattention ou parce que je marche trop vite. Comme si être urbain·e en ville était une affaire de mode de transport : les cyclistes seraient par essence grossier·es et dangereux/ses, les autres des modèles de civisme. Qu'on se plaigne d'avoir été mis·e en danger par un conducteur de car qui nous engueule ensuite car on ne roulait pas sur la piste cyclable (1), et on prend pour tou·tes les autres cyclistes de la terre. Qu'on commente un accident dans lequel un·e cycliste a été blessé·e et on entend ces « Oui mais les cyclistes roulent n'importe comment » qu'on n'ose plus dire à propos des femmes agressées (« Oui mais elles le cherchent bien »). Les cyclistes rouleraient de manière délictueuse et n'auraient que ce qu'elles et ils méritent en cas d'accident.

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samedi 10 août 2019

Leur écologie et la nôtre

Il y a quelques jours, j'ai eu l'idée saugrenue de demander à un colibri de ma connaissance s'il avait bien supporté la lecture d'Égologie et celui-ci en est venu à critiquer les mouvements écolos qui se complaisent dans leur singularité et le fait qu'ils ont raison tandis que les autres ne sont que des imbéciles. Vu la gravité de l'enjeu, me disait-il, il faut s'unir, tous les efforts sont bons à prendre. Oui. Mais non.

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jeudi 18 juillet 2019

C'est pratique

Je n'aime pas me faire chier dans la vie, et je ne dois pas être la seule. Il m'arrive pourtant souvent d'être surprise que ce soit, autour de moi, un critère décisif pour organiser sa vie : aller au plus pratique. À ce qui engage le moins d'efforts. Les pubs fourmillent d'invitations à se laisser dorloter en échange de quelques euros. Le champ des services ne cesse jamais de s'étendre – et de libérer la croissance. Plus besoin de sortir se faire couper les cheveux, le coiffeur vient chez vous. Inutile de penser à mettre de la bière au frigo, un livreur vous l'apporte. Des services auparavant réservés aux client·es des grands hôtels se massifient désormais : faites livrer des fleurs, chercher un document à la maison, etc. Votre maison est devenue le centre du monde, si vous le voulez bien. Il doit bien être possible de faire autrement, c'est comme cela que nous vivions il y a encore cinq ans.

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lundi 15 juillet 2019

Mixité choisie : une histoire de chiottes

Parmi les armes de défense du féminisme, avec la dérision et la sororité, figure la non-mixité. Se priver des mâles lumières de nos camarades ou de leurs bras musclés a bien des avantages : entre femmes, notre parole prend enfin la place qu'elle mérite et nous nous révélons puissantes, bien plus que ce que les rôles sociaux qui nous sont dévolus nous laissaient imaginer. Pour certaines, la non-mixité est un moment de prise de conscience, de ressourcement, de questionnement libre, sans pression externe, des agendas féministes. Pour d'autres, il s'agit de mener des vies séparées, autant que possible, de la classe des hommes, perçus comme agresseurs et exploiteurs. L’idée est alors d'assurer le respect de son autonomie ou de son intégrité.

Les enseignant·es aussi s'interrogent sur les bienfaits de la non-mixité pour protéger les filles de l'ambiance masculine que les garçons imposent si vite, de même qu'ils monopolisent l'attention de leurs profs. Est-ce le signe d'une régression, d'un retour au temps des tabliers et des écoles de filles, avec des enseignements différenciés accompagnant des rôles de genre rigides et hiérarchisés ? La non-mixité fait enrager quelques universalistes persuadé·es que des valeurs communes de justice sociale suffisent à assurer l'égalité entre nous. Ainsi que certains proféministes convaincus d'avoir assez « déconstruit » leur masculinité ou trahi la classe des hommes pour mériter que leur place soit partout, y compris dans des groupes de femmes qui souhaitent un moment de répit.

La non-mixité fait causer et depuis quelques années celle des toilettes est en débat. « Whatever, just wash your hands! » : c'est le mot d'ordre de la libération des stéréotypes de genre dans les toilettes. Les pictogrammes stupides, figure neutre pour les hommes et en robe pour les femmes, sont remplacés par des licornes ou des dragons de Komodo. Au-delà des cercles militants queer, l'idée fait son chemin chez les décideurs, président·es d'université ou des États-Unis, qui rendent les toilettes neutres ou autorisent l'accès aux toilettes du sexe de son choix sur les bases de l’auto-déclaration. Voilà qui a de quoi séduire.

La suite sur papier et sur ce blog dès septembre. À noter, que ce numéro d'été, plus épais et qui sera en kiosque pendant deux mois, est bien au prix de 5 euros...

lundi 27 mai 2019

« Les cyclistes ont tous les droits »

Ça fait longtemps que j'ai envie de parler de mon expérience de cycliste et de violence routière. Parce que je fais du vélo et que côtoyer tous les jours 10 % d'automobilistes qui me mettent en danger par négligence ou malveillance fait mal… J'ai aussi été fauchée délibérément par un automobiliste énervé, devant sept témoins, sans que le propriétaire dûment identifié de la voiture soit mis en cause (affaire à suivre). Cette violence et d'autres, on les subit tous les jours. Vous les subissez tous les jours si vous habitez en ville. Peut-être que c'est à pied, en voiture ou en scooter. Peut-être que vous avez décidé que c'est un type d'usagèr·es qui en est coupable (« les vélos », « les bagnoles »).

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mardi 7 mai 2019

Sommes-nous en démocratie ?

Il est entendu dans le sens commun que les régimes dans lesquels on choisit son gouvernement sont des démocraties. Et c'est ce que nous répètent à l'envi politiques et journalistes, pour qui les non-démocrates, ce sont les autres : groupes politiques minoritaires ou pays éloignés. Or, pour les historien·nes et les politistes, nos « démocraties libérales » ont bien des caractères démocratiques mais subtilement mélangés à d'autres qui tiennent plutôt de l'aristocratie (le pouvoir des meilleurs) et de la monarchie (le pouvoir d'un seul). On considère souvent à tort que l'élection est le seul geste démocratique, dédaignant l'environnement dans lequel le peuple est amené à voter : liberté et vitalité de la presse, des structures dans lesquelles le peuple s'organise (partis, syndicats, associations, collectifs et groupes informels), diffusion de l'esprit critique dans des débats publics de qualité. Un régime dans lequel la presse relaie la désinformation du gouvernement (comme on l'a vu le 1er mai 2019 avec l'affaire de la fausse « attaque » d'un hôpital mais les exemples abondent) et qui dénigre les formes d'organisation populaire et ses expressions (de la présence dans l'espace médiatique à la manif) a des caractères non-démocratiques.

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