Mon blog sur l'écologie politique

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mardi 3 décembre 2019

La Révolution féministe

La Révolution féministe, Aurore Koechlin, Amsterdam, 2019, 170 pages, 12 euros

Aurore Koechlin est une jeune chercheuse en sociologie du genre qui livre ici un premier livre prometteur, à la fois petite histoire du féminisme et réflexion sur les perspectives du mouvement. C'est ambitieux… mais c'est réussi. L'ouvrage commence avec une quarantaine de pages consacrées à l'histoire des mouvements féministes, les trois fameuses vagues : mouvements suffragistes au début du XXe siècle, libération des femmes dans les années 1970 (pour la France), mouvements d'inspiration queer ou black feminist enfin, le tout assez centré sur la France mais à l'écoute des autres mondes qui contribuent à la fabrication du féminisme hexagonal. L'autrice poursuit en nous apprenant qu'une quatrième vague est en train de se former. Elle en dresse les contours, en reprend la principale question à ses yeux, celle de l'exploitation des femmes en tant que classe mais appartenant également à d'autres, et propose une stratégie féministe capable de passer entre quelques écueils pour prendre nos maux à la racine.

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dimanche 1 décembre 2019

Les Besoins artificiels

Les Besoins artificiels. Comment sortir du consumérisme, Razmig Keucheyan, La Découverte, « Zones », 2019, 250 pages, 18 euros

Depuis quelques années le Black Friday, ce lendemain de Thanksgiving dévoué à la consommation, donne lieu en France à des soldes frénétiques. L'édition de 2019 a été également l'occasion de nombreuses actions de sabotage, dans le monde comme ici. L'impact écologique et social de la fièvre acheteuse est connu, régulièrement dénoncé. Le Buy Nothing Day du magazine Adbusters, dernier samedi de novembre, a longtemps été marqué d'une pierre blanche dans l'agenda des militant·es de la décroissance, un jour dédié à des actions de sensibilisation dans les temples de la consommation. Mais l'urgence climatique toujours plus pressante, la part croissante de la vente en ligne et de ses conséquences sociales et écologiques, tout ça a donné cette année des actions directes plus radicales, souvent menées dans les magasins plutôt que dans les nœuds logistiques. Cette orientation, côté consommation plutôt que production, a suscité quelques malaises : « Le Black Friday, c'est l'occasion pour des classes moins aisées de payer des cadeaux pas trop chers à leur petite famille », ai-je entendu ici ou là. L'urgence écologique, oui, mais acheter pour Noël (1) est un besoin qui doit être pris en compte. Peut-être est-ce là un de ces besoins artificiels à remettre en cause ? Et comment ?

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vendredi 29 novembre 2019

Une critique anarchiste de la justification de la violence

Collectif Désobéissances libertaires, Une critique anarchiste de la justification de la violence, Atelier de création libertaire, Lyon, 2019, 144 pages, 8 euros

Suite au succès du livre de Peter Gelderloos Comment la non-violence protège l'État (Libre, 2018), des anarchistes non-violents rentrent dans le débat. Ce petit livre est bizarrement fichu : deux textes de réfutation de Gelderloos, avec quelques redites, quelques éléments d'histoire de la non-violence, deux contributions sur les black blocs de 2018 en France, soit des textes militants épars, produits dans un contexte donné qui n'est pas toujours celui du livre… Gelderloos avait justement bien ordonné son propos : la non-violence est inefficace, raciste, étatiste, patriarcale, stratégiquement inférieure et illusoire. Ici il faudra chercher dans le désordre la réfutation de ces différentes prises de position. Puisqu'au fond le succès de Gelderloos témoigne de la mauvaise presse qu'a la non-violence dans les milieux anti-autoritaires, on peut regretter que l'argumentaire qui la défend ne soit pas présenté et déployé dans un seul texte plus clair mais cet ouvrage a le mérite d'être riche et varié.

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lundi 25 novembre 2019

Sorry We Missed You

Sorry We Missed You, un film de Ken Loach (Royaume-Uni, 2019)

« Sorry we missed you », c'est cette note qui vous attend quand vous avez raté le passage du colis que vous avez commandé sur Internet. Ricky, le héros du dernier Ken Loach, est un travailleur indépendant qui travaille pour une compagnie de transports de colis. Il sillonne les rues des Newcastle pour livrer à des particuliers des colis, plus ou moins gros, plus ou moins urgents. Des achats sur Amazon ou une autre plate-forme de vente en ligne aussi bien que des repas, des colis à livrer dans la journée et d'autres dans une fourchette d'une heure. Il a acheté sa camionnette pour ne pas la louer à l'entreprise qui lui donne ses missions et passe sa journée pressé par un objet connecté (à la fois scanner, téléphone, GPS) qui bippe quand il quitte le camion plus de deux minutes. Sur le papier, l'entreprise donneuse d'ordres est sa cliente. En vrai, vu le dispatcher qui est toujours sur son paletot, la boîte ressemble étrangement à un employeur, aussi exigeante et peu accommodante que les pires petits patrons décrits par le cinéaste anglais.

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mardi 19 novembre 2019

Cause animale, cause du capital

Cause animale, cause du capital, Jocelyne Porcher, Le Bord de l'eau, Lormont, 120 pages, 12 €


Make the world a better place… Rendre le monde meilleur, c'est l'objectif bien connu des start-ups qui préparent des initiatives disruptives permettant au capitalisme d'effectuer les transitions nécessaires à sa survie – malgré les trous qu'il creuse et les impasses qu'il emprunte. Jocelyne Porcher n'y va donc pas par quatre chemins et peint pour introduire son ouvrage le paysage économique et financier de la « viande » in vitro ou « viande » de culture cellulaire, cette innovation qui devrait permettre à terme de cesser de manger des animaux. Ce qu'on appelle « agriculture cellulaire » semblait fou il y a encore quelques années mais le kilo de « viande » cultivée en labo à partir de cellules animales devrait dans les mois qui viennent être assez bas pour que le steak in vitro apparaisse dans les restaus branchés (1). Suite à ce premier chapitre, la sociologue, spécialiste de la relation humain-animal, déplie son propos : d'où vient que c'est aujourd'hui que surgit cette préoccupation massive pour le bien-être des animaux ? C'est parce que les alternatives aux productions animales industrielles (responsables de la pollution des eaux et de l'air, de l'emprise sur les terres via l'aliment du bétail, de problèmes sanitaires et qui accessoirement ont des rendements économiques en baisse), ces alternatives sont prêtes.

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mercredi 18 septembre 2019

Mjólk

Mjólk de Grímur Hákonarson, sortie le 11 septembre 2019 en France

En France, parmi les géants de l'agroalimentaire se trouvent en bonne place des coopératives, dirigées par des paysan·nes pour des paysan·nes mais qui mènent des politiques peu favorables à une majorité de leurs adhérent·es. Comment donc les coopératives agricoles en sont-elles arrivées là ? (Pourquoi sommes-nous gouverné·es par des élu·es menant des politiques défavorables à une majorité de l'électorat, sans mentionner les générations futures ?)

Inga et son mari sont un couple d'éleveurs laitiers dans un coin perdu d'Islande. Elle assure les vêlages avec un bon coup de poignet. Lui complète le maigre revenu de la ferme en conduisant un camion. Les deux se battent pour tenir leur ferme à flots. Équipé·es d'un robot de traite avec d'efficaces capteurs optiques de mamelles qui leur évite d'interagir chaque jour avec leurs bêtes, ils passent plus de temps avec leurs machines. Dans sa cabine de pilotage, elle consulte son Facebook l'air éteint. Lui ne va pas mieux et quand son camion sort de la route une nuit, on découvre qu'il pourrait s'agir d'un suicide…

La perte de son mari déclenche chez Inga une belle colère et cette femme qu'on croyait éteinte, dont on distinguait à peine les traits, se révèle, y compris aux spectateurs et spectatrices. Pour elle, c'est la coopérative qui est responsable de la course de rats qu'on leur a fait mener, du suréquipement et du chantage pour rester économiquement dépendant·es de la coop. La coop aurait même demandé à son mari de signaler chaque livraison de produits achetés ailleurs que chez elle, faisant de lui l'espion de ses collègues… Le président, un éleveur de chevaux qui passe plus de temps en costard, récuse ses accusations (qu'elle a publiées sur Facebook) et explique à Inga les bases de l'engagement coopératif : se serrer les coudes entre paysan·nes, faire vivre le tissu local, etc. Elle reprend ces belles paroles lors d'une AG des producteurs laitiers : à la fin du XIXe siècle, les paysan·nes du coin se sont doté·es d'un bel outil pour être indépendant·es de la tutelle danoise et pour vivre mieux mais cet outil est aujourd'hui cassé.

Dans son précédent film Béliers, Grímur Hákonarson mettait en scène deux frères fâchés à mort sur fond d'épidémie ovine et de prophylaxie agressive (un animal malade et tout le troupeau doit être abattu). Ce nouvel opus met toujours en scène les conditions socio-économiques du désarroi des éleveurs et les personnes qui le vivent, dans toute leur singularité. Ici une femme qui redonne du sens à sa vie et qu'on accompagne à la fin du film, chantonnant sur une vieille chanson pop à la radio qu'une nouvelle vie commence et que cette fois ce sera bien la sienne. Pas celle de la coop.

jeudi 20 juin 2019

Les Narcisse

Marie-France Hirigoyen, Les Narcisse, La Découverte, 2019, 238 pages, 18 euros

Déjà autrice d'enquêtes sur le harcèlement au travail, sur l'isolement ou les violences conjugales, Marie-France Hirigoyen livre ici un ouvrage où il est question de tout cela et qui met en lumière (ce qui devrait leur plaire) les personnalités narcissiques. Après un prologue sur LA personnalité narcissique du moment, Donald Trump, elle revient sur la définition du narcissisme et les enjeux autour de la reconnaissance de cette pathologie : notion psychanalytique, elle a dû être réinterprétée pour entrer dans le champ, aujourd'hui dominant, de la psychologie cognitive avant de se voir reconnue. Ce qui était d'autant plus vital que le désordre est commun. Le narcissisme est un trait sous-jacent de toutes les personnalités, qui cultivent ce qu'Hirigoyen appelle un « narcissisme sain ». Dans ses dimensions pathologiques, le narcissisme peut être « grandiose » ou « vulnérable ». On connaît assez bien le Narcisse grandiose : très majoritairement masculin, il a besoin de reconnaissance, beaucoup trop d'assurance et un remarquable manque d'empathie. Trump constitue un cas d'école. Le Narcisse vulnérable est moins connu et l'autrice ne trouve pas d'autre illustration que François Hollande, président de la République française de 2012 à 2017, si vous l'aviez oublié. Même besoin d'exister en se flattant mais plus de difficulté à le faire, notre Narcisse vulnérable peut être confondu avec une personne dépressive. Ne pas confondre les deux avec le pervers narcissique, figure très présente dans l'imaginaire français et dont Vladimir Poutine semble constituer un bon exemple.

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mardi 23 octobre 2018

Sorcières

Mona Chollet, Sorcières. La Puissance invaincue des femmes, La Découverte/Zones, 2018, 240 pages, 18 euros

Ce n’est pas pour rien que la chasse aux sorcières est souvent située à tort au Moyen Âge et attribuée, à tort également, à un bas peuple aveuglé par l’ignorance. C’est parce que c’est un exploit qui fait moche sur la carte de visite des élites européennes, en grande partie laïques et universitaires, qui ont accusé des femmes de tous âges (1) de se frotter la vulve sur des balais volants et d’entretenir des rapports charnels avec le diable… des accusations délirantes portées par de si sérieux messieurs.

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dimanche 18 mars 2018

Timika

Nicolas Rouillé, Timika, Anacharsis, Toulouse, 2018, 492 pages, 22 euros.

« Western papou », prévient la couverture. Timika, cette ville de Papouasie occidentale située dans les environs de la plus grande mine d'or du monde, a en effet des airs de ville-frontière pourrie par la corruption, le fric de l'or qui ruisselle tant bien que mal, pourrie enfin par cette guerre méconnue que l'Indonésie mène contre les Papous. Si aujourd'hui ce grand archipel épouse parfaitement les frontières des Indes néerlandaises, une création coloniale, cela n'a rien d'une évidence car la Nouvelle Guinée est une île peuplée de Papous, peuple mélanésien et chrétien. Sa partie occidentale a été rattachée de force à l'Indonésie dans les années 1960, suite à une annexion forcée et à un référendum sous contrôle, avec la complaisance de la communauté internationale. Jakarta mène depuis lors une guerre pour garder le territoire dans son giron. Car, qu'il s'agisse de bois ou de métaux, l'île est aussi riche en matières premières que ses habitant·es sont pauvres.

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samedi 21 octobre 2017

Idéal standard

Aude Picault, Idéal standard, Dargaud, 2017, 152 pages, 17,95 euros

Claire a 32 ans et elle rêve de rencontrer l’homme de sa vie. Cette infirmière en néonatologie, un peu conformiste et un peu complexée, a des airs de madame Toutlemonde, c’est un personnage un peu fade qu’on a croisé mille fois dans la presse féminine ou les séries états-uniennes. On la voit multiplier les aventures amoureuses dans l’espoir de rencontrer le bon. Passant du mec qui répugne à s’engager mais qu’elle croise deux mois plus tard très en couple au supermarché à celui qui lui demande de partir le matin comme si elle était la femme de ménage ou qu’elle avait fini de s’occuper de la plomberie (1), Claire est en train de baisser les bras quand arrive le prince charmant, une barbe de trois jours qui bosse dans la finance et fait beaucoup d’efforts pour la séduire. Fin du premier acte, tout ne fait que commencer.

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