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vendredi 1 mai 2015

On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti

J'ai tout de la militante écolo-alternative. Des jeunes écolos de Chiche ! jusqu'à la revue L'An 02, en passant par la fondation d'un collectif Vélorution, l'animation d'un groupe décroissance ou la rédaction d'une brochure « Perdre sa vie à la gagner », mon enthousiasme pour le revenu garanti n'aurait pas dû cesser de croître en quinze ans de militantisme.

Raté. Je suis au chômage depuis plus de dix ans et, considérant cette expérience et les exclusions qui l'accompagnent, cette bonne idée m'apparaît désormais comme une mesure qui conforterait le productivisme ambiant, la perte d'autonomie, les inégalités socio-économiques, culturelles et de genre et serait un recours bien insuffisant devant les désastres que provoque l'organisation du travail (et du chômage !).

J'explique en quatre temps mes inquiétudes au sujet de ces différentes dimensions.

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On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (1)

Le revenu garanti est une revendication portée avec de nombreuses variations (revenu de base, revenu d'autonomie, dotation inconditionnelle d'autonomie, etc.), mais on peut dégager trois éléments invariables : il est assez généreux (en argent ou en nature) pour donner accès à une vie matérielle décente ; il est accordé à tou-te-s et sans condition. Si vous souhaitez lire un texte qui flatte votre conviction que c'est une panacée, voici qui rend compte de mes efforts entre 1999 et 2006 pour la promouvoir : « Vivre chichement, le revenu d'autonomie par Chiche ! » C'est joyeux, très alter, vous y dégusterez l'enthousiasme de jeunes gens avec de grandes certitudes. Si au contraire vous acceptez de soumettre vos convictions à l'examen que je propose et d'examiner sans complaisance la mesure, en posant sur elle un regard anti-productiviste, anarchiste et féministe, c'est ici.

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On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (2)

L'exigence de solidarité universelle ne peut guère donner lieu à d'autres actes qu'à celui, pour l'individu, de se défausser de ses responsabilités au profit d'institutions (l’État, les ONG, etc.) censées s'en charger à sa place. Si l'on veut que les individus cultivent eux-mêmes la solidarité, ce sera forcément dans le champ limité des gens avec lesquels ils sont en rapport.

Aurélien Berlan, La Fabrique des derniers hommes. Retour sur le présent avec Tönnies, Simmel et Weber, La Découverte, 2012.

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On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (3)

J'ai rendu compte il y a quelques mois d'un ouvrage modeste mais passionnant sur les Semai des hautes terres malaisiennes et leur confrontation à la dégradation de leur environnement ainsi qu'à l'emprise croissante du salariat, le tout au regard du genre. Le salariat chez les Semai est (pour l'instant ?) une prérogative masculine dont on peut observer qu'elle a dégradé les rapports femmes-hommes plus égalitaires qui avaient cours quand ce peuple vivait de chasse, cueillette et agriculture, dans une répartition du travail peu genrée. Aujourd'hui les hommes rentrent du travail fatigués. Les femmes, elles, n'ont pas gagné d'argent, autant dire qu'elles n'ont rien foutu et sont dans l'obligation de leur fournir des services domestiques. Les garçons s'y mettent et anticipent le moment où ils rentreront fourbus du boulot, en se dégageant eux aussi de toute obligation.

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On a les utopies qu'on mérite : le revenu garanti (4)

On revient au constat bien connu, à adresser cette fois aux activistes du revenu garanti : examinez d'abord tous les avantages qu'à l'image des hommes Semai vous tirez du travail rémunéré, ça vous aidera à en proposer une critique plus sérieuse.

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